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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Aller au cœur de la connaissance
Ce blog ne fait qu’effleurer la richesse et la puissance des modèles qu'il aborde. Sachez en utiliser tout le potentiel avec une formation. Prochains points d’entrée :
Ennéagramme : Bases, les 15 & 16 mai 2010
Spirale Dynamique : Bases, les 10 & 11 juillet 2010
Cycle des organisations, les 18 & 19 septembre 2010
À bientôt !
Vendredi 8 janvier 2010
L'anorexie mentale, une configuration particulière de la SD
L'anorexie est un drame humain particulièrement douloureux. Il y a près de huit ans, deux de nos étudiants en Ennéagramme, Anne-Marie et Olivier Fillet, avaient fait une analyse du cas particulier de l'anorexie mentale essentielle de la jeune fille en se focalisant sur les personnalités de l'anorexique et de sa mère.
Claude Marie, elle, a constaté que l'anorexie mentale était une maladie qui n'existait pas avec la même ampleur à toutes les époques et dans toutes les cultures. Elle en a déduit que les niveaux d'existence de la Spirale Dynamique devaient jouer un rôle important dans la problématique anorexique. Cette hypothèse l'a conduite à une passionnante analyse systémique de l'anorexie que vous pouvez lire sur notre site consacré à la Spirale Dynamique et discutez ci-dessous.
Les deux manières d'aborder le problème sont probablement complémentaires, et peut-être une synthèse est-elle possible : l'anorexie mentale comme la rencontre tragique de personnalités, de conditions de vie et de niveaux d'existence.
Je suis conscient de ce que la découverte d'un tel modèle peut avoir de perturbant pour l'anorexique et tous les membres de sa famille. Si la première peut y voir l'espoir de sortir de ses souffrances, les seconds sont confrontés à la culpabilité que peut faire naître la prise de conscience des dysfonctionnalités du système familial et de ses conséquences, ce qui est d'autant plus difficile dans un monde ORANGE qui rejette la culpabilité qu'acceptait BLEU. Je voudrais leur dire qu'il n'y a pas de culpabilité à avoir face à un système dont la mise en place nécessite des causes multiples, transgénérationnelles, et impliquant plusieurs familles et la société ; même si c'est à des degrés divers, il y a des victimes des deux côtés. Essayer d'être aussi lucide que possible malgré les mécanismes de défense est certes une nouvelle épreuve, mais elle est libératrice pour eux et pour leur enfant.
Vendredi 1 janvier 2010
Au-delà de nos rêves
Je n'ai plus de rêves et n'en veux plus.
Mes dictionnaires définissent un rêve comme une « construction de l'imagination à l'état de veille », une « pensée qui cherche à échapper aux contraintes du réel », un « projet qui n'a pas de chance de se réaliser », ou une « idée chimérique ».
Tout ce dont nous parlons ici — Ennéagramme, Spirale Dynamique, Sociocratie, etc. — ne raconte pas des rêves, mais présente des possibilités. Werner Erhard définit une possibilité comme le résultat de trois étapes :
- En terminer avec le passé pour créer un espace pour un futur qui ne soit pas construit en réaction à lui ;
- Déclarer un futur possible qui nous touche et nous inspire ;
- Permettre à ce futur de façonner notre être et nos actions dans le présent et vivre ainsi en cohérence avec la possibilité que nous avons exposée.
Si elle n'est pas un rêve, une possibilité n'est pas non plus un objectif. Un objectif est d'une certaine manière extérieur à nous, alors qu'une possibilité est, dès sa déclaration, transformationnelle ; quand nous déclarons une possibilité, nous devenons une incarnation de cette possibilité, et quand nous entrons quelque part, cette possibilité entre avec nous. De plus, à moins qu'il ne concerne que nous, formuler un objectif revient à nous mettre en position de supériorité — un objectif se fixe ! — ; une possibilité s'offre aux autres et les invite à la partager. « J'exprime des possibilités, des choses qui pourraient se produire. Dans une large mesure, la probabilité de leur réalisation dépend de l'intensité du désir des gens » précise le physicien Freeman Dyson.
Alors, à cette aube de l'an 2010, là où BEIGE vit des pulsions, où VIOLET formule des vœux, où ROUGE exprime des impulsions, où BLEU prend de bonnes résolutions, où ORANGE se fixe des objectifs, où VERT renforce sa communauté, peut-être pouvons-nous aussi déclarer des possibilités.
Et que chaque soir de cette année vous trouve heureux d'avoir vécu la journée qui l'a précédé !
Dimanche 29 novembre 2009
Liberté, égalité, pinard
Puisque le gouvernement français appelle au débat sur l'identité nationale, il est de notre devoir d'y contribuer ici en bons citoyens. En effet, l'identité nationale est en danger. Savez-vous quel est le restaurant McDonald's le plus fréquenté au monde ? Celui des Champs Élysées ! C'est dire que l'ennemi est sur nos terres. Il vient jusque sur nos Champs gaver nos fils et nos compagnes.
Heureusement, une minorité courageuse résiste, et nous la soutenons vigoureusement. Le journaliste et critique gastronomique Périco Légasse intervenait jeudi dernier sur France 5. Il y a décrit la situation de la viticulture française en des termes qui montrent que, même en ce domaine, l'ennéatype 4 de notre société se manifeste fortement :
Les vins étrangers ont eu un succès commercial retentissant par un marketing très au point. Et qu'est-ce qu'on fait les vignerons français, notamment à Bordeaux ? On s'est mis à copier les vins qui nous avaient copiés, c'est-à-dire qu'on s'est mis à faire la copie de la copie. Et aujourd'hui — bien fait pour leur gueule aux Bordelais —, […] qu'est-ce qu'ont dit les marchands anglo-saxons ? Au lieu d'avoir la copie, on préfère avoir l'original. […] C'est notre génie, notre suprématie, celle qui a fait que nous étions les premiers en qualité et en chiffres, c'est quand nous avons pris conscience — que nous sommes en train de perdre — que nous avions une spécificité, une typicité, une exception viticole française. Le vin de France, il a un goût spécifique dû à ses appellations. C'est ça qu'il faut cultiver pour maintenir cette différence qui fait que jamais les autres vins ne lui ressembleront. À eux de trouver leur identité. Mais l'identité nationale du vin français, qui est une réalité scientifique, celle-là, il faut la préserver. On se met à s'aligner. On est tombé dans ce discours, on fait comme eux. Et comme on fait comme eux, que dit le marché international ? Le vin français se met à ressembler à du vin australien, ce sont des vins de cépages, des vins industriels. Eh bien à ce moment-là, je vais chercher du vin australien. […] Si je vais chercher du vin français, c'est parce que ce que j'aime, c'est la francitude ou la francité du vin français. Si c'est pour que les vins français ressemblent à un vin du Nouveau Monde, mais où est l'intérêt ? Où est son originalité ? Où est sa spécificité ? Le vin que je goûte aujourd'hui, il ressemble à tous les autres merlots du monde, à tous les autres cabernets sauvignons du monde. Il faut revenir au concept d'appellation d'origine contrôlée sur l'étiquette, la carte d'identité du vin.
Même positionné ailleurs sur l'Ennéagramme, l'amateur de bon vin que je suis souscrit pleinement à son analyse.
Source : Yves Calvi, "Notre vin a trop de bouteilles", C dans l'air, France 5, 26 novembre 2009.
Jeudi 26 novembre 2009
Philippe Sollers
Dimanche matin dernier, France Inter diffusait une interview de l'écrivain Philippe Sollers où, comme d'habitude, il affichait son ennéatype 7 avec un contentement de soi tout à fait attendrissant. En voici un très court extrait, juste pour le plaisir :
— Je suis quelqu'un de tout à fait superficiel. […] Le terme bosser, excusez-moi, mais… Et même le mot travail, c'est pas, c'est un mot affreux. Non, je vais être enfin dans le jeu qui me convient, je vais jouer. Je vais jouer à la machine à écrire, je vais jouer avec mon stylo, je vais jouer avec mes souvenirs, je vais jouer avec les choses que je lis, je vais jouer. Enfant, je reste.
— Le dimanche, vous être gamin ?
— Tout le temps. Tous les jours ont tendance à être dimanche quand même. Parce qu'il faut s'amuser. Donc je m'amuse, je joue plutôt. Je vais pas m'amuser cet après-midi en allant chez Gallimard et en recevant deux ou trois… J'appelle ça aller à la clinique. Je vais à la clinique, c'est des malades. C'est des gens qui écrivent. Ils sont malades pour la plupart.
— Vous êtes un grand malade, vous ?
— Eh non. Je ne serais pas médecin si j'étais malade. En réalité, la chose littéraire a beaucoup à voir avec la médecine.
Le reste à l'avenant, ponctué de rires toutes les trente secondes.
Source : Laurence Garcia, "J'apporte les croissants chez Philippe Sollers", France Inter, 22 novembre 2009.
Mardi 3 novembre 2009
Adieu syndrome de Peter Pan ?
Hier, Frédéric Beigbeder a obtenu le prix Renaudot pour son dernier opus Un roman français. J'ai entendu ce matin une interview de lui sur France Inter dans laquelle il exprimait sa bien compréhensible joie, notamment en pensant à tous les écrivains célèbres qui avaient obtenu le prix avant lui.
Il a aussi émis une théorie sur les raisons qui lui ont valu cette récompense : « Je crois que c'est aussi, d'une certaine manière, un encouragement à grandir de la part de ces jurés. Ils se sont dits sans doute : "Bon, ce garçon doit vieillir et peut-être maintenant travailler un peu." Et voilà, je le prends comme un encouragement. »
En résumé, Frédéric Beigbeder vient de comprendre qu'il était de type 7 dans l'Ennéagramme (cf. aussi “L'homme ?”) et qu'à 44 ans, il était temps de s'intégrer un peu.
Source : Journal de 6h, France Inter, 3 novembre 2009.
Vendredi 16 octobre 2009
Le salaire de l'empathie
Dans une organisation, « toutes les activités ont une valeur égale ». Quand nous animons nos formations à la sociocratie, cette assertion de Gerard Endenburg, le fondateur de la méthode, est une de celles qui surprend, voire choque, le plus.
Pourtant elle comporte une certaine part de logique. Si une tâche est réalisée, c'est qu'elle est indispensable au fonctionnement de l'organisation, et puisqu'elle est indispensable comme toutes les autres tâches, il n'y a aucune raison de lui accorder plus ou moins de valeur. À ceci, ORANGE répond par la loi du marché, arguant, par exemple, qu'il est beaucoup plus difficile de trouver un grand chirurgien qu'une bonne aide-soignante. Profondément égalitariste, VERT rétorque que les deux sont des êtres humains ayant la même valeur intrinsèque et que le métier que l'on exerce dépend certes de nos talents personnels, mais aussi de facteurs environnementaux et sociaux indépendants de notre volonté. C'est pourquoi, là où le niveau ORANGE des origines trouvait normal un éventail des salaires de 1 à 30 — ORANGE actuel ne connaît plus de limites —, VERT veut le réduire à 1 à 3 ou 5.
Ce thème a déjà été abordé dans l'article “Trop payé ? Ou d'autres pas assez ?” Je voudrais aujourd'hui y revenir à la suite d'une expérience personnelle.
La connaissance de l'Ennéagramme donne envie de préciser la phrase d'Endenburg : toutes les activités ont une valeur égale, qu'elles mettent principalement en œuvre le centre instinctif, le centre émotionnel ou le centre mental. Il y a douze jours, un problème de santé m'a amené au service des urgences, puis au service de chirurgie des viscères de l'hôpital de ma ville de résidence. La rapidité et l'efficacité de la prise en charge de la douleur m'ont laissé un peu de disponibilité pour observer ce qui se passait autour de moi, et notamment l'expression des centres instinctif, mental et émotionnel extérieurs. Pour l'utilisation intérieure des centres, il faudrait que j'y retourne plus longuement ; alors ne comptez pas trop sur un prochain billet. Quelques instantanés de mon séjour.
Mon état a commencé par nécessiter deux analyses, puis par un processus d'escalade devant leurs mauvais résultats, une radio, une échographie, puis un scanner — tout ceci fait et interprété en moins de trois heures, excellent rappel de l'efficacité que peuvent avoir les organisations centrées en BLEU malgré les critiques que ORANGE multiplie à leur égard. Ces différents examens ont nécessité plusieurs fois mon transport d'un bout à l'autre de l'hôpital. Le brancardier qui s'est chargé de moi souffrait du genou et était en attente d'une opération. Cela ne l'a pas empêché de discuter en essayant de créer une ambiance rassurante ou de me demander où je souhaitais qu'il positionne le brancard pour que l'attente me soit la plus agréable possible. Cet homme est payé pour son centre instinctif extérieur, mais ce qu'il donne en plus, c'est de l'amour, son centre émotionnel extérieur.
L'infirmière qui m'avait accueilli aux urgences est venue plusieurs fois me demander comment cela allait, si je ne souffrais plus ou si j'avais besoin de quelque chose alors qu'elle n'était plus responsable de moi et que sa charge de travail était importante. Cette femme est payée pour ses centres mental et instinctif extérieurs, mais ce qu'elle donne en plus, c'est de l'amour.
L'aide-soignante qui est venue m'enlever ma perfusion juste avant mon départ, s'inquiétait du fait qu'aux urgences, on ne m'avait pas rasé avant de la mettre et que l'enlever allait me faire un peu mal en arrachant les poils accrochés au pansement adhésif. Elle était heureuse et fière de me dire que celui qu'elle me mettait pour éviter un saignement s'enlevait sans souffrance. Cette femme est payée pour son centre instinctif extérieur, mais ce qu'elle donne en plus, c'est de l'amour.
Je pourrais lister plusieurs autres situations semblables. Je pourrais aussi croire qu'un tel traitement est expliqué par mon côté exagérément sympathique ; ce n'est pas le cas : malgré la pression qu'il y a dans des services d'urgence, malgré le stress et la détresse qu'il y a dans un service de chirurgie, malgré l'agressivité que l'inquiétude et la douleur provoquent chez certains patients ou chez leurs proches, j'ai vu une écrasante majorité du personnel se comporter ainsi. Bien sûr, il existe des contre-exemples, peut-être même en avez-vous connus ou vécus, et c'est douloureux même si cela ne change pas la nature de mon propos.
Dans notre monde ORANGE emporté par l'excès de l'expression du soi, le mental extérieur est plutôt bien payé, l'instinctif extérieur généralement moins, mais l'émotionnel extérieur n'est pas monnayable sur le marché de l'emploi. « Achète-moi je ne vaux rien, puisque l'amour n'a pas de prix », chantait Léo Ferré. Combien de temps encore l'accepterons-nous ?
Jeudi 1 octobre 2009
L'Indonésie en couleurs et plus (2/2)
Du point de vue de la Spirale Dynamique, la situation indonésienne est tout aussi complexe, le poids relatif des différents vMèmes pouvant varier d'une ethnie à l'autre.
VIOLET est partout présent et extrêmement fort avec un culte des ancêtres omniprésent, des rites de passage qui jalonnent l'existence, et la croyance animiste en des esprits habitant chaque chose. Les religions déjà mentionnées ont apporté une part importante de BLEU avec la notion de bien et de mal, celle de récompense après la mort ou après une série de réincarnations, et une société très structurée, notamment avec un système de castes dans les régions hindouistes. Comme je l'ai déjà mentionné, les croyances VIOLET et BLEU sont intimement mélangées, et cela rend difficile de savoir quel est le vMème dominant. Il semble probable que ce soit VIOLET, mais là aussi mon séjour a été trop court pour avoir une totale certitude. (On pourra relire, à propos de VIOLET, l'article “Jour d'élections législatives en Indonésie”.)
Coincé entre l'ennéatype 9 et les vMèmes VIOLET et BLEU, le niveau d'existence ROUGE ne peut s'exprimer qu'avec modération. En témoigne une circulation automobile plutôt calme et ordonnée. Il est malgré tout bien présent avec la croyance en des esprits malfaisants dont il faut se protéger et avec une corruption bien visible.
À Bali, la situation est particulière. Les traditions issues de VIOLET et les règles édictées par BLEU y ont un poids incroyablement fort. Non seulement elles gouvernent chaque moment de l'existence, mais en plus la communauté surveille très étroitement leur application. Par exemple, il est obligatoire de fournir un travail bénévole pour la préparation des cérémonies dans les temples ou de rester chez soi le jour de l'an qui doit être consacré à la méditation ; dans chaque village, une personne est chargée de contrôler le respect de ces règles, et des sanctions sont prévues pour les contrevenants : amendes, exclusion du village, etc.
Ce carcan est certainement trop étroit, et ROUGE y a besoin d'un exutoire. Cela se perçoit dans une certaine agressivité sous-jacente dans les danses rituelles où des hommes en transe se jettent sur les kriss, les poignards traditionnels, ou dans des activités comme les combats de coq qui sont organisés quotidiennement, alors qu'ils sont interdits en dehors des cérémonies religieuses. Le DSM-IV, la principale nosologie psychiatrique, définit une maladie qui existe à Bali et dans quelques autres cultures de l'Asie du Sud-Est, l'amok, et dont voici la définition : « Épisode dissociatif caractérisé par une période de cafard suivi par un comportement extrêmement violent, agressif ou homicide envers des personnes et des objets. L'épisode semble être déclenché par un affront ou une insulte et semble n'atteindre que des hommes. L'épisode est souvent accompagné par des idées de persécution, de l'automatisme, de l'amnésie, un état d'épuisement avec retour à l'état pré morbide après l'épisode. » Cela est d'ailleurs aussi très compatible avec le style de colère de l'ennéatype 9, et il est intéressant de noter que, en dehors de l'Asie, l'amok n'existe que chez les Navajo — une autre culture 9 — et à Porto Rico — ennéatype culturel à définir.
Les Balinais adorant cela, faisons un pari : puisque Bali est l'île où l'expression du soi est la plus contrainte, elle devrait être celle où se fera en premier la bascule vers ORANGE. Le tourisme étant la principale ressource, il y a un risque que Bali devienne une sorte de parc d'attractions où les Balinais joueraient leur culture pour des visiteurs étrangers en recherche d'exotisme.
Nous avions déjà évoqué quelques manifestations du vMème ORANGE en Indonésie dans les articles “Mortel Ennui” et “Petits arrangements”. Toutefois, ce niveau d'existence reste encore marginal dans la population.
Samedi 26 septembre 2009
L'Indonésie en couleurs et plus (1/2)
L'Indonésie regroupe 13.677 îles, dont près de la moitié sont habitées. Certaines de ces îles sont immenses, comme Bornéo que l'Indonésie partage avec la Malaisie (cf. “Chasseurs de têtes de Bornéo, hier et aujourd'hui”) et l'Émirat de Brunei, d'autres minuscules. Les plus connues sont Java, la plus peuplée, Bali et Sumatra. Sur ces quelque 6000 îles, vivent plus de 500 ethnies, chacune avec ses croyances, ses traditions et son dialecte le plus souvent incompréhensible pour l'ethnie voisine.
On entend souvent dire que l'Indonésie est le plus grand pays musulman du monde. Cela donne une image très inexacte du pays. Sa constitution déclare que l'Indonésie est une république représentative qui est « fondée sur la foi en un Dieu Unique et Suprême »… mais se garde bien de préciser lequel. À ce jour, il y a six religions officielles : islam, catholicisme, protestantisme, hindouisme, bouddhisme et taoïsme.
Comment tout cela fait-il une nation ?
Un employé du palais du sultan de Jogjakarta répond avec cette métaphore : « L'Indonésie est comme un collier de perles dont les ethnies sont les perles, et le fil, c'est l'acceptation et la tolérance. Coupez le fil, et il n'y a plus d'Indonésie. » Les différentes religions cohabitent assez paisiblement au sein d'une même famille ou d'un même village. Un dicton javanais affirme que « ton voisin est ton meilleur frère. » À Bali, la majorité hindouiste est tellement occupée au quotidien par ses rites que le mélange des communautés n'est guère possible et n'est d'ailleurs pas souhaitée : « Nous autres hindouistes, nous avons des chiens devant nos maisons et des cochons à l'intérieur. Comme cela, les musulmans, pour qui ce sont des animaux impurs, ne viennent pas. » Toutefois, que les communautés soient séparées ne les empêchent pas de vivre en bonne intelligence : par exemple, sur le site sacré du lac Beratan, on trouve côte à côte un temple hindouiste, une stupa bouddhiste, une mosquée, et un peu plus loin une église chrétienne.
Il faut dire que quand un Indonésien se déclare d'une religion — déclaration obligatoire sur les passeports —, cela signifie qu'il la pratique à la manière indonésienne, ce qui peut impliquer beaucoup de différences avec le rite originel. Au départ animistes, les Indonésiens ont vu arriver par vagues successives les différentes religions suscitées. À chaque fois, ils les ont acceptées et intégrées à leurs croyances en créant des systèmes de pensée subtils et complexes que nous pourrions considérer contradictoires, mais auxquels ils réussissent à donner une cohérence.
Ainsi à Java, un mort musulman est enterré la tête vers le Nord où sont les montagnes où vivent les dieux hindous, la face tournée vers La Mecque. Le lendemain aura lieu une première cérémonie permettant à l'esprit du défunt de s'éloigner du corps ; plusieurs autres suivront jusqu'à la dernière, mille jours après le décès, où son départ sera définitif et où il est alors possible de mettre une pierre tombale. À Bali, les Balinais hindouistes ont, devant ou derrière leur maison, un temple orienté vers les montagnes où logent les dieux et les esprits des ancêtres.
Un Javanais nous a spontanément décrit ainsi l'avantage de ce système : « C'est le meilleur moyen d'éviter les conflits parce qu'un conflit, c'est souvent quand le nouveau veut remplacer l'ancien. »
Cet évitement des conflits se ressent en permanence. Même s'il est perceptible dans une grande partie de l'Asie, il nous a paru particulièrement marqué ici. Partout, même lors des cérémonies funéraires, il est possible de photographier les gens sans en demander l'autorisation. Je crois n'avoir jamais autant entendu l'expression « excusez-moi » qu'à Java. Au moindre signe que quelque chose puisse ne pas aller, la phrase est dite, et répétée même s'il a été répondu que tout allait bien. À Bali, des personnes vous rendent des petits services, comme arrêter la circulation pour vous aider à traverser, dans l'espoir de recevoir un petit bakchich, mais si vous ne donnez rien, « ce n'est pas grave » prend-on soin de vous signaler. La communication y est souvent imprécise dès qu'une décision doit être prise. Dans les danses traditionnelles du Barong, une personne est en colère uniquement si la sorcière Rangda lui a jeté un sort !
Évoquant les ressources minières de son île, un Javanais nous a dit : « Notre pays est riche, mais les habitants sont pauvres. Pourquoi ? Parce que nous sommes paresseux. Nous sommes gentils et paresseux. » Grâce à un sol volcanique très fertile et à des compétences exceptionnelles, notamment en matière d'irrigation, les paysans balinais ont beaucoup de loisirs qu'ils occupent largement à des jeux de hasard, du toplék aux combats de criquets ou de coqs.
Tout ceci tend clairement vers une culture de type 9 dans l'Ennéagramme. Je voudrais toutefois insister sur les limites de cette étude. D'abord, la complexité géographique et humaine de l'Indonésie fait qu'un court séjour ne permet de faire qu'une hypothèse que la connaissance d'autres îles et d'autres ethnies pourrait remettre en cause. Ensuite, il s'agit de l'ennéatype de l'Indonésie tout entière, chaque île et chaque ethnie pouvant avoir un profil différent, de la même manière que l'ennéatype 4 baigne toute la culture française sans empêcher Bretons et Provençaux d'être fort différents.
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