Sections
Integral
« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
Recherche Google
Annonce
Aller au cœur de la connaissance
Ce blog ne fait qu’effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Ennéagramme : Bases, les 15 & 16 mai 2010
Spirale Dynamique : Bases, les 10 & 11 juillet 2010
Cycle des organisations, les 18 & 19 septembre 2010
À bientôt !
Jeudi 11 février 2010
Rien n'est jamais acquis à l'homme
Modèle ouvert, la Spirale Dynamique postule que l'être humain modifie ses conditions de vie, et qu'il s'adapte aux changements qu'il provoque au moyen de nouvelles capacités cérébrales permettant l'apparition de vMèmes idoines.
Est-ce possible ? Une idée communément répandue veut que les progrès de la médecine occidentale ont tellement prolongé l'espérance de vie et surtout réduit la mortalité infantile que la sélection naturelle ne s'appliquerait plus à l'être humain.
En analysant des données collectées pendant 60 ans à propos de 2000 femmes nord-américaines, une étude commanditée par le National Evolutionary Synthesis Center vient de démontrer que cette idée reçue est inexacte. « La sélection naturelle opère toujours » affirme Stephen Stearns de l'Université de Yale qui ajoute : « Le taux d'évolution est dans la plage moyenne à basse des taux observés chez les autres organismes vivants. Les êtres humains n'ont rien de particulier en termes de vitesse d'évolution. »
Le principe formulé par Clare W. Graves de la « quête sans fin » reste donc d'actualité.
Source : Sean Byars, Douglas Ewbank, et al. "Natural selection in a contemporary human population". Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 26 octobre 2009.
Dimanche 24 janvier 2010
Dimensions culturelles de Geert Hofstede et SD (2/2)
La méthode de Geert Hofstede présente l'immense avantage de fournir des données chiffrées. Chaque pays se voit attribuer un score entre 0 et 100 pour chacune des cinq dimensions. Ce score ne représente pas une valeur absolue utilisable en tant que telle, mais permet de comparer des pays entre eux.
Pendant un certain temps, Geert Hofstede a cru que les deux premières dimensions pouvaient être fusionnées en une seule, les pays ayant un index d'individualisme (IDV) fort ayant aussi un index de distance au pouvoir (PDI) faible. Il a finalement abandonné cette idée devant l'existence de quelques exceptions significatives. L'une d'entre elles est la France avec un PDI de 68 et un IDV de 71, à comparer avec les scores des autres pays occidentaux comme l'Allemagne (35, 67), le Royaume Uni (35, 89), les États-Unis (40, 91).
Ce PDI anormalement élevé — l'Iran fait 12 points de moins, le Pakistan 15 ! — confirme une fois de plus le fait, plusieurs fois traité sur ce blog (cf. par exemple "La France a peur" ou "Où irons-nous ?"), que la France, si elle est passée en ORANGE, a gardé un pied fermement ancré en BLEU — bien sûr, un PDI fort peut correspondre aussi à d'autres niveaux d'existence, comme ROUGE. Ce phénomène, confirmé par de multiples approches, est inquiétant.
En effet, il paraît évident que les problèmes actuels du monde ne relèvent plus du vMème qui est aujourd'hui au pouvoir, mais nécessitent d'aller sur la Spirale Dynamique vers VERT, et ultérieurement au-delà. Le BLEU de la France est, en ce domaine, un handicap majeur. Et ce n'est pas tout.
VERT peut être partiellement cartographié sur le modèle de Geert Hofstede. Coopératif et émotionnel, il implique un index de distance au pouvoir (PDI) et un index de masculinité (MAS) faibles. VERT est un vMème de sacrifice du soi, mais ce sacrifice se fait dans le consensus obtenu après l'expression complète du point de vue de chacun ; aussi l'index d'individualisme (IDV) ne doit être ni trop fort, ni trop faible. Sixième niveau de la Spirale Dynamique, VERT gère un monde complexe, et l'index d'évitement de l'incertitude (UAI) doit être plutôt bas. Le positionnement de VERT quant à l'orientation vers le long terme (LTO) est plus douteux, la définition de cette dimension étant très confucéenne et faisant surtout sens pour les pays d'Extrême Orient.
Si on pouvait définir des coefficients de pondération réalistes de ces paramètres, un index de distance à VERT serait concevable. Faute de cela, les mesures de Geert Hofstede permettent d'identifier un ou des handicaps importants de chaque pays pour réussir cette transition. Comparons, à titre d'exemple, le score de la France à celui de six autres pays, trois qui ont ORANGE comme niveau d'existence fortement dominant — États-Unis, Royaume Uni et Allemagne — et trois pour lesquels la transition vers VERT semble entamée à des degrés divers — Hollande, Norvège et Suède :

Outre son PDI très élevé, la France est aussi caractérisée par le plus fort UAI de cet échantillon, que Geert Hofstede définit aussi par la formule « Ce qui est différent est effrayant » ; c'est un obstacle majeur pour l'évolution de la société. Son IDV semble adapté à la transition vers VERT et son MAS, s'il est beaucoup trop fort, l'est quand même moins que celui des États-Unis, du Royaume Uni ou de l'Allemagne.
Pour l'utilisateur de la Spirale Dynamique, les recherches de Geert Hofstede sont donc un complément précieux qui aide à comprendre les différences de rythme d'évolution des nations, voire donne des pistes d'intervention.
Source : Geert Hofstede & Gert Jan Hofstede, Cultures and Organizations : Software of the Mind (2nd Edition), New York (New York), Mc Graw-Hill, 2005.
Jeudi 21 janvier 2010
Dimensions culturelles de Geert Hofstede et SD (1/2)
Dans le cadre de ce blog, nous étudions les cultures des différents pays à l'aide de la Spirale Dynamique, de l'Ennéagramme, ou dans l'idéal des deux comme nous l'avons fait, par exemple, pour la Thaïlande ou l'Indonésie. Ces deux modèles ne sont, bien évidemment, pas les seuls. Parmi les autres approches, une des plus connues est due à Geert Hofstede, un chercheur hollandais. À la fin du XXe siècle, il a mené une analyse des cultures de plus de 70 pays pour le compte d'IBM. Une multinationale de cette taille est présente dans le monde entier et elle emploie des personnes de qualifications très diverses. En faisant passer au personnel d'IBM un test sur les valeurs qu'il avait élaboré et en analysant statistiquement les réponses, Geert Hofstede est arrivé à la conclusion que toute culture pouvait être décrite à l'aide de cinq paramètres :
- PDI – Index de distance du pouvoir (Power Distance Index)
Le PDI mesure à quel point les membres les moins puissants des institutions ou des organisations d'un pays s'attendent à ce que le pouvoir soit distribué de manière inégale et acceptent cette situation.
Les trois pays dont le PDI est le plus fort : Malaisie, Slovaquie, Guatemala.
Les trois pays dont le PDI est le plus faible : Danemark, Israël, Autriche. - IDV – Index d'individualisme (Individualism Index)
L'IDV mesure à quel point les liens entre les individus sont distendus, chacun ne pouvant compter que sur soi ou sa famille très proche.
Les trois pays dont l'IDV est le plus fort : États-Unis, Australie, Royaume Uni.
Les trois pays dont l'IDV est le plus faible : Panama, Équateur, Guatemala. - MAS – Index de masculinité (Masculinity Index)
Le MAS mesure à quel point les rôles émotionnels sont distribués en fonction du sexe : les hommes sont supposés être assertifs, durs et concentrés sur le succès matériel, alors que les femmes sont supposées être réservées, fragiles et concernées par la qualité de la vie.
Les trois pays dont le MAS est le plus fort : Slovaquie, Japon, Hongrie.
Les trois pays dont le MAS est le plus faible : Hollande, Norvège, Suède. - UAI – Index d'évitement de l'incertitude (Uncertainty Avoidance Index)
L'UAI mesure à quel point les membres d'une culture sont effrayés par les situations ambiguës ou inconnues.
Les trois pays dont l'UAI est le plus fort : Grèce, Portugal, Guatemala.
Les trois pays dont l'UAI est le plus faible : Danemark, Jamaïque, Singapour. - LTO – Orientation vers le long terme (Long Term Orientation)
La LTO mesure la valorisation de vertus orientées vers des récompenses futures, comme la persévérance ou le sens de l'épargne, par rapport à des vertus orientées vers le passé ou le présent, comme les traditions ou le fait de remplir ses obligations sociales.
Les trois pays dont la LTO est la plus forte : Chine-Hong Kong-Taïwan, Japon, Vietnam.
Les trois pays dont la LTO est la plus faible : Nigeria, République Tchèque, Pakistan.
Geert Hofstede pense que les mesures de ces cinq dimensions représentent la réalité d'un pays. Il est permis d'en douter. En son temps, Clare W. Graves avait constaté que des personnes culminant en VIOLET ou en ROUGE étaient incapables de passer un test, et il est vraisemblable que la situation soit la même aujourd'hui. Quand on sait que ces deux niveaux d'existence représentent encore approximativement 30 % de la population mondiale, il paraît dès lors peu probable que le tableau dépeint par Geert Hofstede soit complet.
Geert Hofstede estime aussi que ces cinq dimensions représentent des traits fixes d'une culture qui ne changent pas à l'échelle des siècles, à l'exception de l'index d'individualisme qui augmente au fur et à mesure qu'un pays devient plus riche. Pour la Spirale Dynamique, l'index d'évitement de l'incertitude, par exemple, devrait diminuer au fur et à mesure qu'on avance dans les niveaux d'existence, et être très faible dans la deuxième boucle. En supposant le modèle de la Spirale Dynamique pertinent, nous avons donc deux possibilités : soit Geert Hofstede se trompe sur ce point et son étude n'est qu'une photographie de l'état des cultures humaines valable sur une période de temps à déterminer, soit il démontre que certains pays n'ont pas les capacités cérébrales collectives pour atteindre certains vMèmes. Autant il me semble très probable que des individus n'ont pas les capacités cérébrales leur permettant de vivre certains niveaux d'existence, autant je ne crois guère à cette impossibilité au niveau d'un peuple ; bien entendu, ces deux assertions ne sont que des hypothèses qui sont fonction de mes connaissances et de mon expérience, et que des faits nouveaux pourraient remettre en cause.
Considérés donc comme un état des lieux partiel et daté, les travaux de Geert Hofstede apportent cependant des confirmations intéressantes et permettent des prévisions qui le sont tout autant.
Vendredi 8 janvier 2010
L'anorexie mentale, une configuration particulière de la SD
L'anorexie est un drame humain particulièrement douloureux. Il y a près de huit ans, deux de nos étudiants en Ennéagramme, Anne-Marie et Olivier Fillet, avaient fait une analyse du cas particulier de l'anorexie mentale essentielle de la jeune fille en se focalisant sur les personnalités de l'anorexique et de sa mère.
Claude Marie, elle, a constaté que l'anorexie mentale était une maladie qui n'existait pas avec la même ampleur à toutes les époques et dans toutes les cultures. Elle en a déduit que les niveaux d'existence de la Spirale Dynamique devaient jouer un rôle important dans la problématique anorexique. Cette hypothèse l'a conduite à une passionnante analyse systémique de l'anorexie que vous pouvez lire sur notre site consacré à la Spirale Dynamique et discutez ci-dessous.
Les deux manières d'aborder le problème sont probablement complémentaires, et peut-être une synthèse est-elle possible : l'anorexie mentale comme la rencontre tragique de personnalités, de conditions de vie et de niveaux d'existence.
Je suis conscient de ce que la découverte d'un tel modèle peut avoir de perturbant pour l'anorexique et tous les membres de sa famille. Si la première peut y voir l'espoir de sortir de ses souffrances, les seconds sont confrontés à la culpabilité que peut faire naître la prise de conscience des dysfonctionnalités du système familial et de ses conséquences, ce qui est d'autant plus difficile dans un monde ORANGE qui rejette la culpabilité qu'acceptait BLEU. Je voudrais leur dire qu'il n'y a pas de culpabilité à avoir face à un système dont la mise en place nécessite des causes multiples, transgénérationnelles, et impliquant plusieurs familles et la société ; même si c'est à des degrés divers, il y a des victimes des deux côtés. Essayer d'être aussi lucide que possible malgré les mécanismes de défense est certes une nouvelle épreuve, mais elle est libératrice pour eux et pour leur enfant.
Mardi 5 janvier 2010
Et un de plus ! Un !
À la question de savoir de combien de sens dispose un être humain, nombre de gens répondent encore cinq et citent le toucher, l'odorat, le goût, l'ouïe et la vue. Un sens est un organe percevant des informations sur le monde qui sont transmises au système nerveux central qui les interprète. Ainsi, l'intuition, qui est parfois appelée le sixième sens, n'en est à ce jour pas un, puisque nous ne pouvons pas lui associer un organe de perception.
Le sixième sens existe pourtant et est connu depuis longtemps. Il s'agit de l'équilibrioception qui signale le fait d'être ou non en équilibre, de tomber, d'accélérer ou de ralentir grâce au système vestibulaire de l'oreille interne.
On pourrait rajouter à la liste la proprioception qui permet de savoir où est telle ou telle partie de notre corps — vous pouvez toucher votre pied même en ayant les yeux fermés et indépendamment de toute autre information sensorielle. D'aucuns ajoutent à la liste la thermoception et la nociception, perception respectivement de la température et de la douleur.
Les sensations de faim — détection par l'hypothalamus d'une baisse excessive de glycogène dans le foie — et de satiété — détection par l'hypothalamus du niveau de cholécystokinine (entre autres) — sont aussi conformes à la définition scientifique d'un sens.
Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le professeur Yves Rocard avait étudié des sourciers et était arrivé à la conclusion que l'être humain disposait, comme les abeilles, certains cétacés et beaucoup d'oiseaux migrateurs, de magnétoception, la perception de variations du champ magnétique terrestre, grâce à la présence de petits aimants au niveau de certaines articulations (cou, genoux, coudes, etc.). Ces expériences ont été contestées, et les scientifiques considèrent généralement que la magnétoception est un sens non-humain. Quand bien même nous en disposerions, il serait inutilisable dans notre environnement moderne où la pollution électrique et magnétique est considérable.
On ne va pas s'arrêter en si bon chemin ! Une équipe de chercheurs de l'Albany Medical College et des universités de Liverpool et de Cambridge vient de démontrer que l'être humain dispose d'un système sensoriel distinct des nerfs et lui permettant de toucher et de ressentir. En étudiant des personnes souffrant d'insensibilité congénitale à la douleur — une affection très rare —, ils ont découvert l'existence d'un réseau sensoriel utilisant les vaisseaux sanguins et les glandes sudoripares dont l'existence était connue, mais dont la fonction était passée jusqu'ici inaperçue. La découverte de ce nouveau système sensoriel qui nous apporte « des informations tactiles conscientes » permettra peut-être de résoudre certains cas de douleurs jusqu'ici rétifs à tout traitement, comme certaines migraines ou fibromyalgies.
Frank Rice, un des co-découvreurs, insiste sur le caractère quasiment imperceptible des signaux de ce sens supplémentaire : « C'est presque comme entendre le son subtil d'un instrument isolé au milieu du vacarme d'une symphonie. Ce n'est que lorsque notre attention s'éloigne des terminaisons nerveuses associées aux perceptions habituelles de la peau que nous pouvons apprécier les sensations cachées en arrière-plan. »
Pourtant, si ce système sensoriel existe, c'est vraisemblablement qu'il a une utilité adaptative. Dans nos conditions de vie saturées d'images et de bruits, nous sommes devenus des infirmes sensoriels dont le seuil minimal de perception est devenu très élevé. Ce sens nouvellement découvert pourrait-il expliquer en partie certaines des perceptions qui nous impressionnent tant chez les populations centrées en BEIGE et en VIOLET sur la Spirale Dynamique ?
Source : David Bowsher, C. Geoffrey Woods, et al., "Absence of pain with hyperhidrosis : A new syndrome where vascular afferents may mediate cutaneous sensation", Pain, Vol. 147, N° 1, 15 décembre 2009, pp. 287-298.
Mardi 22 décembre 2009
Eh ben, mon coco !
J'adore les pieuvres, la beauté de leur corps et de ses capacités mimétiques, la grâce de leurs déplacements, leur douceur affectueuse et pudique — sauf avec les crabes, crevettes, coquillages et autres proies évidemment —, et bien sûr leur étonnante intelligence.
Aussi suis-je ravi de vous annoncer que l'Octopus Marginatus — la pieuvre veinée, disent de manière imagée nos amis anglophones — vient d'entrer dans le club des animaux utilisant et conservant des outils, capacité que l'on croyait autrefois typiquement humaine et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'elle est relativement répandue.
Ces pieuvres collectent des coques de noix de coco, les empilent comme des bols et les transportent entre leurs huit tentacules qu'elles raidissent pour s'en servir comme on le ferait d'échasses. Elles les utilisent pour construire des abris à l'approche d'un prédateur.
Mark Norman, un chercheur du musée Victoria en Australie qui a fait partie de l'équipe qui a observé ces comportements au cours de plus de 500 heures de plongée, déclare : « C'est un exemple fantastique des comportements complexes dont sont capables les formes de vie les plus simples. Je pense que ces comportements existent partout dans la nature. Nous ne les voyons pas, uniquement parce que nous considérons que nous sommes les plus malins. » Il conclut avec ses collègues : « En fin de compte, la conservation et l'utilisation d'outils par les animaux forment vraisemblablement un continuum qui va des insectes aux primates, la définition de ce qu'est un outil étant une occasion perpétuelle de débat. »
Une fois de plus, le positionnement de l'homme dans la nature est posé dans des termes qui imposent la réflexion sur le concept de « toute vie » qui est au cœur du fonctionnement des niveaux JAUNE et TURQUOISE de la Spirale Dynamique.
Source : Julian K. Finn, Tom Tregenza & Mark D. Norman, "Defensive tool use in a coconut-carrying octopus", Current Biology, Vol. 19, N° 23, 15 décembre 2009, pp. 1069-1070.
Jeudi 17 décembre 2009
Gélotophobie
La gélotophobie est la crainte panique pathologique que les personnes présentes rient de soi. Cette phobie amène à croire que toute personne en train de rire se moque de soi. Elle donne la certitude d'être ridicule et provoque l'évitement des réactions sociales. Elle s'accompagne d'un manque d'humour, de joie et de spontanéité.
La gélotophobie touche plus les hommes que les femmes, et elle est plus fréquente chez les individus introvertis et dont la personnalité est marquée par le neuroticisme, un cocktail d'instabilité émotionnelle, d'anxiété et d'agressivité. Les émotions vécues par le gélotophobe sont principalement la honte et la peur, alors que la capacité à vivre la joie est faible. Il a tendance à sous-estimer ses capacités comme ses réalisations.
Ce tableau évoque une problématique autour du niveau ROUGE de la Spirale Dynamique. Cela pourrait être confirmé par une étude menée récemment par une équipe de l'Université de Zurich en Suisse et qui a consisté à interroger 22.610 personnes dans 73 pays et parlant 42 langues différentes. En effet, si la gélotophobie existe dans toutes les cultures, sa fréquence n'est pas la même partout.
Selon les pays, la gélotophobie peut se manifester de manière différente : insécurité que l'on essaye de cacher (Turkménistan, Cambodge), évitement des situations sociales à risque (Irak, Égypte, Jordanie) ou tendance à interpréter les rires des autres comme une moquerie (Burkina Faso, Éthiopie, Roumanie). Si on regroupe tous ces critères, les pays d'Europe et d'Amérique du Nord et du Sud sont ceux les plus épargnés par la gélotophobie — les recordmen étant le Danemark et les Pays-Bas —, alors qu'elle est globalement plus fréquente en Afrique, en Asie (à l'exception de la Chine) et au Moyen-Orient (à l'exception d'Israël) ; cependant « aucun pays ne fait les plus hauts ou les plus bas scores sur tous les items » décrivant la gélotophobie.
Bonus track : si vous êtes gélotophobe et masochiste, laissez un commentaire pour trouver un katagélasticiste, personne qui prend plaisir à rire des autres. Merci qui ?
Source 1 : Willibald Ruch, René T. Proyer et al, "Who fears being laughed at? The location of gelotophobia in the Eysenckian PEN-model of personality", Personality and Individual Differences, Vol. 46, N° 5-6, avril 2009, pp. 627-630.
Source 2 : René T. Proyer et al, "Breaking ground in cross-cultural research on the fear of being laughed at (gelotophobia): A multi-national study involving 73 countries", International Journal of Humor Research, Vol. 22, N° 1-2, février 2009, pp. 253-279.
Lundi 9 novembre 2009
Gènes chauds et gènes froids ?
Joan Chiao, professeur-assistant de psychologie au Weinberg College of Arts and Sciences a dirigé une étude sur les bases génétiques et culturelles de la dépression dans 29 pays.
On sait qu'il y a un lien étroit entre la dépression et la sérotonine, un neurotransmetteur ; il y a quelques années, des chercheurs du CNRS avaient même réussi à créer des souris dépressives par manipulation génétique. Le gène impliqué dans le transport de la sérotonine (STG) existe sous deux formes : un allèle court et un allèle long. Une dépression résulte d'une interaction entre des circonstances de vie stressantes et le STG, et les porteurs de l'allèle court sont très nettement plus menacés que les autres.
En Asie de l'Est, 80 % de la population est porteuse de l'allèle court, ce qui devrait aboutir à un taux de dépression extraordinairement élevé. C'est le contraire qui se produit ! La prévalence de la dépression y est bien moindre qu'aux États-Unis ou qu'en Europe de l'Ouest.
En étudiant ce paradoxe, Joan Chiao a découvert que plus une population était porteuse de l'allèle court du STG, plus elle avait développé une culture collective « privilégiant l'harmonie sociale par rapport à l'individualité ». Il n'est pas exclu bien évidemment qu'on soit là face à une coïncidence. C'est toutefois peu probable tant il est évident que d'une part la dépression constitue un désavantage reproductif au sens darwinien du terme, et que d'autre part le soutien d'une communauté est une aide positive pour les dépressifs : l'alliance en ce cas des gènes et des mèmes est quand même bien probable.
Du point de vue de la Spirale Dynamique, cette constatation génère des réflexions et des questions. Dans le concept de conditions de vie, faut-il introduire le patrimoine génétique ? Ou bien est-ce que les conditions de vie sélectionnent à un moment donné les porteurs de tel ou tel gène ? Les populations porteuses de l'allèle court du STG risquent-elles de rester bloquées dans les premiers niveaux collectifs de la Spirale ? Ou au contraire disposent-elles d'un avantage qui leur a permis ou permettra d'éviter les excès des couleurs chaudes ?
Source : Pat Vaughan Tremmel, "'Culture of We' Buffers Genetic Tendency to Depression", Northwestern University, 27 octobre 2009.
Calendrier
|
|
Mars '10 |
|
||||
| Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa | Di |
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 | 31 | ||||
[
Commentaires