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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Aller au cœur de la connaissance
Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Cycle des organisations, les 18 & 19 septembre 2010
Spirale Dynamique : Bases, les 13 & 14 novembre 2010
Sociocratie : Bases, les 21, 22 & 23 janvier 2011
À bientôt !
Samedi 14 août 2010
Donnez moi du pain, ma mie !
Hier soir, j'achetais mon pain quotidien lorsque la personne qui me précédait s'est montrée d'une extrême goujaterie avec la boulangère. Moi qui entretiens des relations très chaleureuses avec cette accorte commerçante, je me suis demandé quelle raison chaque niveau d'existence pouvait avoir d'être aimable avec un vendeur.
En VIOLET, la notion de commerce n'existe pas vraiment. Internes ou externes à la tribu, des trocs ont lieu, et le besoin de sécurité et de réciprocité impose des relations plutôt apaisées dans ce contexte comme dans les autres (cf. “Offert par la maison”).
En ROUGE, il n'y a aucune raison particulière d'être gentil avec un marchand à moins qu'il soit en position dominante par un monopole sur son produit ou par une expertise particulière qu'il est impossible de contourner par la force ou par la ruse.
En BLEU, la politesse est une règle, mais il n'y a pas d'implication émotionnelle.
En ORANGE, la gentillesse avec un commerçant est un investissement : par exemple, quand une nouvelle fournée vient juste de sortir, ma boulangère donne aux clients qu'elle aime bien une baguette toute chaude au lieu de leur refiler un pain restant de la fournée précédente.
En VERT, le plaisir de vivre des relations harmonieuses avec sa communauté de proximité est une motivation suffisante.
En JAUNE, en plus de tout ce qui précède selon le positionnement sur la Spirale Dynamique du commerçant, l'amabilité est bien souvent l'input le plus approprié de la part du client pour que le commerçant assure correctement sa fonction dans le système constitué du commerçant, de ses clients et de ses fournisseurs, dans le système constitué du commerçant et de son réseau familial et social, et dans celui constitué de l'acheteur et de son réseau familial et social. Mais des circonstances particulières peuvent amener à choisir volontairement une autre attitude.
Et vous, avec votre boulanger, ça va ?
Lundi 9 août 2010
Tous auteurs !
Traditionnellement, la publication d'un livre nécessitait que l'auteur trouve un éditeur qui prenne en charge, en direct ou en sous-traitant, l'impression, la diffusion et la distribution de l'ouvrage. L'éditeur faisait donc une sélection des textes qu'il publiait sur la base de l'intérêt qu'il leur trouvait et/ou de leur rentabilité potentielle.
Très vite, des auteurs ont souhaité être publiés alors qu'ils ne trouvaient pas d'éditeur, parce que leur ouvrage était jugé d'un intérêt insuffisant ou parce que le lectorat potentiel était considéré trop petit. Sont alors apparues des maisons d'édition spécialisées dans la publication à compte d'auteur qui laissaient l'auteur assurer les frais de publication en échange de prestations — bien souvent illusoires — de publicité et de distribution. Le niveau ORANGE de la Spirale Dynamique s'exprimait là de manière classique.
Mais les conditions de vie ont changé : libraires en ligne, impression à la demande, multiples forums littéraires ou spécialisés, etc. Le compte d'auteur disparaît au profit de l'autopublication. Pour une somme dérisoire, voire même nulle, un ouvrage peut être créé, puis diffusée sur l'Internet ou imprimé exemplaire par exemplaire pour chaque client. Ainsi, la chaîne éditoriale est considérablement raccourcie. L'auteur est en contact avec le lecteur, directement ou par un seul intermédiaire. C'est le lecteur qui décide quel ouvrage l'intéresse, le pré-tri fait par l'éditeur ayant disparu et n'étant éventuellement remplacé que par le « buzz » communautaire des réseaux sociaux. Cet aplatissement de la structure sociale et économique ainsi que ce mode de communication sont caractéristiques de VERT.
Un exemple pour ceux qui ne croient à l'efficacité de ce vMème. Pendant dix ans, Karen McQuestion a essayé de convaincre un éditeur de publier ses livres. En juillet 2009, elle s'est autopublié sur la boutique Kindle d'Amazon. À ce jour, elle a vendu 36 000 exemplaires de A Scattered Life dont Amazon sortira une édition papier en août et sur lequel un producteur d'Hollywood a pris une option.
Samedi 5 juin 2010
Conversations
La conversation est le concept à la mode, objet d'une multitude de livres ou d'articles. Résumons les principales tendances :
- Un leader est une personne capable de susciter et d'entretenir des conversations signifiantes.
- Une communauté se crée par une conversation autour d'une ou plusieurs possibilités.
- Le travail en commun est une combinaison de conversations et d'action.
En attendant que ORANGE essaye de le récupérer, ce mouvement peut être considéré comme un des signes de la diffusion de VERT. J'aurais certainement l'occasion de revenir plus en détail sur cette notion. Aujourd'hui, je voudrais en rester au sens du mot conversation : « Échange de paroles entre personnes qui se trouvent ensemble. » Paroles ?
Historiquement, l'apparition de l'écriture a coïncidé avec celle du vMème BLEU. Avant, l'information était transmise principalement de manière orale, même si existaient des embryons de transmission de données sur des supports durables, notamment des plans et des cartes. Les civilisations dominées par BLEU ont été les civilisations du Livre. Cependant, même à cette époque, seule une très petite minorité de personnes savait lire et elle transmettait oralement le contenu des livres aux autres.
C'est le niveau d'existence ORANGE qui a permis à une part de plus en plus grande de la population d'accéder à la lecture. L'invention de l'imprimerie typographique par Gutenberg vers 1440 — après Bì Shēng en Chine dès 1041 — entraîne une intense propagation des idées qui va permettre une contestation forte de la Vérité Ultime de BLEU. La diffusion de la Bible a été le ferment du protestantisme, et on sait le rôle important qu'ont joué les ouvriers imprimeurs — les premiers à savoir lire — dans la remise en cause du modèle social de BLEU (cf. “Pouvoir de nuisance”). ORANGE a donc créé des sociétés de lettrés, et on y corrèle souvent le taux de développement au taux d'alphabétisation.
En 1962, dans La Galaxie Gutenberg, Marshall McLuhan introduisait l'expression de « société post-alphabétisée ». Dans une société de ce type, les progrès des technologies multimédias ont atteint un tel niveau de développement que la capacité à lire des mots écrits est devenue inutile — certains associent même l'apparition de société post-alphabétisée à l'atteinte de la singularité. Cela peut sembler utopique, mais n'aurait-il pas semblé utopique à la génération de nos parents une société où la capacité à faire des calculs de tête ou à la main est devenue inutile ? C'est pourtant le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui : qui parmi nous sait encore extraire une racine carrée avec un papier et un crayon ? Nous sommes bien évidemment capables d'apprendre à le faire, mais nous choisissons de ne pas développer cette compétence. De même dans une société post-alphabétisée, les personnes seraient capables d'apprendre à lire, mais cela paraîtrait inutile au plus grand nombre d'entre elles, et elles choisiraient de ne pas le faire.
Il n'est pas besoin de chercher très loin pour découvrir les signes d'une possible émergence de la société post-alphabétisée. Mon lecteur de livres électroniques est capable de lire à haute voix les ouvrages que j'y stocke — certes de manière un peu robotique, mais cela ne durera pas. De nombreux blogs privilégient les dessins, les enregistrements audio et les vidéos au texte — pas celui-ci, mais notre lectorat est une petite communauté assez particulière ! Les livres enregistrés sur un support audio sont de plus en plus nombreux. Nos adolescents s'affranchissent de plus en plus des contraintes de l'écriture : un échange par SMS ou par service de messagerie instantanée n'est qu'une conversation au ralenti, et le langage SMS est un sociolecte dérivé de la communication verbale dans laquelle l'aspect phonétique est fondamental. « Jean-Louis, té 1viT à l'aP'ro » relève autant de l'oralité que de l'écrit ! Ce n'est sans doute pas une simple coïncidence si un des plus fulgurants succès sur l'Internet ces dernières années s'appelle Twitter (gazouillis). Régulièrement, j'entends des personnes ayant un haut niveau d'études et une compétence et une intelligence certaines manifester pourtant des capacités de lecture très médiocres.
La perspective d'une société post-alphabétisée peut sembler effrayante sur le plan intellectuel tant la supériorité de l'écrit sur les autres médias paraît évidente : rapidité, maîtrise du rythme, aisance des retours arrières, etc. C'est sans compter que nous ne lisons déjà plus comme la génération précédente. Une part de plus en plus importante de notre activité de lecture a lieu sur l'Internet. En réalité, nous ne lisons pas ces textes, nous les survolons. Une étude, publiée en 2008 par UseIt.com, montre que pour qu'un lecteur moyen en lise plus de 50 %, il faut que le texte fasse moins de 111 mots ! Pour information, ce billet fait 943 mots, ce qui correspond à un taux de lecture probable de l'ordre de 24,2 % — pour ceux que cela intéresse et qui veulent évaluer leurs propres écrits, la formule est “taux = 2,48×nb-mots-0,34”, et cela ne se calcule pas forcément à la main ! De nouvelles méthodes de présentation et d'acquisition de l'information sont en train de naître, et il est impossible de savoir ce qu'elles seront et si l'écrit traditionnel conservera à terme sa supériorité.
Revenons à la Spirale Dynamique. Les nouvelles technologies induisent un changement des conditions de vie permettant un échange rapide et efficace d'informations non-textuelles. Cela induit l'apparition d'un vMème collectif : la lecture est un acte solitaire, là où la conversation est une activité de groupe. Ainsi se crée une rétroaction positive amenant la diffusion de plus en plus grande du niveau d'existence. VERT verra-t-il vraiment l'apparition d'une société post-alphabétisée ? Vous le saurez non pas dans notre prochain épisode, mais en cultivant la patience et vivant longtemps, deux choses que je vous souhaite à tous.
Mardi 1 juin 2010
La juste dose
Les vMèmes ORANGE et VERT se positionnent en réaction aux excès négatifs de BLEU qu'ils ont connus. Cette attitude a des répercussions dans de nombreux domaines, et notamment dans l'éducation. Ainsi, les enfants ont pu bénéficier de manière très positive de plus de liberté et de possibilités d'expression.
Cependant, pour fonctionner correctement un niveau d'existence doit s'appuyer sur les étapes précédentes de la Spirale Dynamique. Quelques parents, et parfois le système éducatif tout entier, ont pu l'oublier à certains moments en ne tenant pas compte du fait que les capacités cognitives d'un enfant varient avec son âge, et qu'il est une période où BLEU est nécessaire et sécurisant. Ce qui est bon pour les adultes ne l'est pas forcément à l'identique pour les enfants, et on a pu se retrouver devant la situation de « bébés qui font des bébés ». D'où un excès de ROUGE dans certains pans de notre société.
Le CSA vient de réaliser pour l'APEL, l'Association des parents d'élèves de l'enseignement libre, un sondage dont voici quelques résultats :
- 79 % des jeunes (15-24 ans) ont un sentiment positif à l'égard de l'autorité — contre seulement 66 % des parents ;
- 60 % des adolescents estiment qu'il y a un manque d'autorité chez les parents — mais 82 % estiment que leurs propres parents font bien de ce point de vue ;
- 65 % des jeunes et 66 % des parents estiment que les enseignants manquent d'autorité.
Étonnant ? Pas vraiment en fait. Une restauration des valeurs de sacrifice du soi ne pouvait pas ne pas avoir lieu. Il ne s'agit bien évidemment pas de faire du BLEU à l'ancienne — j'ai connu pendant mon enfance et je ne recommande pas ! — mais de trouver un moyen de poser le cadre nécessaire sans entraver l'individuation et l'épanouissement des enfants et adolescents.
Source : Julie Brafman, "Les adolescents demandeurs de plus d'autorité", Le Monde, 1 juin 2010.
Vendredi 28 mai 2010
Tuer le leader
Tuer le père est un concept psychanalytique initialement rattaché au complexe d'Œdipe : le jeune enfant ressentirait, entre 3 et 6 ans, un désir sexuel inconscient pour le parent du sexe opposé et désirerait éliminer le parent du même sexe perçu comme un rival — en période ROUGE, on aime les solutions radicales ! Pour certaines approches psychanalytiques, le meurtre symbolique du père permet à l'enfant d'advenir en tant que sujet et est une absolue nécessité pour devenir adulte. C'est dans ce sens de prise d'autonomie que l'expression est entrée dans le langage courant.
Le leader, qu'il manifeste principalement VIOLET, ROUGE, BLEU ou ORANGE, infantilise les personnes qu'ils dirigent ou entraînent : il est celui qui distribue la compétence, génère la motivation, crée le bien-être, etc. Le concept traditionnel de leader est déresponsabilisant. On peut dès lors mieux comprendre le besoin du passage en VERT où toutes les formes de dirigisme, de prise de pouvoir ou d'affirmation d'un statut sont regardées avec méfiance.
Il faut tuer le leader — métaphoriquement ! — afin que chaque personne dans une organisation devienne autonome et adulte, et comprenne qu'elle est responsable de sa compétence, de sa motivation, de son bien-être.
Puis viendra le vMème JAUNE. Le leader pourra renaître de ses cendres, totalement transformé : son leadership sera circonstanciel, temporaire et n'empêchera jamais, consciemment ou inconsciemment, la parole pertinente des autres, mais au contraire ouvrira en permanence un espace d'expression. Pour le leadership aussi, il est impossible d'ignorer une étape de la Spirale Dynamique.
La sociocratie a beau être une méthode JAUNE, elle ne transforme pas une organisation en JAUNE ! C'est pourquoi il est important de connaître et comprendre le positionnement dans le cycle des organisations de tous les secteurs d'une entreprise ou d'une société et de prendre, parallèlement à l'instauration de la sociocratie, les mesure permettant de faire évoluer sur le cycle ceux qui en ont besoin.
Dimanche 16 mai 2010
Perroquet
Il semble qu'il faille actuellement à la vie publique française sa polémique hebdomadaire. Cette semaine, après la burqa, voici les « apéros géants ». 9000 personnes se sont réunies à Nantes la semaine dernière. Malheureusement, un jeune homme, vraisemblablement ivre, a grimpé sur la balustrade d'un pont et en est tombé ; il est décédé à l'hôpital le lendemain des suites des blessures occasionnées par sa chute. Immédiatement, hommes politiques et médias se sont emparés de l'affaire.
On pourrait tout d'abord signaler que c'est le premier accident mortel depuis le lancement des apéros géants en novembre 2009. On pourrait tout autant s'indigner de l'hypocrisie de la société française où boire fait partie intégrante de la culture, où les morts par alcoolémie sur la route ou ailleurs ne se comptent plus, et où la puissance du lobby de l'alcool n'est plus à démontrer.
Le plus ennuyeux dans les nombreuses réactions n'est pourtant pas là. On a d'abord désigné un coupable : le réseau social Facebook sur lequel ces manifestations sont organisées — tout le monde sait en effet qu'avant Facebook, les jeunes passaient leurs soirées à boire des orangeades en récitant des poèmes de Charles d'Orléans ! D'un point de vue intellectuel, confondre le média et le message est passablement stupide : si des personnes se saoulent à une noce, poursuivrions-nous l'imprimeur des faire-part ? On retrouve là en fait la peur d'Internet qui anime une certaine catégorie de nos soi-disant élites : cf. par exemple “Taisez-vous, manants !”.
De nombreuses voix ont ensuite réclamé l'interdiction totale des apéros géants. Plus tolérante, Nathalie Kosciusko-Morizet a déclaré vendredi sur Europe 1 : « Ce n'est pas forcément l'interdiction systématique, mais il faut que les organisateurs comprennent que s'il y a des règles de sécurité qui sont mises en place, ce n'est pas pour les ennuyer, c'est vraiment qu'il y a des risques. […] Je veux que les organisateurs se rendent compte que ce qu'on appelle l'ordre public, ce n'est pas une saloperie pour embêter les gens, c'est pour protéger les gens. »
Les organisateurs !? Nathalie Kosciusko-Morizet est pourtant secrétaire d'État à la prospective et au développement de l'économie numérique. Sur Facebook, et sur les réseaux sociaux en général, il n'y a pas d'organisateur(s) et de participants. Les 9000 personnes présentes à Nantes étaient collectivement toutes organisateurs et participants. La responsabilité est aussi collective.
Lors des événements en banlieue parisienne en 2005 (cf. “Allumer le feu”), j'écrivais : « À l'heure du portable et de l'Internet, simultané et semblable ne veulent plus dire forcément coordonné ou centralisé. » Cinq ans plus tard, les dirigeants politiques semblent ne pas l'avoir encore compris. Pourtant, c'est une des caractéristiques fondamentales de l'émergence du vMème VERT : des mouvements collectifs auto-organisés — cela n'implique évidemment pas que tous les participants aux apéros géants soient dominés par ce niveau d'existence.
Dans La Solution, Bertolt Brecht ironisait : « Ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? » Il semble aujourd'hui que BLEU et ORANGE voudraient bien dissoudre VERT !
Bien évidemment, les apéros géants posent des problèmes réels : sécurité, santé, hygiène, déchets, nuisance aux riverains. Cependant, on ne résout pas les difficultés créées par un niveau d'existence avec les solutions des niveaux précédents.
P.-S. : pour nos lecteurs sobres, rappelons qu'un perroquet est un cocktail à base de pastis et de sirop de menthe. Un apéritif vert, en quelque sorte.
Jeudi 6 mai 2010
VERT a son agence de presse
Samedi dernier avait lieu le dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche. Il y est de tradition que le Président des États-Unis y amuse la galerie en faisant un discours où il se moque de lui-même, de la classe politique et des personnes en vue à Washington. Barack Obama n'a pas failli à la règle, mais les journalistes ont plutôt ri jaune quand il a déclaré : « Bien sûr, je n'ai pas le pouvoir et l'influence que j'avais autrefois, mais pour ma défense, vous non plus ! Les gens me disent : “Monsieur le Président, vous avez aidé les banques à survivre, vous avez sauvé General Motors et Chrysler. Et les entreprises de presse alors ?” Et là, j'explique : “Hé, je suis juste le Président, je ne suis pas un faiseur de miracles.” »
Effectivement, la presse traditionnelle va mal : 40 000 emplois supprimés en 2008 et 2009 aux États-Unis, et la situation n'est pas plus brillante ailleurs. Ainsi, en France, Le Monde serait au bord de la faillite et perdrait plus d'un million d'euros par mois.
Les raisons de cette crise sont multiples. La principale est sans doute que la défiance qui frappe les hommes politiques atteint aussi les journalistes. Ceux-ci sont perçus comme manquant d'honnêteté et de transparence. Comme toute généralisation, celle-ci est injuste. Cela ne veut pas dire qu'elle est totalement injustifiée : par exemple, l'attitude de la presse lors du référendum à propos de la constitution européenne a été globalement indigne : de la propagande et non pas du journalisme.
Le modèle actuel de la presse est celui d'une communication descendante. Le vMème VERT est là et ne supporte plus ce type de fonctionnement. Un modèle de diffusion de l'information totalement différent existe déjà et prend une importance de plus en plus grande : Twitter, dont nous avions parlé peu après son démarrage et qui se découvre chaque jour de nouvelles utilisations.
Sous la direction de Haewoon Kwak, des chercheurs du Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST) ont analysé l'ensemble des messages émis sur Twitter en juillet 2009. Ils ont découvert que le réseau Twitter était incroyablement dense. Dans le monde physique, s'applique la théorie de Frigyes Karinthy — apparemment validée par les expériences de Stanley Milgram — des six degrés de séparation : toute personne sur terre peut être reliée à n'importe quelle autre par une chaîne de six relations individuelles ; c'est la théorie du « petit monde ». Eh bien, en partie parce que le réseau est asymétrique — les gens que nous suivons sur Twitter ne nous suivent pas forcément, et seulement 22,1 % des relations sont réciproques —, le monde de Twitter est encore plus petit : 4,12 degrés de séparation selon les travaux du KAIST. Cela explique pourquoi les informations s'y répandent à une vitesse inégalée : 35 % des retweets ont lieu dans les dix minutes suivant la publication d'une information, 55 % au bout d'une heure.
La conclusion de Haewoon Kwak et son équipe est que « les utilisateurs individuels ont le pouvoir d'imposer les informations qu'ils estiment importantes en les répandant au moyen des retweets. […] D'une certaine manière nous sommes les témoins de l'émergence d'une intelligence collective. »
Certains sont horrifiés par ce mode de transmission des nouvelles. Il a certes les défauts et les qualités de VERT — notamment un poids très fort des émotions —, mais il est un passage utile et obligé avant de trouver, dans la deuxième boucle, un équilibre entre des formes descendantes et ascendantes de propagation et d'analyse de l’information, comme la sociocratie sait déjà le faire dans une organisation.
Source 1 : "Obama fait le show à la Maison Blanche", Le Monde, 2 mai 2010.
Source 2 : Haewoon Kwak, Changhyun Lee, Hosung Park & Sue Moon, "What is Twitter, a Social Network or a News Media ?" (présentation à la 19th International World Wide Web Conference le 30 avril 2010).
Samedi 1 mai 2010
Le vrai coût des salaires
La problématique de l'échelle des salaires a souvent été abordée sur ce blog, par exemple dans les billets “Mettre les patrons au VERT”, “Trop payé ? Ou d'autres pas assez ?”, “Le salaire de l'empathie”.
Les personnes centrées en VERT sont horrifiées par les excès que commettent actuellement nos sociétés ORANGE et réclament un fort resserrement de l'éventail des rémunérations. Il n'est pas étonnant que leurs arguments soient principalement émotionnels, la situation économique des plus pauvres s'étant dégradée d'une manière profondément choquante ces vingt dernières années.
Si le vMème JAUNE est, bien évidemment, sensible à cet aspect humain, il cherche à vérifier qu'une grille salariale plus étroite est fonctionnelle. Dans “Échelle des salaires”, nous avions relaté une tentative d'établir un modèle de calcul de l'écart le plus juste des rémunérations ; cette approche était certes sommaire, mais indiquait une direction possible.
Eilís Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, trois chercheuses britanniques travaillant pour la New Economic Foundation, ont abordé le sujet en étudiant l'impact des salaires sur la société en général. Pour cela, elles ont créé le concept de « retour social sur investissement », en étudiant non pas uniquement ce qu'un employé apporte à son entreprise, mais ce que son travail apporte globalement à l'économie, la société, l'environnement, etc. De leur propre aveu, leurs calculs ne sont pas d'une précision absolue, mais cherchent à attirer l'attention sur un certain nombre de problèmes et à indiquer une voie de recherche.
Par exemple, un agent de nettoyage à l'hôpital a un travail indispensable au fonctionnement de l'institution qui diminue le risque des maladies nosocomiales et améliore la confiance des patients. Chaque euro qu'il touche en salaire rapporterait au moins dix euros de valeur sociale. Une employée de crèche qui éduque les enfants et libère le temps des parents créerait une valeur sociale du même ordre. Un conseiller fiscal qui cherche à priver la collectivité du produit de l'impôt détruirait 47 euros de valeur sociale chaque fois qu'il est payé un euro. Un publicitaire crée des emplois en favorisant la consommation, mais a un impact négatif entre autres en accroissant la pollution, l'endettement, l'obésité, les maladies liées à l'anxiété et la frustration ; chaque euro de sa rémunération détruirait 11,50 euros de valeur sociale. Quant aux banquiers d'affaire, ils ne détruiraient « que » sept euros pour chaque euro de valeur financière créée.
Il s'agirait alors de passer d'une rémunération tenant compte de la valeur créée pour les actionnaires à une rémunération ajustée à la valeur créée pour la société et/ou de prévoir une imposition tenant compte du bénéfice social d'une activité. Cela me semble être une tendance obligée des prochains niveaux d'existence. Le principe de la sociocratie selon lequel « toutes les tâches ont une égale valeur » devrait sans doute être reformulé en parlant de tâches utiles.
Source : Eilís Lawlor, Helen Kersley & Susan Steed, A Bit Rich : Calculating the real value to society of different professions, New Economic Foundation, Décembre 2009. [Merci à Sophie qui m'a signalé cette étude.]
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ven 3 nov 2006, 08:07