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« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
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Aller au cœur de la connaissance
Ce blog ne fait qu'effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Ennéagramme : Bases, les 17 & 18 mars 2012
Spirale Dynamique : Bases, les 24 & 25 mars 2012
Cycle des organisations, les 3 & 4 novembre 2012
À bientôt !
Mercredi 11 janvier 2012
Vous le voulez VIOLET, votre petit tailleur ?
Arte vient de rediffuser Signé Chanel, un documentaire dans lequel Loïc Prigent a filmé la préparation d'une collection et d'un défilé de la célèbre maison de couture. Cela m'a été l'occasion de découvrir le remarquable travail des premières, des petites mains et des artisans accessoiristes dont certains possèdent un savoir-faire unique au monde et qui disparaîtra avec eux. Pour moi, ces personnes ne sont pas des exécutants, ce sont, loin des feux de la rampe et de la désolante superficialité de ceux qui s'y exposent, les véritables artistes de ce métier.
La précision du travail, les changements fréquents imposés par Karl Lagerfeld (« Il a pondu quatre crinolines de dernière minute ! »), la date butoir du défilé, tout cela génère beaucoup de stress et d'insécurité. Ce milieu perfectionniste les gère par une consommation intensive de bonbons et par un recours massif au niveau d'existence VIOLET.
Tout événement imprévu, même s'il est anodin, a une signification : « Si quelque chose tombe du cintre, c'est que ça va plaire. Quand on pique le mètre, c'est du travail. Il y a des tas de trucs comme cela dans la couture de toute façon. Des tas de petites choses du genre “renverser une boîte d'épingles, c'est une dispute”. » Heureusement, dans ce dernier cas, il y a une parade : « En jeter sept par-dessus l'épaule en disant “Je m'en fous”. Ça trompe le sort. »
Parfois la situation est plus grave. « Ah oui, quand les ciseaux tombent par terre, c'est une mauvaise nouvelle. Ça porte malheur, c'est une annonce de mort, une mauvaise nouvelle. C'est une mort, oui. » D'ailleurs Madame Jacqueline se souvient : « Les ciseaux s'étaient plantés dans la direction de la personne. Elle avait un ami, donc ils ont certainement fini la soirée ensemble. Quand ils sont rentrés, eh bien, ils ont glissé sur une plaque de verglas et ils sont morts tous les deux. Quand on a appris ça, tout le monde était retourné. […] Tout le monde se rappelait ces fameux ciseaux. »
Dans l'atelier de Madame Cécile, où tout est bien sûr cousu à la main, les accidents ne sont pas rares : « Quand on se pique, chaque doigt a une signification. La main droite, c'est le travail et la main gauche, c'est le cœur. Ça commence comme ça. Quand on se pique le pouce, c'est de la joie. Après ce doigt-là, c'est l'ennui, puis amour lettre et départ. Main droite travail, main gauche cœur. »
Par bonheur, des rituels permettent de rendre le sort favorable : « Quand il y a des jeunes filles célibataires qui travaillent sur une robe de mariée, elles mettent un de leurs cheveux dans la robe, elles brodent un de leurs cheveux, et puis normalement elles se marient dans l'année. » Toutes les couturières rient en racontant cela… mais cela ne les empêche pas de pratiquer assidûment la méthode.
Source : Loïc Prigent. Signé Chanel. Paris (France) ; Arte Vidéo ; 2005.
Dimanche 1 janvier 2012
Panser les plaies
Quelle année ! Les secousses écologiques, économiques et sociales se sont succédé quasiment sans interruption sur tous les continents. La constatation que le monde a besoin de changements majeurs et non d'ajustements — en termes techniques, d'un changement vertical et non d'un changement horizontal — est de plus en plus largement partagée. Le développement du niveau d'existence VERT que j'appelais de mes vœux début 2011 est certes toujours indispensable, mais la seule activation d'un nouveau système de valeurs ne serait pas à la hauteur de l'enjeu.
Le vMème JAUNE ne se contente pas de proposer des solutions nouvelles, comme la sociocratie ; il cherche aussi à réparer les niveaux précédents.
La montée de la pauvreté est telle que BEIGE est redevenu une source de préoccupation excessive, même dans nos contrées se disant économiquement développées : par exemple, selon le Bureau de recensement américain, 15 % de la population du pays vit dans la pauvreté ; 50 millions d'Américains ont eu faim au moins une fois au cours de cette année ; pire encore, se crée du dénuement durable, c'est-à-dire de nombreuses régions où le taux de pauvreté s'est accru régulièrement sur plus de trois décennies.
L'individualisme et le narcissisme ambiants ont aussi créé un besoin criant de guérison de VIOLET et notamment d'une restauration de la réciprocité sociale : en France, par exemple, qu'en est-il de ce fondement de la vie en commun quand les riches entreprises du CAC40 ont un niveau d'imposition 21 % moins élevé que les PME.
Pour ces deux premiers niveaux de la Spirale Dynamique, nous nous sommes fait l'écho, fin septembre, de quelques solutions possibles dans les billets intitulés “Pour une société juste”.
ROUGE ne va pas mieux. Nombre de gens s'estiment traités sans respect et avec mépris par les représentants d'un système social dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Alors nous pourrions faire de 2012 l'année de la dignité restaurée. Donna Hicks, qui travaille à l'université de Harvard et a été la facilitatrice de nombreux conflits internationaux, a dressé une liste des dix éléments essentiels de la dignité :
- Acceptation de l'identité : approcher les gens sans les considérer comme inférieur ou supérieur à soi ; les laisser libres d'exprimer leur identité sans crainte d'être jugé ; ne pas avoir de présupposés dus à leur race, leur ethnie, leur genre, leur âge, leur classe sociale, leur religion, leur handicap, etc.
- Inclusion : donner aux gens un sentiment d'appartenance dans toutes les communautés dont ils font partie, et plus généralement dans toutes les relations entretenues avec eux.
- Sécurité : assurer les gens qu'ils sont en sûreté, qu'ils ne seront ni blessés, ni humiliés afin qu'ils puissent s'exprimer sans crainte de châtiment physique et/ou psychologique.
- Confirmation : être pleinement attentif aux préoccupations, aux émotions et aux expériences des gens, et les valider.
- Reconnaissance : apprécier ouvertement les talents, le travail, les idées et les contributions des gens.
- Justice : traiter tous les gens selon les mêmes lois et les mêmes règles, sans discrimination ni injustice.
- Bénéfice du doute : aborder les gens en présupposant qu'ils ont de bonnes intentions et qu'ils sont intègres.
- Compréhension : permettre aux gens d'exprimer et expliquer leurs points de vue, et essayer de les comprendre.
- Indépendance : encourager les gens à agir par eux-mêmes de façon à ce qu'ils se sentent en contrôle de leur vie et qu'ils vivent de l'espérance et de la confiance dans leurs capacités.
- Responsabilité : être comptable de ses actes, notamment si la dignité d'une autre personne a été bafouée.
Si 2012 est une année où nous faisons respecter notre dignité et où nous respectons celle des autres, ce sera certainement l'excellente année que je nous souhaite à tous.
Source : Donna Hicks. Dignity : The Essential Role It Plays in Resolving Conflict. New Haven (Connecticut), Yale University Press, 2011.
Mercredi 16 novembre 2011
Attention ! Gare ! Prudence ! Gaffe !
Il est de plus en plus évident que, lorsque j'étais enfant, mes parents ont souhaité ma mort, voire ont cherché subtilement à la provoquer.
Rendez-vous compte de leur monstruosité sadique : ils m'ont laissé faire de la trottinette, puis plus tard du patin à roulettes — ainsi s'appelaient les rollers en ces temps préhistoriques — sans casque, ni coudières, ni genouillères !
Plaisanterie mise à part, la tendance actuelle à surprotéger les enfants et à vouloir à tout prix le « zéro accident » a vraisemblablement sur eux des conséquences assez négatives, notamment une incapacité à estimer et gérer les risques, un manque de « bon sens », et un manque de sens des responsabilités.
Ce phénomène est sans doute explicable en termes de Spirale Dynamique. Notre ORANGE a fait considérablement chuter la natalité par la découverte de contraceptifs efficaces et l'accès des femmes à l'éducation. Devenu plus rare, l'enfant est plus précieux (cf. un phénomène identique en Chine suite à la politique de l'enfant unique).
La même problématique existe au niveau social. Persuadé que le progrès permet de tout régler, ORANGE n'hésite pas à prendre des risques. Par réaction, VERT adopte alors une attitude exagérément prudente en mettant en œuvre le principe de précaution. Ce sera à JAUNE et aux suivants d'essayer de trouver un juste équilibre.
L'être humain surestime d'autant plus un risque que sa concrétisation satisfait à ces trois caractéristiques :
- Elle est extrême et dramatique ;
- Elle est rare ;
- Elle ne résulte pas d'une activité volontaire. Ce dernier aspect est essentiel : nous sommes prêts à accepter des risques plusieurs milliers de fois plus grands dans une activité volontaire.
Par exemple, un enfant risque beaucoup plus de subir un abus sexuel au sein de sa famille qu'en rencontrant un pédophile sur le chemin de l'école. Et pourtant… De même, il est infiniment moins dangereux de vivre à côté d'une usine chimique que de prendre sa voiture tous les jours pour aller au bureau. Et pourtant…
Quand nous sommes confrontés à un danger ou que nos proches le sont, il peut donc nous être utile de revoir notre estimation du risque quand un ou plusieurs des facteurs précédents entrent en jeu.
Source : Gever Tulley. Beware Dangerism!. New York (New York) ; Ted Books ; 2011.
Samedi 1 octobre 2011
Pour une société juste (2/2)
Une société juste se doit donc d'assurer simultanément égalité, équité et réciprocité.
À la base, une société est une entreprise de survie collective. Atteindre ce but est sa « directive première », affirme Peter Corning qui est apparemment fan de Star Trek ! La vie doit être considérée comme une valeur plus forte que la liberté, la propriété ou n'importe laquelle de nos aspirations personnelles et/ou collectives. La première obligation morale d'une société est donc d'assurer la satisfaction des besoins de base de ses membres, et des êtres humains en général. En ce domaine, c'est le principe d'égalité qui s'applique et il n'est pas possible de transiger à son propos.
Cette nécessité a été affirmée par de nombreux spécialistes des sciences politiques, sans qu'il y ait jamais eu un véritable consensus sur une définition et encore moins une liste des besoins de base. Peter Corning propose la définition suivante : « Un besoin de base est un prérequis pour qu'un organisme continue à fonctionner dans un contexte environnemental donné ; la négation de ce besoin réduirait de manière significative la capacité de cet organisme à poursuivre des activités productives, et diminuerait la probabilité de sa survie et/ou sa possibilité de se reproduire. » Cette définition présente plusieurs avantages. Elle est flexible : un besoin de base peut varier par exemple en fonction de l'âge de la vie ou de l'environnement. Elle n'est pas marquée culturellement et peut même s'appliquer à des êtres vivants non humains.
Peter Corning propose alors 14 domaines couvrant les besoins de base : thermorégulation, élimination des déchets, nutrition, eau, mobilité, sommeil, respiration, sécurité physique, santé physique, santé mentale, communication (information), relations sociales, reproduction et soins donnés à la progéniture. Chacun de ces domaines fait l'objet d'une définition précise et peut être mesuré par divers indicateurs.
Ces besoins prioritaires étant satisfaits, le surplus éventuel relève de la règle de l'équité et d'une répartition proportionnelle au mérite. Comme le mot justice, le terme mérite n'a de sens que dans un contexte culturel et dans le cadre d'une relation. Le mérite est défini par « l'effort, l'investissement ou la contribution » d'une personne et doit être récompensé d'une manière socialement acceptable et ne portant tort ni à la société en général, ni à ses membres.
Enfin, au nom du principe de réciprocité, chacun doit contribuer en fonction de ses capacités à l'entreprise de survie collective qu'est la société.
Ainsi, Peter Corning définit ce que pourrait être un nouveau contrat biosocial. Même si Corning propose des mesures de mise en œuvre concrète qui ne peuvent être détaillées ici, ce contrat nécessite un large consensus autour de l'élaboration d'une société juste et ne peut être que « le résultat d'une négociation réellement volontaire entre les parties prenantes sur la manière dont les bénéfices et les obligations dans une société sont répartis entre ses membres ; il définit les droits et les devoirs des parties prenantes entre elles et envers l'État. » Peter Corning conclut : « Au final, une société juste ne peut être atteinte que par une action collective. » Chacun peut toutefois commencer en faisant connaître ces idées et en décidant de vivre soi-même selon les préceptes d'une société juste.
P.-S. : la sociocratie me paraît répondre aux préceptes de Corning d'une société juste. Chacun ayant systématiquement le droit à l'expression de son point de vue et pouvant donner ou non son consentement à toutes les décisions, le principe d'égalité est respecté. Le mode de rémunération reconnaissant l'importance à la fois du capital et du travail récompense chacun selon ses mérites et est donc équitable ; dans la mesure où toutes les personnes ayant contribué à la réussite d'un individu voient leur apport reconnu, le principe de la réciprocité entre individus est respecté. Il en est de même du principe de réciprocité envers la société quand chaque organisation et chaque service définissent leur vision comme ayant un impact positif sur la société en général.
P.P.-S : ceux qui ont lu les travaux du sociologue François Dubet ou le résumé que nous en avons fait dans le billet “Égalités” pourront sans doute faire un rapprochement entre égalité des places et égalité d'une part, et égalité des chances et équité d'autre part.
Source : Peter A. Corning. The Fair Society : The Science of Human Nature and the Pursuit of Social Justice. Chicago (Illinois), University of Chicago Press, 2011.
Lundi 26 septembre 2011
Pour une société juste (1/2)
Estimez-vous que la société dans laquelle vous vivez et le monde en général sont plutôt injustes ? Les voudriez-vous plus justes ?
Si vous lisez ce blog, il est presque certain que vous avez répondu oui aux deux questions précédentes. Il semble qu'environ 70 % de la population ferait de même. Cette position de principe posée, les difficultés commencent. Par exemple, nous estimons l'esclavage injuste ; d'autres sociétés ou la nôtre à une époque différente avaient un autre point de vue. Il est fort probable que vous trouviez injuste certaines choses que des membres de votre entourage considèrent justes. Il n'y a pas de définition absolue de ce qu'est une société juste. La notion de justice dépend du contexte dans lequel elle est évaluée, des personnes concernées, de la nature de leurs relations, et des interactions qu'il y a entre elles.
Nos cultures ont défini plusieurs outils pour assurer un minimum de justice : découpage en parts égales, file d'attente (premier arrivé, premier servi), tirage au sort, aide aux plus faibles et au plus démunis, etc. Ces systèmes sont-ils justes ? La seule réponse est qu'ils sont justes si nous croyons qu'ils le sont !
Est-ce à dire que notre souci de justice est trop vague et risque de rester un vœu pieux ? Peter A. Corning est convaincu du contraire. Dans, The Fair Society, un essai lumineux s'appuyant sur l'histoire de la philosophie et les dernières avancées entre autres de l'éthologie, de l'économie, des sciences politiques, de l'anthropologie, de la biologie, de la psychologie évolutionniste, et de la théorie des jeux, il jette les bases d'une définition de la justice sociale et d'une politique pour la mettre en œuvre.
Une société juste est fondée sur trois grands principes :
- Égalité
- L'égalité est l'attribution de quelque chose en parts égales à tous les participants. C'est le principe fondamental d'une société juste et le plus simple à mettre en œuvre.
- Équité
- Il y a toutefois un certain nombre de situations où le principe d'égalité n'est pas considéré comme juste. Par exemple, vous organisez un goûter d'anniversaire où sont présents vos deux enfants, l'un de quatre ans, l'autre de quinze. Est-il juste de leur donner une part de gâteau de la même taille ? Est-il juste de leur annoncer que vous allez leur donner la même somme en argent de poche chaque semaine ?
- Dans ces situations, le principe d'équité est plus juste, qu'Aristote définissait comme une « égalité proportionnelle ». Chacun reçoit alors en fonction de certaines caractéristiques ou de ses mérites.
- Réciprocité
- La réciprocité se définit comme un échange juste de biens et de services et le fait de rendre les faveurs et les gentillesses que nous avons reçues, ce que Cicéron déclarait être « le devoir le plus indispensable ». Le principe de réciprocité est un universel de toutes les cultures humaines ; apparu avec le niveau d'existence VIOLET de la Spirale Dynamique, il est le ciment qui tient les familles, les amitiés et les sociétés. Elle implique un engagement de chacun à aider l’entreprise collective.
Le sens de la justice est un trait de caractère qui n'est pas également distribué. Il semble déterminé par une composante innée de la personnalité, par des influences culturelles et bien sûr par l'histoire de vie de chacun. Aux États-Unis, il semble qu'environ un quart des gens attachent plus d'importance à l'égalité, un quart à l'équité, et une moitié à la réciprocité.
Les deux principaux modèles d'organisation des sociétés que sont le capitalisme et le socialisme ont totalement échoué à créer des sociétés justes. Privilégiant à tout prix l'équité, le capitalisme a créé un monde foncièrement inégalitaire : selon une étude récente de l'ONU, 2 % de la population mondiale possède 50 % des richesses, alors que la moitié la plus pauvre n'en possède que 1 %. Quant au socialisme, conscient à juste titre des faiblesses du capitalisme, il visait l'égalité absolue, et pour cela rejetait l'équité et se montrait incapable de comprendre l'importance du capital et de l'esprit d'entreprise pour créer une société efficace. Quant aux tenants d'une Troisième voie, comme Tony Blair ou Bill Clinton, ils ont cherché à faire un « compromis à l'ancienne » entre ces deux solutions inadaptées.
Vendredi 16 septembre 2011
De l'intelligence dans les dividendes
Linden Lab est la société californienne qui a créé le monde virtuel Second Life. Même si après huit ans d'existence, cette plateforme n'est plus sous les feux de l'actualité, elle reste, selon Frédéric Cavazza, « un lieu privilégié pour la culture, l’éducation et la collaboration ». Linden Lab est aussi connue pour sa culture d'entreprise atypique basée sur une structure non hiérarchique, valorisant l'autonomie des employés et la transparence tant à l'intérieur de l'entreprise qu'envers le grand public.
Linden Lab distribue ses bénéfices en faisant appel à l'intelligence collective. Tous les trimestres, la somme est également répartie entre tous les collaborateurs de l'entreprise… qui ne peuvent garder un cent de la somme mise à leur disposition. Grâce à un outil informatique appelé le Rewarder, chaque personne redistribue la totalité de l'argent qu'elle a reçu à ceux qui, à son avis, ont le plus contribué à l'entreprise au cours des trois mois écoulés. Le système fonctionne bien : « Si vous voulez que cette compagnie réussisse, alors vous donnez l'argent de manière rationnelle » commente Philip Rosedale, le fondateur de Linden Lab.
Chaque trimestre, les dix personnes qui reçoivent le plus sont prévisibles et sont celles que la direction aurait choisies, mais de nombreuses autres personnes sont aussi récompensées, alors que leur contribution, certes plus modeste, est moins visible. Le système est donc source d'équité.
Le Rewarder n'est pas la seule pratique intéressante de management de Linden Lab — je vous parlerai peut-être même de la Love Machine ! —, mais il mérite qu'on s'y attarde du double point de vue de la Spirale Dynamique et de la sociocratie.
Le Rewarder me semble être un système de démocratie stratifiée relevant du vMème JAUNE. En effet, chacun distribue l'argent comme il l'entend, et donc en fonction de ses propres valeurs. Telle personne récompensera un commercial qui a ramené un gros contrat, telle autre distinguera quelqu'un qui a contribué à la bonne ambiance de l'entreprise, une troisième reconnaîtra la valeur d'une bonne idée technique, etc. Mieux, chacun peut exprimer non seulement son niveau d'existence préféré, mais son holarchie complète ! Le système pourrait donc être utilisé par n'importe quelle organisation du moment que le dirigeant croit en l'intelligence collective.
La sociocratie prône une rémunération équitable du capital et du travail. Gerad Endenburg a imaginé un système assez complexe pour atteindre cet objectif. Dans une entreprise où les employés sont les actionnaires, le Rewarder le remplacerait avantageusement ; dans les autres, un mélange des deux méthodes pourrait être utilisé.
On pourrait aussi imaginer une version plus collective — mais pas forcément plus efficace — du Rewarder où l'argent serait distribué par consentement par les cercles sociocratiques.
Source : Jeffrey Hollender & Bill Breen, The Responsibility Revolution : How the Next Generation of Businesses Will Win, San Francisco (Californie), Jossey-Bass, 2010. [Merci à Denis Sabardine qui a attiré mon attention sur ce livre.]
Dimanche 11 septembre 2011
Pas assez VERT
Wikipedia a fêté cette année son dixième anniversaire, et Jimmy Wales, son fondateur, s'inquiète : « Nous ne remplissons pas les rangs. Ce n’est pas une crise, mais je considère que c’est important. » Depuis deux ans en effet, le nombre de rédacteurs s'effrite, lentement mais sûrement.
01net, le site d'informatique personnelle qui rapporte la nouvelle, a demandé l'avis de ses lecteurs. Et là, soudain, ce fut un déchaînement de colère. Extraits :
- « L'administrateur se sent investi de pouvoirs surdimensionnés, et du coup fait sa loi avec ses petits copains administrateurs. J'ai un compte Wikipédia, je contribue de temps en temps, mais passer sous les fourches caudines d'un merdeux de 26 ans qui ne connaît pas le sujet que vous, vous maîtrisez, c'est très vite ennuyeux… »
- « Si on ne se faisait pas rabattre le clapet par des gens qui croient tout connaître, il y aurait peut-être plus de contributeurs… »
- « J'ai arrêté de contribuer le jour où j'ai eu à faire à des administrateurs zélés […] qui annulent d'une façon arbitraire votre travail de plusieurs heures. »
- « J'ai eu la même expérience. Et je ne parle même pas du manque d'objectivité qui devrait pourtant être la règle pour un site de cette importance… »
- « Je vous rejoins pour dénoncer l'arbitraire et l'arrogance dont font preuve des administrateurs. »
- « Entièrement d'accord avec la majorité des critiques précédemment énoncés. J'ai moi aussi passé des heures à rédiger des traductions d'articles US en les corrigeant et en les enrichissant pour la version française. Jusqu'au moment où j'en ai eu assez de me faire censurer par des “petits fascistes” imbus de leurs prérogatives. »
- « Se faire modifier 5 à 10 fois un article par des personnes qui ne connaissent rien au sujet est un peu énervant. »
- « Si Wikipédia ne modifie pas son réglément pour éviter qu'une petite junte règne par son idiotie, Wikipédia ne sera bientôt plus qu'un souvenir. »
Il se trouve que je connais des expériences semblables et en ai vécu une.
Il y a presqu'un an, la page de Wikipédia décrivant la sociocratie était incomplète et elle comportait des inexactitudes et des mentions qui n'avaient que des fins publicitaires. Cela ne gênait apparemment pas l'administrateur de la page qui ne connaissait pas grand-chose (rien ?) au sujet. Quand j'ai voulu corriger la notice, il s'est mis à effacer mes corrections au fur et à mesure de leur apparition sans justification acceptable. Après quelques échanges inutiles avec lui, j'ai dû faire appel à un médiateur externe, ce qui a permis finalement d'éliminer le fâcheux.
Au moins mon problème s'est résolu heureusement. Ce n'est pas toujours le cas. La page de Wikipédia décrivant l'Ennéagramme est un infâme tissu d'inexactitudes et de confusions qui portent tort au modèle. Une de nos étudiantes s'est lancée dans un courageux travail de ravalement et s'est heurtée à un administrateur incompétent et psychorigide qui l'a bloquée malgré tous ses efforts.
Dès mon premier article à propos de Wikipedia, il y a plus de six ans, j'émettais des réserves à propos de l'anonymat des contributeurs qui empêche de vérifier leurs compétences et offre un masque permettant tous les excès. Sa suppression ne réglerait certes pas complètement les difficultés, mais il me semble qu'elle les atténuerait.
La transparence est sans doute un des facteurs critiques de succès du vMème VERT quand il est confronté à d'autres niveaux d'existence. Espérons que Wikipedia dont le projet est sympathique et l'impact fort va finir par s'en rendre compte.
P.-S. : pour information, j'ai écrit l'article de Wikipédia sur la sociocratie sous mon nom et en spécifiant que je l'enseignais et quelle était la part de mon chiffre d'affaires qu'elle représentait à l'époque.
Source : "Wikipédia de plus en plus délaissée par ses contributeurs", 01net.com, 5 août 2011.
Lundi 22 août 2011
Charisme
Patricia et moi déjeunions l'autre jour chez des amis qui se plaignaient du manque de charisme de certain(e)s des candidat(e)s possibles à la prochaine élection présidentielle française. Le charisme est-il vraiment nécessaire ? Est-il même souhaitable ?
C'est la pensée magique du vMème VIOLET qui est à l'œuvre quand nous attribuons du charisme à un leader, d'après une étude menée à l'Anderson School of Management en Californie.
Un leader est d'autant plus perçu comme charismatique que les raisons de son succès ne sont pas connues et ne semblent pas venir de compétences apprises ou d'un travail intense. Les personnes qui le suivent lui attribuent alors des qualités de visionnaire capable de prédire le futur dans le monde des affaires. Ils se mettent à croire que ses qualités se répandent par contagion, et à désirer un contact physique avec lui ou avec ses possessions (cf. “VIOLET ou ORANGE ? Ça dépend…”).
Inversement, quand un manager leur est décrit comme visionnaire, les personnes qui lui sont confrontées le trouvent charismatique, et même magnétique !
Dans le monde des affaires, les chercheurs qui ont réalisé cette étude soulignent que cette perception du charisme est un obstacle au transfert des connaissances et des compétences au sein d'une organisation, puisque celles-ci sont supposées inhérentes à la personne et non apprises. Dans le contexte politique et social, l'histoire du siècle précédent est remplie des dégâts causés par des leaders charismatiques.
En amenant à argumenter ses choix, l'élection sans candidat de la sociocratie est un moyen simple d'atténuer les effets négatifs du charisme.
Source : Maia J. Young, Michael W. Morris & Vicki M. Scherwin, "Managerial Mystique : Magical Thinking in Judgments of Managers' Vision, Charisma, and Magnetism", Journal of Management, 2 mai 2011.
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mer 18 mar 2009, 07:06