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« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
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« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
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Mercredi 17 août 2011
Les deux, mon général !
Mais où suis-je ? Dans quelle contrée ?
C'est la question que l'on peut se poser dans de nombreuses villes du monde, en banlieue ou au contraire dans le centre. Côte à côte s'alignent les magasins des grandes chaînes internationales de restauration rapide, de chaussures de sport, de vêtements standardisés créant des lieux sans âme et sans personnalité. À Paris, les Champs Élysées sont devenus un triste exemple de cette uniformisation.
La première boucle de la Spirale Dynamique a été celle de l'unification de l'humanité. Les cultures centrées en VIOLET sont nombreuses et extraordinairement diverses. Les empires dominés par ROUGE ont déjà été en nombre plus limité. Les grandes idéologies générées par BLEU se comptent sur les doigts des deux mains. Notre ORANGE a créé la mondialisation économique évoquée en début d'article. Humanocentriste et cherchant à atténuer les conséquences négatives de l'expression des différences (le politiquement correct), VERT ne joue cette fois qu'insuffisamment le rôle déconstructeur qui est généralement le sien.
Cette tendance globalisante a des aspects très positifs. Elle a créé une culture planétaire riche de métissages et potentiellement génératrice d'échanges, d'empathie et de paix. Elle seule a une chance de résoudre les problèmes globaux que connaît aujourd'hui le monde, écologie et développement notamment.
Hélas, cette avancée vers l'unité s'est faite par l'écrasement des diversités. VERT est conscient du problème, mais ne sait pas le résoudre car il reste dans la logique du « ou ». Or la diversité sans unité est létale par absence de communication, et l'unité sans diversité est létale par absence de créativité. Une fois de plus, ce sera une des tâches de JAUNE de passer à la logique du « et » et de trouver des moyens concrets de faire vivre simultanément ces soi-disant opposés.
Mercredi 20 juillet 2011
Mesurer. Certes, mais quoi ?
Dans nos sociétés dominées par le vMème ORANGE, une grande partie de la vie économique est centrée autour du produit national brut (PNB) qui sert à calculer la richesse des nations, à mesurer son évolution et à comparer les différents pays entre eux.
Signe du délaissement de ORANGE, le PNB est de plus en plus critiqué. Il inclut des choses négatives (fabriquer des mines antipersonnel) et inutiles (faire un trou dans la chaussée et le reboucher) mais ne prend pas en compte des choses positives (éducation des enfants par les parents).
Pourtant il y a un aspect positif dans le PNB : le désir né avec ORANGE d'arriver à des mesures précises permettant des discussions plus objectives, des comparaisons et des décisions.
Le vMème VERT introduit une préoccupation forte pour la dimension émotionnelle de la vie, mais un VERT sain intègre les aspects positifs de ORANGE et pose donc la question d'une mesure du bien-être des sociétés humaines.
La New Economics Foundation (NEF), une ONG anglaise, s'est attachée à définir un indicateur unique pouvant remplacer le PNB : le HPI (Happy Planet Index). J'avais évoqué sur ce blog avec une certaine réserve les premiers balbutiements de ce projet il y a cinq ans. Le HPI me semble aujourd'hui nettement plus mature et plus proche d'un outil concrètement utilisable.
Le HPI cherche à mesurer le bonheur des populations en prenant en compte des critères économiques et psychologiques. Toutefois il refuse le court-termisme de ORANGE et prend en compte la durabilité de ce bonheur. Par exemple, une grande espérance de vie n'est pas un critère de bonheur si les dernières années sont vécues dans la maladie, l'isolement ou la misère ; de même, la richesse d'une génération n'a pas de sens si elle se fait au détriment des générations futures par l'endettement ou la destruction de l'environnement. On obtient alors un graphe comme celui-ci :

Selon leur positionnement, on va pouvoir définir trois catégories de pays :
- En haut droite, les pays qui réussissent à satisfaire leur population au prix d'une consommation excessive des ressources : de droite à gauche, le Luxembourg, les États-Unis, les Émirats Arabes Unis, le Koweït et les autres nations occidentales. Le défi de ces nations est de maintenir le niveau de satisfaction de leur population tout en réduisant leur impact environnemental.
- En bas à gauche, les pays qui ne réussissent pas à assurer le bien-être de leur population : principalement les pays de l'Afrique subsaharienne. Comme ils ne consomment que très peu de ressources, la priorité de ces pays est d'améliorer le sort de leur population.
- En haut à gauche, les pays qui réussissent à assurer le bien-être de leur population sans obérer le futur : principalement des pays d'Amérique Latine et quelques nations asiatiques. Le défi de ces nations est de résister à la tentation du modèle occidental.
Dans l'état actuel du HPI, le pays faisant le meilleur score est le Costa Rica. L'espérance de vie y est de 78,5 années soit un peu plus que les États-Unis alors que l'empreinte écologique par habitant y est quatre fois moindre. Ses habitants déclarent le plus haut niveau de satisfaction du monde : ils ont le meilleur système de santé de la planète après la Scandinavie, l'illettrisme y est quasiment nul, l'abolition de l'armée en 1949 y a libéré beaucoup d'argent pour les services sociaux, les réseaux familiaux et sociaux y sont denses, l'égalité entre hommes et femmes y est bonne, et le capital naturel est riche et protégé. Que demander de plus ?
Source 1 : Nic Marcs. The Happiness Manifesto. New York (New York) ; Ted Books ; 2011.
Source 2 : The New Economics Foundation.
Source 3 : The Happy Planet Index 2.0.
Dimanche 1 mai 2011
Où est le temps ?
Le temps est un concept extrêmement complexe que l'être humain a du mal à maîtriser. Afin d'y arriver, il crée une représentation spatiale du temps dans son espace mental.
Si vous n'êtes pas conscient de ce phénomène, laissez venir une réponse spontanée aux deux questions que vous pourrez découvrir en passant la souris sur la zone colorée ci-dessous :
Pour vous, où est le passé ?
Pour vous, où est le futur ?
La plupart d'entre nous organisons le temps en ayant le passé et le futur devant eux l'un à gauche, l'autre à droite, ou bien le futur devant et le passé derrière. On sait aujourd'hui que la représentation spatiale du temps est influencée par la culture : par exemple les anglophones mettent volontiers le passé à gauche et le futur à droite, alors que les personnes parlant hébreu ont tendance à faire l'inverse.
Aux États-Unis, une méthode thérapeutique remarquablement efficace a été développée en cartographiant précisément la représentation spatiale du temps d'une personne. Développée dans un monde dominé par le niveau d'existence ORANGE, cette méthode en véhicule les présupposés. Elle estime par exemple qu'il y a quelque chose de pathologique à avoir le futur derrière soi : comment faire des projets, se fixer des objectifs et progresser si le futur n'est pas visible en permanence ?
D'autres vMèmes raisonneraient de manière différente. Ainsi, les anciens Grecs estimaient totalement normal de se représenter le passé devant soi et d'avoir le futur dans son dos : « Le futur est derrière, car il n'est pas vu, tandis que le passé est connu et donc devant les yeux. »
Jusqu'au niveau d'existence ROUGE inclus, le futur ne fait pas grand sens, sauf à court terme. C'est avec BLEU que l'horizon temporel s'étend jusqu'à la mort de l'individu et au-delà, et avec ORANGE que le temps commence à être utilisé pour une planification stratégique. Il est donc logique que la représentation spatiale du temps change selon le positionnement culminant sur la Spirale Dynamique. Il sera intéressant de découvrir les structures considérées comme « normales » au-delà de ORANGE.
Source : "Le futur est-il devant ou derrière ?", Books, N° 20, Mars 2011, p. 98.
Lundi 4 avril 2011
Beau comme un lundi
Le Figaro économie vient de publier le palmarès de la 9e édition de Great Place to Work France, les entreprises où il fait bon travailler en 2011. Les employés des entreprises gagnantes citent comme critères les plus importants : « le respect des règles éthiques et la gestion de l'entreprise de façon honnête (86 %), la fierté d'appartenance à un groupe (84 %) et la satisfaction de se rendre au travail tous les jours (74 %). »
Chez PepsiCo, le vainqueur dans la catégorie des entreprises de plus de 500 personnes, le directeur général Vincent Prolongeau explique : « Il est indispensable de reconnaître la valeur des hommes. Et ce n'est pas de la langue de bois de patron, mais une vraie ambition d'entreprise ! » Un employé confirme : « À mon arrivée, PepsiCo m'a dit qu'il ne fallait pas perdre sa vie à la gagner. »
Comme chez Gore & Associates, classé deuxième chez les moins de 500 salariés, les employés de Mars Petcare and Food France sont tous des associés. L'entreprise valorise au quotidien équité et transparence : les salaires des hommes et des femmes sont identiques, Michel Klersy, le P-DG, a son bureau dans l'open space commun et il n'est pas plus vaste que les autres, les grilles de salaire sont connues de tous et des informations sont données aux salariés pour qu'ils puissent évaluer leur positionnement sur le marché, le système d'appréciation des performances est le même à tous les postes, le P-DG informe oralement tous les mois les employés de la situation économique et financière de l'entreprise, etc.
Chez Interparfums, le P-DG Philippe Benancin pense important que les employés considèrent que « leur travail a plus de sens qu'un simple job ». Interparfums donne une grande autonomie à ses salariés qui sont « une force de proposition pour faire évoluer leur poste de travail et leurs tâches ». Les collaborateurs apprécient : « On a plus de responsabilités que dans d'autres entreprises du même secteur. »
Patrick Dumoulin, directeur général de Great Place to Work France, conclut : « Il y a un rapport direct entre performance économique et performance sociale ; nous avons à faire à des entreprises dont le chiffre d'affaires est en croissance, qui ont très peu de turnover et d'absentéisme. »
Résumons : éthique, reconnaissance, équité, sens, transparence, participation. La sociocratie conjugue naturellement tous ces critères. À quand une entreprise la pratiquant dans le palmarès ?
Source 1 : Christine Lagoutte, "Les entreprises où il fait bon travailler en 2011", Le Figaro, N° 20724, 21 mars 2011, p. 32.
Source 2 : Caroline Beyer, "PepsiCo reconnaît « la valeur des hommes »", Le Figaro, N° 20724, 21 mars 2011, p. 33.
Source 3 : Bruno Askénazi, "Mars Petcare and Food France : traiter les salariés équitablement", Le Figaro, N° 20724, 21 mars 2011, p. 33.
Source 4 : Bruno Askénazi, "Implication et autonomie chez Interparfums", Le Figaro, N° 20724, 21 mars 2011, p. 33.
Source 5 : Christine Lagoutte, "Il y a un lien entre performance économique et performance sociale", Le Figaro, N° 20724, 21 mars 2011, p. 32.
Mercredi 16 mars 2011
Fondation
La sociocratie, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, a été créée par Gerard Endenburg qui s'est très largement inspiré des travaux de l'éducateur hollandais Kees Boeke.
Kees Boeke avait résumé ses idées et son expérience dans un article que nous sommes heureux de mettre aujourd'hui à la disposition du public francophone : La démocratie telle qu'elle devrait être.
Ce texte éclaire la genèse de la sociocratie et permet à la fois d'apprécier le génie visionnaire de Kees Boeke et de mesurer la richesse et la puissance de l'apport de Gerard Endenburg.
Il me semble aussi, en termes de Spirale Dynamique, montrer la culminance dans le vMème VERT de Kees Boeke, celle en JAUNE de Gerard Endenburg et un bel exemple de comment le second niveau d'existence peut intégrer et enrichir le premier.
Source : Kees Boeke, Sociocracy: Democracy as it might be.
Samedi 5 février 2011
Cyborgs
Voici un petit jeu pour vous distraire ce week-end. Il s'agit de corriger chacune des équations arithmétiques en chiffres romains ci-dessous en ne bougeant qu'une seule allumette, les seuls symboles autorisés étant les chiffres I, V et X, et les opérateurs +, − et = :

Mardi 1 février 2011
ORANGE est blet
Je dois reconnaître qu'il m'arrive de pratiquer le style de communication répétitif de BLEU. Mea culpa — c'est le cas de le dire ! Notamment je rabâche que notre incarnation de ORANGE a vécu son point β et que nos sociétés sont prêtes à passer à des formes de gouvernance plus participatives, du consensus de VERT à la sociocratie en JAUNE. Confortant et réconfortant, le dernier numéro de l'excellent Philosophie Magazine publie un sondage sur les Français et la démocratie.
49 % des Français estiment que la démocratie a reculé en France au cours des dix dernières années, 14 % qu'elle a progressé et 32 % qu'elle n'a ni progressé ni reculé. Ce recul de la démocratie est difficilement contestable. D'abord parce que le peuple le constate et que justement, en démocratie, il est le seul juge de cet aspect du fonctionnement de la société. Ensuite parce qu'il existe un certain nombre d'indicateurs objectifs de ce phénomène dont nous nous sommes déjà fait l'écho : s'ils vous ont échappé, vous pouvez lire ce commentaire et les trois suivants, ainsi que les articles auxquels ils renvoient.
Il y a là « un malaise dépassant les clivages traditionnels et les effets de conjonctures : il exprime une lassitude profonde vis-à-vis du principe même de la représentation. Le citoyen ne se reconnaît plus dans le jeu mimétique des partis, et encore moins dans l'action des hommes politiques ; il s'estime dépossédé de la voix qu'il exprime en glissant son bulletin dans l'urne. Sur les questions importantes […], la majorité des électeurs ne se sent pas prise en compte. »
Ce sondage permet cependant un réel optimisme : « Plus que jamais, l'opinion semble prête à ce qu'on innove, à ce qu'on invente de nouveaux mécanismes destinés à se substituer aux institutions traditionnelles, jugées sclérosées. »
La demande populaire est clairement responsable et participative : 73 % des Français accepteraient qu'un comité scientifique puisse bloquer une loi votée par le Parlement mais qui serait néfaste à l'environnement, 66 % souhaiteraient que des comités populaires de citoyens tirés au sort contrôlent l'action des élus locaux, 63 % désireraient que les grands sujets de société soient soumis à référendum, 61 % estiment qu'une loi qui déclenche une manifestation de plus d'un million de personnes devrait être révisée, 60 % sont pour l'instauration d'un salaire maximum.
Même si certaines de ces réformes sont difficilement applicables, « le signal est éloquent : l'électorat est mûr pour un dépassement de la bonne vieille représentation. Un autre mode de gouvernance est possible. […] On ne sortira de cette crise qui oppose la démocratie à elle-même qu'en révisant sérieusement nos institutions, c'est-à-dire en remettant l'imagination au pouvoir. »
Source : Alexandre Lacroix, "Le peuple a-t-il perdu le pouvoir ?", Philosophie Magazine, N° 46, Février 2011, p. 38-42.
Vendredi 7 janvier 2011
Égalités
La formidable montée des disparités dans nos sociétés occidentales amène à se poser la question de l'égalité, de sa nécessité et de sa concrétisation. Le sociologue François Dubet a publié récemment une intéressante analyse qui distingue deux formes d'égalité. L'égalité des places consiste à s'assurer que les personnes ont des conditions de vie proches quelle que soit leur position dans la société. L'égalité des chances accepte l'inégalité des places tant qu'à chaque génération, les enfants ont la possibilité d'accéder aux meilleures places indépendamment de leur condition sociale.
Si on considère la devise de la République française, « Liberté, Égalité, Fraternité », à propos de laquelle il a souvent été dit qu'il y avait une contradiction entre les termes liberté et égalité, il me semble que l'égalité des places est plutôt reliée à la fraternité, là où l'égalité des chances penche du côté de la liberté. Ainsi la distinction qu'apporte François Dubet lève l'incohérence apparente de la formule.
En termes de Spirale Dynamique, les deux conceptions de l'égalité sont apparues avec le vMème ORANGE (cf. “Elle copie, Martiiiine”). Il est clair que, ces derniers temps, nos sociétés ont mis l'accent sur l'égalité des chances au détriment de l'égalité des places, et que ce choix n'a pas fonctionné : la fameuse panne de l'« ascenseur social ». Les personnes dominées par VERT prônent l'égalité des places, notamment par le resserrement de l'éventail des rémunérations que nous avons souvent évoqué ici.
Tout en reconnaissant les avantages et les limites des deux approches de l'égalité, François Dubet pense aussi qu'il faut donner la priorité à l'égalité des places dont il estime qu'elle renforce le tissu social et qu'elle constitue le meilleur moyen d'arriver réellement à l'égalité des chances. Gerard Endenburg, le fondateur de la sociocratie, a proposé d'instaurer un revenu d'existence garanti (cf. “Retraite ? Inutile”). Ce dispositif tendrait très fortement vers l'égalité des places, mais, en même temps, il assure à chacun une sécurité et une disponibilité qui lui donnent une meilleure chance d'accéder à la place sociale qu'il souhaite occuper.
Source : François Dubet. Les Places et les Chances : Repenser la justice sociale. Paris (France) ; Éditions du Seuil ; 2010.
Samedi 1 janvier 2011
Voir la vie en VERT
Quand une gazelle de Thomson aperçoit un prédateur, elle saute sur place, les quatre pattes bien raides et son fessier de pelage blanc bien visible. Si à ce moment-là, elle est en troupeau, toutes les autres bêtes perçoivent le signal et s'enfuient. Les éthologues ont imaginé de nombreuses explications à ce comportement et pensent même avoir trouvé celle qui est correcte. Pour notre propos du jour, nous ne retiendrons que deux des justifications envisagées.
Dans la première, la gazelle cherche à prévenir ses congénères. En sautant sur place au lieu de s'enfuir, elle perd un temps précieux qui la met en danger, mais est bénéfique à sa horde. Son comportement est altruiste. Dans la seconde, la gazelle exhibe en sautant sa bonne santé et sa force physique. La gazelle de Thomson étant un des animaux les plus rapides de la savane, le prédateur se sait alors repéré et préfère poursuivre des animaux plus fragiles, jeunes ou malades. La gazelle sauteuse a réussi à dissuader son assaillant potentiel. Son comportement est égoïste.
Notre monde ORANGE est fondé sur l'hypothèse de l'homo economicus au comportement rationnel et égoïste. Toutes les grandes théories économiques du siècle dernier ont été construites sur cette hypothèse. Aujourd'hui, nos économistes commencent à comprendre que l'être humain n'est pas si rationnel que cela. Mais ils persistent pour la plupart à le penser égoïste.
Comme c'est le cas pour la gazelle de Thomson, de nombreux comportements de nos frères humains sont mystérieux. Quelqu'un qui fait du bien aux autres ou évite de leur faire du mal agit-il ainsi par amour altruiste des autres, par recherche égoïste de bénéfices en retour, ou par évitement égoïste d'inconvénients potentiels ? La plupart du temps, nous ne le savons pas et n'avons pas la possibilité de le savoir. Dès lors, notre interprétation est un choix.
Nos sociétés ont un besoin urgent de mettre en œuvre les vMèmes suivants ORANGE afin de corriger les excès de ce dernier. Cela implique en priorité de développer VERT. Ceux qui pensent qu'il faut vite passer en JAUNE doivent se souvenir que JAUNE, c'est la rationalité de ORANGE plus l'humanité de VERT (plus quelques autres ingrédients !). C'est donc bien cette humanité de VERT que nous devons en priorité acquérir et répandre.
Rien ne nous empêche alors d'interpréter l'attitude des autres comme étant altruiste.
Pourquoi pas diront certains en objectant aussitôt que les comportements qui peuvent être interprétés comme étant altruistes sont rares. Que nenni ! Ils sont légions.
Pour en prendre conscience, il suffit de tenir compte de deux facteurs. D'abord, un acte n'a pas besoin d'être spectaculaire pour être altruiste : si une personne laisse tomber sur le sol une pièce de vingt centimes d'euro et que vous le lui signalez, c'est un acte altruiste. Ensuite, il existe un altruisme passif quand on pourrait impunément faire quelque chose qui porte tort à quelqu'un et qu'on s'en abstient : quand vous ne dépassez pas dans une file d'attente une personne dont l'attention est occupée par ailleurs, c'est un acte altruiste.
Et si en 2011, nous attachions une lucide importance à nos actes altruistes et à ceux des autres êtres humains ? Et si nous faisions de 2011 l'année de l'homo bonus ? Cela devrait suffire à en faire une année heureuse, ce que je souhaite à tous.
Note : j'ai utilisé dans ce texte pour des raisons de facilité de lecture — après tout, c'est le premier de l'an et les effets du réveillon ne sont peut-être pas encore dissipés ! — l'expression « comportement altruiste ». Il serait plus exact de parler de « comportement prosocial non égoïste », pour souligner que la personne qui manifeste le comportement n'en tire pas de bénéfice matériel (non égoïste) alors que d'autres personnes et/ou la société en général en profite (prosocial). En effet, il existe des comportements non égoïstes qui ne sont pas prosociaux comme le terrorisme kamikaze, et des comportements prosociaux qui ne sont pas non égoïstes, par exemple si on est payé pour faire quelque chose d'utile à la société et que c'est là la seule source de motivation.
P.-S. : je vais commencer l'année par un acte altruiste en évitant à mes lecteurs de faire une très mauvaise plaisanterie et en prenant la honte sur moi ! La transition ne devrait pas être trop difficile car souvent l'homo economicus rêve d'un bonus. Voilà, voilà…
Source : Lynn A. Stout, Cultivating Conscience : How Good Laws Make Good People, Princeton (New Jersey), Princeton University Press, 2010.
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jeu 5 fév 2009, 06:58