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« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
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« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
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Lundi 6 février 2012
Échapper à la règle de la morgue (3/3)
[Première partie] [Deuxième partie]
Cet environnement totalement différent où l'ex-membre du gang peut être à l'abri, cette autre planète, existe, non pas physiquement, mais culturellement. Le meilleur moyen pour un homie de quitter son gang est de se convertir et de devenir un hermano ou une hermana (frère ou sœur en Dieu).
L'offre spirituelle en Amérique centrale est majoritairement chrétienne, avec une Église catholique encore dominante mais en net recul, et des Églises évangéliques en pleine expansion et qui partagent quatre caractéristiques fondamentales : conservatisme théologique, frontières communautaires fortes, accent mis sur la guérison et l'extase cathartique, et piété stricte. C'est vers elles que se tournent les homies désireux de changer de vie. Les raisons sont multiples.
D'abord, il y a une ressemblance de structure entre les gangs et les Églises évangéliques qui facilite probablement l'intégration des homies. Ce sont tous les deux des institutions insatiables, au sens du sociologue Lewis Coser : elles font une distinction forte entre membres et non-membres, elles demandent à leurs membres une grande disponibilité en temps et une loyauté exclusive et indivisible.
Ensuite, l'Église évangélique est en contrepartie généreuse avec ses membres. Elle fournit aux anciens homies une interaction et une présence constantes qui les aide à lutter contre les addictions. Les pasteurs ou les membres de l'Église assistent dans la recherche d'un travail en donnant des contacts et des recommandations ; en attendant, elles peuvent les dépanner matériellement en donnant de la nourriture et des produits de base.
De plus, là où l'Église catholique se contente d'une action sociale semblable, l'Église évangélique considère que le problème est avant tout spirituel. Le hermano doit participer régulièrement aux offices, mais aussi au cours de la semaine à des réunions régulières qu'organisent entre eux les membres de l'Église. L'immense majorité d'entre eux décrivent d'ailleurs le moment où ils décident d'adhérer à une Église évangélique comme un moment de conversion spirituelle : le plus souvent, ils entrent en contact avec des émotions, pleurent pour la première fois depuis des années devant une autre personne, membre de l'Église ou prêtre, et sentent alors l'appel de Dieu. Désormais la Bible est un talisman qui leur assure la protection divine contre leurs ennemis et les membres de leur ancien gang.
Enfin l'Église évangélique traite directement le problème de la honte. Sur le plan psychologique, elle organise des ateliers sur la gestion de la colère et l'estime de soi. Sur le plan spirituel, comme le nouveau converti est considéré par ses anciens camarades comme un maricòn, une tapette, l'Église évangélique recadre les pratiques associées à la virilité dans le barrio (boire, aller en discothèque ou multiplier les relations sexuelles) comme une faiblesse. Le hermano est félicité pour ses succès et sa force dans la « conquête des péchés » : il est un Hombres de Valor.
En contrepartie, le nouvel hermano doit avoir une vie irréprochable. L'Église évangélique exerce un contrôle strict des 5 P : pelo (se couper les cheveux), pantalòn (porter un pantalon), pintura (ne pas se maquiller), pelota (pas de football notamment le dimanche) et parranda (pas de surprise-partie, ni de discothèque). Bien entendu, alcool, drogues et tabac sont aussi totalement proscrits.
Du point de vue de la Spirale Dynamique, on a là tous les ingrédients d'un accompagnement de la transition de ROUGE à BLEU.
Les maras savent bien faire la différence entre valeurs profondes et valeurs de surface. Le converti doit être investi à 100 % dans sa nouvelle foi, et le gang le surveille jour et nuit, ne serait-ce que pour vérifier qu'il ne se lance pas dans des activités délictueuses concurrentes : « Si tu veux partir pour suivre la voie de Dieu, c'est bon. Nous t'aiderons. Mais si tu triches avec le barrio et avec Dieu, nous te couperons les mains et les pieds. » Le contrat — pas d'arme, pas de drogue et les 5 P — doit être respecté au pied de la lettre : un ex-membre d'un gang vu en train de fumer à la porte de l'église juste avant l'office peut voir débarquer ses anciens camarades, être sorti de l'église pendant la messe, et exécuté sur le parvis.
*–*–*–*–*
Les travaux de Robert Brenneman à l'origine de ces trois articles ont un intérêt plus général que le simple cas des maras d'Amérique centrale. Pour les amateurs de Spirale Dynamique, ils sont une indispensable description d'une transition. Ils sont aussi une piste de réflexion pour lutter contre la violence des gangs : nécessité de comprendre le rôle de l'humiliation et le besoin du respect, développer des visions alternatives de la masculinité, offrir des structures d'accueil temporairement « insatiables », fournir une Vérité Ultime saine, etc.
Source : Robert Brenneman. Homies and Hermanos : God and Gangs in Central America. New York (New York) ; Oxford University Press ; 2011.
Mercredi 1 février 2012
Échapper à la règle de la morgue (2/3)
La règle de la morgue est particulière aux maras. Aux États-Unis par exemple, l'appartenance aux gangs de rue est une étape de la vie, et l'âge adulte venu, la plupart des membres quittent le gang, même si c'est pour d'autres activités délictueuses. La règle de la morgue a toutefois une fonction positive. Même s'il peut décourager certains jeunes de devenir un homie, le cri de ralliement ¡Hasta la morgue! n'est pas qu'une menace ; c'est aussi un rituel qui renforce la mara et accroît la solidarité en affirmant comme sacrées les valeurs du gang.
S'il n'y avait pas la règle de la morgue, quitter sa mara serait quand même très difficile. Que faire d'autre dans des pays où avoir un travail stable est considéré comme une chance ? Les homies partent avec les handicaps d'un manque de formation et d'un casier judiciaire souvent chargé, sans compter que les tatouages constituent une marque d'infamie qui les signale aux éventuels employeurs, aux policiers, aux milices et à la société en général. De plus nombre d'entre eux ont gagné dans les gangs une ou plusieurs addictions à l'alcool, à la drogue ou au sexe qu'ils ne pourraient plus satisfaire en cas de retrait.
Pourtant, de nombreux jeunes désirent quitter leur mara. Les raisons en sont multiples. Certains désirent fonder une famille. D'autres sont déçus par la vie du gang et son stress perpétuel : « Le gang m'a usé. » Surtout, beaucoup ont peur de la mort. Les homies sont victimes d'un effet boomerang : pour gagner le respect, ils doivent multiplier les violences, et plus ils commettent de violence, plus ils se font d'ennemis et risquent d'être tués. De surcroît, gardant les bonnes habitudes acquises pendant la dictature, la police pratique volontiers le « nettoyage social » : des milices enlèvent, torturent puis exécutent les membres des gangs.
Cependant la crainte de la mort n'est ni nécessaire, ni suffisante pour expliquer les désirs de départ. Au cœur des motivations, nous retrouvons la problématique de ROUGE : la honte.
Même s'il passe une grande partie de sa vie avec les autres membres du gang, le homie n'est pas réellement isolé de son ancien milieu. Il continue à vivre dans le même barrio où il reste proche de sa famille et croise ses anciens amis et voisins. Bien évidemment, ces personnes, qui sont victimes des gangs, lui manifestent directement ou indirectement leur désapprobation. Ainsi la violence ne fait qu'ajourner l'expérience de la honte et sème les graines d'une nouvelle honte.
Une mara est organisée un peu comme une franchise : des gangs locaux, des clicas, adhèrent à une mara et, pourvu qu'ils s'opposent aux clicas de la mara rivale, ils disposent d'une large autonomie. De temps en temps la mort du leader d'une clica donne une chance de pouvoir partir sans trop de crainte de représailles. Parfois le leader n'est pas assez compétent ou motivé pour appliquer la règle de la morgue et éliminer les déserteurs. Mieux vaut cependant ne pas s'y fier.
Il existe une solution intermédiaire : devenir un calmado, un réserviste qui garde ses tatouages, respecte la mystique du gang, hait le gang rival, assiste régulièrement à des réunions de la mara, accepte de participer à des opérations exceptionnelles, et reste en contrepartie protégé par la mara. Le calmado est surveillé : malheur à lui s'il essaye de participer à des opérations illégales en free-lance ou pour une autre organisation.
Il est possible aussi d'émigrer vers un autre pays d'Amérique centrale ou vers el Norte, les États-Unis, mais les gangs étant transnationaux, cette solution n'est ni facile ni sûre.
Que faire alors ? Rudolfo Kepfer, un psychiatre clinicien qui travaille avec des homies en prison ne voit qu'une possibilité : « Les envoyer sur une autre planète. »
Vendredi 27 janvier 2012
Échapper à la règle de la morgue (1/3)
Il y a un peu plus de trois ans, je vous recommandais le film Sin Nombre, passionnante description des maras. Les maras sont des gangs de rue transnationaux qui sévissent en Amérique Centrale, particulièrement au Guatemala, au Salvador et au Honduras où ils regroupent environ 70 000 personnes, essentiellement de très jeunes garçons et des adolescents. Les maras sont bien distincts des cartels de la drogue qui opèrent dans la même zone géographique.
Pendant les années 1960 à 1980, les USA et des multinationales américaines, notamment l'United Fruit de sinistre mémoire, mettent en place en Amérique Centrale des dictatures sanguinaires pour des raisons géopolitiques et économiques. Il s'ensuit des guerres civiles pendant lesquelles les militaires formés par la CIA vont tuer des centaines de milliers de civils ; des centaines de milliers d'autres quittent clandestinement la région et se réfugient aux États-Unis, seul pays du continent où ils peuvent espérer survivre. Sans papier et donc sans espoir de travail légal, ne parlant peu ou pas l'Anglais, de nombreux jeunes entrent dans les gangs latinos locaux ou créent leurs propres groupes en imitant les méthodes des gangs noirs et mexicains.
En 1992, en Californie, a lieu le procès Rodney King, un jeune Noir lynché par des policiers de Los Angeles ; alors que les violences policières ont été filmées et qu'il n'y a donc aucun doute sur l'identité des officiers de police concernés, ceux-ci sont acquittés. Cela provoque six jours d'émeutes à Los Angeles et dans d'autres villes des États-Unis dont le bilan dépasse les 50 morts. Les gangs latinos sont accusés d'avoir joué un rôle majeur dans les troubles, et la police américaine procède à des arrestations massives. Comme en même temps des accords de paix ont été signés en Amérique Centrale, les ressortissants de ces pays sont renvoyés dans leur contrée d'origine alors que la plupart ne la connaissent pas et n'y ont aucun contact — les organisations humanitaires parlent de déportation ! Arrivés dans des pays désorganisés par la guerre civile et où la police et l'armée sont discréditées par leur soutien aux anciennes dictatures, ils reconstituent donc des gangs de rue en important les méthodes violentes apprises aux USA, et en gardant des liens entre eux et avec les gangs américains : les maras sont nées.
Les maras recrutent des enfants des rues extrêmement jeunes, et on connaît bien les critères sociologiques qui poussent à rejoindre les gangs : pauvreté, désintégration de la famille et exclusion du système éducatif. Ils ne constituent cependant qu'une prédisposition et tous les enfants vivant dans ces conditions n'intègrent pas une mara. Certains ne les approchent pas, d'autres sont « sympathisants » pendant quelque temps mais ne franchissent pas le pas de l'adhésion et de devenir un homie.
Cela ne vous surprendra pas si vous connaissez le vMème ROUGE de la Spirale Dynamique : entrent dans une mara les enfants qui ont une problématique avec la honte. Il y a la honte de vivre dans la misère alors que d'autres, et notamment les membres des gangs, sont plus aisés. Il y a surtout la honte de vivre dans une famille où l'abus, la négligence et l'abandon sont la règle. Il y a aussi la honte d'échouer à l'école et plus encore de n'y avoir pas la visite de ses parents lors du Día del Padre et du Día de la Madre, ces jours du père et de la mère où se retrouver seul est une marque au fer rouge dans des pays où la famille et les liens du sang sont révérés.
Comme toutes les émotions, la honte est une part normale de l'expérience humaine qui joue un rôle positif dans la conscience, la modestie et le remords. Normalement, nous vivons des moments de honte et sommes capables de restaurer notre fierté. Mais quand ce n'est pas le cas, notamment quand on se sent totalement impuissant comme ces enfants, la honte ne peut être conjurée qu'en faisant honte aux autres par une attitude de bravade et/ou de violence. La souffrance de la honte chronique est telle qu'un individu est alors prêt à tout pour l'éviter. Il entre alors dans une quête continuelle et toujours insatisfaite de respect. Il s'agit de prévenir le manque de respect des autres en les humiliant avant qu'il ne le fasse : « J'aime humilier les gens parce que les gens m'ont tellement humilié. J'essaye de me venger de tout cela. »
La mara offre à la jeunesse des barrios, les quartiers pauvres, un raccourci vers el respeto. Elle apporte d'abord une solidarité sans faille et devient une famille qui aime et aide : « Quand je suis entré dans le gang, j'y ai trouvé ce que je n'avais jamais eu chez moi : acceptation et soutien. » Par des rituels comme la cérémonie d'entrée dans le gang ou les tatouages, elle crée une identité forte. Elle donne aussi accès à des activités perçues comme réservées à des adultes : port ou possession d'armes, consommation de drogues, sexualité. Enfin surtout, elle permet l'exercice de la violence.
En bonus, tout ceci est visible de ceux qui n'appartiennent pas à la mara. Le gang a ses symboles, son vocabulaire et ses modes d'action, la clecha. Apprendre et manifester la clecha est un moyen de progresser dans le gang et d'obtenir le respect à l'intérieur comme à l'extérieur du groupe.
L'adhésion à la mara ne peut être que totale : « Le gang a toujours un œil sur vous. Le gang sait ce que je fais, où j'habite et ce que je pense. Et parfois, je pense qu'ils savent même ce que je mange. » Un homie loyal n'envisage pas de la quitter : « Quitter le gang, c'est comme perdre son identité. C'est pire que d'être assassiné. C'est une mort sociale. » Et si quelqu'un le souhaitait, s'applique la règle de la morgue : « Le seul moyen d'en sortir, c'est dans votre costume de sapin. »
Mardi 17 janvier 2012
Le diable se cache dans les détails
Quand le vMème BLEU exagère, il veut faire entrer les diktats de la Vérité Ultime dans tous les moments de l'existence.
Et dans tous les lieux !
En Égypte, vous pouvez regarder la chaîne de télévision An-Nass qui vous promet « le paradis par le petit écran ». Récemment, le prédicateur salafiste Mohamed Hussein Yacoub y a traité un sujet de la plus haute importance. En étudiant savamment les textes saints, il a découvert que le prophète Mahomet n'aurait uriné debout qu'une seule fois dans sa vie, et encore était-ce dû à des contraintes extérieures puisqu'il était dans une décharge !
Sa conclusion est définitive : il n'y a pour les hommes qu'une position conforme à la Loi pour soulager la vessie, c'est assis. Vous me direz, certaines femmes trouveront peut-être que c'est une bonne idée…
Source : Al-Masri Al-Youm, "Une fatwa contre les vespasiennes ?", Courrier international, N° 1096, 3 novembre 2011, p. 48.
Mercredi 21 décembre 2011
Faut que ça saigne
Peter Nirsch, un tueur en série d'exception — plus de 500 victimes —, a subi comme peine une bonne séance de torture, un arrosage des plaies à l'huile bouillante, un passage sur la roue pour lui briser les quatre membres et, pour finir en beauté un écartèlement. Cela se passait à Nuremberg en 1581.
Époque cruelle, direz-vous en pensant peut-être même au vMème ROUGE devant des sévices aussi extrêmes.
Wolfgang Schild, un juriste allemand, a étudié la justice médiévale. Il considère que nous avons une vision « déformée et exagérée » de l'époque. Les condamnations cherchaient à reposer sur des « preuves solides » et ne se contentaient pas de simples présomptions. Cependant pour chercher la vérité, les juges n'hésitaient pas à employer des moyens de pression physiques et psychologiques. Quant aux exécutions, la foule y assistait avec plaisir, mais manifestait systématiquement sa colère lorsque le bourreau faisait souffrir à l'excès le condamné, la définition de l'excès étant en ce temps-là un peu différente de celle d'aujourd'hui…
La douleur infligée au supplicié n'était pas une fin en soi. Il ne s'agissait pas plus de se venger ou de faire un exemple. « Le droit pénal avait pour but d'assurer le salut des condamnés, […] d'apaiser la colère divine, […] et de permettre aux malfaiteurs d'accéder à la vie éternelle. » Cette croyance était suffisamment forte pour qu'il soit fréquent que des accusés réclament d'être torturé « pour prouver leur intégrité ou pour s'assurer une vie dans l'au-delà ».
C'est donc le vMème BLEU, ou la transition rouge/BLEU, qui se manifestait en ces circonstances. Il est intéressant de comparer cette attitude aux sacrifices fait par les Mayas ou les Incas au nom des niveaux d'existence VIOLET et ROUGE : même férocité, même volontariat, mais pour des valeurs profondes différentes.
Source : Frank Thadeusz, "Écartelez-moi !", Books, N° 21, Avril 2011, p. 63.
Vendredi 16 décembre 2011
Dieu et l'argent
L'influence du vMème BLEU aux États-Unis a été traitée plusieurs fois ici. Le département de sociologie de l'université privée chrétienne de Baylor au Texas vient de publier une passionnante étude sur les valeurs et les croyances du peuple américain. Je n'en ai extrait pour ce billet qu'un item.
Plus de sept Américains sur dix estiment que Dieu a un plan personnel pour eux. Face à cette assertion :
- 40,9 % sont entièrement d'accord ;
- 32,2 % sont d'accord ;
- 12,3 % ne sont pas d'accord ;
- 14,6 % sont fortement en désaccord.
Selon cette étude, les personnes croyant en ce plan divin spécialement conçu pour elles ont un niveau d'éducation inférieur et des revenus plus bas que ceux qui comptent plutôt sur eux-mêmes. Le pourcentage de personnes gagnant plus de 100 000 dollars par an est de :
- 29,8 % chez ceux qui ne croient absolument pas au plan divin ;
- 23,7 % chez ceux qui n'y croient pas ;
- 20,6 % chez ceux qui y croient ;
- 17,2 % chez ceux qui y croient fortement.
Moralité : si Dieu a un plan pour nous, ce n'est pas un plan ORANGE. Nous aurions pu nous en douter.
Source : The Values and Beliefs of American Public, Waco (Texas), Baylor University, Septembre 2011.
Lundi 17 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (3/3)
[Première partie] [Deuxième partie]
Toute la Bolivie pratique le culte de la Pachamama, la déesse-terre. Premier président indien d'Amérique Latine, Evo Morales s'est fait introniser début 2006 par les représentants des différentes tribus indiennes sur le site de Tiwanacu. Il y a fait construire un autel sur lequel il continue à venir assez régulièrement participer à des cérémonies et faire des offrandes.
À La Paz se tient quotidiennement le Mercado de Hechiceria, le marché des sorcières. Plusieurs dizaines d'échoppes et de stands vous proposent des potions, des amulettes, et en général tout ce qu'il faut pour résister au mauvais sort et obtenir l'aide de la Pachamama :

Comme on peut le voir ci-dessus, une pièce de choix parmi tous les ingrédients disponibles est le fœtus de lama qu'on enterre pour honorer la Pachamama. Les lamas avortent très souvent spontanément, et les fœtus sont donc nombreux. Offrir un fœtus de lama est équivalent à sacrifier un lama, mais est évidemment beaucoup moins coûteux. Il n'est pas envisageable de construire une maison ou de se livrer à une activité importante sans faire une grande cérémonie à la déesse-terre. Mais on vénère la Pachamama en toutes circonstances, par exemple en versant sur le sol quelques gouttes de la boisson qu'on s'apprête à déguster.

Afin de mieux satisfaire la Pachamama, les sorcières de La Paz proposent des paniers plus ou moins grands contenant tout ce qui pourra lui plaire : alcool, monnaie de papier, sucreries, etc. Les Boliviens y joignent des petits talismans colorés sur lesquels sont naïvement dessinés les objets que vous souhaitez obtenir prochainement, comme un ordinateur ici à droite.
Parmi les objets disponibles, on en trouve qui sont liés au christianisme puisqu'officiellement c'est la religion de la majorité des Boliviens. Ce n'est pas vraiment le cas, du moins au sens où nous entendons le christianisme dans nos cultures occidentales qui ont atteint le niveau d'existence BLEU et sont allées au-delà. Le catholicisme a été imposé par les conquérants espagnols, et pour avoir la vie sauve, les Indiens ont soit fait semblant de l'adopter, soit en ont intégré les symboles dans le panthéon local.
Admirez ce magnifique tableau d'un peintre anonyme du XVIIIe siècle, exposé à la Casa de la Moneda à Potosi :

Qu'y voyez-vous ?
Il est tentant de répondre la vierge Marie surmontée de la Trinité, le Père, le Christ et le Saint-Esprit accompagnés des archanges Saint Michel et Saint Gabriel. D'ailleurs le tableau n'est-il pas intitulé La Vierge de la montagne ? En bas de l'œuvre on peut reconnaître de gauche à droite un cardinal, le pape Paul III, Charles Quint et peut-être le donateur du tableau.
Si on y regarde de plus près une autre peinture apparaît. Le manteau de Marie est creusé de galeries et représente la montagne de Potosi, la Pachamama. De part et d'autre de la Vierge, sont figurés le soleil et la lune qui étaient l'objet d'un culte chez les Incas et dans les civilisations précédentes. En bas, le personnage au-dessus du globe bleuté est Huayna Capac, un des derniers empereurs incas qui aurait fait explorer le site. Plus haut, allumant un feu, voici Huallpa Diego, le berger indien qui aurait découvert les gisements d'argent.
On peut voir dans ce tableau du syncrétisme ou une simple possibilité pour les Indiens de perpétuer à couvert leurs croyances. La situation actuelle de la Bolivie me fait privilégier cette deuxième hypothèse.
*–*–*–*–*
Terminons sur une note personnelle un peu hors sujet. Patricia et moi avons adoré ce pays. ROUGE a sa rudesse certes, mais il a aussi son énergie, son courage et sa force. La Bolivie est jeune et vivante. Rappelons que ROUGE ne signifie pas violence systématique. Le pays est sûr, et nous avons pu, par exemple, nous promener seuls la nuit dans certaines rues désertes et mal éclairées de La Paz en étant parfaitement à l'aise.
Aller en Bolivie est une épreuve pour le corps. La majorité du voyage se fait entre 3600 et 4300 mètres d'altitude. Il y a 35 % d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer, et monter trois marches est un effort. La pression atmosphérique diminue d'environ un tiers elle aussi, et en conséquence les intestins gonflent et la durée de digestion double. La déshydratation est intense, et les UV frappent fort. Tous les ans, des touristes sont rapatriés d'urgence avec des œdèmes pulmonaires graves, sans compter ceux qui meurent brutalement sur place : c'est arrivé pendant la partie péruvienne de notre voyage qui se faisait dans les mêmes conditions. Les guides sont en permanence anxieux pour la santé de ceux qu'ils accompagnent, et ils incitent sans cesse à se ménager. Inutile cependant de vous préparer, le sorroche, le mal des montagnes peut toucher un jeune sportif et épargner un vieillard asthmatique, ou le contraire. Pour se protéger, il suffit le plus souvent, comme les Indiens, de mâcher des feuilles de coca et de boire du mate de coca, et en cas de besoin, les hôtels, les bus et les bateaux ont tous des bonbonnes d'oxygène.
Une fois là-bas, ce qui compte, c'est la richesse et la beauté de la culture. En Bolivie, il y a autant de fêtes que de manifestations. Ce n'est pas peu dire ! Regardez un des masques utilisé en ces occasions :

Et les paysages sont tout aussi magnifiques. Ici à Uyuni :

Non, cette mer blanche derrière les cactus, à 3650 mètres d'altitude, ce n'est pas de la neige, c'est un désert de sel ! Et il y a aussi l'Altiplano, l'Amazonie, le Pantanal…
Jeudi 13 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (2/3)
ROUGE se manifeste aussi dans les relations humaines. Les gens ont tendance à parler ou à agir de manière abrupte. La plupart d'entre eux ne veulent pas être photographiés — trop dangereux ! — et vous le font savoir sèchement. Une femme a même jeté quelque chose à la tête de Patricia qui photographiait un marché, en plan large pourtant.
Notre guide était un homme jeune et extrêmement aimable et prévenant. Pourtant, il n'a pas apprécié l'attitude de certains touristes français qui, entre autres incivilités, avaient protesté contre la longueur de la visite du magnifique site pré-inca de Tiwanacu et s'étaient montrés désobligeants envers l'archéologue qui nous commentait avec compétence et précision les vestiges architecturaux ainsi que les céramiques et autres pièces trouvées sur place. À la fin, alors qu'il n'était évidemment pas riche, il a quitté le groupe sans les prévenir, moyen à la fois de ne pas recevoir de pourboire de leur part, ce qui aurait été contraire à son honneur, et de les humilier par rapport aux autres personnes qu'il avait saluées avant son départ.
À La Paz, il n'y a quasiment pas de jour sans défilé de revendication, et d'autres villes comme Oruro sont considérées comme encore plus protestataires. Cinq présidents boliviens ont été assassinés, et plusieurs autres ont été renversés par un coup d'État.
Les Boliviens en veulent encore au Chili de la perte de leurs provinces maritimes, et en conséquence des taxes qu'il prélève sur les importations et exportations boliviennes passant par le port chilien d'Iquique, le plus grand port commercial d'Amérique du Sud. Plusieurs Boliviens nous ont dit qu'ils seraient favorables à une guerre avec le Chili pour récupérer leurs territoires, mais que la supériorité militaire du Chili était telle que c'était malheureusement inenvisageable !
Créée en 1546 à 4067 mètres d'altitude, Potosi était aux XVIe et XVIIe siècles une des villes les plus peuplées du monde, si ce n'est la plus peuplée. Elle avait été construite à côté de la Cerro Rico, la montagne riche dont les conquérants espagnols ont extrait — ou plutôt ont fait extraire par les Indiens dont des millions en sont morts directement ou indirectement — des quantités phénoménales d'argent dont on dit qu'elles auraient été suffisantes pour construire un pont entre la ville et l'Europe. En espagnol, « vale un Potosí » se dit encore pour signifier que quelque chose vaut une fortune, un peu comme en français, nous disons que « c'est le Pérou ». En 1705, dans son Histoire de la Ville Impériale de Potosí, Bartolomé Arzans Orsua y Vela décrit ainsi la cité : « La très célèbre, illustre, auguste, magnanime, noble et riche ville de Potosí, le monde en miniature ; honneur et gloire de l'Amérique ; centre du Pérou ; impératrice des peuples et villes du Nouveau Monde ; reine de son opulente province, princesse des terres indigènes, patronne de trésors et fortunes, mère bénigne et accueillante des fils venus d'ailleurs. »
À partir du XIXe siècle, les mines commencent à s'épuiser, et la ville périclite. Aujourd'hui Potosi, belle de toute son architecture baroque, n'est cependant plus qu'une bourgade, et la région est la plus pauvre de Bolivie. Il y a encore énormément d'argent dans la montagne, sans doute six années du produit intérieur brut du pays ! Ce trésor ne serait extractible qu'à ciel ouvert, en rasant la montagne de Potosi, ce qui serait un désastre environnemental et culturel. En attendant qu'une décision soit prise, de maigres filons sont exploités par des mineurs organisés en coopératives. Ils travaillent plus de soixante heures par semaine dans de conditions qui n'ont pas évolué depuis la création des mines il y a presque cinq cents ans. Les galeries d'extraction sont des boyaux surchauffés — 30 °C ou plus — et irrespirables — peu d'oxygène à plus de 4000 mètres sans compter les vapeurs d'arsenic, de dynamite, etc. — ; il y est difficile d'avancer debout et deux personnes ont du mal à se croiser. Ces galeries et les puits ne sont pas étayés. Les accidents sont fréquents, et les maladies nombreuses : on commence à travailler jeune à Potosi, 14 ans bien souvent, et on y meurt jeune aussi. Quand un mineur a eu une chance exceptionnelle, il peut gagner jusqu'à 150 $ dans son mois. Comparées à celles de Potosi, les mines de Montsou décrites dans Germinal sont un petit paradis. Quand on sait que l'argent de Potosi a fait la richesse de l'Europe, on a envie d'être d'accord avec Eduardo Galeano : « Un jour, le monde devra demander pardon à Potosi. »
Dans ces conditions de vie, il faut une grande force psychologique et physique pour survivre. Alors les mineurs demandent l'aide d'El Tio, le dieu de la mine :

El Tio a son effigie dans une cavité de toutes les mines de Potosi. Les missionnaires espagnols pensaient qu'il s'agissait du diable, mais pour les mineurs, il est le dieu qui leur évite les accidents et les aide à trouver un bon filon. En début et en fin de semaine, les mineurs font des offrandes à El Tio. Ils lui mettent une cigarette allumée dans la bouche. Ils lui offrent des feuilles de coca pour avoir de la force et du courage. Puis ils versent de l'alcool à 96° sur le sexe en érection de la statue car le minerai est le fruit de l'accouplement entre El Tio et la déesse-terre. Chaque mineur boit ensuite une grande gorgée de cet alcool. Malheur à celui qui grimace ! Il n'est pas vraiment un homme. Seuls ceux qui réussissent ce rite de passage peuvent entrer dans la mine.
Dimanche 9 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (1/3)
D'une superficie une fois et demie plus grande que la France, la Bolivie abrite environ dix millions d'habitants, mais cette population est une mosaïque d'ethnies : 36 groupes ethniques amérindiens représentant 55 % de la population, plus 30 % de métis et 15 % de Blancs. Et en conséquence 37 langues nationales, l'espagnol et les 36 langues indiennes ! En 2009, à l'instigation du président Evo Morales, la République de Bolivie a d'ailleurs été renommée État plurinational de Bolivie.
La population bolivienne vit en majorité sur l'Altiplano, un grand plateau entre les deux cordillères des Andes, alors que l'est du pays, Amazonie et Grand Chaco, a une densité de population très faible. Depuis la Guerre du Pacifique qui opposa, de 1879 à 1884, le Pérou et la Bolivie au Chili, la Bolivie n'a plus d'accès à la mer, ce qui a un impact négatif fort sur son économie. La Bolivie est le pays le plus pauvre d'Amérique latine après le Paraguay.
Bien entendu, dans un pays aussi divers, de nombreux vMèmes se manifestent, et le trop court séjour fait cet été ne permet pas une analyse complète sur la Spirale Dynamique. Cependant ROUGE est clairement le niveau d'existence dominant sur l'Altiplano.
Comme toujours, la circulation automobile est un excellent indicateur du poids de ROUGE dans la vie sociale. Quand on sort de l'aéroport de La Paz, la capitale administrative du Pays, on se retrouve dans El Alto, une banlieue pauvre à l'ouest de la ville. Les routes y sont une fourmilière de bus et surtout de taxis collectifs où règne la loi de la jungle : passe celui qui est le plus audacieux !

Les taxis collectifs portent sur leur toit une plaque qui indique le secteur de la ville dans lequel ils ont le droit d'exercer leur activité. Dans les arrêts fréquents dus aux embouteillages, on voit systématiquement les chauffeurs sortir de leur voiture et changer la plaque pour se rendre dans les quartiers les mieux achalandés.
Une fois El Alto traversé, la route descend dans la cuvette de La Paz. Le spectacle est fascinant : la ville est dense et des constructions multiples se dressent sur toutes les pentes qui l'entourent ; on a l'impression d'une pulsion de vie qui la fait déborder dans toutes les directions. Arrivé dans la capitale, le trafic est tout aussi anarchique. Patricia et moi nous sommes fait frôler par un véhicule et injurier par son conducteur parce que nous avions le front de traverser sur un passage piéton alors que le feu était au vert pour nous !
La ville tente de mettre un peu d'ordre dans tout cela, et il est intéressant de constater que la municipalité utilise consciemment ou inconsciemment le style d'apprentissage de ROUGE : utilisation légère de la honte et récompense immédiate pour un bon comportement. Quand vous traversez hors des passages piétons, un personnage déguisé en âne vous salue gentiment d'un « bonjour mon frère », alors que si vous êtes respectueux des marquages au sol et des panneaux de signalisation, un personnage déguisé en zèbre vient vous aider en arrêtant le trafic. Une campagne d'affichage accompagne cette opération :

Le zèbre : « Grâce à toi, la ville se met en ordre. »
L'âne : « Ne sois pas comme moi. »
Pour en terminer avec l'automobile, la ville de Challapata est célèbre pour ses chutos, des voitures non immatriculées pour la plupart introduites en contrebande depuis le Chili. Dans la ville et ses environs, toutes les voitures non officielles circulent sans plaque, sans que la police assez largement corrompue ne trouve à y redire. Un marché aux chutos s'y tient chaque semaine, et on vient de toute la Bolivie pour s'approvisionner. En juin dernier, le gouvernement a proposé aux possesseurs de ses véhicules de régulariser leur situation en échange d'une amnistie : même si plusieurs dizaines de milliers de personnes ont répondu à l'appel, les chutos étaient toujours là quand nous sommes passés au mois d'août…
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mar 10 fév 2009, 07:07