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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Aller au cœur de la connaissance
Ce blog ne fait qu’effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Ennéagramme : Bases, les 15 & 16 mai 2010
Spirale Dynamique : Bases, les 10 & 11 juillet 2010
Cycle des organisations, les 18 & 19 septembre 2010
À bientôt !
Vendredi 15 janvier 2010
VIOLET, conditions de vie et écologie
La Spirale Dynamique considère que les changements des conditions de vie sont à l'origine d'un phénomène culturel adaptatif aboutissant à la mise en œuvre de nouvelles capacités cérébrales et d'un nouveau niveau d'existence.
Pour un vMèmes comme ORANGE, il est clair que c'est l'action des êtres humains qui est à l'origine des changements qui vont probablement conduire à VERT. Cependant, quand il s'agit des premiers niveaux de la Spirale, on a tendance à estimer que l'impact des êtres humains est si faible que soit il lui faut très longtemps pour créer les conditions du niveau suivant, soit la véritable cause du changement est extérieure à l'humanité, modification climatique par exemple.
Torben Rick, un archéologue du Smithsonian Institute de Washington, s'inscrit en faux contre cette vision. Il cite à l'appui de son affirmation de nombreux exemples de modification volontaire ou non de l'environnement par les populations de la préhistoire : les aborigènes d'Australie ont brûlé des quantités considérables de terres pour se rendre la chasse plus facile ; les indigènes, qui vivaient sur les côtes de Californie il y a des millions d'années, mangeaient des abalones et jetaient en masse les coquilles, ce qui a provoqué la création et l'immobilisation de dunes ; au nord-ouest du Pacifique, à la même époque, les populations locales construisaient des sortes de murs en eau peu profonde qui permettaient une prolifération des palourdes dont ils se nourrissaient.
Déjà, certaines de ces pratiques provoquaient des changements environnementaux qui étaient loin d'être anodins. Par exemple, la population des Channel Islands au large de la Californie a massacré les otaries qui étaient leurs concurrentes dans la pêche à l'oursin ; ceux-ci se sont alors multipliés en dévorant les varechs et en rendant le fond marin stérile.
Une autre étude, menée par J. Tyler Faith et Todd Surovell, attribue une part de l'extinction massive — plus de 50 % ! — des mammifères d'Amérique du Nord il y a environ 12.000 ans à leur surextermination par les êtres humains arrivés sur le continent à ce moment-là.
La naïve vision rousseauiste de l'histoire imaginant les chasseurs-cueilleurs dominés par VIOLET en parfaite harmonie avec leur environnement ne tient donc pas. À ce jour, il ne peut y avoir de véritable écologie que fondée sur une analyse scientifique et systémique du monde associée à une volonté farouche de préserver toute vie.
Source 1 : Christopher Joyce, "For Early Man, It Wasn't Easier Being Green", NPR, 22 août 2009.
Source 2 : J. Tyler Faith & Todd Surovell, "Synchronous extinction of North America's Pleistocene mammals", Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 23 novembre 2009.
Vendredi 1 janvier 2010
Au-delà de nos rêves
Je n'ai plus de rêves et n'en veux plus.
Mes dictionnaires définissent un rêve comme une « construction de l'imagination à l'état de veille », une « pensée qui cherche à échapper aux contraintes du réel », un « projet qui n'a pas de chance de se réaliser », ou une « idée chimérique ».
Tout ce dont nous parlons ici — Ennéagramme, Spirale Dynamique, Sociocratie, etc. — ne raconte pas des rêves, mais présente des possibilités. Werner Erhard définit une possibilité comme le résultat de trois étapes :
- En terminer avec le passé pour créer un espace pour un futur qui ne soit pas construit en réaction à lui ;
- Déclarer un futur possible qui nous touche et nous inspire ;
- Permettre à ce futur de façonner notre être et nos actions dans le présent et vivre ainsi en cohérence avec la possibilité que nous avons exposée.
Si elle n'est pas un rêve, une possibilité n'est pas non plus un objectif. Un objectif est d'une certaine manière extérieur à nous, alors qu'une possibilité est, dès sa déclaration, transformationnelle ; quand nous déclarons une possibilité, nous devenons une incarnation de cette possibilité, et quand nous entrons quelque part, cette possibilité entre avec nous. De plus, à moins qu'il ne concerne que nous, formuler un objectif revient à nous mettre en position de supériorité — un objectif se fixe ! — ; une possibilité s'offre aux autres et les invite à la partager. « J'exprime des possibilités, des choses qui pourraient se produire. Dans une large mesure, la probabilité de leur réalisation dépend de l'intensité du désir des gens » précise le physicien Freeman Dyson.
Alors, à cette aube de l'an 2010, là où BEIGE vit des pulsions, où VIOLET formule des vœux, où ROUGE exprime des impulsions, où BLEU prend de bonnes résolutions, où ORANGE se fixe des objectifs, où VERT renforce sa communauté, peut-être pouvons-nous aussi déclarer des possibilités.
Et que chaque soir de cette année vous trouve heureux d'avoir vécu la journée qui l'a précédé !
Mardi 22 décembre 2009
Eh ben, mon coco !
J'adore les pieuvres, la beauté de leur corps et de ses capacités mimétiques, la grâce de leurs déplacements, leur douceur affectueuse et pudique — sauf avec les crabes, crevettes, coquillages et autres proies évidemment —, et bien sûr leur étonnante intelligence.
Aussi suis-je ravi de vous annoncer que l'Octopus Marginatus — la pieuvre veinée, disent de manière imagée nos amis anglophones — vient d'entrer dans le club des animaux utilisant et conservant des outils, capacité que l'on croyait autrefois typiquement humaine et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'elle est relativement répandue.
Ces pieuvres collectent des coques de noix de coco, les empilent comme des bols et les transportent entre leurs huit tentacules qu'elles raidissent pour s'en servir comme on le ferait d'échasses. Elles les utilisent pour construire des abris à l'approche d'un prédateur.
Mark Norman, un chercheur du musée Victoria en Australie qui a fait partie de l'équipe qui a observé ces comportements au cours de plus de 500 heures de plongée, déclare : « C'est un exemple fantastique des comportements complexes dont sont capables les formes de vie les plus simples. Je pense que ces comportements existent partout dans la nature. Nous ne les voyons pas, uniquement parce que nous considérons que nous sommes les plus malins. » Il conclut avec ses collègues : « En fin de compte, la conservation et l'utilisation d'outils par les animaux forment vraisemblablement un continuum qui va des insectes aux primates, la définition de ce qu'est un outil étant une occasion perpétuelle de débat. »
Une fois de plus, le positionnement de l'homme dans la nature est posé dans des termes qui imposent la réflexion sur le concept de « toute vie » qui est au cœur du fonctionnement des niveaux JAUNE et TURQUOISE de la Spirale Dynamique.
Source : Julian K. Finn, Tom Tregenza & Mark D. Norman, "Defensive tool use in a coconut-carrying octopus", Current Biology, Vol. 19, N° 23, 15 décembre 2009, pp. 1069-1070.
Vendredi 23 octobre 2009
Taisez-vous, manants !
Laurent Ruqier profiterait-il de ses émissions pour organiser une variante télévisuelle des dîners de cons ? En tout cas, samedi dernier sur France 2, il avait invité l'inénarrable Jacques Ségala. Une fois de plus, ce dernier a fait fort en déclarant : « Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes ! C’est un dieu vivant ! Car Internet permet à tous les hommes de communiquer avec les autres hommes. »
Curieusement, je vois plutôt une solution dans ce qu'il considère être un problème ! Compatissons quand même à l'immense douleur de notre heureux possesseur de Rolex qui ne peut plus faire tranquillement ses affaires sans que les gueux s'en mêlent : les organisations sociocratiques et les sociétés centrées en VERT et au-delà vont être difficile à vivre pour lui et ses pairs.
Source : Astrid Girardeau, "Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes !", Ecrans.fr, 18 octobre 2009.
Mercredi 21 octobre 2009
Le centre et le cercle
À chaque nouveau vMème, le modèle du monde des individus et des sociétés est complètement transformé.
Jorune a analysé la représentation cosmogonique des huit niveaux d'existence connus et elle y a vu une structure : l'alternance du centre et du cercle, en parallèle avec celle de l'expression du soi des couleurs chaudes et du sacrifice du soi des couleurs froides. Vous pouvez lire son analyse sur notre site consacré à la Spirale Dynamique et en discuter ci-dessous.
Samedi 12 septembre 2009
Cassandre (2/2)
Résumons l'argumentation de James Lovelock dans The Vanishing Face of Gaia :
- Les prévisions actuelles des climatologues, et notamment celles de l'IPCC (Intergovernemental Panel on Climate Change), un organisme mis en place par l'ONU qui mêle véritables études scientifiques et recherche d'un consensus politique, sont inexactes.
- En effet, ne pas tenir compte de la biosphère amène à utiliser des équations linéaires : par exemple, si les rejets de dioxyde de carbone font monter la température, alors la diminution de ces rejets la fera automatiquement et immédiatement redescendre.
À l'inverse, la théorie Gaïa utilise des équations non linéaires faisant apparaître des effets de seuil et des phénomènes d'hystérésis. Pour décrire ces phénomènes, Lovelock utilise la métaphore suivante. Imaginez un verre d'eau contenant des glaçons. Si vous exposez ce verre à la chaleur, les glaçons commencent à fondre, mais la température de l'eau ne change quasiment pas ; elle se met par contre à croître brusquement dès que le dernier glaçon a fondu. Si on arrête le chauffage, l'eau ne retrouvera jamais sa température initiale. - La situation est bien pire que ce que disent et prédisent les climatologues. Il existe un indicateur simple de sa gravité, l'augmentation du niveau des océans qui n'a que deux causes vraiment significatives : la fonte des glaciers et des calottes polaires, et la dilatation de l'océan sous l'effet de la chaleur. Ce niveau augmente presque deux fois plus vite que les pires prévisions de l'IPCC.
- Née il y a 3,5 milliards d'années et ayant une espérance de vie estimée à 500 millions d'années, Gaïa est un système vieillissant qui subit notamment le lent réchauffement du soleil et, bien entendu, les effets de la seconde loi de la thermodynamique. Le réchauffement climatique n'est d'ailleurs qu'un des symptômes de la maladie dont souffre Gaïa. Du fait de son âge, Gaïa a plus de difficultés qu'autrefois à maintenir un état stable.
- Gaïa risque, assez vraisemblablement, de basculer brutalement vers un état chaud où la température sera de 7 à 8 degrés plus élevée qu'aujourd'hui. Au cours de son histoire, elle a déjà vécu plusieurs fois cet état, la dernière il y a environ 12.000 ans. Dans cet état chaud, la surface des terres habitables et cultivables va diminuer dramatiquement et, en aucun cas, Gaïa ne pourra continuer à nourrir près de 7 milliards d'êtres humains. Des flux migratoires sans précédent convergeront vers le Nord qui ne pourra tous les accueillir, et l'humanité devra résoudre des problèmes économiques, politiques, militaires et éthiques d'une ampleur jusqu'ici inconnue.
- L'être humain est justement le problème de Gaïa. La seule respiration des personnes vivant sur Terre, de leurs animaux familiers et de leur bétail représente 23 % des gaz à effet de serre ! Ajoutons la production de nourriture, et on atteint presque 50 %. Autant dire que les objectifs politiques d'une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre sont une fumisterie.
- Les solutions proposées par les partis et lobbys écologiques sont sans réelle efficacité et totalement inadaptées à la situation. Pire, nombre d'entre elles sont contre-productives. Cette forme d'écologie est « peut-être une des plus mortelles idéologies » de l'histoire humaine.
- Il est légitime que les êtres humains veuillent survivre, mais comme ils sont une partie de Gaïa, ils ne peuvent le faire que si Gaïa elle-même survit. Elle peut vivre sans eux, mais pas eux sans elle. Il n'y a donc qu'une attitude possible : la Terre d'abord !
- Le système Gaïa est d'une complexité qui dépasse de très loin nos connaissances et nos capacités de réflexion et de simulation actuelles. Il existe des projets de géoingénierie qui pourraient peut-être aider un peu Gaïa à retrouver son équilibre, mais il est impossible d'être certain qu'ils n'aient pas de conséquences négatives catastrophiques ; certains d'entre eux pourraient quand même être prudemment expérimentés. En réalité, il n'y a aucun moyen de revenir à la situation précédente.
Le mieux est sans doute de s'organiser pour survivre aux inéluctables changements à venir et de faire confiance aux capacités autorégulatrices de Gaïa. Cela implique de lui laisser le maximum possible de terres disponibles : James Lovelock estime raisonnable que nous n'en occupions que 10 à 30 %. Les personnes ayant pu survivre à la venue de l'état chaud, habitants des rares zones préservées et réfugiés climatiques, vivront alors dans de gigantesques cités occupant le moins possible d'espace au sol et, pour limiter la quantité de terres utilisées par l'agriculture, feront appel à des nourritures de synthèse. Pour cela, ils auront des besoins considérables d'énergie qui ne pourront être satisfaits que par le nucléaire et le solaire thermique, les deux sources d'énergie disponibles les moins polluantes. Une nouvelle civilisation sera à reconstruire.
Je vous recommande très fortement la lecture de cet ouvrage, hélas pas encore traduit en français. Même si les prévisions de James Lovelock étaient inexactes, ce livre est une parfaite illustration d'un mode de pensée culminant en TURQUOISE sur la Spirale Dynamique. Si par contre elles étaient justes, il est difficile d'imaginer qui aujourd'hui peut entendre ce « dernier avertissement », qui peut prendre à temps les mesures nécessaires, et qui peut voter pour donner le pouvoir à ces personnes… Quoi qu'il en soit — et je n'ai pas la compétence pour avoir une opinion ferme sur le sujet —, la complexité du monde nécessite de manière urgente de nouveaux modes de gouvernance et de décision, plus rationnels et avec un horizon temporel plus grand — je dirais bien la sociocratie, mais on m'accuserait de radoter. Puissions-nous tous y contribuer !
Source : James Lovelock. The Vanishing Face of Gaia: A Final Warning. New York (New York), Basic Books, 2009.
Jeudi 10 septembre 2009
Cassandre (1/2)
James Lovelock est le co-créateur au début des années 1970 de l'hypothèse Gaïa, puis au début des années 1980 d'une version améliorée de celle-ci, la théorie Gaïa.
La théorie Gaïa considère que la Terre tout entière — atmosphère, océans, roches, ensemble des organismes vivants, etc. — constitue un unique système autorégulé ; ce système cherche à maintenir les conditions d'habitabilité de sa surface aussi favorables que possible pour la vie y existant à un instant donné.
Quand Lovelock a formulé l'hypothèse Gaïa, en collaboration avec Lynn Margulis, c'était la première fois que des scientifiques cherchaient à étudier en même temps la géosphère et la biosphère. Aujourd'hui encore, la majorité des recherches sur le fonctionnement de la Terre et de son climat ignorent superbement l'impact du vivant. Toutefois, il existe depuis peu une science systémique de la Terre qui se distingue de la théorie Gaïa en ce qu'elle refuse l'idée de l'objectif d'habitabilité du système.
C'est sur la suggestion de William Golding que Lovelock a donné à sa théorie le nom de Gaïa, la déesse grecque de la Terre. Aujourd'hui encore, il considère ce choix comme approprié ; en effet, James Lovelock estime qu'on peut considérer Gaïa comme un organisme vivant : « Puisque Gaïa peut mourir, c'est bien qu'elle est vivante. » Pourtant ce nom lui a causé des difficultés importantes de communication. Aussi stupide que ce soit, le milieu scientifique examine plus facilement une étude appelée "Approche biogéochimique systémique de la Terre" que le même texte intitulé "Théorie Gaïa". La situation est devenue encore pire quand un article sur Gaïa est paru en 1979 dans le journal Coevolution, un trimestriel américain de tendance New Age. Quoique fort bien écrit par le biologiste canadien Ford Doolittle, cet article a collé l'étiquette New Age sur la théorie Gaïa et, effectivement, des membres de cette mouvance — un mariage contre-nature entre VIOLET et ORANGE — se sont emparés du nom Gaïa alors qu'ils étaient incapables de comprendre réellement les idées qui l'accompagnaient.
La théorie Gaïa est une théorie scientifique au sens fort du terme : elle est fondée sur des observations et des modèles théoriques, elle explique des événements connus du passé, et elle a fait un certain nombre de prédictions dont plusieurs ont été vérifiées et aucune démentie à ce jour. Membre de la Royal Society, ayant travaillé pour la NASA et plusieurs universités anglaises et américaines, James Lovelock est un éminent scientifique, auteur de plus deux cents articles publiés dans les plus prestigieuses revues internationales comme Nature.
Cet été, j'ai — enfin ! — eu le temps de lire le dernier ouvrage de James Lovelock, The Vanishing Face of Gaia: A Final Warning, qui traite de l'application de la théorie Gaïa au réchauffement climatique.
Dimanche 6 septembre 2009
Foule avisée
« Dans une foule, les gens perdent leur identité et ils deviennent incontrôlables, voire potentiellement violents. Une foule doit être soigneusement encadrée pour éviter tout débordement. » Cette conviction est partagée par beaucoup de gens et résume ce qu'est la conception encore la plus répandue de la psychologie des foules. Peut-être y adhérez-vous ? Peut-être même avez-vous en tête des exemples qui la confirme ?
Cependant, il y a tous les jours, par dizaines, des spectacles, des manifestations sportives, des marches de protestation, des meetings, etc., et on est obligé de reconnaître que les incidents sont extrêmement rares. Partant de ce constat, Stephen Reicher, un psychologue de l'Université de Saint Andrews en Écosse, a étudié le comportement des foules dans des exercices de simulation comme dans des situations réelles. Ses travaux montrent que dans une foule, il y a effectivement un changement d'identité, mais que celui-ci conduit, le plus souvent, à « agir au mieux de ses intérêts et des intérêts de ceux qui sont autour de soi. Ce changement d'identité est généralement encore plus fort en cas de menace ou de danger. » Les gens s'occupent alors en priorité de leur famille, mais leur attitude de coopération s'étend immédiatement aux autres personnes présentes qu'ils aient ou non des liens avec eux.
Tricia Wachtendorf, du Disaster Research Center à l'Université du Delaware, confirme : « Dans la plupart des situations — et particulièrement dans celles où il y a un grand nombre de personnes ne se connaissant pas —, la foule finit par se comporter d'une manière remarquablement raisonnable. » À l'Université du Sussex, John Drury et son équipe ont interrogé les survivants de désastres impliquant des foules. La plupart d'entre eux se sont souvenus d'un « profond sentiment d'unité » ; d'après eux, « plutôt que d'être compétitifs ou antagoniques, les gens faisaient de leur mieux pour être ordonnés et aimables, et ils s'interrompaient dans leur sortie du lieu du désastre pour aider des étrangers. »
Stephen Reicher en conclut que « la notion de “foule insensée” n'est pas une explication, mais un fantasme. » Cette idée pourtant fort répandue « n'est pas seulement fausse, elle est contre-productive. Si vous pensez que les foules sont irrationnelles, et que même des personnes rationnelles sont susceptibles de devenir dangereuses au sein d'une foule, vous les traiterez en conséquence, souvent durement, et vous les empêcherez de faire les choses qu'elles ont le droit de faire. Et cela peut conduire à la violence. »
Ces recherches ont des conséquences pratiques. À titre collectif, les forces de l'ordre — faites passer le message ! — doivent réaliser que, « bien souvent, la foule est la solution » ; le mieux est sans doute de l'informer le plus précisément possible et de la laisser fonctionner à sa manière. Essayer de la contenir, de la contrôler ou de la manager est au mieux inutile, au pire dangereux. À titre individuel, si on se trouve dans une foule en situation d'urgence, il est préférable de se laisser porter par l'esprit de la foule, et il est important, pour sa propre sauvegarde, de ne pas y résister mentalement.
Les capacités auto-organisatrices des foules sont régulièrement mises en œuvre inconsciemment par des populations dominées par le niveau d'existence VIOLET de la Spirale Dynamique. Dans l'histoire humaine, elles ont été niées par les vMèmes suivants, puis réhabilitées et utilisées par VERT et les niveaux ultérieurs connus à ce jour. Plus généralement, la prise en compte intelligente des processus d'auto-organisation est au cœur de JAUNE — par exemple dans la sociocratie — en lui permettant de faire « plus avec moins » ; « ambitieux, mais sans ambition », comme le disait Clare Graves, JAUNE peut accepter cette dilution du leadership quand il l'estime appropriée.
Source : Michael Bond, "Why cops should trust the wisdom of the crowds", New Scientist, N° 2717, 18 juillet 2009, pp. 38-41. [Merci à Christopher Cowan qui a attiré l'attention de la communauté de la Spirale Dynamique sur ces travaux.]
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