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« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
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Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Ennéagramme : Bases, les 17 & 18 mars 2012
Spirale Dynamique : Bases, les 24 & 25 mars 2012
Cycle des organisations, les 3 & 4 novembre 2012
À bientôt !
Mercredi 11 janvier 2012
Vous le voulez VIOLET, votre petit tailleur ?
Arte vient de rediffuser Signé Chanel, un documentaire dans lequel Loïc Prigent a filmé la préparation d'une collection et d'un défilé de la célèbre maison de couture. Cela m'a été l'occasion de découvrir le remarquable travail des premières, des petites mains et des artisans accessoiristes dont certains possèdent un savoir-faire unique au monde et qui disparaîtra avec eux. Pour moi, ces personnes ne sont pas des exécutants, ce sont, loin des feux de la rampe et de la désolante superficialité de ceux qui s'y exposent, les véritables artistes de ce métier.
La précision du travail, les changements fréquents imposés par Karl Lagerfeld (« Il a pondu quatre crinolines de dernière minute ! »), la date butoir du défilé, tout cela génère beaucoup de stress et d'insécurité. Ce milieu perfectionniste les gère par une consommation intensive de bonbons et par un recours massif au niveau d'existence VIOLET.
Tout événement imprévu, même s'il est anodin, a une signification : « Si quelque chose tombe du cintre, c'est que ça va plaire. Quand on pique le mètre, c'est du travail. Il y a des tas de trucs comme cela dans la couture de toute façon. Des tas de petites choses du genre “renverser une boîte d'épingles, c'est une dispute”. » Heureusement, dans ce dernier cas, il y a une parade : « En jeter sept par-dessus l'épaule en disant “Je m'en fous”. Ça trompe le sort. »
Parfois la situation est plus grave. « Ah oui, quand les ciseaux tombent par terre, c'est une mauvaise nouvelle. Ça porte malheur, c'est une annonce de mort, une mauvaise nouvelle. C'est une mort, oui. » D'ailleurs Madame Jacqueline se souvient : « Les ciseaux s'étaient plantés dans la direction de la personne. Elle avait un ami, donc ils ont certainement fini la soirée ensemble. Quand ils sont rentrés, eh bien, ils ont glissé sur une plaque de verglas et ils sont morts tous les deux. Quand on a appris ça, tout le monde était retourné. […] Tout le monde se rappelait ces fameux ciseaux. »
Dans l'atelier de Madame Cécile, où tout est bien sûr cousu à la main, les accidents ne sont pas rares : « Quand on se pique, chaque doigt a une signification. La main droite, c'est le travail et la main gauche, c'est le cœur. Ça commence comme ça. Quand on se pique le pouce, c'est de la joie. Après ce doigt-là, c'est l'ennui, puis amour lettre et départ. Main droite travail, main gauche cœur. »
Par bonheur, des rituels permettent de rendre le sort favorable : « Quand il y a des jeunes filles célibataires qui travaillent sur une robe de mariée, elles mettent un de leurs cheveux dans la robe, elles brodent un de leurs cheveux, et puis normalement elles se marient dans l'année. » Toutes les couturières rient en racontant cela… mais cela ne les empêche pas de pratiquer assidûment la méthode.
Source : Loïc Prigent. Signé Chanel. Paris (France) ; Arte Vidéo ; 2005.
Dimanche 1 janvier 2012
Panser les plaies
Quelle année ! Les secousses écologiques, économiques et sociales se sont succédé quasiment sans interruption sur tous les continents. La constatation que le monde a besoin de changements majeurs et non d'ajustements — en termes techniques, d'un changement vertical et non d'un changement horizontal — est de plus en plus largement partagée. Le développement du niveau d'existence VERT que j'appelais de mes vœux début 2011 est certes toujours indispensable, mais la seule activation d'un nouveau système de valeurs ne serait pas à la hauteur de l'enjeu.
Le vMème JAUNE ne se contente pas de proposer des solutions nouvelles, comme la sociocratie ; il cherche aussi à réparer les niveaux précédents.
La montée de la pauvreté est telle que BEIGE est redevenu une source de préoccupation excessive, même dans nos contrées se disant économiquement développées : par exemple, selon le Bureau de recensement américain, 15 % de la population du pays vit dans la pauvreté ; 50 millions d'Américains ont eu faim au moins une fois au cours de cette année ; pire encore, se crée du dénuement durable, c'est-à-dire de nombreuses régions où le taux de pauvreté s'est accru régulièrement sur plus de trois décennies.
L'individualisme et le narcissisme ambiants ont aussi créé un besoin criant de guérison de VIOLET et notamment d'une restauration de la réciprocité sociale : en France, par exemple, qu'en est-il de ce fondement de la vie en commun quand les riches entreprises du CAC40 ont un niveau d'imposition 21 % moins élevé que les PME.
Pour ces deux premiers niveaux de la Spirale Dynamique, nous nous sommes fait l'écho, fin septembre, de quelques solutions possibles dans les billets intitulés “Pour une société juste”.
ROUGE ne va pas mieux. Nombre de gens s'estiment traités sans respect et avec mépris par les représentants d'un système social dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Alors nous pourrions faire de 2012 l'année de la dignité restaurée. Donna Hicks, qui travaille à l'université de Harvard et a été la facilitatrice de nombreux conflits internationaux, a dressé une liste des dix éléments essentiels de la dignité :
- Acceptation de l'identité : approcher les gens sans les considérer comme inférieur ou supérieur à soi ; les laisser libres d'exprimer leur identité sans crainte d'être jugé ; ne pas avoir de présupposés dus à leur race, leur ethnie, leur genre, leur âge, leur classe sociale, leur religion, leur handicap, etc.
- Inclusion : donner aux gens un sentiment d'appartenance dans toutes les communautés dont ils font partie, et plus généralement dans toutes les relations entretenues avec eux.
- Sécurité : assurer les gens qu'ils sont en sûreté, qu'ils ne seront ni blessés, ni humiliés afin qu'ils puissent s'exprimer sans crainte de châtiment physique et/ou psychologique.
- Confirmation : être pleinement attentif aux préoccupations, aux émotions et aux expériences des gens, et les valider.
- Reconnaissance : apprécier ouvertement les talents, le travail, les idées et les contributions des gens.
- Justice : traiter tous les gens selon les mêmes lois et les mêmes règles, sans discrimination ni injustice.
- Bénéfice du doute : aborder les gens en présupposant qu'ils ont de bonnes intentions et qu'ils sont intègres.
- Compréhension : permettre aux gens d'exprimer et expliquer leurs points de vue, et essayer de les comprendre.
- Indépendance : encourager les gens à agir par eux-mêmes de façon à ce qu'ils se sentent en contrôle de leur vie et qu'ils vivent de l'espérance et de la confiance dans leurs capacités.
- Responsabilité : être comptable de ses actes, notamment si la dignité d'une autre personne a été bafouée.
Si 2012 est une année où nous faisons respecter notre dignité et où nous respectons celle des autres, ce sera certainement l'excellente année que je nous souhaite à tous.
Source : Donna Hicks. Dignity : The Essential Role It Plays in Resolving Conflict. New Haven (Connecticut), Yale University Press, 2011.
Jeudi 1 décembre 2011
Contenir le développement de ROUGE (2/2)
Il nous reste à aborder la part de la structure familiale dans la violence et la délinquance des jeunes, notamment de sexe masculin. Même si d'autres structures familiales peuvent peut-être être impliquées, il y a une corrélation bien connue entre ces phénomènes et les familles monoparentales constituées d'une mère et d'un ou plusieurs enfants. Les enfants élevés sans père ont statistiquement plus de risques d'être violents, d'être blessés, d'avoir des problèmes, d'être en échec scolaire ou d'être membre d'une bande à l'adolescence. Une étude australienne a démontré que 80 % des violeurs motivés par une colère déplacée avaient été élevés sans père. En 1999, 80 % des membres de gangs aux États-Unis venaient de foyers sans père. Une étude canadienne, publiée cet été, a suivi 138 enfants de l'âge de 3 à 5 ans jusqu'au début de l'adolescence : les enfants dont le père est absent ont des moins bons résultats aux tests d'intelligence et des problèmes émotionnels plus fréquents, indépendamment du positionnement socio-économique de leur famille.
Le nombre de familles monoparentales augmente régulièrement parallèlement à la délinquance des jeunes. En France, en 2005, selon l'Insee, 1,76 million de familles sont constituées d'un seul adulte vivant avec un ou plusieurs enfants. Dans 85 % des cas, il s'agit de la mère, 90 % même quand les enfants ont moins de 6 ans. 17,7 % des enfants, soit 2,84 millions, vivent aujourd'hui dans une famille monoparentale.
Une corrélation statistique n'est pas forcément une causalité. L'Ennéagramme et la Spirale Dynamique nous permettent de pousser l'analyse un peu plus loin.
Quand un vMème se met en place, ses excès ne peuvent être contenus que par une influence extérieure ou par un frein intérieur venant des niveaux d'existence précédents. Par exemple, des parents centrés en VERT aident leurs enfants à mettre en place un ORANGE sans trop de narcissisme ; un enfant ayant un ORANGE bien développé sait faire entendre et prendre en compte son point de vue dans ses diverses communautés lorsqu'il passe en VERT.
Le développement d'un enfant nécessite la présence d'une figure nourricière et d'une figure protectrice. Traditionnellement, ces rôles sont joués respectivement par la mère et par le père, mais rien n'empêche d'autres personnes de les tenir. Il est toutefois nécessaire que ce soient des personnes différentes qui remplissent ces rôles quand l'enfant est très jeune, car il n'a pas alors le développement cognitif lui permettant de comprendre et gérer des situations où la même personne a les deux attitudes (cf. par exemple les travaux de Gregory Bateson sur la double contrainte et la schizophrénie).
Le lien entre l'instinct social de l'Ennéagramme et le niveau VIOLET de la Spirale Dynamique nous apprend que la figure protectrice joue un rôle déterminant dans le développement d'un VIOLET sain. Dans une famille monoparentale où l'adulte est la mère agissant en tant que figure nourricière et où le père n'est pas impliqué dans l'éducation de ses enfants, le rôle de figure protectrice ne peut donc être tenu que par un autre membre de la famille, oncle ou grand-père par exemple, ou une par une personne extérieure à la famille. Le rôle est sans doute moins bien joué qu'il ne pourrait l'être par le père parce que les contacts entre l'enfant et cette personne sont généralement plus épisodiques.
En l'absence de cette personne, le développement du vMème VIOLET n'est pas suffisant pour créer un sentiment convenable de sécurité. Du fait, VIOLET ne pourra pas jouer son rôle de frein interne aux excès de ROUGE. La figure protectrice est aussi celle qui, de l'extérieur, peut dire à l'enfant quel comportement ROUGE est acceptable et lequel ne l'est pas. Le manque de la figure protectrice touche négativement les enfants des deux sexes, ce qui explique qu'il y ait aussi une augmentation forte de la délinquance des jeunes filles. Cependant, il a un impact supplémentaire chez les garçons qui construisent traditionnellement leur identité masculine en s'identifiant à un homme de leur entourage — cela changera peut-être dans les sociétés dominées par VERT et au-delà, mais traiter ce point serait un sujet à part entière.
Les enquêtes criminologiques vont dans le même sens : le gros des jeunes délinquants est constitué de garçons issus d'une famille monoparentale sans père et n'ayant pas eu par ailleurs un mentor mâle plus âgé. Dans notre monde ORANGE, les familles monoparentales sont très isolées, et ce mentorat n'est que rarement exercé par un proche. Cette situation évoluera spontanément avec VERT où la famille va à nouveau s'élargir : cf. par exemple “Crustacés et coquillages” ou “Familles plurielles”.
Mais que faire en attendant ? A priori, dans nos pays, tous les enfants passent par l'école, et c'est donc le lieu idéal pour leur proposer les mentors peut-être absents de leur milieu familial. Théoriquement.
En France, au 31 janvier 2006, 79,3 % des professeurs des écoles étaient des femmes, ce qui est conforme à la moyenne des pays développés (80 % en 1997 selon l'UNESCO) ; ce pourcentage dépasse 90 % dans les écoles maternelles. 71 % des directeurs d'école sont des femmes. Les femmes sont aussi les plus nombreuses pour les professeurs certifiés (62,9 %), mais deviennent minoritaires pour les professeurs agrégés (49,2 %) et d'université (17,6 %).
Une étude canadienne liste quatre causes à cette surreprésentation des femmes dans l'enseignement primaire :
- le lien complexe entre masculinité et sollicitude ;
- le salaire trop bas et le statut de la profession ;
- le fait que l'enseignement primaire soit une profession à prédominance féminine ;
- la proximité physique avec les élèves.
Voilà des pistes pour une prochaine réforme de l'Éducation nationale…
Revenons aux cinq causes de la montée probable de la délinquance des jeunes citées dans la première partie de cet article. Le constat que j'ai dressé ici n'est pas révolutionnaire. Les personnes dites de gauche ont l'habitude de mettre l'accent sur les raisons socio-économiques du phénomène, là où celles dites de droite sont plutôt sensibles aux raisons familiales et éducatives. L'intérêt de la Spirale Dynamique est qu'en nous forçant à prendre en compte tous les niveaux d'existence, elle nous aide à prendre de la distance avec nos systèmes de croyance et à avoir une analyse plus complète et plus objective.
Source 1 : Philip Zimbardo, "The demise of guys ?" TED, 2011
Source 2 : "Répères et statistiques : les personnels", Ministère de l'Éducation nationale, Août 2006.
Source 3 : Lucie Charbonneau, "Enseigner au primaire : Vision de la masculinité dans un monde féminin", CRIFPE, Mai 2009
Source 4 : Olivier Chardon, Fabienne Daguet & Émilie Vivas, "Les familles monoparentales : Des difficultés à travailler et à se loger", Division Enquêtes et études démographiques de l'Insee, Juin 2008.
Source 5 : Gay Arndt Bradshaw. Elephants on the Edge : What Animals Teach Us About Humanity. Londres (Royaume Uni) ; Yale University Press ; 2009.
Source 6 : Erin Pougnet, Lisa A. Serbin, Dale M. Stack & Alex E. Schwartzman, "Fathers' influence on children's cognitive and behavioural functioning : A longitudinal study of Canadian families", Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportement, Vol. 43, N° 3, Juillet 2011, p. 173-182.
Samedi 26 novembre 2011
Contenir le développement de ROUGE (1/2)
Selon des statistiques du ministère de l'Intérieur, le nombre de délits commis par des mineurs a augmenté de 132,7 % entre 1993 et 2010. La plus forte hausse, consommation de stupéfiants exceptés, concerne les atteintes physiques aux personnes : + 298,6 %. Même dans la catégorie des vols qui progresse beaucoup moins, l'évolution des vols avec violence est la plus importante.
Comme toutes les statistiques, celles-ci doivent être prises avec circonspection. L'augmentation du nombre d'affaires déclarées n'est pas forcément le signe d'une augmentation du nombre de cas réels, mais peut être simplement l'indicateur d'une moindre tolérance de la société face à certains actes. De plus le manque de civilité des jeunes est un sujet de plainte sans doute aussi ancien que l'humanité. C'est devenu un cliché — mais je ne recule devant rien ! — de citer à ce propos les lamentations de Socrate : « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. »
En augmentation ou non, cette problématique est, aujourd'hui comme déjà au temps de Socrate, une expression du niveau d'existence ROUGE. Elle touche principalement les garçons, même si la criminalité des filles est elle aussi en très forte augmentation. Même quand ils ne se livrent pas à des comportements asociaux, les garçons traversent aujourd'hui des problèmes graves déjà évoqués sur ce blog il y a cinq ans : ils ont 30 % de plus de chances de ne pas terminer leurs études que les filles et ne représentent que 45 % des diplômés de l'université, peut-être parce qu'ils ont une probabilité 5 fois plus grande d'être atteint de trouble du déficit de l'attention.
Les garçons touchés par ces phénomènes subissent les conséquences de cinq types de causes, soit en allant du général au particulier :
- Contexte social ;
- Difficultés économiques ;
- Structure familiale ;
- Relations familiales ;
- Patrimoine génétique.
Ces causes ne sont pas indépendantes les unes des autres, mais constituent bien au contraire un système complexe qu'il serait utile de préciser et de cartographier. Par exemple, souvent les difficultés économiques ont un impact sur la famille, d'abord ses relations, puis sa structure qui, à son tour, influe sur la situation économique de la famille ; ou bien un changement de structure familiale se traduit par des difficultés économiques qui modifient les relations familiales ; etc. Il semble donc très improbable que le problème soit soluble en n'agissant que sur un seul de ces paramètres.
Les causes sociales et économiques ont été notamment évoquées dans le billet “Après ROUGE… BLEU” et dans un article publié en 2005 sur notre site consacré à la Spirale Dynamique : “Un outil performant d'analyse des conflits”. Qu'elles ne soient pas rappelées ici n'en diminue aucunement l'importance.
Les trois autres causes posent plus de problème. À part l'indispensable lutte contre les violences conjugales, les relations familiales sont du ressort de la sphère privée, et il est donc difficile d'agir en ce domaine, même si plusieurs auteurs les considèrent comme la cause majeure de la délinquance des jeunes. Il faut dire que les deux dernières explications sont suffisamment politiquement incorrectes pour que beaucoup évitent de les aborder.
La cause génétique est pourtant incontestable. On sait en Ennéagramme que deux profils de personnalité sont plus sujets à des comportements sociaux déviants que les autres. Quant au trouble de l'attention, la part génétique qui affecte le rôle des transporteurs de dopamine est bien connue. Dans ce domaine aussi, on sait que l'influence du patrimoine génétique est probabilité, et non fatalité. Une éducation prenant en compte respectueusement et fermement ces enfants est suffisante pour régler le problème dans la majorité des cas.
Vendredi 11 novembre 2011
Sur le lac Titicaca
L'empire inca a été d'une telle puissance et d'une telle magnificence, son éclat a été si bref, et sa chute devant les conquistadors si tragique que dans notre imaginaire, il masque la richesse des civilisations sud-américaines qui l'ont précédé. Celle des Uros est une des plus modestes, mais aussi une des plus mystérieuses et des plus fascinantes.
Un jour, la tribu des Uros a quitté l'Amazonie et s'est retrouvée sur les rives du lac Titicaca. Selon leurs traditions, les Uros existaient avant le soleil alors que la Terre était froide et sombre. Ils ne craignaient ni la pluie ni la foudre.
Est-ce parce qu'il n'y avait pas de terres non occupées ? Est-ce parce qu'ils avaient la peau plus sombre que les autres Amérindiens ? Les Uros ont été opprimés par les populations locales, et ils se sont réfugiés sur le lac Titicaca où ils ont dès lors connu une paix relative : les Incas les considéraient comme des sous-hommes indignes d'attention, les Espagnols les trouvaient trop paresseux pour les faire travailler de force dans les haciendas et les missions, et les Indiens actuels les considèrent comme simplets. Même s'il n'existe plus d'Uros purs, mais seulement des métis d'Uros et d'Aymaras, et si leur langue originelle a été perdue, leur culture a partiellement survécu.
Voici, au large du port péruvien de Puno, une des îles, parmi une soixantaine, où vivent les Uros :

L'étonnante caractéristique de ces îles est qu'elles sont entièrement artificielles. Les Uros découpent des roseaux, les tortoras, et leurs racines en des blocs d'environ un mètre carré, et ils les assemblent en les attachant avec des cordes faites aussi de roseaux. C'est avec le même type de cordes que les îles sont ensuite arrimées au fond du lac. Sur chaque île vivent deux à dix familles, sous la responsabilité d'un ancien qui décide des tâches d'entretien de l'île et les répartit entre les habitants : il faut notamment ajouter régulièrement des couches de roseaux pour empêcher l'humidité de monter, et surveiller que les feux allumés pour la cuisine n'abîment pas le « sol ». En cas de conflit insoluble ou si les familles deviennent trop nombreuses, il suffit de construire une nouvelle île qui sera amarrée à proximité.

Vestige de l'époque où les Uros étaient en insécurité, chaque île porte une tour de garde, en roseau bien sûr. Comme sont faites de roseau, les huttes, les lits et les matelas, les bateaux, les feux pour se chauffer ou cuisiner :

Les Uros se nourrissent… de roseau, la partie blanche et tendre à la base des tortoras, ainsi que de poissons et de la chair et des œufs des oiseaux aquatiques dont le lac Titicaca regorge. Certains d'entre eux vont sur les marchés avoisinants pour troquer des poissons contre des pommes de terre ou d'autres légumes.
Il existe quelques îles où des Uros vivent hors de tout contact avec d'autres peuples, mais la plupart d'entre eux accueillent sur leurs îles des touristes auxquels ils racontent avec fierté leur culture et vendent leur artisanat de tissus. Les Uros s'arrangent néanmoins pour que chaque île reçoive au plus une visite tous les deux jours afin de préserver leur intimité et leur culture.

Chasseurs-cueilleurs dominés par le vMème VIOLET, les Uros démontrent la vitalité, la créativité et la capacité d'adaptation dont il est capable. Aujourd'hui, leur défi est celui de beaucoup de cultures indigènes dans le monde : s'ouvrir au monde et à la technologie — la plupart des îles sont équipées de panneaux solaires fournis par le gouvernement péruvien et permettant un peu d'éclairage — tout en préservant leur identité culturelle.
Mardi 30 août 2011
Extension du domaine de l'empathie
Il suffit d'être un peu attentif aux informations pour savoir que l'intensité de l'empathie que suscite un événement malheureux est proportionnelle à sa distance géographique et/ou culturelle : pour qu'un accident ou une catastrophe fasse la une de l'actualité, le nombre de morts doit être d'autant plus élevé que le pays est éloigné de nous… sauf bien sûr s'il y a des Français parmi les victimes !
Cette attitude est certainement apparue dès le vMème VIOLET. Seul y compte ce qui se passe dans la tribu. Dans BLEU, le niveau d'existence collectif suivant, le champ de l'empathie s'étend généralement aux membres d'une nation. La généralisation de VERT nécessitera l'extension de la compassion à l'ensemble de l'humanité.
Pour y arriver, un bon moyen : Facebook. Il m'est arrivé sur ce blog d'en souligner quelques défauts, mais il y a évidemment des contreparties. Larry D. Rosen, un professeur de psychologie de l'Université de Californie, a dressé un bilan des aspects positifs et négatifs de ce réseau social. S'il a remarqué que les adolescents qui le fréquentent sont plus narcissiques que la moyenne, il a aussi mis en évidence une augmentation sensible de leur « empathie virtuelle » : on retrouve bien ce curieux mélange caractéristique du niveau d'existence VERT.
Source : "Social Networking's Good and Bad Impacts on Kids", American Psychological Association, 6 août 2011.
Lundi 22 août 2011
Charisme
Patricia et moi déjeunions l'autre jour chez des amis qui se plaignaient du manque de charisme de certain(e)s des candidat(e)s possibles à la prochaine élection présidentielle française. Le charisme est-il vraiment nécessaire ? Est-il même souhaitable ?
C'est la pensée magique du vMème VIOLET qui est à l'œuvre quand nous attribuons du charisme à un leader, d'après une étude menée à l'Anderson School of Management en Californie.
Un leader est d'autant plus perçu comme charismatique que les raisons de son succès ne sont pas connues et ne semblent pas venir de compétences apprises ou d'un travail intense. Les personnes qui le suivent lui attribuent alors des qualités de visionnaire capable de prédire le futur dans le monde des affaires. Ils se mettent à croire que ses qualités se répandent par contagion, et à désirer un contact physique avec lui ou avec ses possessions (cf. “VIOLET ou ORANGE ? Ça dépend…”).
Inversement, quand un manager leur est décrit comme visionnaire, les personnes qui lui sont confrontées le trouvent charismatique, et même magnétique !
Dans le monde des affaires, les chercheurs qui ont réalisé cette étude soulignent que cette perception du charisme est un obstacle au transfert des connaissances et des compétences au sein d'une organisation, puisque celles-ci sont supposées inhérentes à la personne et non apprises. Dans le contexte politique et social, l'histoire du siècle précédent est remplie des dégâts causés par des leaders charismatiques.
En amenant à argumenter ses choix, l'élection sans candidat de la sociocratie est un moyen simple d'atténuer les effets négatifs du charisme.
Source : Maia J. Young, Michael W. Morris & Vicki M. Scherwin, "Managerial Mystique : Magical Thinking in Judgments of Managers' Vision, Charisma, and Magnetism", Journal of Management, 2 mai 2011.
Mercredi 17 août 2011
Les deux, mon général !
Mais où suis-je ? Dans quelle contrée ?
C'est la question que l'on peut se poser dans de nombreuses villes du monde, en banlieue ou au contraire dans le centre. Côte à côte s'alignent les magasins des grandes chaînes internationales de restauration rapide, de chaussures de sport, de vêtements standardisés créant des lieux sans âme et sans personnalité. À Paris, les Champs Élysées sont devenus un triste exemple de cette uniformisation.
La première boucle de la Spirale Dynamique a été celle de l'unification de l'humanité. Les cultures centrées en VIOLET sont nombreuses et extraordinairement diverses. Les empires dominés par ROUGE ont déjà été en nombre plus limité. Les grandes idéologies générées par BLEU se comptent sur les doigts des deux mains. Notre ORANGE a créé la mondialisation économique évoquée en début d'article. Humanocentriste et cherchant à atténuer les conséquences négatives de l'expression des différences (le politiquement correct), VERT ne joue cette fois qu'insuffisamment le rôle déconstructeur qui est généralement le sien.
Cette tendance globalisante a des aspects très positifs. Elle a créé une culture planétaire riche de métissages et potentiellement génératrice d'échanges, d'empathie et de paix. Elle seule a une chance de résoudre les problèmes globaux que connaît aujourd'hui le monde, écologie et développement notamment.
Hélas, cette avancée vers l'unité s'est faite par l'écrasement des diversités. VERT est conscient du problème, mais ne sait pas le résoudre car il reste dans la logique du « ou ». Or la diversité sans unité est létale par absence de communication, et l'unité sans diversité est létale par absence de créativité. Une fois de plus, ce sera une des tâches de JAUNE de passer à la logique du « et » et de trouver des moyens concrets de faire vivre simultanément ces soi-disant opposés.
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mar 1 sep 2009, 06:58