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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Cycle des organisations, les 18 & 19 septembre 2010
Spirale Dynamique : Bases, les 13 & 14 novembre 2010
Sociocratie : Bases, les 21, 22 & 23 janvier 2011
À bientôt !
Vendredi 27 août 2010
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (2/2)
Quelques jours après avoir vu les publicités de Nivea, Patricia et moi nous trouvions dans un lodge de la plaine du Serengeti. La difficulté des pistes nous avait fait arriver assez tard et, alors que nous nous préparions à aller dîner, la femme de chambre chargée de préparer les lits pour la nuit est entrée. Sur son badge, son prénom : Happiness (Bonheur).
Happiness fait partie du personnel « invisible », celui que normalement les hôtes ne rencontrent pas. Notre arrivée tardive nous l'ayant fait croiser, nous avons échangé quelques mots avec elle et lui avons donné un tout petit pourboire, l'équivalent de 30 centimes d'euro. Sa joie et sa reconnaissance étaient poignantes. Le lendemain, rentrés à une heure normale, nous ne l'avons pas vu, mais lui avions laissé un billet sur l'oreiller représentant une somme aussi modeste que la veille. Nous avons été bouleversés, en rentrant, de voir qu'elle nous avait laissé un message :
Hi ! Bonjour ?!
J'espère que vous allez bien. De mon côté, ça va aussi. Remercions Dieu pour cela et je suis désolée d'être en retard aujourd'hui. Je souhaite que vous reveniez au Serena un jour. Soyez bénis, profitez de votre nuit, beaux rêves, et que Dieu soit avec vous pendant ce temps.
Merci.
Votre Happiness.
Pour des personnes comme Happiness, notre monde ORANGE est un eldorado, un rêve. Pour nous, ce rêve commence furieusement à ressembler à un cauchemar dont nous nous réveillons — fêtards ayant commis trop d'abus et fait trop de tapage — avec la gueule de bois.
Lundi 23 août 2010
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (1/2)
Dans les banlieues misérables de Nairobi et à l'approche d'autres grandes villes du Kenya, sont dressés de gigantesques panneaux publicitaires d'au moins 6 mètres sur 4. Sur plusieurs d'entre eux, on peut voir une publicité pour une crème de soin hydratante pour hommes de la marque Nivea, avec comme slogan : « Ce que l'homme veut ».
Il n'est pas besoin d'être un expert en linguistique pour savoir que la présupposition qui sous-tend cette phrase est que si vous n'en voulez pas, vous n'êtes pas véritablement un homme. Dans un pays où le niveau d'existence ROUGE est dominant en de nombreux endroits, c'est un message très fort.
Et ignoble.
Au Kenya, le revenu moyen par habitant est d'environ 3,50 euros par jour, le taux de chômage est de 40 %, et l'espérance de vie à la naissance est de 58,8 ans. 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L'école primaire n'est gratuite que depuis 2003, la suite des études restant payante et donc inaccessible à la plupart des enfants.
Alors, que pensez-vous que veuille réellement l'homme kenyan ?
*–*–*–*–*
Pour ajouter la fausseté à l'indignité, le site français de Nivea affiche fièrement ses valeurs de surface : « Nivea s'engage à toujours se comporter en marque responsable et digne de confiance. Ses actions sont non seulement tournées vers le succès économique mais aussi engagées dans la société. […] Nivea s'engage à adopter une approche responsable pour ses communications et fait partie des signataires de la charte de communication responsables au sein de l'Union des Annonceurs. »
Polonius : Que lisez-vous, Monseigneur ?
Hamlet : Des mots, des mots, des mots.
*–*–*–*–*
Il me semble intéressant de placer une telle attitude dans le cadre de la sociocratie. La sociocratie définit un mode de gouvernance d'une organisation sans imposer aucune sorte de valeurs prédéfinies en dehors du consentement. Elle impose qu'une organisation définisse sa vision. Il ne s'agit pas de se représenter l'organisation dans le futur — comme le font communément les entreprises centrées en ORANGE —, mais d'imaginer le monde à venir comme résultat de l'action de l'organisation. Cette différence est fondamentale.
Rien n'interdit, en théorie, à un fabriquant de cosmétiques de définir sa vision ainsi : « Un monde dans lequel les gens ont une peau saine grâce à l'achat de nos produits, même si cet achat se fait au détriment de leurs besoins de base. » Cependant, il est quand même assez invraisemblable qu'une telle mission puisse recueillir le consentement des employés de la firme ou celui de ses consommateurs, car ce sont bien eux qui décident en dernier ressort, non ?
Ainsi, la sociocratie est un outil neutre ce qui peut la rendre acceptable par tous, et elle rend pourtant peu probable les excès négatifs de quelques système de valeurs que ce soit. Il suffit d'une seule objection…
Vendredi 16 juillet 2010
Quel BLEU pour l'Internet ?
Il y a un peu moins d'un an, j'écrivais sur ce blog un article analysant l'évolution de l'Internet en fonction de la Spirale Dynamique et du cycle des organisations qui lui est parallèle : “Passé, présent et futur de l'Internet”. Rappelons-en les conclusions pour ceux qui n'ont pas le temps de relire le billet : l'Internet est actuellement une structure où le niveau ROUGE s'exprime avec force et dans laquelle les tentatives d'imposer un ordre BLEU vont se multiplier. La suite des événements a semblé justifier amplement cette analyse.
Depuis, les critiques contre le réseau se sont multipliés. Nous nous en sommes fait l'écho dans les billets “Taisez-vous, manants !” et “Perroquet”. L'affaire Woerth-Bettencourt lancée par Mediapart — un site en ligne dont on peut rappeler que les rédacteurs ont leur carte de journaliste au même titre que ceux la presse écrite — a été l'occasion de diatribes d'une violence sans précédent contre le réseau : « plus rien n'est contrôlé » s'est plaint Hervé Morin, le ministre de la Défense ; « méthodes inqualifiables » a déclaré le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre ; « méthodes fascistes » ont renchéri Nadine Morano, la secrétaire d'État à la Famille, et Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP. Déjà, à propos de l'affaire Hortefeux, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, avait réagi en expliquant qu'« Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent de vivre ensemble ne soit acceptée ». Dans tous les cas, il s'agit bien sûr de détourner l'attention du sujet principal, mais aussi d'en profiter pour faire passer l'idée que l'Internet est une jungle dans laquelle chaque citoyen serait potentiellement en danger.
Pendant ce temps-là, les personnes qui acquièrent un iPhone ou un iPad achètent une machine fermée sur laquelle les utilisateurs — sauf à être de bons bidouilleurs — ne peuvent télécharger que les applications vendues sur l'Apple Store. Apple en profite pour retarder l'apparition des applications de ses concurrents, et surtout pour censurer à tout va. Ainsi, Apple a d'abord interdit le Kama Sutra, puis des bandes dessinées adaptées de L'Importance d'être Constant d'Oscar Wilde et d'Ulysse, le chef-d'œuvre de James Joyce, et ensuite des caricatures politiques de Mark Fiore, un dessinateur titulaire du Prix Pulitzer, sous prétexte qu'elles « ridiculisaient des personnages publics ». Qu'Apple soit revenu en arrière sur ces cas emblématiques qui ont déclenché une vive polémique n'empêche pas que les mises à l'index continuent.

Extrait de l'adaptation dessinée de L'importance d'être Constant par Tom Bouden

Extrait de l'adaptation dessinée de Ulysse par Rob Berry et Josh Levitas
Si vous avez un smartphone à la façon Microsoft, certes le système d'exploitation est vieillot, mais l'appareil est largement ouvert. Jusqu'à aujourd'hui. Microsoft prépare une nouvelle version nommée Windows Phone 7 qui, elle aussi, n'acceptera que des applications vendues sur une boutique Microsoft dont on nous annonce qu'y sera banni tout contenu « diffamatoire, calomnieux, menaçant, discriminatoire, ou promouvant des discours de haine, la consommation de drogues illicites, la consommation excessive d'alcool et la violence. ».
L'accès à l'Internet se fait de plus en plus souvent avec ces téléphones portables, et voilà que les fournisseurs d'accès s'y mettent à leur tour pour compléter le verrouillage du système. Ainsi, des campagnes de publicité essaient de nous faire croire qu'il y a l'Internet et l'Internet par ORANGE. Ce dernier serait « un Internet riche qui donne accès à la TV d'Orange (via l'ADSL ou le satellite) proposant ainsi des contenus différents, comme des séries exclusives, et des services innovants, comme la TV à la demande ». Bref, un réseau privé où ORANGE aurait la main mise sur ce que vous pouvez voir et ne pas voir, le contraire absolu de ce que voulait être l'Internet : ouvert, libre et égalitaire.
La censure, on sait où elle commence, jamais où elle s'arrête. Par exemple, sur demande du gouvernement chinois, Apple a supprimé dans ce pays l'accès aux applications iPhone concernant le Dalaï-Lama ou le Tibet…
Toute personne connaissant la Spirale Dynamique sait que le passage par BLEU est inévitable et sans doute nécessaire et positif à terme. Mais BLEU peut s'exprimer dans des valeurs de surface bien différentes. Chacun de nous peut alors se demander si ce sont vraiment celles citées ci-dessus qu'il veut voir se généraliser ? Chacun d'entre nous peut aussi se souvenir qu'il est co-créateur de la société dans laquelle il vit et vivra. Il en est donc aussi coresponsable dans la mesure de son pouvoir et de son influence — au sens du CAPI d'Ichak Adizes ; en tant que citoyen et consommateur, cette marge de manœuvre n'est pas nulle.
Source 1 : Vincent Glad, "Affaire Woerth : le mauvais procès fait à Internet", Slate.fr, 8 juillet 2010.
Source 2 : Tyrian, "Pour sauver la vertu de son iPhone, Apple censure à tout va", Rue 69, 13 juillet 2009.
Source 3 : Jessie Kunhardt & Alexandra Carr, "Apple Censorship : From The 'Kama Sutra' To 'Ulysses,' 9 Books And Book Apps Apple Has Censored Or Rejected ", The Huffington Post, 14 juillet 2010.
Source 4 : Jason Dunn, "No Secrets in the Windows Phone Application Store", Windows Phone Thoughts, 14 juillet 2010.
Source 5 : "Des applications iPhone inaccessibles en Chine", Reporters sans frontières, 1 janvier 2010.
Source 6 : Guillaume Champeau, "Non, Orange… il n'y a bien qu'un seul et même Internet !", Numerama, 7 septembre 2009.
Jeudi 10 juin 2010
Décence commune
Pendant six mois, à Caen, Florence Aubenas a partagé le difficile quotidien de personnes que la crise contraint à passer de petit boulot en petit boulot, expérience d'immersion dont elle a tiré un livre, Le Quai de Ouistreham. À l'occasion de sa parution, Philosophie Magazine a fait dialoguer la journaliste avec le philosophe Bruce Bégout. Voici un court extrait de leurs échanges :
Bruce Bégout : Ces individus parcellarisés ne sont pas devenus des loups les uns pour les autres. Il y a une forme de solidarité et d'honnêteté qui se maintient. Ce qu'Orwell appelait la décence ordinaire (common decency) : une pratique populaire de bienveillance commune, une forme prémorale de bonté, un sens spontané de ce qui doit se faire.
Florence Aubenas : C'est d'autant plus frappant qu'il règne dans le travail précaire une grande concurrence : il y a plus de demandeurs d'emploi que d'emplois. Quand on lutte pour obtenir deux heures de ménage dans la zone de non-droit qu'est le travail précaire, on est tous des concurrents directs. Et, pourtant, dans ce monde si difficile, on n'hésite pas à vous prêter une voiture. C'est ce qui m'est arrivé : si j'ai pu aller travailler sur les quais, à 15 km du centre, c'est qu'on m'a prêté une voiture pendant six mois ! Quand on sait que la voiture est la condition sine qua non pour décrocher quelques heures de ménage, on comprend la signification de cette générosité. Il existe un véritable « savoir-vivre ensemble », une intuition très forte qu'on ne peut s'en sortir qu'ensemble.
B. B. : Cette décence ordinaire dont parle Orwell n'est pas innée, elle est issue d'une pratique quotidienne, de conditions socioculturelles. Malgré la concurrence qui pourrait opposer les individus, il n'y a pas de volonté de domination. La décence, c'est exactement cela, le refus de dominer, d'écraser l'autre. Il ne s'agit pas de dire que les classes populaires sont par essence plus morales que les autres, qu'elles possèdent un sens moral inné. Cette décence tient aux conditions de vie qui encouragent cette socialité immanente, cette pratique ordinaire de l'entraide, de la confiance mutuelle, du lien social minimal et fondamental. Comme le suggère La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, les structures hiérarchiques entraînent une répercussion de la violence subie sur l'inférieur que vous dirigez. À chaque échelon, chacun s'identifie au dominant en se faisant le dominant d'un subalterne. Mais quand vous n'avez pas d'inférieur, quand il n'y a pas plus précaire et plus bas que vous, vous ne pouvez humilier personne. La vulnérabilité de ceux qui sont au bout de la chaîne crée une solidarité instinctive, particulièrement sensible dans cet univers où l'espace et le temps atomisés fragilisent les individus. L'homme n'est pas simplement un animal social, il est aussi un être de soin et d'entraide. Il est normal que, dans des situations éprouvantes, il cherche quelqu'un qui puisse prendre soin de lui ou dont il prendra soin. Ce sont les conditions de vie et les pratiques sociales qui créent cette entraide.
F. A. : Sans elle, la vie n'est pas possible ! Un soir, sur le quai de Ouistreham, devant le ferry, j'ai croisé le regard de Marilou, une jeune femme de 20 ans. Elle venait d'être embauchée en CDD comme moi. Pétries d'inquiétude sur ce qui nous attendait à bord du bateau, nous sommes tombées dans les bras l'une de l'autre. Alors que nous ne nous connaissions pas, nous nous sommes tout de suite dit que nous ferions du covoiturage, que nous passerions l'une chez l'autre, que nous pourrions compter l'une sur l'autre.
La sociocratie maintient l'existence de structures hiérarchiques indispensables au fonctionnement opérationnel quotidien, cependant par l'organisation en cercles unis par le double lien, elle construit des hiérarchies fondées sur la compétence où le seul pouvoir est celui de l'argumentation. Ainsi, elle exclut naturellement toute possibilité d'être « le dominant d'un subalterne » à qui l'on fait subir une « violence » et que l'on pourrait « humilier ». Il me semble qu'elle crée ainsi naturellement « les conditions de vie et les pratiques sociales » permettant l'émergence naturelle de la décence commune à tous les niveaux de la société et pas seulement chez les plus précaires.
Source : Florence Aubenas & Bruce Bégout (interviewés par Cécilia Bognon-Küss & Martin Legros), "Dans la peau des précaires", Philosophie Magazine, N° 38, avril 2010, p. 30-35.
Ressource : Florence Aubenas. Le Quai de Ouistreham. Paris (France) ; Éditions de l'Olivier ; 2010.
Vendredi 28 mai 2010
Tuer le leader
Tuer le père est un concept psychanalytique initialement rattaché au complexe d'Œdipe : le jeune enfant ressentirait, entre 3 et 6 ans, un désir sexuel inconscient pour le parent du sexe opposé et désirerait éliminer le parent du même sexe perçu comme un rival — en période ROUGE, on aime les solutions radicales ! Pour certaines approches psychanalytiques, le meurtre symbolique du père permet à l'enfant d'advenir en tant que sujet et est une absolue nécessité pour devenir adulte. C'est dans ce sens de prise d'autonomie que l'expression est entrée dans le langage courant.
Le leader, qu'il manifeste principalement VIOLET, ROUGE, BLEU ou ORANGE, infantilise les personnes qu'ils dirigent ou entraînent : il est celui qui distribue la compétence, génère la motivation, crée le bien-être, etc. Le concept traditionnel de leader est déresponsabilisant. On peut dès lors mieux comprendre le besoin du passage en VERT où toutes les formes de dirigisme, de prise de pouvoir ou d'affirmation d'un statut sont regardées avec méfiance.
Il faut tuer le leader — métaphoriquement ! — afin que chaque personne dans une organisation devienne autonome et adulte, et comprenne qu'elle est responsable de sa compétence, de sa motivation, de son bien-être.
Puis viendra le vMème JAUNE. Le leader pourra renaître de ses cendres, totalement transformé : son leadership sera circonstanciel, temporaire et n'empêchera jamais, consciemment ou inconsciemment, la parole pertinente des autres, mais au contraire ouvrira en permanence un espace d'expression. Pour le leadership aussi, il est impossible d'ignorer une étape de la Spirale Dynamique.
La sociocratie a beau être une méthode JAUNE, elle ne transforme pas une organisation en JAUNE ! C'est pourquoi il est important de connaître et comprendre le positionnement dans le cycle des organisations de tous les secteurs d'une entreprise ou d'une société et de prendre, parallèlement à l'instauration de la sociocratie, les mesure permettant de faire évoluer sur le cycle ceux qui en ont besoin.
Jeudi 6 mai 2010
VERT a son agence de presse
Samedi dernier avait lieu le dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche. Il y est de tradition que le Président des États-Unis y amuse la galerie en faisant un discours où il se moque de lui-même, de la classe politique et des personnes en vue à Washington. Barack Obama n'a pas failli à la règle, mais les journalistes ont plutôt ri jaune quand il a déclaré : « Bien sûr, je n'ai pas le pouvoir et l'influence que j'avais autrefois, mais pour ma défense, vous non plus ! Les gens me disent : “Monsieur le Président, vous avez aidé les banques à survivre, vous avez sauvé General Motors et Chrysler. Et les entreprises de presse alors ?” Et là, j'explique : “Hé, je suis juste le Président, je ne suis pas un faiseur de miracles.” »
Effectivement, la presse traditionnelle va mal : 40 000 emplois supprimés en 2008 et 2009 aux États-Unis, et la situation n'est pas plus brillante ailleurs. Ainsi, en France, Le Monde serait au bord de la faillite et perdrait plus d'un million d'euros par mois.
Les raisons de cette crise sont multiples. La principale est sans doute que la défiance qui frappe les hommes politiques atteint aussi les journalistes. Ceux-ci sont perçus comme manquant d'honnêteté et de transparence. Comme toute généralisation, celle-ci est injuste. Cela ne veut pas dire qu'elle est totalement injustifiée : par exemple, l'attitude de la presse lors du référendum à propos de la constitution européenne a été globalement indigne : de la propagande et non pas du journalisme.
Le modèle actuel de la presse est celui d'une communication descendante. Le vMème VERT est là et ne supporte plus ce type de fonctionnement. Un modèle de diffusion de l'information totalement différent existe déjà et prend une importance de plus en plus grande : Twitter, dont nous avions parlé peu après son démarrage et qui se découvre chaque jour de nouvelles utilisations.
Sous la direction de Haewoon Kwak, des chercheurs du Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST) ont analysé l'ensemble des messages émis sur Twitter en juillet 2009. Ils ont découvert que le réseau Twitter était incroyablement dense. Dans le monde physique, s'applique la théorie de Frigyes Karinthy — apparemment validée par les expériences de Stanley Milgram — des six degrés de séparation : toute personne sur terre peut être reliée à n'importe quelle autre par une chaîne de six relations individuelles ; c'est la théorie du « petit monde ». Eh bien, en partie parce que le réseau est asymétrique — les gens que nous suivons sur Twitter ne nous suivent pas forcément, et seulement 22,1 % des relations sont réciproques —, le monde de Twitter est encore plus petit : 4,12 degrés de séparation selon les travaux du KAIST. Cela explique pourquoi les informations s'y répandent à une vitesse inégalée : 35 % des retweets ont lieu dans les dix minutes suivant la publication d'une information, 55 % au bout d'une heure.
La conclusion de Haewoon Kwak et son équipe est que « les utilisateurs individuels ont le pouvoir d'imposer les informations qu'ils estiment importantes en les répandant au moyen des retweets. […] D'une certaine manière nous sommes les témoins de l'émergence d'une intelligence collective. »
Certains sont horrifiés par ce mode de transmission des nouvelles. Il a certes les défauts et les qualités de VERT — notamment un poids très fort des émotions —, mais il est un passage utile et obligé avant de trouver, dans la deuxième boucle, un équilibre entre des formes descendantes et ascendantes de propagation et d'analyse de l’information, comme la sociocratie sait déjà le faire dans une organisation.
Source 1 : "Obama fait le show à la Maison Blanche", Le Monde, 2 mai 2010.
Source 2 : Haewoon Kwak, Changhyun Lee, Hosung Park & Sue Moon, "What is Twitter, a Social Network or a News Media ?" (présentation à la 19th International World Wide Web Conference le 30 avril 2010).
Samedi 1 mai 2010
Le vrai coût des salaires
La problématique de l'échelle des salaires a souvent été abordée sur ce blog, par exemple dans les billets “Mettre les patrons au VERT”, “Trop payé ? Ou d'autres pas assez ?”, “Le salaire de l'empathie”.
Les personnes centrées en VERT sont horrifiées par les excès que commettent actuellement nos sociétés ORANGE et réclament un fort resserrement de l'éventail des rémunérations. Il n'est pas étonnant que leurs arguments soient principalement émotionnels, la situation économique des plus pauvres s'étant dégradée d'une manière profondément choquante ces vingt dernières années.
Si le vMème JAUNE est, bien évidemment, sensible à cet aspect humain, il cherche à vérifier qu'une grille salariale plus étroite est fonctionnelle. Dans “Échelle des salaires”, nous avions relaté une tentative d'établir un modèle de calcul de l'écart le plus juste des rémunérations ; cette approche était certes sommaire, mais indiquait une direction possible.
Eilís Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, trois chercheuses britanniques travaillant pour la New Economic Foundation, ont abordé le sujet en étudiant l'impact des salaires sur la société en général. Pour cela, elles ont créé le concept de « retour social sur investissement », en étudiant non pas uniquement ce qu'un employé apporte à son entreprise, mais ce que son travail apporte globalement à l'économie, la société, l'environnement, etc. De leur propre aveu, leurs calculs ne sont pas d'une précision absolue, mais cherchent à attirer l'attention sur un certain nombre de problèmes et à indiquer une voie de recherche.
Par exemple, un agent de nettoyage à l'hôpital a un travail indispensable au fonctionnement de l'institution qui diminue le risque des maladies nosocomiales et améliore la confiance des patients. Chaque euro qu'il touche en salaire rapporterait au moins dix euros de valeur sociale. Une employée de crèche qui éduque les enfants et libère le temps des parents créerait une valeur sociale du même ordre. Un conseiller fiscal qui cherche à priver la collectivité du produit de l'impôt détruirait 47 euros de valeur sociale chaque fois qu'il est payé un euro. Un publicitaire crée des emplois en favorisant la consommation, mais a un impact négatif entre autres en accroissant la pollution, l'endettement, l'obésité, les maladies liées à l'anxiété et la frustration ; chaque euro de sa rémunération détruirait 11,50 euros de valeur sociale. Quant aux banquiers d'affaire, ils ne détruiraient « que » sept euros pour chaque euro de valeur financière créée.
Il s'agirait alors de passer d'une rémunération tenant compte de la valeur créée pour les actionnaires à une rémunération ajustée à la valeur créée pour la société et/ou de prévoir une imposition tenant compte du bénéfice social d'une activité. Cela me semble être une tendance obligée des prochains niveaux d'existence. Le principe de la sociocratie selon lequel « toutes les tâches ont une égale valeur » devrait sans doute être reformulé en parlant de tâches utiles.
Source : Eilís Lawlor, Helen Kersley & Susan Steed, A Bit Rich : Calculating the real value to society of different professions, New Economic Foundation, Décembre 2009. [Merci à Sophie qui m'a signalé cette étude.]
Mardi 9 mars 2010
Dilemme
Passant il y a quelques jours dans une librairie, j'ai vu le titre du nouvel ouvrage d'Élisabeth Badinter : “Le conflit : la femme et la mère”.
La femme et la mère ? Certains peuvent effectivement voir là un dilemme. Il me semble que les niveaux d'existence de la première boucle voient systématiquement dans un dilemme un conflit à résoudre, un compromis à trouver ou un choix à faire. C'est d'ailleurs la définition que mon dictionnaire donne du mot : « Raisonnement où l'on ramène tous les cas à deux alternatives contraires, entre lesquelles il faut absolument choisir, l'une étant vraie si l'autre est fausse, et qui conduisent, l'une comme l'autre, à la conclusion qu'on veut démontrer. Par extension, obligation de choisir entre deux possibilités. »
À compter du vMème JAUNE, un dilemme est plutôt l'occasion de chercher créativement une solution englobante en passant du ou au et. Par exemple, la sociocratie est une résolution des dilemmes entre communication ascendante et communication descendante, prise de décision au sommet et prise de décision à la base, capital et travail, etc., sans jamais privilégier un des deux éléments qui ne sont perçus que comme étant contradictoires uniquement en apparence.
Précisons que ces quelques réflexions sont inspirées uniquement par l'intitulé de ce livre que je n'ai pas lu… et que je ne lirai très probablement pas, le féminisme d'Élisabeth Badinter m'ayant paru par trop BLEU à la lecture de “L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel” à sa sortie en 1980, ce qui ne m'a guère donné envie de me plonger dans ses ouvrages suivants. Le titre de son dernier opus indique-t-il que son positionnement sur la Spirale Dynamique est resté globalement inchangé ?
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mer 1 aoû 2007, 07:22