Sections
Intégral
« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
- Mahatma Gandhi
« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
Recherche Google
Annonce
Aller au cœur de la connaissance
Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Ennéagramme : Bases, les 17 & 18 mars 2012
Spirale Dynamique : Bases, les 24 & 25 mars 2012
Cycle des organisations, les 3 & 4 novembre 2012
À bientôt !
Mercredi 1 février 2012
Échapper à la règle de la morgue (2/3)
La règle de la morgue est particulière aux maras. Aux États-Unis par exemple, l'appartenance aux gangs de rue est une étape de la vie, et l'âge adulte venu, la plupart des membres quittent le gang, même si c'est pour d'autres activités délictueuses. La règle de la morgue a toutefois une fonction positive. Même s'il peut décourager certains jeunes de devenir un homie, le cri de ralliement ¡Hasta la morgue! n'est pas qu'une menace ; c'est aussi un rituel qui renforce la mara et accroît la solidarité en affirmant comme sacrées les valeurs du gang.
S'il n'y avait pas la règle de la morgue, quitter sa mara serait quand même très difficile. Que faire d'autre dans des pays où avoir un travail stable est considéré comme une chance ? Les homies partent avec les handicaps d'un manque de formation et d'un casier judiciaire souvent chargé, sans compter que les tatouages constituent une marque d'infamie qui les signale aux éventuels employeurs, aux policiers, aux milices et à la société en général. De plus nombre d'entre eux ont gagné dans les gangs une ou plusieurs addictions à l'alcool, à la drogue ou au sexe qu'ils ne pourraient plus satisfaire en cas de retrait.
Pourtant, de nombreux jeunes désirent quitter leur mara. Les raisons en sont multiples. Certains désirent fonder une famille. D'autres sont déçus par la vie du gang et son stress perpétuel : « Le gang m'a usé. » Surtout, beaucoup ont peur de la mort. Les homies sont victimes d'un effet boomerang : pour gagner le respect, ils doivent multiplier les violences, et plus ils commettent de violence, plus ils se font d'ennemis et risquent d'être tués. De surcroît, gardant les bonnes habitudes acquises pendant la dictature, la police pratique volontiers le « nettoyage social » : des milices enlèvent, torturent puis exécutent les membres des gangs.
Cependant la crainte de la mort n'est ni nécessaire, ni suffisante pour expliquer les désirs de départ. Au cœur des motivations, nous retrouvons la problématique de ROUGE : la honte.
Même s'il passe une grande partie de sa vie avec les autres membres du gang, le homie n'est pas réellement isolé de son ancien milieu. Il continue à vivre dans le même barrio où il reste proche de sa famille et croise ses anciens amis et voisins. Bien évidemment, ces personnes, qui sont victimes des gangs, lui manifestent directement ou indirectement leur désapprobation. Ainsi la violence ne fait qu'ajourner l'expérience de la honte et sème les graines d'une nouvelle honte.
Une mara est organisée un peu comme une franchise : des gangs locaux, des clicas, adhèrent à une mara et, pourvu qu'ils s'opposent aux clicas de la mara rivale, ils disposent d'une large autonomie. De temps en temps la mort du leader d'une clica donne une chance de pouvoir partir sans trop de crainte de représailles. Parfois le leader n'est pas assez compétent ou motivé pour appliquer la règle de la morgue et éliminer les déserteurs. Mieux vaut cependant ne pas s'y fier.
Il existe une solution intermédiaire : devenir un calmado, un réserviste qui garde ses tatouages, respecte la mystique du gang, hait le gang rival, assiste régulièrement à des réunions de la mara, accepte de participer à des opérations exceptionnelles, et reste en contrepartie protégé par la mara. Le calmado est surveillé : malheur à lui s'il essaye de participer à des opérations illégales en free-lance ou pour une autre organisation.
Il est possible aussi d'émigrer vers un autre pays d'Amérique centrale ou vers el Norte, les États-Unis, mais les gangs étant transnationaux, cette solution n'est ni facile ni sûre.
Que faire alors ? Rudolfo Kepfer, un psychiatre clinicien qui travaille avec des homies en prison ne voit qu'une possibilité : « Les envoyer sur une autre planète. »
À suivre…
Vendredi 27 janvier 2012
Échapper à la règle de la morgue (1/3)
Il y a un peu plus de trois ans, je vous recommandais le film Sin Nombre, passionnante description des maras. Les maras sont des gangs de rue transnationaux qui sévissent en Amérique Centrale, particulièrement au Guatemala, au Salvador et au Honduras où ils regroupent environ 70 000 personnes, essentiellement de très jeunes garçons et des adolescents. Les maras sont bien distincts des cartels de la drogue qui opèrent dans la même zone géographique.
Pendant les années 1960 à 1980, les USA et des multinationales américaines, notamment l'United Fruit de sinistre mémoire, mettent en place en Amérique Centrale des dictatures sanguinaires pour des raisons géopolitiques et économiques. Il s'ensuit des guerres civiles pendant lesquelles les militaires formés par la CIA vont tuer des centaines de milliers de civils ; des centaines de milliers d'autres quittent clandestinement la région et se réfugient aux États-Unis, seul pays du continent où ils peuvent espérer survivre. Sans papier et donc sans espoir de travail légal, ne parlant peu ou pas l'Anglais, de nombreux jeunes entrent dans les gangs latinos locaux ou créent leurs propres groupes en imitant les méthodes des gangs noirs et mexicains.
En 1992, en Californie, a lieu le procès Rodney King, un jeune Noir lynché par des policiers de Los Angeles ; alors que les violences policières ont été filmées et qu'il n'y a donc aucun doute sur l'identité des officiers de police concernés, ceux-ci sont acquittés. Cela provoque six jours d'émeutes à Los Angeles et dans d'autres villes des États-Unis dont le bilan dépasse les 50 morts. Les gangs latinos sont accusés d'avoir joué un rôle majeur dans les troubles, et la police américaine procède à des arrestations massives. Comme en même temps des accords de paix ont été signés en Amérique Centrale, les ressortissants de ces pays sont renvoyés dans leur contrée d'origine alors que la plupart ne la connaissent pas et n'y ont aucun contact — les organisations humanitaires parlent de déportation ! Arrivés dans des pays désorganisés par la guerre civile et où la police et l'armée sont discréditées par leur soutien aux anciennes dictatures, ils reconstituent donc des gangs de rue en important les méthodes violentes apprises aux USA, et en gardant des liens entre eux et avec les gangs américains : les maras sont nées.
Les maras recrutent des enfants des rues extrêmement jeunes, et on connaît bien les critères sociologiques qui poussent à rejoindre les gangs : pauvreté, désintégration de la famille et exclusion du système éducatif. Ils ne constituent cependant qu'une prédisposition et tous les enfants vivant dans ces conditions n'intègrent pas une mara. Certains ne les approchent pas, d'autres sont « sympathisants » pendant quelque temps mais ne franchissent pas le pas de l'adhésion et de devenir un homie.
Cela ne vous surprendra pas si vous connaissez le vMème ROUGE de la Spirale Dynamique : entrent dans une mara les enfants qui ont une problématique avec la honte. Il y a la honte de vivre dans la misère alors que d'autres, et notamment les membres des gangs, sont plus aisés. Il y a surtout la honte de vivre dans une famille où l'abus, la négligence et l'abandon sont la règle. Il y a aussi la honte d'échouer à l'école et plus encore de n'y avoir pas la visite de ses parents lors du Día del Padre et du Día de la Madre, ces jours du père et de la mère où se retrouver seul est une marque au fer rouge dans des pays où la famille et les liens du sang sont révérés.
Comme toutes les émotions, la honte est une part normale de l'expérience humaine qui joue un rôle positif dans la conscience, la modestie et le remords. Normalement, nous vivons des moments de honte et sommes capables de restaurer notre fierté. Mais quand ce n'est pas le cas, notamment quand on se sent totalement impuissant comme ces enfants, la honte ne peut être conjurée qu'en faisant honte aux autres par une attitude de bravade et/ou de violence. La souffrance de la honte chronique est telle qu'un individu est alors prêt à tout pour l'éviter. Il entre alors dans une quête continuelle et toujours insatisfaite de respect. Il s'agit de prévenir le manque de respect des autres en les humiliant avant qu'il ne le fasse : « J'aime humilier les gens parce que les gens m'ont tellement humilié. J'essaye de me venger de tout cela. »
La mara offre à la jeunesse des barrios, les quartiers pauvres, un raccourci vers el respeto. Elle apporte d'abord une solidarité sans faille et devient une famille qui aime et aide : « Quand je suis entré dans le gang, j'y ai trouvé ce que je n'avais jamais eu chez moi : acceptation et soutien. » Par des rituels comme la cérémonie d'entrée dans le gang ou les tatouages, elle crée une identité forte. Elle donne aussi accès à des activités perçues comme réservées à des adultes : port ou possession d'armes, consommation de drogues, sexualité. Enfin surtout, elle permet l'exercice de la violence.
En bonus, tout ceci est visible de ceux qui n'appartiennent pas à la mara. Le gang a ses symboles, son vocabulaire et ses modes d'action, la clecha. Apprendre et manifester la clecha est un moyen de progresser dans le gang et d'obtenir le respect à l'intérieur comme à l'extérieur du groupe.
L'adhésion à la mara ne peut être que totale : « Le gang a toujours un œil sur vous. Le gang sait ce que je fais, où j'habite et ce que je pense. Et parfois, je pense qu'ils savent même ce que je mange. » Un homie loyal n'envisage pas de la quitter : « Quitter le gang, c'est comme perdre son identité. C'est pire que d'être assassiné. C'est une mort sociale. » Et si quelqu'un le souhaitait, s'applique la règle de la morgue : « Le seul moyen d'en sortir, c'est dans votre costume de sapin. »
Dimanche 22 janvier 2012
Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde
La Seconde Guerre mondiale a vu, en Allemagne, une mobilisation sans précédent de la population : 40 % des hommes, soit 18 millions d'individus, ont dû servir dans la Wehrmacht ou la Waffen-SS. Jusqu'au début de 1945, un million de ces soldats ont été faits prisonniers par les troupes alliées. Dans l'espoir de découvrir des secrets militaires, 13 000 d'entre eux ont été internés dans des camps spéciaux où toutes leurs conversations ont été enregistrées à leur insu.
L'historien Sönke Neitzel et le psychologue social Harald Welzer ont retrouvé et analysé plus de 150 000 pages de comptes-rendus d'écoutes. Le résultat est hallucinant, bien loin des discours politiquement corrects tenus après le conflit. La plupart des soldats racontent avec satisfaction leurs missions :
Budde : « J'ai participé à deux raids aériens, on a bombardé des maisons. »
Bartels : « Tu parles de bombardements stratégiques, comme nous, avec des cibles précises ? »
Budde : « Non, des bombardements au hasard, pour déstabiliser l'ennemi. On prenait la première cible venue, des villas sur une colline par exemple. Tu vois, on les survole comme ça et tout à coup, pssssst, on fond dessus, les fenêtres explosent, le toit s'envole. Une fois à Ashford, sur la place du marché, il y avait un attroupement, des tas de gens, des discours… Bah, je peux t'assurer qu'on les a pulvérisés ! C'est très amusant ! »
[…]
Greim : « Un jour, on a mené un raid sur Eastbourne. On est arrivés et on a vu un château. Apparemment, il y avait un bal ou quelque chose comme ça, en tout cas plein de dames en tenue de soirée et un orchestre. La première fois, on s'est contentés de survoler, mais ensuite on a piqué et tout canardé. Ah ! Mon ami, c'était vraiment le pied ! »
Bien entendu, assassiner des civils n'était pas la seule source de satisfaction ; il y avait aussi la possibilité de les violer :
Müller : « Lorsque j'étais à Kharkov, tout était détruit, sauf le centre. Une ville magnifique, un très beau souvenir. Tout le monde parlait plus ou moins allemand, on l'apprenait à l'école. À Taganrog, c'était pareil, des cinémas superbes et des cafés splendides au bord de la mer. J'étais partout en camion. On ne voyait que des femmes employées au travail forcé. »
Faust : « Merde, petits veinards ! »
Müller : « Elles faisaient les routes, des filles belles à mourir. On est passé devant elles, on les a tout simplement embarquées dans les camions, culbutées et jetées dehors. Tu peux me croire, elles ont fui sans demander leur reste ! »
[…]
Niwiem : « À Paris, j'ai vu nos pilotes de chasse attraper des femmes au milieu d'un bistrot, les coucher sur la table et hop, fini ! »
Les aspects les plus négatifs du vMème ROUGE s'expriment ici. Les chercheurs insistent sur le rôle déterminant de ceux qui exercent l'autorité : « L'Armée rouge n'avait pas grand-chose à envier à la Wehrmacht. […] Les forces anglo-saxonnes, en revanche, se sont montrées bien plus civilisées, du moins après la première phase des combats en Normandie, où elles n'ont pas fait de prisonniers. La violence exercée par une armée au quotidien ne dépend pas des individus qui la composent. Croire à la capacité individuelle de se contrôler serait méconnaître la dynamique psychologique des combats. Bien plus décisive est la discipline insufflée d'en haut. Des crimes de guerre sont commis dans presque tous les conflits de longue durée. C'est l'attitude des chefs à leur égard qui fait la différence : les considèrent-ils et les punissent-ils comme tels, ou pas ? »
Les archives britanniques et américaines donnent aussi une information importante sur la manière dont des hommes ordinaires se muent en tueurs amoraux : « La science s'est toujours demandé à quelle vitesse des hommes en tous points normaux se transforment en machines à tuer. La réponse qui s'impose à la lecture de ces récits tient en deux mots : très rapidement. Pour beaucoup, la phase d'accoutumance dure à peine quelques jours, après quoi ils s'acquittent de leur tâche sans difficulté. » Ainsi se confirme un des points de la théorie de la Spirale Dynamique. Si les conditions de vie le nécessitent, il faut deux ou trois jours pour réactiver un niveau d'existence précédant celui dans lequel nous fonctionnons habituellement. Pour le meilleur ou pour le pire.
Source 1 : Jan Fleischhauer, "Dans la tête des soldats de la Wehrmacht", Books, N° 27, Novembre 2011, p. 62-68.
Source 2 : le titre de ce billet est la dernière phrase de la pièce La Résistible Ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht.
Mardi 17 janvier 2012
Le diable se cache dans les détails
Quand le vMème BLEU exagère, il veut faire entrer les diktats de la Vérité Ultime dans tous les moments de l'existence.
Et dans tous les lieux !
En Égypte, vous pouvez regarder la chaîne de télévision An-Nass qui vous promet « le paradis par le petit écran ». Récemment, le prédicateur salafiste Mohamed Hussein Yacoub y a traité un sujet de la plus haute importance. En étudiant savamment les textes saints, il a découvert que le prophète Mahomet n'aurait uriné debout qu'une seule fois dans sa vie, et encore était-ce dû à des contraintes extérieures puisqu'il était dans une décharge !
Sa conclusion est définitive : il n'y a pour les hommes qu'une position conforme à la Loi pour soulager la vessie, c'est assis. Vous me direz, certaines femmes trouveront peut-être que c'est une bonne idée…
Source : Al-Masri Al-Youm, "Une fatwa contre les vespasiennes ?", Courrier international, N° 1096, 3 novembre 2011, p. 48.
Mercredi 11 janvier 2012
Vous le voulez VIOLET, votre petit tailleur ?
Arte vient de rediffuser Signé Chanel, un documentaire dans lequel Loïc Prigent a filmé la préparation d'une collection et d'un défilé de la célèbre maison de couture. Cela m'a été l'occasion de découvrir le remarquable travail des premières, des petites mains et des artisans accessoiristes dont certains possèdent un savoir-faire unique au monde et qui disparaîtra avec eux. Pour moi, ces personnes ne sont pas des exécutants, ce sont, loin des feux de la rampe et de la désolante superficialité de ceux qui s'y exposent, les véritables artistes de ce métier.
La précision du travail, les changements fréquents imposés par Karl Lagerfeld (« Il a pondu quatre crinolines de dernière minute ! »), la date butoir du défilé, tout cela génère beaucoup de stress et d'insécurité. Ce milieu perfectionniste les gère par une consommation intensive de bonbons et par un recours massif au niveau d'existence VIOLET.
Tout événement imprévu, même s'il est anodin, a une signification : « Si quelque chose tombe du cintre, c'est que ça va plaire. Quand on pique le mètre, c'est du travail. Il y a des tas de trucs comme cela dans la couture de toute façon. Des tas de petites choses du genre “renverser une boîte d'épingles, c'est une dispute”. » Heureusement, dans ce dernier cas, il y a une parade : « En jeter sept par-dessus l'épaule en disant “Je m'en fous”. Ça trompe le sort. »
Parfois la situation est plus grave. « Ah oui, quand les ciseaux tombent par terre, c'est une mauvaise nouvelle. Ça porte malheur, c'est une annonce de mort, une mauvaise nouvelle. C'est une mort, oui. » D'ailleurs Madame Jacqueline se souvient : « Les ciseaux s'étaient plantés dans la direction de la personne. Elle avait un ami, donc ils ont certainement fini la soirée ensemble. Quand ils sont rentrés, eh bien, ils ont glissé sur une plaque de verglas et ils sont morts tous les deux. Quand on a appris ça, tout le monde était retourné. […] Tout le monde se rappelait ces fameux ciseaux. »
Dans l'atelier de Madame Cécile, où tout est bien sûr cousu à la main, les accidents ne sont pas rares : « Quand on se pique, chaque doigt a une signification. La main droite, c'est le travail et la main gauche, c'est le cœur. Ça commence comme ça. Quand on se pique le pouce, c'est de la joie. Après ce doigt-là, c'est l'ennui, puis amour lettre et départ. Main droite travail, main gauche cœur. »
Par bonheur, des rituels permettent de rendre le sort favorable : « Quand il y a des jeunes filles célibataires qui travaillent sur une robe de mariée, elles mettent un de leurs cheveux dans la robe, elles brodent un de leurs cheveux, et puis normalement elles se marient dans l'année. » Toutes les couturières rient en racontant cela… mais cela ne les empêche pas de pratiquer assidûment la méthode.
Source : Loïc Prigent. Signé Chanel. Paris (France) ; Arte Vidéo ; 2005.
Vendredi 6 janvier 2012
Pourquoi attendre ?
Souvent, les gens qui découvrent la sociocratie sont enthousiasmés par le modèle, aimeraient contribuer à le répandre dans le monde, mais sont un peu pessimistes sur les chances de le voir adopté par leur entreprise ou mieux par la société. Il existe pourtant un domaine où c'est directement de notre ressort de la mettre en place maintenant : notre famille.
Et ça marche ! Isabell Dierkes a partagé sur une liste de discussion consacrée à la sociocratie cet exemple personnel vécu en tant que mère et leader du cercle familial :
Alors que mon ex-mari et moi étions en train de divorcer, il prévoyait de quitter la maison avec notre petite fille de 11 ans, et j'allais me retrouver avec nos deux garçons (14 et 17 ans) dans notre très grande maison. Aïe ! Je savais que je ne pourrais pas en assumer très longtemps le loyer. Aussi ai-je mis à l'ordre du jour du cercle la proposition — c'était en réalité un ordre ! — de déménager dans un plus petit appartement dont le loyer serait compatible avec mon budget. Je pensais qu'il était absolument évident que c'était nécessaire, et que les garçons allaient comprendre.
Quand mon fils de 14 ans a pris la parole, ce fut en larmes et d'une voix brisée : « Je ne peux pas quitter cette maison. C'est ma maison. Je ne peux même pas imaginer vivre ailleurs… »
J'étais furieuse et comme c'était mon tour de parler après lui, j'ai redit tous les arguments justes et raisonnables qui expliquaient que je ne pouvais plus payer le loyer. J'ai affirmé haut et fort : « Nous ne pouvons pas rester !!!! »
Heureusement j'ai pu me maîtriser suffisamment pour ne pas interrompre l'expérience sociocratique familiale et pour ne pas dire à mon fils qu'il était trop immature pour participer à une telle décision. Le second tour de cercle a été fait le souffle court et en tremblant. Très grande tension et beaucoup de larmes. Au fond de moi, je pensais qu'il n'y avait pas de solution.
Troisième tour de groupe.
Ma fille de 11 ans a émis une idée intéressante : « Maman, dit-elle d'une toute petite voix, quand Papa et moi serons partis, il y aura beaucoup de pièces vides. Tu pourrais louer ces pièces. » Silence. Idée intéressante. Toute la tension s'est orientée sur son examen. Il a fallu résoudre beaucoup, BEAUCOUP d'autres objections et à la fin de cette réunion épuisante, nous avions créé avec les garçons une commission qui devait bâtir différentes propositions que nous étudierions et discuterions quelques jours plus tard…
Au final, nous avons trouvé deux locataires, et les garçons ont décidé de partager une chambre. Imaginez cela ! Deux frères de 14 et 17 ans, avec des habitudes et des caractères totalement différents, ont accepté d'essayer ! Cela n'a pas été sans problème, mais heureusement les deux nouveaux locataires ont souhaité participer à notre expérience sociocratique. Nous l'avons baptisé La maison vivante, et tous les problèmes ont été résolus de façon sociocratique.
Ce furent des moments merveilleux. Nous avons trébuché, nous avons parfois manqué de conviction ou objecté agressivement, mais nous avons tous beaucoup appris et nous avons construit une vraie communauté et une réelle amitié.
Les avantages d'une expérimentation familiale de la sociocratie sont multiples :
- Elle constitue une preuve de concept de l'efficacité du modèle ;
- Elle démontre que même des enfants jeunes sont suffisamment intelligents et responsables pour comprendre et pratiquer la sociocratie, et que donc tous les membres d'une organisation et/ou de la société en sont capables ;
- Elle assure à la sociocratie un bouche à oreille positif : il est probable que les enfants concernés en parlent à leurs amis — et les jeunes ont aujourd'hui énormément d'amis ! —, et que ceux-ci pensent que vivre dans une telle famille doit être agréable ;
- Elle crée une génération habituée à décider de manière intelligente et participative, et qui n'acceptera probablement pas de revenir vers des fonctionnements autocratiques.
Vous pouvez allonger la liste, mais vous pouvez plutôt lancer dès aujourd'hui une invitation à votre premier cercle familial.
Dimanche 1 janvier 2012
Panser les plaies
Quelle année ! Les secousses écologiques, économiques et sociales se sont succédé quasiment sans interruption sur tous les continents. La constatation que le monde a besoin de changements majeurs et non d'ajustements — en termes techniques, d'un changement vertical et non d'un changement horizontal — est de plus en plus largement partagée. Le développement du niveau d'existence VERT que j'appelais de mes vœux début 2011 est certes toujours indispensable, mais la seule activation d'un nouveau système de valeurs ne serait pas à la hauteur de l'enjeu.
Le vMème JAUNE ne se contente pas de proposer des solutions nouvelles, comme la sociocratie ; il cherche aussi à réparer les niveaux précédents.
La montée de la pauvreté est telle que BEIGE est redevenu une source de préoccupation excessive, même dans nos contrées se disant économiquement développées : par exemple, selon le Bureau de recensement américain, 15 % de la population du pays vit dans la pauvreté ; 50 millions d'Américains ont eu faim au moins une fois au cours de cette année ; pire encore, se crée du dénuement durable, c'est-à-dire de nombreuses régions où le taux de pauvreté s'est accru régulièrement sur plus de trois décennies.
L'individualisme et le narcissisme ambiants ont aussi créé un besoin criant de guérison de VIOLET et notamment d'une restauration de la réciprocité sociale : en France, par exemple, qu'en est-il de ce fondement de la vie en commun quand les riches entreprises du CAC40 ont un niveau d'imposition 21 % moins élevé que les PME.
Pour ces deux premiers niveaux de la Spirale Dynamique, nous nous sommes fait l'écho, fin septembre, de quelques solutions possibles dans les billets intitulés “Pour une société juste”.
ROUGE ne va pas mieux. Nombre de gens s'estiment traités sans respect et avec mépris par les représentants d'un système social dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Alors nous pourrions faire de 2012 l'année de la dignité restaurée. Donna Hicks, qui travaille à l'université de Harvard et a été la facilitatrice de nombreux conflits internationaux, a dressé une liste des dix éléments essentiels de la dignité :
- Acceptation de l'identité : approcher les gens sans les considérer comme inférieur ou supérieur à soi ; les laisser libres d'exprimer leur identité sans crainte d'être jugé ; ne pas avoir de présupposés dus à leur race, leur ethnie, leur genre, leur âge, leur classe sociale, leur religion, leur handicap, etc.
- Inclusion : donner aux gens un sentiment d'appartenance dans toutes les communautés dont ils font partie, et plus généralement dans toutes les relations entretenues avec eux.
- Sécurité : assurer les gens qu'ils sont en sûreté, qu'ils ne seront ni blessés, ni humiliés afin qu'ils puissent s'exprimer sans crainte de châtiment physique et/ou psychologique.
- Confirmation : être pleinement attentif aux préoccupations, aux émotions et aux expériences des gens, et les valider.
- Reconnaissance : apprécier ouvertement les talents, le travail, les idées et les contributions des gens.
- Justice : traiter tous les gens selon les mêmes lois et les mêmes règles, sans discrimination ni injustice.
- Bénéfice du doute : aborder les gens en présupposant qu'ils ont de bonnes intentions et qu'ils sont intègres.
- Compréhension : permettre aux gens d'exprimer et expliquer leurs points de vue, et essayer de les comprendre.
- Indépendance : encourager les gens à agir par eux-mêmes de façon à ce qu'ils se sentent en contrôle de leur vie et qu'ils vivent de l'espérance et de la confiance dans leurs capacités.
- Responsabilité : être comptable de ses actes, notamment si la dignité d'une autre personne a été bafouée.
Si 2012 est une année où nous faisons respecter notre dignité et où nous respectons celle des autres, ce sera certainement l'excellente année que je nous souhaite à tous.
Source : Donna Hicks. Dignity : The Essential Role It Plays in Resolving Conflict. New Haven (Connecticut), Yale University Press, 2011.
Mercredi 21 décembre 2011
Faut que ça saigne
Peter Nirsch, un tueur en série d'exception — plus de 500 victimes —, a subi comme peine une bonne séance de torture, un arrosage des plaies à l'huile bouillante, un passage sur la roue pour lui briser les quatre membres et, pour finir en beauté un écartèlement. Cela se passait à Nuremberg en 1581.
Époque cruelle, direz-vous en pensant peut-être même au vMème ROUGE devant des sévices aussi extrêmes.
Wolfgang Schild, un juriste allemand, a étudié la justice médiévale. Il considère que nous avons une vision « déformée et exagérée » de l'époque. Les condamnations cherchaient à reposer sur des « preuves solides » et ne se contentaient pas de simples présomptions. Cependant pour chercher la vérité, les juges n'hésitaient pas à employer des moyens de pression physiques et psychologiques. Quant aux exécutions, la foule y assistait avec plaisir, mais manifestait systématiquement sa colère lorsque le bourreau faisait souffrir à l'excès le condamné, la définition de l'excès étant en ce temps-là un peu différente de celle d'aujourd'hui…
La douleur infligée au supplicié n'était pas une fin en soi. Il ne s'agissait pas plus de se venger ou de faire un exemple. « Le droit pénal avait pour but d'assurer le salut des condamnés, […] d'apaiser la colère divine, […] et de permettre aux malfaiteurs d'accéder à la vie éternelle. » Cette croyance était suffisamment forte pour qu'il soit fréquent que des accusés réclament d'être torturé « pour prouver leur intégrité ou pour s'assurer une vie dans l'au-delà ».
C'est donc le vMème BLEU, ou la transition rouge/BLEU, qui se manifestait en ces circonstances. Il est intéressant de comparer cette attitude aux sacrifices fait par les Mayas ou les Incas au nom des niveaux d'existence VIOLET et ROUGE : même férocité, même volontariat, mais pour des valeurs profondes différentes.
Source : Frank Thadeusz, "Écartelez-moi !", Books, N° 21, Avril 2011, p. 63.
Calendrier
|
|
Février '12 |
|
||||
| Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa | Di |
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 |
| 27 | 28 | 29 | ||||
[
sam 6 mai 2006, 07:39