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Jeudi 16 juin 2011
Handicap
Jessica Tracy, de l'Université de Colombie Britannique, s'est intéressée à la relation entre l'attraction sexuelle qu'exerce une personne et les émotions qu'elle manifeste. Pour cela, elle a mesuré les réactions d'environ un millier de participants adultes à des photos de personnes du sexe opposé manifestant de la joie, de la fierté ou de la honte, ou étant neutre émotionnellement.
Chez les hommes, ceux qui ont l'air heureux et sont souriants sont considérés comme les moins attirants. À l'étonnement des chercheurs, ceux qui montrent de la honte font mieux, peut-être parce que c'est un « indicateur de conscience des normes sociales ». Moins surprenant, les plus séduisants sont ceux qui manifestent de la fierté, symbole de « statut et de compétence, et donc d'une capacité à s'occuper d'un partenaire et d'une progéniture ».
Chez les femmes, le classement est exactement inverse. Du moins plaisant au plus attirant : fierté, honte, puis joie.
Les normes traditionnelles biologiques et culturelles liées au genre sont donc encore bien puissantes, « au moins dans les cultures occidentales ».
Voilà qui ne va pas faire plaisir aux connaisseurs de l'Ennéagramme. Dans ce domaine de l'existence, si vous êtes un homme, il vaut mieux ne pas appartenir au type 7, et si vous êtes une femme aux ennéatypes 3 ou 8 !
Si, comme moi, vous n'êtes pas dans une combinaison genre-ennéatype favorable, Jessica Tracy essaye de nous consoler : « Il est important de se souvenir que cette étude n'a exploré que des premières impressions. […] Nous ne demandions aux participants s'ils pensaient que ces personnes feraient de bons amis ou conjoints. Nous voulions uniquement leur réaction instinctive concernant une attraction charnelle et sexuelle. »
Source : Jessica L. Tracy & Alec T. Beall, "Happy guys finish last : The impact of emotion expressions on sexual attraction", Emotion, 23 mai 2011.
Jeudi 9 juin 2011
Le maître et son émissaire (3/3)
[Première partie] [Deuxième partie]
Si au niveau du fonctionnement instantané du cerveau, toute activité humaine implique les deux hémisphères, à un niveau macroscopique un individu ou une culture peut manifester une préférence pour l'hémisphère gauche ou pour l'hémisphère droit. Iain McGilchrist estime qu'il y a eu, au cours des deux derniers millénaires, une succession de changement d'équilibre entre les deux hémisphères. Pour lui, cela n'implique pas une transformation de la structure physique du cerveau, mais une modulation de son expression et des fonctions inhibitrices mentionnées dans notre premier article et qui relèvent plutôt de l'action des mèmes.
Dans une situation où un hémisphère prédomine, le manque d'expression de l'autre devient de plus en plus perceptible. Aujourd'hui, Iain McGilchrist pense que nous avons atteint un point où le déséquilibre en faveur de l'hémisphère gauche est devenu trop important : l'émissaire a pris le pouvoir sur le maître, et ce coup d'État est dangereux.
Iain McGilchrist limite son analyse historique aux civilisations occidentales, d'une part parce qu'il les connaît mieux, et d'autre part parce qu'il considère que le phénomène de balance et le déséquilibre y sont plus forts qu'en Orient, même s'ils semblent quand même s'y manifester. Ici aussi, nous ne pouvons donner qu'un très bref résumé d'une fresque qui se déploie sur plus de deux cents pages.
La montée en puissance de l'hémisphère droit est perceptible dans l'art de la Grèce antique où les représentations du visage humain commencent à être réalistes, et où on peut même constater un déplacement du regard vers la gauche, signe d'une prédominance de l'hémisphère droit. Pourtant parallèlement, la philosophie grecque, de Parménide à Socrate et Platon, met l'accent sur la logique et la raison, et sur les fonctions du cerveau gauche. À l'époque romaine, après un équilibre qui atteint son maximum à l'époque d'Auguste, le poids de la jurisprudence et de la rectitude morale montrent aussi une prise de pouvoir de l'hémisphère gauche.
À son tour, le christianisme démarre par l'affirmation de valeurs spirituelles proches de l'hémisphère droit. Très vite pourtant, des questions théologiques abstraites puis la Réforme marquent l'entrée en scène des préoccupations du cerveau gauche.
La Renaissance paraît à Iain McGilchrist être un bref moment d'équilibre entre les deux hémisphères, avant que les Lumières puis la Révolution française ne soient très fortement dominés par les mécanismes du cerveau gauche. Le Romantisme est à nouveau une période favorable à l'hémisphère droit, mais la Révolution industrielle et le modernisme consacrent le triomphe de l'émissaire sur le maître en créant une société sans empathie et qui détruit le bonheur personnel et social.
Clare W. Graves avait émis l'hypothèse que les vMèmes chauds correspondaient à des périodes de prédominance du cerveau gauche et les froids à des moments penchant plus vers les fonctions du cerveau droit. Cette idée avait été peu reprise par ses successeurs, et j'avais exprimé, il y a plus de quatre ans, mon scepticisme à son sujet. C'était dans le cadre des descriptions traditionnelles des fonctions des deux hémisphères. Les travaux de Iain McGilchrist donnent une nouvelle jeunesse à cette conjecture. Il est assez simple de faire correspondre son balancier “cerveau gauche-cerveau droit” à celui “expression du soi-sacrifice du soi” de la Spirale Dynamique, même si McGilchrist ne distingue pas toujours clairement l'état général de la société de tel ou tel mouvement qui n'en concerne qu'une partie.
Une différence majeure entre les deux approches me semble être qu'il manque à Iain McGilchrist un cadre conceptuel pour comprendre les différences entre les périodes où un hémisphère domine, périodes que la Spirale Dynamique classe dans plusieurs niveaux d'existence différents. C'est peut-être cela qui empêche Iain McGilchrist de discerner l'émergence de VERT et le rend si pessimiste sur l'ampleur des dégâts faits par le scientisme “cerveau gauche” de ORANGE, là où nous voyons clairement l'émergence de nouvelles manières d'utiliser les fonctions de l'hémisphère droit.
Une autre dissimilitude entre les deux approches est que Iain McGilchrist perçoit des périodes où l'utilisation des fonctions des deux hémisphères lui semble relativement équilibrée. C'est parfaitement logique dans une métaphore de balancier : le mouvement d'un extrême à l'autre implique un passage par le point d'équilibre médian. La Spirale Dynamique, elle, ne décrit jamais de moments, même brefs, d'équilibre entre expression et sacrifice du soi. Y aurait-il là une manière nouvelle d'envisager les transitions entre niveaux d'existence ?
Source : Iain McGilchrist. The Master and His Emissary : The Divided Brain and the Making of the Western World. Londres (Royaume Uni) ; Yale University Press ; 2009. [Merci à Christopher Cowan qui a attiré l'attention de la communauté de la Spirale Dynamique sur ce livre.]
Samedi 4 juin 2011
Le maître et son émissaire (2/3)
Il existe une théorie simple à propos de la répartition des différentes zones cérébrales dans les hémisphères gauche et droit : c'est de considérer qu'elles se positionnent là où il y a de la place ! Cependant, les différences entre les deux hémisphères sont telles qu'il est difficile de croire à un placement aléatoire et qu'il est plus probable que la différence de structure correspond à une différence de fonction. L'hémisphère gauche est plus développé dans les zones postérieures, et le droit dans les lobes frontaux. Les deux hémisphères diffèrent par le nombre de neurones, leur taille, la sensibilité aux différentes hormones, l'utilisation des différents neurotransmetteurs (prédominance de la dopamine à gauche et de la noradrénaline à droite). L'hémisphère droit est plus long, plus large et généralement plus gros et plus lourd que le gauche, et cela chez tous les mammifères sociaux ; il contient aussi plus de matière blanche, c'est-à-dire plus de connexions entre les différentes régions de l'hémisphère, là où l'hémisphère gauche privilégie la communication locale à l'intérieur de ses différentes régions.
Le cerveau bihémisphérique n'est pas une spécificité humaine, loin de là. On le trouve chez la plupart des mammifères et des oiseaux. Il est donc à peu près certain qu'il apporte un avantage évolutif. Si on observe attentivement une poule qui picore, on s'aperçoit que l'œil droit (hémisphère gauche) est utilisé pour chercher la nourriture, et l'œil gauche (hémisphère droit) sert à surveiller l'environnement et notamment l'approche de prédateurs ; si un prédateur est repéré par l'œil droit, l'oiseau tourne généralement la tête afin d'observer la situation de l'autre œil. De même, la poule utilise préférentiellement son œil droit pour reconnaître les membres de son espèce, et en général dans les contextes sociaux. On peut observer des comportements semblables chez bien d'autres animaux, chats, chimpanzés, etc.
Avoir deux hémisphères clairement distincts permet donc d'utiliser simultanément deux mécanismes d'attention différents, voire incompatibles. L'hémisphère gauche permet une attention étroite, focalisée et centrée sur nos besoins, alors que l'attention de l'hémisphère droit est large, vigilante et attentive à l'ensemble de notre environnement.
L'attention n'est pas une fonction comme les autres. Elle change la nature du monde dans lequel nous vivons en nous faisant observer certains de ses éléments au détriment d'autres tout aussi « réels ». Il importe de réaliser que l'observation scientifique du monde est une forme d'attention parmi les autres qui est caractérisée par le détachement et la non-implication de l'observateur ; elle est donc, comme toutes les formes d'attention, fondée sur des valeurs, et son utilité ne la rend ni plus vraie, ni plus réelle que les autres formes d'attention. L'attention change aussi qui nous sommes, par exemple par le fonctionnement des neurones miroirs. En étant attentifs à certaines choses plus qu'à d'autres, nous devenons co-créateurs du monde dans lequel nous vivons. L'attention n'est pas une chose, elle est une relation entre nous et le monde.
La neuropsychologie distingue cinq types d'attention correspondant à des zones cérébrales distinctes : vigilance, attention soutenue, état d'alerte, attention focalisée, et attention divisée. Les trois premières sont liées à l'intensité de l'attention, les deux dernières à sa sélectivité. L'attention focalisée relève de l'hémisphère gauche, alors que toutes les autres formes d'attention sont traitées exclusivement par l'hémisphère droit ou sous sa direction. Cela implique que tout élément nouveau — perception, information, compétence, etc. — doit être repéré par l'hémisphère droit, même s'il est de nature verbale, avant d'être éventuellement traité par le gauche. L'hémisphère droit voit les choses globalement et individuellement, dans leur contexte et leurs relations ; il est présent au monde. L'hémisphère gauche définit des catégories ; il se représente le monde. Il traite ce qu'il connaît, fait des prédictions et définit des priorités à partir de ce qu'il attend. Voyant les choses dans leur contexte, l'hémisphère droit s'intéresse à ce qui est personnel, vivant, concret et naturel, là où l'hémisphère gauche préfère l'impersonnel, le non-vivant, l'abstrait et le mécanique.
Imaginer ma souffrance implique les deux hémisphères ; imaginer celle des autres ne mobilise que l'hémisphère droit. L'empathie, l'identification aux autres et tous les processus intersubjectifs dépendent de l'hémisphère droit qui inhibe la tendance à épouser son propre point de vue. L'hémisphère droit est plus connecté au système limbique que le gauche ; il est dominant dans toutes les formes de perception émotionnelle et la plupart des formes d'expression émotionnelle. C'est lui qui décode les expressions émotionnelles chez les autres (mimiques, voix et gestes) et qui joue un rôle majeur dans l'expression émotionnelle, à l'exception de la colère qui est connecté aux zones frontales gauches et des émotions superficielles sociales. L'hémisphère gauche est optimiste et réprime les émotions négatives ; il est irréaliste quant à ses propres limitations et pratique le déni.
Le frontal droit joue un rôle déterminant dans notre définition de notre personnalité. L'hémisphère droit maintient une image de soi continue, cohérente et unifiée ; l'hémisphère gauche conscientise cette image, cette conscience. L'hémisphère droit voit le corps comme quelque chose dans lequel nous vivons, comme une part de notre identité à l'intersection entre nous et le monde, là où l'hémisphère gauche en a une vision détachée et le considère comme une chose parmi d'autres.
Le raisonnement linéaire et séquentiel est mieux effectué par l'hémisphère gauche alors que certaines formes de raisonnement comme la déduction ou certains types de raisonnement mathématiques le sont mieux par le droit. L'hémisphère gauche aime les objets fabriqués par l'homme qui sont pour lui une source de certitude.
L'hémisphère gauche a un vocabulaire plus étendu et une syntaxe plus complexe que le droit. Il examine les relations causales entre les événements. L'hémisphère droit utilise le langage, non pour manipuler les idées et les choses, mais pour comprendre ce que les autres veulent dire. Il comprend les choses globalement et dans leur contexte. C'est par exemple lui qui comprend la morale d'une histoire ou qui abrite notre sens de la justice.
L'hémisphère droit voit les choses comme elles sont, et donc toujours différentes, ce qui l'empêche de ressentir la certitude liée à la capacité à isoler les choses et à les classer en catégories. Il peut maintenir plusieurs représentations mentales ambiguës sans chercher aussi vite que le gauche à arriver à une interprétation qui pourrait être prématurée. L'hémisphère gauche peut inventer des histoires ou des théories, mais c'est l'hémisphère droit qui est capable d'évaluer leur plausibilité ou leur degré de vérité. L'hémisphère gauche poursuit toujours un but, là où l'hémisphère droit est vigilant sans préconceptions et accorde la priorité à l'expérience. L'hémisphère droit ne recherche pas la vérité, mais la correspondance avec quelque chose d'autre que lui-même.
Pour Iain McGilchrist, la différence essentielle entre l'hémisphère droit et l'hémisphère gauche est que l'hémisphère droit porte attention à l'autre et est attiré par la relation et par ce qu'il y a entre les choses. L'hémisphère gauche, lui, porte attention au monde virtuel qu'il a créé, qui est auto-consistant mais auto-contenu, et donc d'une certaine manière uniquement capable de se connaître lui-même.
Iain McGilchrist estime qu'en conséquence la primauté doit être donnée à l'hémisphère droit. C'est lui qui perçoit les informations nouvelles que l'hémisphère gauche peut ensuite analyser, catégoriser et structurer ; ce que fait l'hémisphère gauche doit ensuite être renvoyé à l'hémisphère droit afin d'être intégré dans une nouvelle perception globale. L'hémisphère droit est le maître, et le gauche son émissaire.
Mercredi 1 juin 2011
Le maître et son émissaire (1/3)
Le cerveau humain est un organe qui porte dans sa structure l'histoire de son évolution. Il est notamment caractérisé par trois grandes asymétries : haut-bas, avant-arrière, droite-gauche. La première permet au cortex d'inhiber certaines réponses automatiques des zones subcorticales plus anciennes. La seconde permet aux lobes frontaux — la zone la plus récente du cerveau — d'inhiber certaines réponses du cortex postérieur. La troisième concerne l'influence mutuelle des deux hémisphères cérébraux ; on sait aujourd'hui que les 300 à 800 millions de liaisons entre les deux hémisphères cérébraux, qui ne connectent que 2 % des neurones corticaux, servent certes à transmettre des informations, mais sont largement utilisées là aussi pour des fonctions d'inhibition d'un hémisphère par l'autre.
Connu depuis l'antiquité, le découpage du cerveau en deux hémisphères reliés par le corps calleux qui ne contient pas de neurones, mais uniquement des connexions, a longtemps été mystérieux.
À la fin de la première moitié du XXe siècle, on a cru le problème réglé par les recherches de Roger W. Sperry qui lui valurent un prix Nobel de médecine en 1981. Cependant, les expérimentations de Sperry avaient été faites sur des sujets dont les hémisphères cérébraux avaient été isolés par section du corps calleux, et donc dans des conditions relativement artificielles.
Soixante ans plus tard, notre connaissance du cerveau a profondément changé. On sait aujourd'hui que quasiment toute activité humaine un tant soit peu complexe mobilise les deux hémisphères, et qu'attribuer une fonction exclusivement à un hémisphère particulier est une simplification abusive : par exemple, les centres du langage sont bien positionnés dans le cerveau gauche — essentiellement aire de Broca pour l'expression et aire de Wernicke pour la compréhension —, mais quand une personne communique, la totalité de son cerveau est active.
Les théories de Sperry restent aujourd'hui une métaphore très utile, mais elles ne peuvent plus être considérées comme une théorie scientifique valide, malgré ce que croient le grand public et une certaine forme de psychologie populaire qui les a même parfois transformées en typologie. Le sujet a été mis de côté par la communauté scientifique, et il n'existe pas à ce jour de théorie de la latéralisation cérébrale unanimement reconnue.
Le psychiatre anglais Iain McGilchrist a décidé de synthétiser les très nombreux travaux parcellaires existant sur le sujet et il présente, dans un ouvrage érudit et fascinant qui récapitule 20 ans de travail sur le sujet, The Master and His Emissary, une conception nouvelle du rôle des deux hémisphères cérébraux et de leurs interactions. Pour résumer, la différence fondamentale entre les hémisphères cérébraux ne viendrait pas de ce qu'ils font — le quoi — mais de la manière dont ils le font — le comment. Iain McGilchrist examine ensuite comment la civilisation occidentale, de Homère à nos jours, a privilégié selon les moments l'un ou l'autre des deux hémisphères.
Les deux articles suivants vont présenter un épitomé de l'œuvre de McGilchrist. Deux avertissements avant de commencer. D'abord, qui dit résumé dit forcément simplification, et sur un sujet aussi fin, le risque de la caricature est élevé ; il ne s'agit bien évidemment pas de limiter les gens ou les sociétés à une dichotomie entre cerveaux gauche et droit, et les personnes vraiment intéressées par le sujet se reporteront à l'ouvrage original. Ensuite, la latéralisation du cerveau obéit à une structure commune à 95 % de la population mondiale, alors que 5 % des gens inversent les parties gauche et droite du cerveau, voire ont une répartition totalement différente des aires cérébrales ; quand Iain McGilchrist parle de cerveau gauche et de cerveau droit, il se réfère au modèle le plus commun.
Jeudi 12 mai 2011
Automatismes chauds et froids
Dans un bus, vous voyez une femme se lever pour céder sa place à une personne âgée. Vous pouvez penser qu'elle est gentille et aimable. Vous pouvez aussi imaginer que son patron est quelques sièges plus loin et qu'elle veut projeter une image positive d'elle-même. Vous pouvez tout autant estimer qu'elle se plie à une pression sociale forte de respect des anciens. Comme nous l'avions évoqué dans “Voir la vie en VERT”, il est impossible de trancher entre ces différentes hypothèses à la simple vue de la scène.
Pourtant, des Américains auront tendance à percevoir cette dame comme gentille, là où des Asiatiques envisageront plutôt les facteurs sociaux. Cette préférence est connue en psychologie depuis longtemps et ne surprend pas les amateurs de Spirale Dynamique qui y verront l'influence dominante dans les cultures correspondantes de niveaux d'existence exprimant ou sacrifiant le soi.
Shinobu Kitayama et Jinkyung Na de l'université du Michigan, ont voulu aller plus loin. Ils ont étudié comment réagissaient à des comportements des étudiants américains d'origine européenne et d'autres d'origine asiatique. Par exemple, ils leur ont montré une photo d'une personne tout en leur disant qu'elle s'appelait Julie et vérifiait son alarme incendie chaque soir avant de se coucher ; puis, quelque temps plus tard, ils leur ont présenté à nouveau la photo en leur disant que Julie était courageuse, et ils ont mesuré l'activité cérébrale déclenchée par cette information avant toute réaction consciente. Le cerveau des Américains d'origine européenne montre alors une activité due au fait qu'ils avaient attribué la première fois des traits de caractère à Julie et sont surpris par l'information nouvelle. Par contre, le cerveau des Américains d'origine asiatique ne réagit pas car ils n'ont fait aucune présupposition quand à la personnalité de Julie.
Kitayama commente : « Nous avons souvent l'impression que la culture est comme un vêtement ; nous pouvons l'enlever et nous sommes tous au fond des êtres humains. Il y a une part de vérité dans cela, mais des études comme la nôtre commencent à démontrer que la culture est ancrée plus profondément en nous. »
Les travaux de Kitayama et Na vont dans le sens du concept de capacités cérébrales en Spirale Dynamique tout en le questionnant. Les étudiants testés partagent-ils vraiment les mêmes conditions de vie ? Si oui, pourquoi semblent-ils manifester des vMèmes différents ? Y a-t-il une composante génétique au moins partiellement à l'origine des capacités cérébrales, peut-être due à la durée de certains niveaux d'existence ? Cela confirmerait-il la conviction de Clare Graves que certaines personnes ne peuvent accéder à certains niveaux d'existence ? Cela pourrait aussi expliquer pourquoi au fur et à mesure que l'humanité évolue sur la Spirale Dynamique le centre de gravité du monde se déplace. Quelles conséquences doit-on en tirer sur les rapports humains et économiques entre les différentes cultures ? Le développement de nouveaux niveaux d'existence entre-t-il alors dans la « guerre » entre gènes et mèmes ?
Source : Shinobu Kitayama & Jinkyung Na, "Cultural differences are evident deep in the brain of Caucasian and Asian people", Psychological Science, 11 avril 2011.
Mardi 26 avril 2011
Mais comment diable est-ce que je voulais titrer cet article ?
En Ennéagramme, nous étudions les transes hypnotiques favorites des différents profils de personnalité. L'ennéatype 7 est le champion de l'amnésie, talonné par le 9. Une étude menée à l'université du Missouri démontre une corrélation entre l'amnésie et l'optimisme du 7.
Elizabeth Martin a fait passer des tests de mémoire à deux groupes de participants. Le premier avait vu auparavant une vidéo éducative, et le second une comédie. De meilleure humeur, le second groupe a eu des résultats significativement plus mauvais que le premier. Cette recherche concerne uniquement la mémoire de travail, mais Elizabeth Martin a l'intention de la prolonger sur d'autres formes de mémoire et dans des contextes de la vie quotidienne comme les salles de classe — mince, il va peut-être falloir que je cesse de faire rire les participants à mes stages si je souhaite qu'ils mémorisent ce qui y est dit !
Elizabeth Martin essaye d'être consolante : « Même si cela diminue l'efficacité de la mémoire de travail, être de bonne humeur n'est pas uniquement négatif. Il a été prouvé qu'être de bonne humeur améliorait diverses capacités cognitives, et notamment la capacité à résoudre des problèmes de façon créative. » Mais ça, nous autres 7 le savions déjà.
Source : Elizabeth Martin & John Kerns, "The influence of positive mood on different aspects of cognitive control", Cognition & Emotion, Vol. 25, N° 2, 2011, p. 265-279.
Samedi 9 avril 2011
Gargouillement
Nous savons depuis fort longtemps que nous ne pouvons pas vivre sans les millions de bactéries qui peuplent nos intestins. Cela pose d'ailleurs des questions sur la définition de notre corps que nous étudions dans notre formation Néti Néti. Des chercheurs du Brain-Body Institute, dans l'Ontario au Canada, ont découvert que l'impact de ces bactéries sur notre fonctionnement va bien au-delà de la régulation des fonctions intestinales et de certains problèmes de santé qui y sont liés.
Des échanges permanents bidirectionnels ont lieu entre le microbiote — le nom actuellement donné par les scientifiques à la flore intestinale — et le cerveau. Ces échanges influent sur des maladies du métabolisme comme l'obésité ou le diabète.
Cette communication altère aussi l'expression des gènes de l'apprentissage et de la mémoire dans l'hippocampe. Elle a aussi un lien avec des problèmes psychiatriques, notamment les troubles de l'anxiété : ce n'est peut-être pas un hasard que dans nos formations à l'Ennéagramme, tant d'ennéatypes 6 évoquent des nœuds dans le ventre et d'autres douleurs abdominales.
Jane Foster conclut : « Dans mon laboratoire, nous avons formulé l'hypothèse que l'état de notre système immunitaire et de notre microbiote — qui sont en communication constante — influence notre personnalité. […] L'idée qui sous-tend nos recherches est de voir s'il est possible de développer de nouvelles thérapies qui cibleraient sur le corps et éviteraient les complications dues à une intervention directe sur le cerveau. »
Source : Karen-Anne M. Neufeld, Ning Kang, John Bienenstock & Jane A. Foster, "Reduced anxiety-like behavior and central neurochemical change in germ-free mice", Neurogastroenterology & Motility, Vol. 23, N° 3, Mars 2011, p. 255-e119.
Vendredi 11 mars 2011
Psssssssss…
Après leur avoir fait exécuter une tâche simple pendant trois quarts d'heure, Mirjam Tuk, de l'université de Twente en Hollande, et son équipe ont demandé à 102 étudiants de choisir entre toucher 16 euros de récompense dès le lendemain, ou 30 euros cinq semaines plus tard. La moitié d'entre eux avait dû boire 70 cl d'eau avant de commencer la tâche, et l'autre moitié seulement 5 cl.
Les participants qui avaient bu une grande quantité de liquide et prenaient leur décision tout en ayant une pressante envie d'uriner ont choisi plus souvent la récompense à long terme que les autres, l'écart étant statistiquement significatif.
Différents systèmes de contrôle des impulsions dépendent de la même zone du cerveau. Mirjam Tuk explique : « Une fois que cette aire cérébrale est activée, les signaux de “contrôle” (inhibiteurs) qu'elle envoie ne sont pas seulement dirigés vers la zone cible nécessitant le contrôle (la vessie dans ce cas), mais ils “débordent” partiellement, et il en résulte un contrôle accru et non intentionnel d'autres réponses qui provoque ainsi des comportements plus contrôlés et moins impulsifs. »
Si vous pensez que vos décisions sont trop marquées par le vMème ROUGE, vous savez ce qu'il vous reste à faire : noyez-le !
Source : Mirjam A. Tuk, Debra Trampe & Luk Warlop, "Inhibitory Spillover : Increased Urination Urgency Facilitates Impulse Control in Unrelated Domains", Psychological Science, 28 février 2011.
Dimanche 6 mars 2011
Le poids des mots
Dès que nous devons parler de sujets complexes, nous utilisons des métaphores. Certains linguistes estiment même qu'environ un mot sur 25 est une métaphore.
Nous croyons avoir des positions personnelles sur nombre de sujets. Pourtant, des recherches, menées à l'université de Stanford par Paul H. Thibodeau et Lera Boroditsky, montrent que les métaphores utilisées pour décrire une situation ont une influence directe et forte sur notre attitude face à elle.
Les 485 participants de l'étude ont reçu des informations à propos de la montée de la criminalité à Addison, une ville imaginaire : 10 000 délits et 270 meurtres supplémentaires en trois ans. À certains, il était dit que « le crime est une bête qui ravage la cité d'Addison » et à d'autres, que « le crime est un virus qui ravage la cité d'Addison ».
Confrontés à la bête, 71 % des participants souhaitent une augmentation du nombre de policiers et une aggravation des sanctions. Face au virus, ils ne sont plus que 54 % et souhaitent plus de mesures sociales préventives.
Quand on les interroge sur ce qui a motivé leur choix, seules 15 % des personnes testées signalent la métaphore, les autres croyant avoir pris une décision objective sur la base des statistiques fournies. De plus, l'impact de la métaphore utilisée est bien supérieur à celui des préférences politiques. Lera Boroditsky conclue : « Les gens aiment croire qu'ils sont logiques mais en réalité, ils sont influencés par les métaphores. »
À l'heure où les hommes politiques et les grands chefs d'entreprise répètent à l'envi les éléments de langage concoctés par des spin doctors, il devient raisonnable d'observer quelles métaphores ils emploient et notamment quels vMèmes ils cherchent ainsi à activer ?
Source : Paul H. Thibodeau & Lera Boroditsky, "Metaphors We Think With : The Role of Metaphor in Reasoning", PLoS ONE, 23 février 2011.
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mar 18 avr 2006, 07:49