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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Cycle des organisations, les 18 & 19 septembre 2010
Spirale Dynamique : Bases, les 13 & 14 novembre 2010
Sociocratie : Bases, les 21, 22 & 23 janvier 2011
À bientôt !
Mercredi 1 septembre 2010
Les Massaïs, un peuple VIOLET/ROUGE d'Afrique de l'Est
Le dieu Engaï vivait bien tranquille sur la Terre avec tout le bétail du monde. Un jour, une horrible catastrophe les envoya tous dans le ciel. Comme il n'y avait pas là assez d'herbe pour le bétail, Engaï le donna à Naiteru-Kop, une sorte de demi-dieu qui fonda immédiatement les Massaïs pour en prendre soin. Ainsi les Massaïs sont les légitimes propriétaires de tout bétail existant, et s'en occuper est leur devoir spirituel.
Engaï, lui, est resté dans le ciel. En lui résident toutes choses. Parfois, il est de bonne humeur et on l'appelle Engaï Norok, le Dieu noir, noir comme les nuages qui apportent la pluie et la prospérité. D'autre fois, il est de mauvaise humeur et devient Engaï na-Nokie, le Dieu rouge, rouge comme la terre et les nuages en période de sécheresse et de famine.
Le bétail est donc au centre de la vie des Massaïs. Quand ils se saluent entre eux, c'est en posant deux questions : « Comment vont les enfants ? Comment va le bétail ? » Dès leur plus jeune âge, les garçons apprennent à garder un troupeau qu'il faut protéger des bêtes sauvages et faire paître dans une région souvent aride, alors que les filles apprennent la traite. Les Massaïs vivent dans des enkangs. Il s'agit de villages construits en cercle : au milieu est l'enclos où les bêtes sont abritées la nuit ; séparées de lui par une sorte de grand couloir circulaire, les huttes de boue séchée et au toit de paille sont adossées à un mur d'épineux. Semi-nomades, les Massaïs vivent là pendant quatre ou cinq ans avant d'abandonner le village qui sera peut-être occupé par une autre tribu.

Huttes d'un enkang
Le bétail est aussi au cœur de l'alimentation des Massaïs. Ils se nourrissent de lait, de viande et de sang. Ce dernier est prélevé sur les animaux vivants en entaillant avec une flèche la veine jugulaire. Le sang est mélangé à diverses plantes avant d'être consommé. Plus un homme possède de bétail, plus il est riche et son statut élevé.

Enclos d'un enkang
Puisque le bétail appartient de droit divin aux Massaïs, si d'autres personnes en possèdent, c'est qu'elles l'ont volé ! Les Massaïs s'estiment donc le droit de le récupérer. Vers douze ans, un jeune garçon quitte donc l'enfance et, par le rite de l'emorata, la circoncision, devient un ilkeliani, un jeune guerrier. Pour la cérémonie, il est habillé de noir et a le visage enduit de craie blanche ; il doit masquer sa souffrance pour faire honneur à ses parents.
Vendredi 27 août 2010
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (2/2)
Quelques jours après avoir vu les publicités de Nivea, Patricia et moi nous trouvions dans un lodge de la plaine du Serengeti. La difficulté des pistes nous avait fait arriver assez tard et, alors que nous nous préparions à aller dîner, la femme de chambre chargée de préparer les lits pour la nuit est entrée. Sur son badge, son prénom : Happiness (Bonheur).
Happiness fait partie du personnel « invisible », celui que normalement les hôtes ne rencontrent pas. Notre arrivée tardive nous l'ayant fait croiser, nous avons échangé quelques mots avec elle et lui avons donné un tout petit pourboire, l'équivalent de 30 centimes d'euro. Sa joie et sa reconnaissance étaient poignantes. Le lendemain, rentrés à une heure normale, nous ne l'avons pas vu, mais lui avions laissé un billet sur l'oreiller représentant une somme aussi modeste que la veille. Nous avons été bouleversés, en rentrant, de voir qu'elle nous avait laissé un message :
Hi ! Bonjour ?!
J'espère que vous allez bien. De mon côté, ça va aussi. Remercions Dieu pour cela et je suis désolée d'être en retard aujourd'hui. Je souhaite que vous reveniez au Serena un jour. Soyez bénis, profitez de votre nuit, beaux rêves, et que Dieu soit avec vous pendant ce temps.
Merci.
Votre Happiness.
Pour des personnes comme Happiness, notre monde ORANGE est un eldorado, un rêve. Pour nous, ce rêve commence furieusement à ressembler à un cauchemar dont nous nous réveillons — fêtards ayant commis trop d'abus et fait trop de tapage — avec la gueule de bois.
Lundi 23 août 2010
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (1/2)
Dans les banlieues misérables de Nairobi et à l'approche d'autres grandes villes du Kenya, sont dressés de gigantesques panneaux publicitaires d'au moins 6 mètres sur 4. Sur plusieurs d'entre eux, on peut voir une publicité pour une crème de soin hydratante pour hommes de la marque Nivea, avec comme slogan : « Ce que l'homme veut ».
Il n'est pas besoin d'être un expert en linguistique pour savoir que la présupposition qui sous-tend cette phrase est que si vous n'en voulez pas, vous n'êtes pas véritablement un homme. Dans un pays où le niveau d'existence ROUGE est dominant en de nombreux endroits, c'est un message très fort.
Et ignoble.
Au Kenya, le revenu moyen par habitant est d'environ 3,50 euros par jour, le taux de chômage est de 40 %, et l'espérance de vie à la naissance est de 58,8 ans. 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L'école primaire n'est gratuite que depuis 2003, la suite des études restant payante et donc inaccessible à la plupart des enfants.
Alors, que pensez-vous que veuille réellement l'homme kenyan ?
*–*–*–*–*
Pour ajouter la fausseté à l'indignité, le site français de Nivea affiche fièrement ses valeurs de surface : « Nivea s'engage à toujours se comporter en marque responsable et digne de confiance. Ses actions sont non seulement tournées vers le succès économique mais aussi engagées dans la société. […] Nivea s'engage à adopter une approche responsable pour ses communications et fait partie des signataires de la charte de communication responsables au sein de l'Union des Annonceurs. »
Polonius : Que lisez-vous, Monseigneur ?
Hamlet : Des mots, des mots, des mots.
*–*–*–*–*
Il me semble intéressant de placer une telle attitude dans le cadre de la sociocratie. La sociocratie définit un mode de gouvernance d'une organisation sans imposer aucune sorte de valeurs prédéfinies en dehors du consentement. Elle impose qu'une organisation définisse sa vision. Il ne s'agit pas de se représenter l'organisation dans le futur — comme le font communément les entreprises centrées en ORANGE —, mais d'imaginer le monde à venir comme résultat de l'action de l'organisation. Cette différence est fondamentale.
Rien n'interdit, en théorie, à un fabriquant de cosmétiques de définir sa vision ainsi : « Un monde dans lequel les gens ont une peau saine grâce à l'achat de nos produits, même si cet achat se fait au détriment de leurs besoins de base. » Cependant, il est quand même assez invraisemblable qu'une telle mission puisse recueillir le consentement des employés de la firme ou celui de ses consommateurs, car ce sont bien eux qui décident en dernier ressort, non ?
Ainsi, la sociocratie est un outil neutre ce qui peut la rendre acceptable par tous, et elle rend pourtant peu probable les excès négatifs de quelques système de valeurs que ce soit. Il suffit d'une seule objection…
Jeudi 19 août 2010
VIOLET au Kenya
Les vacances d'été se sont déroulées dans les extraordinaires réserves animalières du Kenya et de la Tanzanie, ce qui est insuffisant pour réaliser une analyse détaillée de ces pays sur la Spirale Dynamique. Cependant, ce billet et les trois suivants seront l'occasion de partager quelques anecdotes et quelques réflexions sur le sujet.
VIOLET et ROUGE sont sans conteste les deux vMèmes les plus forts de la région. Dans les villes et les zones touristiques, ROUGE est apparemment le niveau d'existence dominant. Dans les réserves, les conditions de vie impliquent solidarité et réciprocité — on ne laisse pas une personne sans aide dans la savane quand lions ou hyènes peuvent surgir d'un instant à l'autre —, et VIOLET est toujours très puissant et vraisemblablement parfois dominant.
Personnels des lodges, petits vendeurs ou simples personnes rencontrées appelaient Patricia Mama et moi Papa, voire Papa chef les grands jours. Il est impossible ici de concevoir les gens indépendamment de la structure familiale, et de telles appellations sont aussi une marque de respect.
Les autochtones n'ont pas le monopole de l'utilisation de ce vMème. Maintes fois, j'ai entendu des touristes supplier un animal qui n'était pas sous le meilleur angle pour être vu et photographié : « Allez, tourne-toi ! » Faute certainement des capacités chamaniques appropriées, ces incantations n'étaient guère efficaces. Aussi, une touriste a essayé un autre niveau de la Spirale Dynamique en cherchant à activer la culpabilité chère à BLEU : « Nous sommes venus de loin pour te voir, tu sais ? »
*–*–*–*–*
Officiellement, il y a au Kenya 78 % de chrétiens, 10 % de musulmans, 10 % d'animistes et 2 % d'hindouistes. Ici, comme dans beaucoup d'autres pays, ces statistiques ne reflètent pas la réalité, et l'influence qu'elles accordent aux grandes religions issues de BLEU est grossièrement surestimée. Par exemple, quand un Kenyan est catholique, le plus souvent, il est catholique et animiste : le dieu chrétien n'est qu'un esprit supplémentaire dans son panthéon — un esprit puissant puisqu'il est le dieu des Blancs et que ceux-ci sont riches et puissants —, et ce dieu est perçu à la façon de VIOLET plutôt qu'à la manière de BLEU.
S'ils devaient finalement choisir entre les religions traditionnelles et les religions plus récentes, la plupart des Kenyans choisiraient les premières — les dieux des Blancs sont puissants mais ne semblent efficaces que pour eux ! Jean-Paul II en a fait l'amère expérience quand, lors de son voyage de 1985, il a essayé de les pousser à faire un choix inverse. En vain.
Samedi 14 août 2010
Donnez moi du pain, ma mie !
Hier soir, j'achetais mon pain quotidien lorsque la personne qui me précédait s'est montrée d'une extrême goujaterie avec la boulangère. Moi qui entretiens des relations très chaleureuses avec cette accorte commerçante, je me suis demandé quelle raison chaque niveau d'existence pouvait avoir d'être aimable avec un vendeur.
En VIOLET, la notion de commerce n'existe pas vraiment. Internes ou externes à la tribu, des trocs ont lieu, et le besoin de sécurité et de réciprocité impose des relations plutôt apaisées dans ce contexte comme dans les autres (cf. “Offert par la maison”).
En ROUGE, il n'y a aucune raison particulière d'être gentil avec un marchand à moins qu'il soit en position dominante par un monopole sur son produit ou par une expertise particulière qu'il est impossible de contourner par la force ou par la ruse.
En BLEU, la politesse est une règle, mais il n'y a pas d'implication émotionnelle.
En ORANGE, la gentillesse avec un commerçant est un investissement : par exemple, quand une nouvelle fournée vient juste de sortir, ma boulangère donne aux clients qu'elle aime bien une baguette toute chaude au lieu de leur refiler un pain restant de la fournée précédente.
En VERT, le plaisir de vivre des relations harmonieuses avec sa communauté de proximité est une motivation suffisante.
En JAUNE, en plus de tout ce qui précède selon le positionnement sur la Spirale Dynamique du commerçant, l'amabilité est bien souvent l'input le plus approprié de la part du client pour que le commerçant assure correctement sa fonction dans le système constitué du commerçant, de ses clients et de ses fournisseurs, dans le système constitué du commerçant et de son réseau familial et social, et dans celui constitué de l'acheteur et de son réseau familial et social. Mais des circonstances particulières peuvent amener à choisir volontairement une autre attitude.
Et vous, avec votre boulanger, ça va ?
Vendredi 16 juillet 2010
Quel BLEU pour l'Internet ?
Il y a un peu moins d'un an, j'écrivais sur ce blog un article analysant l'évolution de l'Internet en fonction de la Spirale Dynamique et du cycle des organisations qui lui est parallèle : “Passé, présent et futur de l'Internet”. Rappelons-en les conclusions pour ceux qui n'ont pas le temps de relire le billet : l'Internet est actuellement une structure où le niveau ROUGE s'exprime avec force et dans laquelle les tentatives d'imposer un ordre BLEU vont se multiplier. La suite des événements a semblé justifier amplement cette analyse.
Depuis, les critiques contre le réseau se sont multipliés. Nous nous en sommes fait l'écho dans les billets “Taisez-vous, manants !” et “Perroquet”. L'affaire Woerth-Bettencourt lancée par Mediapart — un site en ligne dont on peut rappeler que les rédacteurs ont leur carte de journaliste au même titre que ceux la presse écrite — a été l'occasion de diatribes d'une violence sans précédent contre le réseau : « plus rien n'est contrôlé » s'est plaint Hervé Morin, le ministre de la Défense ; « méthodes inqualifiables » a déclaré le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre ; « méthodes fascistes » ont renchéri Nadine Morano, la secrétaire d'État à la Famille, et Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP. Déjà, à propos de l'affaire Hortefeux, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, avait réagi en expliquant qu'« Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent de vivre ensemble ne soit acceptée ». Dans tous les cas, il s'agit bien sûr de détourner l'attention du sujet principal, mais aussi d'en profiter pour faire passer l'idée que l'Internet est une jungle dans laquelle chaque citoyen serait potentiellement en danger.
Pendant ce temps-là, les personnes qui acquièrent un iPhone ou un iPad achètent une machine fermée sur laquelle les utilisateurs — sauf à être de bons bidouilleurs — ne peuvent télécharger que les applications vendues sur l'Apple Store. Apple en profite pour retarder l'apparition des applications de ses concurrents, et surtout pour censurer à tout va. Ainsi, Apple a d'abord interdit le Kama Sutra, puis des bandes dessinées adaptées de L'Importance d'être Constant d'Oscar Wilde et d'Ulysse, le chef-d'œuvre de James Joyce, et ensuite des caricatures politiques de Mark Fiore, un dessinateur titulaire du Prix Pulitzer, sous prétexte qu'elles « ridiculisaient des personnages publics ». Qu'Apple soit revenu en arrière sur ces cas emblématiques qui ont déclenché une vive polémique n'empêche pas que les mises à l'index continuent.

Extrait de l'adaptation dessinée de L'importance d'être Constant par Tom Bouden

Extrait de l'adaptation dessinée de Ulysse par Rob Berry et Josh Levitas
Si vous avez un smartphone à la façon Microsoft, certes le système d'exploitation est vieillot, mais l'appareil est largement ouvert. Jusqu'à aujourd'hui. Microsoft prépare une nouvelle version nommée Windows Phone 7 qui, elle aussi, n'acceptera que des applications vendues sur une boutique Microsoft dont on nous annonce qu'y sera banni tout contenu « diffamatoire, calomnieux, menaçant, discriminatoire, ou promouvant des discours de haine, la consommation de drogues illicites, la consommation excessive d'alcool et la violence. ».
L'accès à l'Internet se fait de plus en plus souvent avec ces téléphones portables, et voilà que les fournisseurs d'accès s'y mettent à leur tour pour compléter le verrouillage du système. Ainsi, des campagnes de publicité essaient de nous faire croire qu'il y a l'Internet et l'Internet par ORANGE. Ce dernier serait « un Internet riche qui donne accès à la TV d'Orange (via l'ADSL ou le satellite) proposant ainsi des contenus différents, comme des séries exclusives, et des services innovants, comme la TV à la demande ». Bref, un réseau privé où ORANGE aurait la main mise sur ce que vous pouvez voir et ne pas voir, le contraire absolu de ce que voulait être l'Internet : ouvert, libre et égalitaire.
La censure, on sait où elle commence, jamais où elle s'arrête. Par exemple, sur demande du gouvernement chinois, Apple a supprimé dans ce pays l'accès aux applications iPhone concernant le Dalaï-Lama ou le Tibet…
Toute personne connaissant la Spirale Dynamique sait que le passage par BLEU est inévitable et sans doute nécessaire et positif à terme. Mais BLEU peut s'exprimer dans des valeurs de surface bien différentes. Chacun de nous peut alors se demander si ce sont vraiment celles citées ci-dessus qu'il veut voir se généraliser ? Chacun d'entre nous peut aussi se souvenir qu'il est co-créateur de la société dans laquelle il vit et vivra. Il en est donc aussi coresponsable dans la mesure de son pouvoir et de son influence — au sens du CAPI d'Ichak Adizes ; en tant que citoyen et consommateur, cette marge de manœuvre n'est pas nulle.
Source 1 : Vincent Glad, "Affaire Woerth : le mauvais procès fait à Internet", Slate.fr, 8 juillet 2010.
Source 2 : Tyrian, "Pour sauver la vertu de son iPhone, Apple censure à tout va", Rue 69, 13 juillet 2009.
Source 3 : Jessie Kunhardt & Alexandra Carr, "Apple Censorship : From The 'Kama Sutra' To 'Ulysses,' 9 Books And Book Apps Apple Has Censored Or Rejected ", The Huffington Post, 14 juillet 2010.
Source 4 : Jason Dunn, "No Secrets in the Windows Phone Application Store", Windows Phone Thoughts, 14 juillet 2010.
Source 5 : "Des applications iPhone inaccessibles en Chine", Reporters sans frontières, 1 janvier 2010.
Source 6 : Guillaume Champeau, "Non, Orange… il n'y a bien qu'un seul et même Internet !", Numerama, 7 septembre 2009.
Mardi 22 juin 2010
Panem et circenses
Puisque de toute évidence tout va bien en France et dans le monde — la classe politique est compétente et intègre, l'économie est repartie sur les chapeaux de roue, les financiers ne font que des placements non spéculatifs qui bénéficient à l'économie réelle, le climat social n'est qu'harmonie, entente et fraternité, le problème de la faim n'est qu'un mauvais souvenir, le sida est vaincu, etc. —, nous n'avons plus rien à dire et nous en sommes réduits, comme tous les autres médias, à jouer au Raymond.
Le Raymond, c'est le [dome]nec plus ultra du jeu sympathique. En effet, tout le monde gagne puisqu'il suffit de trouver comment on aurait pu, pour la Coupe du monde 2010, faire mieux que l'entraîneur de l'équipe de France de football. Gagner une Coupe du monde de football, c'est relativement simple : il suffit de mobiliser les cinq premiers niveaux de la Spirale Dynamique.
BEIGE. Les joueurs sont parfaitement entraînés sur le plan physique, avec un haut niveau d'énergie, une acuité sensorielle fine, et des réflexes bien rodés.
VIOLET. Les joueurs sont unis par des liens quasiment familiaux et mystiques. Ils ne sont pas Anelka ou Ribery, ils sont les Bleus, une unité indivisible créée par une initiation donnée par les anciens de l'épreuve précédente, acceptée par des serments, et rappelée par des chants, des rituels et des symboles.
ROUGE. Chaque joueur est un guerrier qui doit donner toute sa force et éviter à tout prix la défaite. Il doit vaincre dans l'honneur pour gagner le respect.
BLEU. L'équipe n'est pas qu'une équipe. Elle représente la patrie, ses traditions et son honneur. Gagner est un devoir, et la moitié du terrain que l'équipe occupe est un symbole du territoire sacré de la nation. Le céder serait une trahison.
ORANGE. Chaque joueur contribue à ce que l'équipe développe une stratégie efficace. Il est récompensé — matériellement et par l'obtention d'un statut personnel et d'une image de gagnant — en fonction de sa capacité à être responsable de l'excellence de son jeu et à saisir toutes les opportunités.
Aucun des vMèmes n'a en réalité correctement fonctionné, et nous avons vu la fatigue en BEIGE, la peur en VIOLET, la honte en ROUGE, la culpabilité en BLEU, et la démoralisation en ORANGE.
Mardi 1 juin 2010
La juste dose
Les vMèmes ORANGE et VERT se positionnent en réaction aux excès négatifs de BLEU qu'ils ont connus. Cette attitude a des répercussions dans de nombreux domaines, et notamment dans l'éducation. Ainsi, les enfants ont pu bénéficier de manière très positive de plus de liberté et de possibilités d'expression.
Cependant, pour fonctionner correctement un niveau d'existence doit s'appuyer sur les étapes précédentes de la Spirale Dynamique. Quelques parents, et parfois le système éducatif tout entier, ont pu l'oublier à certains moments en ne tenant pas compte du fait que les capacités cognitives d'un enfant varient avec son âge, et qu'il est une période où BLEU est nécessaire et sécurisant. Ce qui est bon pour les adultes ne l'est pas forcément à l'identique pour les enfants, et on a pu se retrouver devant la situation de « bébés qui font des bébés ». D'où un excès de ROUGE dans certains pans de notre société.
Le CSA vient de réaliser pour l'APEL, l'Association des parents d'élèves de l'enseignement libre, un sondage dont voici quelques résultats :
- 79 % des jeunes (15-24 ans) ont un sentiment positif à l'égard de l'autorité — contre seulement 66 % des parents ;
- 60 % des adolescents estiment qu'il y a un manque d'autorité chez les parents — mais 82 % estiment que leurs propres parents font bien de ce point de vue ;
- 65 % des jeunes et 66 % des parents estiment que les enseignants manquent d'autorité.
Étonnant ? Pas vraiment en fait. Une restauration des valeurs de sacrifice du soi ne pouvait pas ne pas avoir lieu. Il ne s'agit bien évidemment pas de faire du BLEU à l'ancienne — j'ai connu pendant mon enfance et je ne recommande pas ! — mais de trouver un moyen de poser le cadre nécessaire sans entraver l'individuation et l'épanouissement des enfants et adolescents.
Source : Julie Brafman, "Les adolescents demandeurs de plus d'autorité", Le Monde, 1 juin 2010.
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sam 4 sep 2004, 06:14