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Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Spirale Dynamique : Bases, les 7 & 8 juillet 2012
Sociocratie : Bases, les 7, 8 & 9 septembre 2012
Cycle des organisations, les 3 & 4 novembre 2012
À bientôt !
Lundi 21 mai 2012
Le peuple caché
L'Islande n'est pas seulement le pays qui a mené ces deux dernières années une intéressante expérience de démocratie participative marquée, entre autres, par le niveau d'existence VERT. Comme toute personne ou société, elle manifeste la nature holarchique de la Spirale Dynamique… Et donc le niveau VIOLET.
Durant l'été 2011, à proximité de la ville de Bolungarvík, des entreprises de travaux publics ont dynamité une colline pour créer des protections contre les avalanches. Résultat, une avalanche de caillasses s'est abattue sur la ville.
La cause de ce malheur qui a frappé la cité était évidente : les travaux avaient dérangé les elfes, des créatures semi-divines liées à la fertilité et au culte des ancêtres. Aussi les habitants ont exigé de la municipalité qu'elle s'excuse auprès du huldufólk, le peuple caché, et ils ont chanté et prié pour que les elfes leur pardonnent.
Une telle attitude n'a rien d'exceptionnel. Il est fréquent que des médiums aident à trouver les territoires des elfes pour que les routes et tunnels évitent de les traverser. 3 % des Islandais affirment avoir rencontré des elfes, 8 % croient durs comme fer à leur existence, et 54 % ne sont pas certains qu'ils existent mais n'en excluent pas la possibilité. Le poète islandais Sindri Freysson commente : « La plupart des Islandais ne croient pas en Dieu, n'imaginent pas rejoindre l'Union européenne, défient les règles économiques de la finance internationale. Ils se rassemblent autour d'une histoire plus forte, celle des huldufólk, plus communément appelés les elfes. »
Juste pour le plaisir et la poésie, quelques extraits d'interviews :
Gunnar Þór Nilsen : « Je suis entouré de personnes qui sont connectées aux elfes. Par exemple, ma grand-mère voit des elfes et me parle d'eux. Ça ne me dérangerait pas de rencontrer un elfe, d'ailleurs ma femme pourrait pratiquement en être un. »
Telma Líf Gísladóttir : « Je crois un peu aux elfes et aux légendes, peut-être que je n'y crois qu'à moitié. Quand même… Je ne sais pas… pas vraiment. Je n'en ai jamais vu. Je ne crois pas vraiment à ces légendes… Peut-être. »
Andrea Jónsdóttir : « Pour autant que je me souvienne, je n'ai jamais vu d'elfes. Cela dit, je n'amènerais pas un bulldozer sur le tertre d'un elfe. Ce n'est pas parce que je crois aux elfes, mais simplement parce que je respecte les croyances des autres. Et puis mieux vaut ne pas prendre de risques superflus. »
Ditta Dax : « J'ai fait ma thèse d'art aux Pays-Bas, mon sujet était la manière dont s'habillent les elfes. »
Source 1 : "Icelandic town hopes angry elves have been soothed by songs", IceNews, 2 juillet 2011.
Source 2 : Elisa Mala, "Global Psyche : Magic Kingdom", Psychology Today, 8 juillet 2008.
Source 3 : "Islande, le pays des elfes", Courrier international, N° 1111, 16 février 2012, p. 52-54.
Mardi 15 mai 2012
Madame Bovary
Dans le monde de l'Ennéagramme, il est souvent affirmé qu'Emma Bovary est une superbe illustration d'un type 4 en désintégration. Yves Denis a fait beaucoup mieux : il a justifié avec précision cet ennéatype et il a montré que le positionnement de Madame Bovary sur la Spirale Dynamique expliquait sa désintégration jusqu'au suicide. Vous pouvez lire son analyse en suivant ce lien.
Source : Le tableau qui illustre ce billet est l'œuvre de Verónica Pérez Tejeda.
Jeudi 10 mai 2012
Nomades planétaires
Les nomades planétaires, souvent dénommés par l'expression anglaise “global nomads”, sont des personnes ayant un style de vie international et qui vivent et ont des activités personnelles et professionnelles dans plusieurs pays. Ils se déplacent pendant environ 60 % de leur temps et travaillent généralement dans des entreprises multinationales, des ONG internationales, ou des organisations globales comme les Nations Unies, la Banque mondiale, etc.
Les nomades planétaires sont de plus en plus nombreux, et on considère que cet accroissement va continuer et même s'accélérer. Une équipe de chercheurs a étudié leurs relations aux biens matériels en interrogeant des nomades planétaires dans plusieurs pays : États-Unis, Canada, Royaume Uni, Turquie et Roumanie.
Comme il semble prévisible, la déterritorialisation a un impact fort sur le lien entre les nomades planétaires et les possessions matérielles. Ils passent d'un lien identitaire aux objets à « un attachement situationnel où ils les apprécient pour leur fonctionnalité et leur praticité. Ils valorisent surtout les objets portables, ceux qui leur permettent de rester connectés à leurs réseaux, et les possessions immatérielles. […] Ainsi, les possessions sont remplaçables ; elles ne sont pas importantes et ne font pas partie du moi élargi de l'individu. Contrairement aux migrants et aux expatriés qui aspirent à une maison et au maintien des relations qu'ils ont laissés derrière eux, les nomades planétaires sont libérés des obligations émotionnelles, sociales et physiques. »
En termes de Spirale Dynamique, un changement des conditions de vie qui éloigne du vMème pour activer VERT et JAUNE.
Remarque : l'expression “global nomads” est aussi employée pour décrire soit des personnes qui ont grandi dans un pays autre que le leur, soit des personnes qui ont choisi l'émigration existentielle. L'analyse faite ici ne concerne pas ces deux autres emplois du terme : ces formes de nomadisme ont un impact sur la structure de l'empilement des niveaux d'existence de ces personnes, sans mener forcément vers VERT et JAUNE car il n'y a pas de déterritorialisation.
Source 1 : Fleura Bardhi, Giana M. Eckhardt & Eric J. Arnould, "Liquid Relationship to Possessions", Journal of Consumer Research, Vol. 38, N° 9, Octobre 2012.
Source 2 : l'image qui illustre cet article est la pochette du CD Enviromentality du groupe GlobalNomad.
Dimanche 6 mai 2012
Analyse d'une défaite annoncée
Ainsi donc François Hollande vient d'être élu président de la République. Ou plutôt, tant cette campagne a plus ressemblé à un référendum pour ou contre le candidat sortant qu'à une présidentielle, Nicolas Sarkozy vient d'être battu. Cette défaite était prévisible. Les deux candidats ayant un positionnement assez proche sur la Spirale Dynamique, c'est dans les modèles plus personnels de l'Ennéagramme et du PAEI qu'en réside une partie de l'explication.
La position du président de la République est ambiguë dans la constitution française actuelle. Il est censé, selon la formule consacrée, être « le président de tous les Français », c'est-à-dire jouer le rôle I, rôle qu'incarnent avec une certaine efficacité les présidents allemand et italien, ou mieux encore les souverains anglais, danois, suédois et espagnol. Le général de Gaulle n'avait que mépris pour cette fonction — « inaugurer les chrysanthèmes » — et a voulu donner des pouvoirs supplémentaires au président. La conséquence a été que le président peut exercer un contrôle fort sur le Premier ministre et les autres membres de l'exécutif théoriquement en charge du rôle P. À sa suite, tous les présidents ont usé de cette possibilité alors qu'il est très difficile de jouer en même, temps les rôles P et I, le court terme et le long terme, l'efficacité et l'efficience.
S'il n'est pas le premier président de la Ve République à être d'ennéatype 8, Nicolas Sarkozy est celui qui en a manifesté publiquement les traits égotiques avec le plus d'intensité. Sa personnalité a été extraordinairement clivante durant le quinquennat — « Casse-toi, pauv'con ! » — et au cours d'une campagne électorale d'une agressivité et d'une fausseté sans précédent — « Je vais l'exploser », le « vrai travail », « petit calomniateur », la gauche qui a « abîmé la République » — ; sa politique l'a été tout autant. Une telle attitude s'accompagne obligatoirement d'une conduite semblable dans l'autre camp. J'ai personnellement vécu les réélections ou tentatives de réélection de Charles de Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac. Bien sûr ces présidents avaient des opposants, parfois virulents, mais je n'avais jamais vu manifester à leur égard la haine et le mépris qui ont été exprimés à propos de Sarkozy pendant ses cinq ans au pouvoir.
Le traditionnel débat entre les deux tours a d'ailleurs stupéfait les commentateurs étrangers : « Il s'agissait du débat le plus agressif, le plus violent verbalement et le plus féroce en plus de 30 ans de débats présidentiels télévisés. » (The Guardian), « Échange de coups à la télévision entre candidats à la présidentielle. » (The Independant), « Ce ne fut pas un duel mais un pugilat. » (La Libre Belgique), « Le débat télévisé entre deux candidats à la présidentielle le plus agressif que la France ait jamais connu. » (Der Spiegel), « Hollande et Sarkozy échangent des insultes. » (La Repubblica), « Le débat entre Sarkozy et Hollande s'est transformé en pugilat. » (Publico). [Source : LesEchos.fr.]
Nicolas Sarkozy s'est donc montré totalement incapable d'incarner le rôle I, rôle pourtant encore plus indispensable en période de crise pour un peuple réputé soucieux d'égalité. Il a préféré remplir le rôle P, faisant de son Premier ministre une potiche devant avaler toutes les couleuvres. Ce fut au point que les Français virent le I en François Fillon qui eut pendant presque tout le quinquennat une cote de popularité supérieure à celle du président. Ils se mirent même à penser avec nostalgie aux années Chirac dont le deuxième mandat fut un modèle d'absence de P.
Par son ennéatype 9, François Hollande est câblé pour faire du I, la qualité de celui-ci dépendant grandement de son niveau d'intégration du moment : « Il est vrai que j’aime faire adhérer le plus grand nombre possible à mes propositions. », écrit-il en 2011 dans Le Rêve français. À côté des problèmes politiques et économiques dont nous ne sous-estimons bien évidemment pas l'importance, ce contraste entre les deux hommes est une cause importante du résultat de ce soir, qui est par ailleurs paradoxal dans une France sociologiquement à droite — d'où l'étroitesse du résultat.
L'arrivée au pouvoir d'un homme ayant peut-être la capacité de restaurer le rôle I serait plutôt une bonne nouvelle s'il n'y avait une ombre au tableau. En France, la deuxième fonction du président de la République est de proposer une vision, le rôle E, que le gouvernement doit chercher à concrétiser. Dans ce domaine, aucun des deux candidats du deuxième tour ne s'est montré à la hauteur de la fonction qu'il briguait, d'où le sentiment d'ennui et de désenchantement que cette campagne a provoqué chez beaucoup de Français si on en croit analyses et sondages.
Les élections présidentielles ne sont qu'un moment dont la vie politique française a tendance à surestimer l'importance. En ces temps difficiles, c'est de la totalité du PAEI dont nous avons besoin, d'action, de réformes, de vision et de solidarité, et on sait que les quatre rôles ne peuvent être remplis par une seule personne.
Mardi 1 mai 2012
ROUGE, c'est vendeur ça, coco !
Les bonnes ou mauvaises raisons d'aller à Las Vegas sont nombreuses. Il y a les casinos, les prostituées, les fabuleux spectacles de music-hall, l'étonnante architecture style Disneyland avec sa fausse tour Eiffel, sa fausse pyramide, etc. Mais depuis peu, il y a une nouvelle attraction, qui se qualifie et que ses clients qualifient d'« excitante ». « Il y a vingt ans, j'aurais dépensé 400 $ dans des clubs de strip-tease » déclare Barry Burmaster, un homme de 54 ans originaire de Williamsburg. Aujourd'hui, il préfère dépenser son argent chez MGV.
MGV, c'est Machine Guns Vegas, un endroit parmi d'autres où on peut venir tirer avec des armes de guerre. Uzi, AK-47, M60, il y en a pour tous les goûts. Et pour toutes les bourses : de 90 $ — forfait “Femme fatale” — à 700 $ — le top qui permet de choisir 16 armes et de tirer 1550 balles. Et comme « aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années. », il y a aussi un forfait pour enfant qui permet de tirer 50 balles avec deux armes différentes.

MGV et ses confrères ne désemplissent pas de clients américains et étrangers. Il faut dire que maintenant, il y a même des lance-grenades à la disposition des amateurs :

Mettant une couche de ORANGE sur son vMème ROUGE, Thad Beavers, un client de 33 ans venu exprès de Charlotte, N.C. est admiratif : « J'adore leur business plan. Il combine tout. J'aurais vraiment aimé l'inventer. »
Source 1 : Adam Nagourney, "There’s Gambling, Floor Shows… and ‘Full Auto’ in Las Vegas", The New York Times, 5 mars 2012.
Source 2 : site de Machine Guns Vegas.
Jeudi 26 avril 2012
Vers une éthique pas toc (2/2)
Dans son dernier ouvrage, The Virtues of Our Vices, Emrys Westacott analyse cinq problèmes d'éthique quotidienne, un sujet généralement négligé : l'impolitesse, le commérage, le snobisme, l'humour et l'intolérance.
Il le fait d'une manière qui me semble compatible avec l'approche de JAUNE décrite dans l'article précédent. Pour chacun des thèmes traités, il commence par élaborer une définition précise et neutre en éliminant les présupposés négatifs qui lui sont associés. Au nom de quelques principes de base, il définit ensuite les cas appartenant aux catégories 1 (acceptable) et 3 (condamnable). Puis, il étudie les situations relevant de la catégorie 2 (discutable) en listant des critères et questions permettant de réfléchir et décider au cas par cas ; il ne s'agit bien évidemment pas d'un algorithme censé donner une réponse, mais d'une boîte à outils permettant une réflexion de philosophie morale.
Prenons le sujet de l'impolitesse en le résumant outrageusement — 40 pages dans le livre ! Westacott propose d'utiliser la définition suivante :
Un acte est impoli s'il satisfait à deux conditions :
- Il transgresse une convention sociale ;
- Si cette transgression a été délibérée, elle indique un manque d'intérêt pour les ressentis de l'autre personne (ou en d'autres termes, une volonté de lui causer de la souffrance).
Le deuxième item de cette définition permet déjà de s'interroger sur certaines situations : si au restaurant, je mange le dessert avant l'entrée, je transgresse une convention sociale, mais suis-je impoli ? Cela dépend sans doute des personnes qui m'accompagnent et de l'établissement choisi pour le festin.
Cependant, tout acte remplissant les deux conditions de la définition n'est pas obligatoirement moralement condamnable. Emrys Westacott définit quatre situations, en italique ci-dessous, où une décision au cas par cas doit être prise :
Est-ce que j'ignorais la convention transgressée ?
- Si oui cette ignorance est-elle excusable ?
- Si non, est-ce que j'étais conscient de transgresser la convention ?
- Si non, cette inconscience est-elle excusable ?
- Si oui, avais-je l'intention d'être impoli en transgressant cette convention ?
- Si oui, la transgression est-elle excusable ?
- Si non, la transgression est-elle excusable ?
Notamment, dans les deux dernières questions, il semble à Westacott que l'impolitesse peut parfois être moralement acceptable, voire même être un indicateur d'autonomie et d'intégrité, dans cinq cas : urgence, recherche d'avantages à long terme, désir de faire passer un message, humour et pédagogie.
Emrys Westacott est un philosophe utilitariste. On peut contester certaines de ses conclusions, mais le processus qui lui permet d'y arriver me semble judicieux.
Source : Emrys Westacott. The Virtues of Our Vices : A Modest Defense of Gossip, Rudeness, and Other Bad Habits. Princeton (New Jersey) ; Princeton University Press ; 2011.
Samedi 21 avril 2012
Vers une éthique pas toc (1/2)
Après l'individualisme forcené de notre monde centré en ORANGE, il va bien nous falloir réapprendre à vivre ensemble.
Emrys Westacott est professeur de philosophie à l'Université Alfred dans l'État de New York et s'intéresse particulièrement à la philosophie morale. Il considère que les croyances et valeurs morales d'une société peuvent être classées dans trois catégories :
- Ce qui est presque universellement accepté ou valorisé.
- Ce qui fait l'objet d'une controverse.
- Ce qui est généralement condamné.
Le contenu de chaque catégorie varie selon les groupes sociaux et les époques. Par exemple dans la société française actuelle, on pourrait placer la laïcité dans la catégorie 1, le droit des homosexuels à l'adoption dans la catégorie 2, et la pédophilie dans la catégorie 3.
Les valeurs morales évoluent en passant de la catégorie 1 à la 2, puis à la 3. Ou au contraire de la 3 à la 2, puis à la 1.
Il m'a paru intéressant de confronter cette grille au modèle de la Spirale Dynamique.
Même s'il existait des interdits dans les vMèmes VIOLET et ROUGE, les concepts de morale et d'éthique n'apparaissent qu'avec le niveau d'existence BLEU. Profondément normatif, BLEU définit clairement ce que la Vérité Ultime autorise et interdit, et cela ne se prête pas à discussion. La catégorie 2 est donc vide, ou a minima très peu remplie. Les mouvements qui font passer d'une catégorie à l'autre sont rares et lents.
En cherchant la satisfaction individuelle, ORANGE a déplacé une multitude de valeurs morales. Des interdits sont désormais autorisés, et réciproquement. Les changements peuvent être extrêmement rapides. Ces déplacements de valeur ont été une source d'anxiété et de mécontentement forts chez les personnes centrées sur des niveaux d'existence plus traditionalistes, à l'intérieur des sociétés dominées par ORANGE ou à l'extérieur. ORANGE a inventé la démocratie dans laquelle, officiellement, tout ce qui n'est pas interdit est autorisé. Cela devrait conduire à avoir assez peu de choses explicitement dans la catégorie 1 : est en 1 ce qui n'est pas en 3 !
La mobilité de ORANGE peut donner l'apparence d'une attitude non normative, mais ce n'est pas vraiment le cas. Niveau d'existence de la relativité, VERT voudrait sortir de cette catégorisation et tout considérer comme acceptable. Ce n'est bien évidemment pas réaliste et il me semble que les sociétés culminant en VERT placent initialement le maximum de choses dans la catégorie 2 et éventuellement discutent longuement avant de les déplacer consensuellement dans les catégories 1 et 3 avec comme objectif que cette dernière soit le moins remplie possible.
Qu'en sera-t-il de la deuxième boucle ? Il est évidemment impossible de le savoir puisqu'aucune société n'est dominée par ce niveau d'existence. Je ne peux donc faire qu'une hypothèse personnelle, certainement au moins en partie inexacte parce que marquée par mon idiosyncrasie.
Il me semble que JAUNE accepte de revenir à une attitude normative, ne serait-ce que parce qu'il est conscient de l'existence des niveaux précédents et du besoin de les faire fonctionner ensemble. Cependant, il devrait avoir comme objectif de réduire les catégories 1 et 3 au minimum nécessaire pour que la société soit fonctionnelle. Privilégiant « l'expression du soi mais jamais aux dépens des autres », il considérerait idéal que le maximum de choses soient placées dans la catégorie 2 et y restent, à charge pour chacun de décider au cas par cas de ce qui est acceptable ou non en fonction de la complexité de la situation.
Lundi 16 avril 2012
Votez Quasimodo !
À l'occasion des élections présidentielles, Cerveau & Psycho publie une synthèse des différentes recherches menées sur les critères conscients ou inconscients permettant aux électeurs de faire leur choix. Parmi toutes ces études, celle menée par Scott Armstrong et Andreas Graefe, à l’Institut de technologie de Karlsruhe en Allemagne, est particulièrement remarquable. En effet, en appliquant les critères trouvés aux 28 élections présidentielles américaines depuis le début du siècle dernier, leur modèle a prédit quel était le président élu dans 25 cas, soit un taux de réussite de plus 85 % à rendre jaloux n'importe quel commentateur politique.
Listons quelques-uns de ces critères qui semblent relativement universels :
- La taille : le plus grand des candidats gagne l'élection dans 63 % des cas ;
- La beauté : la probabilité de gagner augmente avec l'attrait physique du candidat, et certaines caractéristiques, comme la calvitie, sont rédhibitoires ;
- Des traits un peu enfantins en temps de paix, ou au contraire matures en temps de crise ou de guerre ;
- Une voix grave utilisant des fréquences autour de 500 Hz : ce critère est déterminant et assure la victoire dans tous les cas au candidat qui est le seul à le satisfaire ;
- Un nom facile à prononcer et agréable à entendre : ce seul critère fait remporter l'élection présidentielle dans 83 % des cas (voir à ce sujet l'article “Hyntuïscyon”).
Aucun des critères n'est lié au positionnement politique du candidat, à son programme, à la situation sociale ou économique du moment.
Je trouve ces informations absolument terribles.
D'abord elles nous interrogent tous sur le plan personnel. Comment ne pas songer aux théories de Clotaire Rapaille sur les prises de décisions ? Jusqu'à quel point sommes-nous influencés par les paramètres ci-dessus, et dans quelle mesure nos choix ne sont-ils que des rationalisations a posteriori de préférences inconscientes ?
Ensuite, elles sont une déclaration de faillite de la démocratie représentative instituée dans nos sociétés dominées par le niveau d'existence ORANGE. Que des gouvernants soient choisis sur de tels éléments permet de comprendre un peu mieux l'état du monde…
Le vote sans candidat de la sociocratie, en amenant à expliciter les raisons de sa préférence et surtout en traitant toutes les objections, augmente considérablement les chances d'élire quelqu'un sur la base de la compétence, et non sur celle de l'apparence. En attendant, vous pouvez lire ou relire la série de billets intitulée “Éthique du vote”.
Source 1 : Nicolas Guéguen, "Si j'étais président…", Cerveau & Psycho, N° 50, Mars-avril 2012, p. 42-47.
Source 2 : J. Scott Armstrong & Andreas Graefe, Predicting Elections from Biographical Information about Candidates, 23 juin 2009
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jeu 25 sep 2003, 13:07