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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Dimanche 10 février 2008
Gamma ROUGE ?
Dans notre analyse de l'action d'Atatürk, il y a plus de trois ans, nous avions placé la Turquie dans la transition BLEU/ORANGE. Ce constat global résumait bien évidemment une grande diversité, et si certaines parties de la population sont clairement en ORANGE, d'autres culminent en BLEU, voire dans certains des niveaux précédents de la Spirale Dynamique.
Le chanteur et écrivain turc Zülfü Livanelli s'alarme, lui, de la montée du vMème ROUGE :
« Ces derniers temps, je reçois de nombreux coups de téléphone d'amis révulsés par l'ambiance de violence extrême qui règne en Turquie et dont ils lisent le récit dans les journaux. Certains expriment leur “envie de partir”, d'autres disent ne plus reconnaître le pays dans lequel ils vivent. En ce qui me concerne, ces réactions me paraissent justifiées. En effet, nous vivons – ou tout au moins nous essayons de vivre – dans un environnement qui est désormais dominé par la terreur. […] Faisons le compte, il y en a tant qu'on veut : des agressions en pleine place Taksim contre de jeunes étrangères terrorisées, le meurtre d'un homme pendant une soirée dansante par son ami qui lui a ensuite tranché le pénis, l'assassinat de jeunes filles qui respiraient la joie de vivre par un chauffeur de minibus complètement ivre…
« Notre société est au bord du gouffre. La culture au sein de laquelle nous évoluons ne fait plus que fabriquer des criminels. Ne me dites pas que cela ne vous concerne pas : ce genre de chose peut vous arriver à tout moment, à vous ou à l'un de vos proches. Nous sommes vraiment en train de devenir dingues. »
Réelle régression du pays ou creux γ d'une partie centrée en BLEU et allant vers ORANGE ? La deuxième hypothèse est plus optimiste ; est-ce la plus probable ? C'est une solution venant de ORANGE et un peu idéaliste que préconise Zülfü Livanelli : « Ce n'est ni la police ni tout l’arsenal législatif et répressif qui pourra stopper ce phénomène, qui a pris des proportions trop importantes. La seule solution et le seul remède pour s'en sortir, c'est la culture ! Rien d’autre ! Lorsque nous aurons réussi à remplacer cette culture de la violence par une culture humaniste, nous serons sauvés. Sinon, nul ne sait comment se terminera cette folie. »
Source : Zülfü Livanelli, "Notre culture fabrique des criminels", Courrier international, N° 898, 17 janvier 2008, p. 23
Mardi 5 février 2008
Le sport est-il un remède à un excès de ROUGE ?
Un sport comme le football implique une domination physique de son adversaire, et cette domination est récompensée par une attention positive des autres joueurs, de l'entraîneur, des supporteurs, voire de la société en général. Derek A. Kreager, qui enseigne la sociologie à l'Université de Pennsylvanie, a comparé la violence manifestée en dehors des stades par des sportifs à celle du reste de la population. Son étude ne porte que sur des personnes de sexe masculin.
Par rapport à un non-athlète, un footballeur a une probabilité 40% plus élevée d'être impliqué dans une bagarre sérieuse. Le taux monte à 45% pour un lutteur. Pour Kreager, « les joueurs ont tendance à être violent en dehors du sport parce qu'ils ont été récompensés pour l'avoir été dans le sport. » À l'inverse, la pratique du basket ou du base-ball est sans effet, et celle du tennis diminue de 35% le risque de se battre.
Cette violence est contagieuse ! Un homme qui ne pratique pas le football, mais qui n'a que des amis footballeurs, a 8% de plus de risques de se battre que quelqu'un qui n'en connaît pas, et 25% de plus qu'un individu n'ayant que des amis jouant au tennis.
Derek Kreager conclut : « Mes résultats suggèrent que les sports impliquant un niveau élevé de contact physique ne réussissent pas à protéger les mâles de la violence interpersonnelle. Les joueurs reçoivent de la part des parents, de leurs pairs, des entraîneurs et de toute leur communauté des signaux qui encouragent la violence comme moyen d'obtenir la victoire sur le “champ de bataille” et de devenir plus populaires. Ils développent en conséquence une “identité” de guerrier. »
En Spirale Dynamique, on a tendance à considérer que la pratique du sport est un bon moyen de canaliser l'agressivité de ROUGE. Les travaux de Derek Kreager montrent clairement qu'il ne s'agit pas de confier cette tâche à n'importe quel sport. Kreager recommande de ne pas faire pratiquer des sports de contact à des enfants ou adolescents dont l'agressivité est forte et difficilement contrôlable, et bien sûr de sanctionner sévèrement tout acte de violence commise par un joueur sur un terrain de sport.
Source : Kreager, Derek A., "Unneccessary Roughness ? School Sports, Peer Networks, and Male Adolescent Violence", American Sociological Review, Volume 72, N° 5, Octobre 2007, pp. 705-724
Lundi 21 janvier 2008
La Thaïlande en couleurs et plus (4/4)
[Première partie] [Deuxième partie] [Troisième partie]
BLEU. Officiellement, 94,6 % des Thaïlandais pratiquent le bouddhisme theravâda, alors que 4,6 % (en hausse) sont musulmans et 0,7 % sont chrétiens. Le positionnement en BLEU du bouddhisme est incontestable : il se veut une Vérité absolue à propos du monde, les théories de la réincarnation et du karma sont une magnifique illustration du thème de BLEU (« Sacrifier le soi maintenant pour une récompense plus tard ») et en leurs noms, il impose un ensemble de règles conséquent.
La réalité est moins simple. Ce que pratique les Thaïlandais est un joyeux (sanuk oblige !) salmigondis d'animisme, d'hindouisme et de bouddhisme. Cela crée une certaine confusion sur le plan doctrinal qui ne les chagrine pas : après la mort, ils ne savent pas trop bien s'ils se réincarnent ou s'ils vont en enfer ou au paradis… Dans ce syncrétisme, c'est la part d'animisme VIOLET qui semble dominante. De nombreux wat (ensemble de bâtiments autour d'un temple et servant à des activités religieuses et sociales) comprennent une maison des esprits et ceux-ci ont pour mission de protéger Bouddha, ce qui sous-entend qu'ils sont plus puissants que lui. Beaucoup de gens prient pour se réincarner en Thaïlande et dans la même famille. Les temples contiennent une multitude de reliques de Bouddha, au point qu'on se demande combien de corps humains on pourrait reconstituer avec elles ! La question ne se pose pas puisque Bouddha est perçu comme un être doté de pouvoir magique pouvant voler ou se transformer en géant.
On trouve ce mélange dans une bonne partie de l'Asie, mais il est particulièrement fort ici. Il faut dire que l'ennéatype 7 préfère VIOLET à BLEU, les règles de ce dernier niveau bridant trop sa chère liberté. Si les moines doivent suivre 257 règles, il y en cinq importantes pour les profanes : ne pas boire, tuer, mentir, voler et commettre l'adultère. Et bien, plusieurs Thaïlandais nous ont dit que c'était trop difficile, qu'en suivre trois ou quatre d'accord, mais les cinq… Il semble que de nombreux moines sont du même avis et ne sont, par exemple, pas végétariens. Comme toute leur nourriture leur vient de l'aumône, ils ne tuent pas ! Casuistes et jésuites occidentaux n'ont donc pas l'exclusivité de ces petits arrangements avec la règle.
Le bouddhisme a sans doute cru obligatoire d'accepter ces mélanges de croyances pour se répandre dans la population, comme l'Église catholique l'avait fait en Occident. Cela risque d'avoir les mêmes conséquences, avec une désaffection rapide pour le bouddhisme dès que la part magique de VIOLET déclinera dans la culture thaïlandaise. Des signes existent déjà. Les jeunes trouvent injuste la position des bouddhistes vis-à-vis des femmes : elles ne peuvent pas atteindre certaines fonctions, certaines parties des temples leur sont interdites, une femme ne peut pas donner directement une aumône à un moine car cela impliquerait qu'il la touche, etc. Quand les moines remplacent des systèmes traditionnels de divinations gratuits par des machines électroniques payantes, quand on les voit dans des musées avec des appareils photos numériques luxueux ou des téléphones portables récents, quand ils sont soupçonnés de mensonge comme au Temple du Tigre, des interrogations surgissent. Le moine Buddhadasa Bhikkhu (1906-1993) a bien essayé de faire évoluer le bouddhisme thaï vers la modernité en reconnaissant l'influence d'autres religions et en promouvant la méditation comme substitut aux rites, mais sans grand succès.
BLEU existe aussi bien sûr au niveau de l'État. Si l'économie est plutôt libérale, les institutions financières sont principalement entre ses mains. Quant à l'administration, elle a typiquement l'organisation caractéristique de ce vMème. Par exemple, si un touriste se plaint d'un marchand, cela relève du Ministère du tourisme qui ne peut rien faire car le marchand dépend du Ministère du commerce et qu'il n'est « pas possible d'aller sur le domaine des autres ». Le poids de l'armée et les dizaines de coups d'état militaires qu'a connu le pays manifestent aussi l'importance de BLEU.
Surtout, il y a chez les gens la conscience et la fierté d'être Thaïlandais. Ces derniers temps, l'identité thaïe est plus affirmée et des traditions comme le théâtre d'ombres ou de marionnettes et les danses sont de plus en plus populaires, même dans les villes.
ORANGE. Enfin de nombreuses dimensions attestent du poids grandissant d'ORANGE dans le pays. Nous avons déjà mentionné la structure économique basée sur la libre entreprise et favorisant l'investissement. Malgré l'impact du tsunami, l'économie de la Thaïlande s'est bien remise de la crise financière asiatique de la fin des années 1990 et le taux d'augmentation du PIB a été de 5 % en 2006. Le taux de chômage est d'environ 2 %. Le pays est équipé d'infrastructures modernes. Les inégalités de revenus sont considérables, la moitié de la population vivant à la campagne mais ne produisant que 10 % du PIB. Les personnes en dessous du seuil de pauvreté représentent 10 % de la population (6,2 en France.).
Nous avons aussi déjà parlé de l'évolution de la structure familiale. L'espérance de vie à la naissance est d'environ 72 ans. Le taux de fertilité est de 1,64 enfant par femme, la croissance de la population étant donc parfaitement maîtrisée. 92,6 % de la population sait lire et écrire. Si on n'est pas au niveau des pays occidentaux, on est incontestablement dans une structure saine et moderne.
Revenant à une tradition ancienne plutôt matriarcale mise à mal par le bouddhisme, la situation des femmes est en nette amélioration et il y en a plus que d'hommes dans les universités. Visiblement, le pays, ou au moins sa part citadine, est en train de passer d'une société collective à individualiste, et patriarcale et hiérarchisée à égalitaire. Le consumérisme est la nouvelle passion des jeunes Thaïlandais, c'est si sanuk.
Enfin, l'aspiration à la démocratie est de plus en plus fort. Des nombreux mouvements populaires, dont la Révolution de la soie en 2006, l'ont réclamée. Le coup d'État militaire de septembre 2006, suite à une instabilité politique et à plusieurs affaires de corruption, a été un coup de frein dans cette évolution cahotique, mais encouragée par le roi. Des élections libres ont eu lieu le 23 décembre dernier et il est encore trop tôt pour savoir qu'elles en seront les conséquences.
Mercredi 16 janvier 2008
La Thaïlande en couleurs et plus (3/4)
[Première partie] [Deuxième partie]
BEIGE. Grâce à un sol plutôt fertile, la Thaïlande n'a pas connu de grosses famines, et il semble que l'importance de la nourriture soit plus liée au plaisir et à l'ennéatype qu'à un niveau d'existence BEIGE resté très actif. Même si on mange des vers de bambou grillés, il semble que l'attitude des Thaïlandais soit moins inquiète à propos de la nourriture que celle des Chinois par exemple, et ils trouvent curieux que ces derniers puissent manger certains animaux.
La Thaïlande a connu dans son histoire des tremblements de terre et, ces dernières années, la nature n'a pas été tendre avec eux : SRAS en 2002, grippe aviaire en 2003 et tsunami en 2004. Les Thaïlandais prennent cela avec philosophie et bien sûr avec humour : « Et après ? » demandent ironiquement des inscriptions sur des tee-shirts. Il faut dire que le pays a géré avec une bonne efficacité ces différentes crises.
Alors réelle tranquillité en ce domaine ou inquiétude masquée par l'ennéatype 7 ? Notre séjour a été, hélas, trop court pour acquérir une certitude.
VIOLET. C'est assurément encore le vMème dominant du pays. En ville comme à la campagne, tous les habitants portent au moins une amulette destinée à les protéger. Nous avions évoqué, il y a quelques mois, celles représentant Jatukam Ramathep. En plus de deux talismans bouddhistes, le guide qui nous a fait visiter la rivière Kwaï, un magnifique ennéatype 6, en portait une en temps normal, mais trois quand il s'agissait de faire un déplacement… sans compter celles qu'il accrochait dans la voiture ! C'était un homme relativement âgé, mais sans tomber de tel excès, les plus jeunes ont une attitude semblable.
Les esprits sont partout, dans les êtres humains, les animaux ou les choses. Dans toute construction publique ou privée, une maison des esprits sert à obtenir la protection des génies bienveillants contre les esprits malveillants et les voleurs. Pour cela, des prières et des offrandes de fleurs, de nourriture et d'encens sont faites journellement. Une véritable industrie s'est développée pour la fabrication de ces sanphraphum. On pratique aussi le culte des ancêtres, amené, semble-t-il, en Thaïlande par les Chinois.
Dans les campagnes, la structure sociale de base est toujours la famille élargie, même si la long kaek, la pratique de la réciprocité, est en nette régression. Les enfants sont laissés très libres car ils sont peut-être la réincarnation des ancêtres. Dans les villes, les familles nucléaires, voire monoparentales, sont nombreuses, mais la structure traditionnelle reste une sorte de rêve, et les citadins continuent à prendre soin des parents restés au village car ils sont responsables de leur sabaï, leur bien-être. Les gens qui n'ont pas d'enfants provoquent un mélange de pitié et de méfiance, comme ceux qui sont seuls ou mangent seul.
ROUGE. Ennéatype 7 plus bouddhisme, autant dire que l'expression de ce niveau d'existence n'est guère appréciée. En Thaïlande, le moyen assuré de ne pas obtenir ce que l'on veut est de hausser le ton, d'être impatient et de se mettre en colère… alors que tout s'arrange avec un sourire. La conduite automobile, terrain de défoulement favori de ROUGE, n'est pas exemplaire, mais pas vraiment pire qu'en France.
Peu visible ne veut pas dire absent. Les Thaïlandais ont un sens réel de leur identité, et la passion pour la boxe thaïe particulièrement violente et les combats de coq sont un indicateur de la présence du vMème.
Une des images liées à la Thaïlande en Occident est la prostitution, mais la vision qu'on en a depuis l'étranger est en grande partie erronée. D'abord, les Thaïlandais ne connaissent pas la culpabilité et les tabous liés au corps qui caractérisent les civilisations judéo-chrétiennes. La prostitution est donc une activité à laquelle n'est attachée aucune connotation particulière et elle concerne au moins 200.000 femmes et 50.000 hommes. Ensuite, il n'y a pas de lien réel entre prostitution et tourisme, sauf pour la prostitution enfantine. On estime que 75% des hommes thaïlandais ont recours deux fois par mois aux services d'un professionnel du sexe. Ces derniers viennent des régions les plus pauvres du pays et voient souvent dans cette activité un moyen de survivre ou d'aider leur famille. Cette prostitution consentie n'empêchent pas qu'un nombre très important des prostitué(e)s sont enlevé(e)s, battu(e)s et traité(e)s comme des esclaves, et qu'il y a là un vrai problème social aggravé encore par la pandémie de SIDA. Ici plus encore qu'ailleurs, le problème de la prostitution est complexe et il serait simplificateur à l'excès, et donc inefficace, de le traiter en le considérant comme uniquement liée au niveau d'existence ROUGE, même si ce dernier est bien présent.
Vendredi 11 janvier 2008
La Thaïlande en couleurs et plus (2/4)
Ennéatype. En Thaïlande, l'important dans la vie est d'être sanuk. Sanuk signifie amusement, capacité à se divertir, à vivre dans la joie. Tout dans tous les domaines de l'existence doit ou devrait être sanuk. Quand quelqu'un rentre du travail ou d'un déplacement professionnel, on lui demande si cela a été sanuk. Le mot ngaan a simultanément le sens de travail et de fête, car que serait un travail qui n'est pas sanuk ? Ngaan peut d'ailleurs être rajouté en préfixe à plein d'autres mots pour leur donner une connotation plus festive. Par exemple, ngaan wat est une gigantesque fête se déroulant dans un temple où, en plus d'activités religieuses, les Thaïlandais mangent, écoutent de la musique, consultent des augures, toutes ces choses sanuk générant en plus un bon karma : le beurre et l'argent du beurre !
Bien entendu, l'activité la plus sanuk consiste à manger. Dans toute la Thaïlande, les restaurants en plein air sont légion et des gens y grignotent à toute heure du jour. La cuisine thaïe est une des plus inventives et des plus savoureuses de l'Extrême-Orient. La profusion des saveurs est extraordinaire par un usage immodéré d'herbes aromatiques et de piments, ces derniers ne masquant les autres goûts que pour quelques palais occidentaux sous-entraînés. En ce domaine, plus, c'est mieux : des pomelos servis à Chiang Mai étaient accompagnés d'un mélange de sel, de sucre et de poudre de piment destiné à exalter leur goût. La cuisine thaïlandaise stimule l'appétit : même en fin de repas, on a l'impression qu'on pourrait encore déguster un autre plat, et ce n'est que quelque temps après qu'on s'aperçoit que l'on a largement assez mangé ; tout pousse à la gloutonnerie. Sanuk est aussi le mot utilisé pour trinquer, et si vous rentrez chez quelqu'un, il ne vous demande pas comment vous allez, mais plutôt si vous avez mangé.
Sanuk, concept fondamental de la culture thaï, existe à tous les niveaux de la Spirale Dynamique. Vous êtes centré en VIOLET et allez rendre hommage à vos parents, c'est sanuk. Vous êtes dominé par ROUGE et transgressez les règles, c'est aussi sanuk. Vous êtes à préférence BLEU et vous vous rendez au temple, sanuk encore. Vous culminez en ORANGE et passez votre dimanche dans les centres commerciaux délicieusement climatisés, sanuk toujours.
Quand la vie n'est pas sanuk, il faut s'arranger pour qu'elle le devienne. Pour rechercher le confort physique et l'absence de souffrance, les Thaïlandais choisissent systématiquement la solution la plus sadwak, la plus commode. Une des principales souffrances à éviter est celle que provoquerait un conflit. Aussi, essaye-t-on de régler le moindre problème par un sourire ou un rire. Si c'est insuffisant, on ajoute : « Mâï bpen raï. » Cela signifie que tout va bien, que ce n'est pas grave et qu'il n'y a pas de quoi se faire du souci. Au besoin, on partage un khanom khrok, gâteau de riz gluant, de pâte de coco et de gélatine sucrée, moyen radical de désamorcer les tensions. La tolérance et l'acceptation des autres sont des valeurs fortes contribuant à rendre la vie sanuk.
Seul pays de la péninsule indochinoise à n'avoir jamais été colonisé et n'ayant donc ni rancœur, ni complexe vis-à-vis des autres nations, les Thaïlandais sont curieux de tout et intègrent volontiers dans leur culture des éléments extérieurs. Ils sont cependant jaloux de leur indépendance d'esprit et affirment : « Chaque chose possède sa version thaï. » Normal, le nom local du pays est Prathet thaï, signifiant la terre des hommes libres.
La culture de la Thaïlande présente donc toutes les caractéristiques du type 7 dans l'Ennéagramme ce qui a un réel impact sur la manière de vivre les différents vMèmes que nous allons examiner maintenant.
Dimanche 6 janvier 2008
La Thaïlande en couleurs et plus (1/4)
514.000 km2 et 66 millions d'habitants, la Thaïlande a une taille comparable à la France. La ressemblance s'arrête là toutefois, et la culture y est quasiment l'opposée de la nôtre.
Le premier contact avec le pays a lieu dès l'avion quand les hôtesses et stewards de la compagnie aérienne nationale vous accueillent avec le wai, ce salut fait mains jointes entre le haut de la poitrine et le bas du visage. Initialement créé en ROUGE et destiné à montrer qu'on ne tenait pas d'arme, le wai obéit à un rituel très codifié. En effet, une personne doit prendre l'initiative du wai et l'autre, à des exceptions sur lesquelles nous reviendrons, y répond. Celui qui commence est des deux le moins important, et cette notion de positionnement social peut prendre des sens différents selon les niveaux de la Spirale Dynamique. En VIOLET, le plus jeune salue le plus ancien ; en ROUGE, le plus faible salue le plus fort ; en BLEU, l'inférieur salue le supérieur et en ORANGE le pauvre salue le riche. La situation se complique énormément quand plusieurs de ces paramètres se conjuguent, et il faut vivre longtemps dans le pays pour maîtriser les subtilités du wai ; elles sont incompréhensibles pour les touristes qui commettent gaffe sur gaffe, ce que les Thaïlandais acceptent avec indulgence et sourire.
Il y a deux exceptions, à moins que ce soit deux variantes de la même, à la nécessité de rendre le wai. On ne renvoie pas son salut à quelqu'un qui est à son service, même temporairement : domestique, serveur de restaurant, etc. Les moines ne rendent jamais le wai quelle que soit la personne qui les salue.
Le deuxième trait de la culture locale qui saute aux yeux à peine arrivé à l'aéroport est le rôle central que joue Bhumibol Adulyadej, roi de Thaïlande sous le nom de Rama IX. Régnant depuis juin 1946, Bhumibol Adulyadej fêtait le 5 décembre 2007 ses quatre-vingt ans. L'admiration, la dévotion et l'affection que le peuple manifeste à son égard étaient décuplées par l'événement. Son portrait et des drapeaux portant le sceau royal sont accrochés dans les maisons, les rues et les autobus, et nombre de gens portent un tee-shirt jaune le lundi en son honneur (le roi est né un lundi et le jaune est la couleur associée à cette journée). Un guide peut vous montrer quatre ou cinq fois dans une journée une photo du souverain en vous disant d'un air ravi, au cas où vous auriez oublié : « C'est le roi ! » Dire du mal du souverain ou se moquer de lui est une des rares choses qui peuvent fâcher un Thaïlandais ; le crime de lèse-majesté est d'ailleurs sévèrement puni, à l'approbation de tous.
La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle et le pouvoir théorique du roi est quasiment nul, mais son prestige est tel que rien ne peut se faire en Thaïlande sans son accord. Il suffit que son Conseil privé mentionne son inquiétude sur tel ou tel sujet pour qu'aussitôt des mesures soient prises dans le sens qu'il désire ou pour que des adversaires trouvent soudain un terrain d'entente. Une des raisons de son extraordinaire popularité est que, comme le wai, le roi est accepté à tous les niveaux de la Spirale Dynamique.
Dès son accession au trône, le souverain a manifesté un intérêt particulier pour les régions et les personnes les plus défavorisées du royaume et a été ainsi rassurant pour BEIGE. Il est considéré comme très proche des gens et pour VIOLET, il est un père et un ancien et respecté en tant que tel. Des photos, présentes partout, le montre, le visage en sueur, en train de travailler dans les champs avec des paysans. En Thaïlande, le roi est à la fois un dieu (ROUGE) et un représentant de la Loi Divine (BLEU). BLEU toujours, Rama IX, qui est un gros travailleur menant une vie personnelle exemplaire, est une autorité morale incontestée.
ORANGE a aussi de multiples raisons d'apprécier Bhumibol Adulyadej. Né aux États-Unis et ayant fait ses études en Suisse, il est plutôt partisan d'une économie libérale. Dans un pays où les coups d'états militaires sont fréquents, il a toujours œuvré pour une évolution démocratique : « Pour la stabilité de l’administration du pays et le bonheur du peuple, vous devriez procéder plus rapidement. » Excellent musicien de jazz, le roi a rencontré à New York le grand clarinettiste Benny Goodman et a joué pendant deux heures avec lui et ses musiciens. Une biographie officielle relate ainsi la fin de la rencontre : « Le qualifier de “type vraiment cool” et lui proposer de venir jouer avec eux au cas où il aurait “besoin d’un boulot” était de la part de ces musiciens de grands compliments, et c’est sans nul doute ainsi que Sa Majesté les accueillit. »
Quant à la toute petite minorité positionnée en VERT, elle ne peut qu'apprécier l'attachement du souverain à l'écologie et au développement durable.
Aujourd'hui, Rama IX est vieillissant et des rumeurs courent sur son éventuelle abdication. Les Thaïlandais prient dans les temples pour que cela ne se produise pas. Si cela devait avoir lieu néanmoins, ils espèrent qu'il nommera la princesse Sirindhorn Thepha Rattana Suda comme son successeur plutôt que, comme le voudrait la tradition, le prince Wachiralongkorn, moins aimé. « Elle est comme le roi », dit-on d'elle. Ici, c'est le plus beau des compliments.
Le wai et le roi, ces deux éléments sont intéressants en ce qu'ils permettent d'illustrer comment des éléments de la culture d'un pays peuvent survivre aux transitions de la Spirale Dynamique. En ce domaine, un autre élément est fondamental.
Mardi 1 janvier 2008
Une île
Quand nous essayons de représenter la Terre en une seule image, nous sommes habitués à voir quelque chose qui ressemble à cela :

Ces cartes, qui sont des variantes des projections de Mercator et de Peters, ont de nombreux défauts. Notamment, la taille des continents est déformée, et l'un d'entre eux est placé au centre et semble donc, au moins inconsciemment, plus important que les autres.
Richard Buckminster Fuller (1895-1983), un des penseurs les plus originaux du XXe siècle et qui était, au mois sur la fin de sa vie, centré dans le vMème JAUNE de la Spirale Dynamique, a inventé une projection sur un icosaèdre, dite projection de Fuller ou Dymaxion Map La manière la plus courante de déplier cet icosaèdre est celle-ci :

Cette carte place l'Arctique au centre, et on sait aujourd'hui l'importance de ce continent pour la sauvegarde écologique de notre planète qui devrait en faire le patrimoine commun de l'humanité. Les tailles des différents pays sont mieux respectées que sur toute autre projection. En la regardant, on a l'impression que toutes les terres émergées sont d'un seul tenant, comme si elles constituaient une île. J'y vois un rappel métaphorique de la possible fraternité humaine qui sera notre vœu principal pour 2008.
Merveilleuse année à tous et que tous vos autres souhaits se réalisent aussi !
Samedi 22 décembre 2007
Alexander McCall Smith
Alexander McCall Smith a écrit une série de romans policiers se déroulant au Botswana. Dans Les larmes de la girafe, il nous trace un superbe portrait des vMèmes qui jouent un rôle important dans ce pays. Cela commence par une description très précise de ROUGE :
« Le voyage à Bulawayo se ferait donc. Elle s'estimait capable de se débrouiller. Parmi ceux qui avaient des ennuis, beaucoup ne devaient s'en prendre qu'à eux-mêmes : ils s'aventuraient en des lieux où ils n'avaient nulle raison de se trouver, ils lançaient des provocations aux mauvaises personnes, ils ne parvenaient pas à déchiffrer les signaux sociaux. Mme Ramotswe, pour sa part, s'adaptait à son environnement. Elle savait comment se comporter face à un garçon pénétré de sa propre importance, ce qui représentait, de son point de vue, le phénomène le plus dangereux que l'on pût rencontrer en Afrique. Un jeune homme armé d'un fusil était comme un sol miné : s'aviser de fouler au pied sa sensibilité – ce qui arrivait vite –, c'était s'exposer à de fatales conséquences. Si, en revanche, on l'abordait correctement – avec le respect dont de tels individus éprouvent un besoin maladif –, on parvenait à désamorcer la tension. Mais il ne fallait pas non plus paraître trop passif, auquel cas le jeune voyait une opportunité d'affirmer sa supériorité. Tout cela nécessitait une bonne appréciation des subtilités psychologiques de la situation. » (p. 226)
Et quelques lignes plus tard, le portrait de VIOLET est tout aussi juste :
« C'est ici qu'avaient vécu les siens et ces gens demeuraient, dans une large mesure, sa famille à elle. Si elle s'aventurait dans les rues de cette ville désorganisée et bavardait avec les vieilles personnes, elle était sûre de trouver quelqu'un qui saurait exactement qui elle était ; quelqu'un qui pourrait introduire son nom dans une généalogie complexe. Il y aurait des cousins aux premier, deuxième, troisième et quatrième degrés, des ramifications familiales à n'en plus finir, elle se verrait reliée à des individus qu'elle n'avait jamais rencontrés, mais avec qui elle éprouverait aussitôt une sensation de parenté. Si la petite fourgonnette blanche tombait en panne, elle pourrait ainsi frapper à n'importe quelle porte et espérer – à juste titre – cette aide que tout individu peut solliciter de ses frères batswana.
« Mme Ramotswe avait peine à s'imaginer sans famille. Il existait, elle le savait, des gens qui n'avaient personne dans cette vie : ni oncles, ni tantes, ni cousins, même lointains. Des gens qui étaient seuls au monde. Beaucoup de Blancs étaient comme cela, pour des raisons difficiles à comprendre. Ils ne semblaient pas désireux de posséder des liens de parenté et se trouvaient très bien tout seuls. Comme ils devaient se sentir solitaires ! Semblables à des astronautes plongés dans l'espace, flottant dans les ténèbres sans même ce cordon argenté déployé entre eux et la petite matrice métallique d'oxygène et de chaleur. Pendant quelques instants, elle laissa fleurir la métaphore et imagina sa petite fourgonnette blanche dans l'espace, tournoyant lentement sur fond de nuit étoilée, et elle-même, Mme Ramotswe, de l'Agence N° 1 des Dames Détectives de l'Espace, flottant en apesanteur, la tête en bas, rattachée à la petite fourgonnette blanche par une fine corde à linge. » (pp. 226-227)
Source : Alexander McCall Smith, Les larmes de la girafe, Paris (France), Éditions 10-18, 2003
Mercredi 12 décembre 2007
Indulgence à tout va
Le 5 décembre dernier, pour la sixième fois de son pontificat, Benoît XVI a promulgué une indulgence plénière : tous ceux qui, au cours de l'année, feront « avec dévotion » le pèlerinage de Lourdes auront la « certitude du pardon de Dieu », et la peine encourue pour leurs péchés sera remise. Cette pratique des indulgences avait été une des causes de la rupture de Luther avec le catholicisme et donc partiellement à l'origine de la Réforme. La décision du pape a provoqué beaucoup de protestations chez les protestants et un certain nombre de catholiques, et pas mal de sarcasmes notamment sur l'Internet.
C'est oublier que chaque niveau de la Spirale Dynamique a mis en place des mécanismes de pardon dont l'existence est probablement indispensable à la vie sociale.
Ainsi, deux jours après la proclamation papale, Nicolas Sarkozy accueillait à Paris le colonel Kadhafi, pourtant au ban de la communauté internationale il y a encore quelques mois. Dans un monde dominé par ORANGE, les indulgences existent aussi : il suffit d'acheter des avions Airbus ou Rafale, d'acquérir un réacteur nucléaire, etc.
Dans toutes les sociétés centrées sur le vMème VIOLET, il y a des rites de purifications quand quelqu'un a transgressé un tabou ou n'a pas respecté les consignes des anciens. En ROUGE, il faut s'humilier devant le chef que l'on a offensé, à moins de réussir à trouver un bouc émissaire. En VERT, il faut faire devant sa communauté une autocritique de son comportement et exprimer de manière très émotionnelle sa culpabilité.
Des goûts et des couleurs…
Source 1 : Stéphanie Le Bars, "Indulgence plénière pour les pèlerins de Lourdes en 2008", Le Monde, 9 décembre 2007
Source 2 : Zineb Dryef, "Kadhafi : le Net crie haro sur le nouvel ami de Sarkozy", Rue 89, 10 décembre 2007

Commentaires
mar 13 mai 08, 20:33
Bonjour Fabien, bonjour Aurore , Je suis pour ma part tout à fait capable de condu [...]
mar 13 mai 08, 09:46
Bonjour Aurore, [i]« Il y a un côté instinctif dans le po rt de la ceinture : je b [...]
lun 12 mai 08, 18:07
Ce que j’en pense ? Il y a un côté instinctif dans le por t de la ceinture : je bo [...]
lun 12 mai 08, 11:10
Bonjour Sylvain, [i]« Ça dit bien "La branche des cténoph ores est apparue avant c [...]
lun 12 mai 08, 10:49
Bonjour Aurore, Je ne suis pas convaincu que ce que tu dé cris soit du pur BEIGE. [...]
lun 12 mai 08, 10:05
Bonjour Fabien, Ça dit bien "La branche des cténophores e st apparue avant celle d [...]
lun 12 mai 08, 08:48
Bonjour Fabien, Chic un nou veau jeu pour réfléchir à nos activations de vMèmes ! [...]
mer 23 avr 08, 19:09
Bonsoir, Je me permets de r éouvrir ce billet. François Léotard attribue à Nico [...]
mar 22 avr 08, 14:33
Cette publicité permettrait sa ns doute de relire 99 Francs d'un œil différent [...]