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« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
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Jeudi 13 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (2/3)
ROUGE se manifeste aussi dans les relations humaines. Les gens ont tendance à parler ou à agir de manière abrupte. La plupart d'entre eux ne veulent pas être photographiés — trop dangereux ! — et vous le font savoir sèchement. Une femme a même jeté quelque chose à la tête de Patricia qui photographiait un marché, en plan large pourtant.
Notre guide était un homme jeune et extrêmement aimable et prévenant. Pourtant, il n'a pas apprécié l'attitude de certains touristes français qui, entre autres incivilités, avaient protesté contre la longueur de la visite du magnifique site pré-inca de Tiwanacu et s'étaient montrés désobligeants envers l'archéologue qui nous commentait avec compétence et précision les vestiges architecturaux ainsi que les céramiques et autres pièces trouvées sur place. À la fin, alors qu'il n'était évidemment pas riche, il a quitté le groupe sans les prévenir, moyen à la fois de ne pas recevoir de pourboire de leur part, ce qui aurait été contraire à son honneur, et de les humilier par rapport aux autres personnes qu'il avait saluées avant son départ.
À La Paz, il n'y a quasiment pas de jour sans défilé de revendication, et d'autres villes comme Oruro sont considérées comme encore plus protestataires. Cinq présidents boliviens ont été assassinés, et plusieurs autres ont été renversés par un coup d'État.
Les Boliviens en veulent encore au Chili de la perte de leurs provinces maritimes, et en conséquence des taxes qu'il prélève sur les importations et exportations boliviennes passant par le port chilien d'Iquique, le plus grand port commercial d'Amérique du Sud. Plusieurs Boliviens nous ont dit qu'ils seraient favorables à une guerre avec le Chili pour récupérer leurs territoires, mais que la supériorité militaire du Chili était telle que c'était malheureusement inenvisageable !
Créée en 1546 à 4067 mètres d'altitude, Potosi était aux XVIe et XVIIe siècles une des villes les plus peuplées du monde, si ce n'est la plus peuplée. Elle avait été construite à côté de la Cerro Rico, la montagne riche dont les conquérants espagnols ont extrait — ou plutôt ont fait extraire par les Indiens dont des millions en sont morts directement ou indirectement — des quantités phénoménales d'argent dont on dit qu'elles auraient été suffisantes pour construire un pont entre la ville et l'Europe. En espagnol, « vale un Potosí » se dit encore pour signifier que quelque chose vaut une fortune, un peu comme en français, nous disons que « c'est le Pérou ». En 1705, dans son Histoire de la Ville Impériale de Potosí, Bartolomé Arzans Orsua y Vela décrit ainsi la cité : « La très célèbre, illustre, auguste, magnanime, noble et riche ville de Potosí, le monde en miniature ; honneur et gloire de l'Amérique ; centre du Pérou ; impératrice des peuples et villes du Nouveau Monde ; reine de son opulente province, princesse des terres indigènes, patronne de trésors et fortunes, mère bénigne et accueillante des fils venus d'ailleurs. »
À partir du XIXe siècle, les mines commencent à s'épuiser, et la ville périclite. Aujourd'hui Potosi, belle de toute son architecture baroque, n'est cependant plus qu'une bourgade, et la région est la plus pauvre de Bolivie. Il y a encore énormément d'argent dans la montagne, sans doute six années du produit intérieur brut du pays ! Ce trésor ne serait extractible qu'à ciel ouvert, en rasant la montagne de Potosi, ce qui serait un désastre environnemental et culturel. En attendant qu'une décision soit prise, de maigres filons sont exploités par des mineurs organisés en coopératives. Ils travaillent plus de soixante heures par semaine dans de conditions qui n'ont pas évolué depuis la création des mines il y a presque cinq cents ans. Les galeries d'extraction sont des boyaux surchauffés — 30 °C ou plus — et irrespirables — peu d'oxygène à plus de 4000 mètres sans compter les vapeurs d'arsenic, de dynamite, etc. — ; il y est difficile d'avancer debout et deux personnes ont du mal à se croiser. Ces galeries et les puits ne sont pas étayés. Les accidents sont fréquents, et les maladies nombreuses : on commence à travailler jeune à Potosi, 14 ans bien souvent, et on y meurt jeune aussi. Quand un mineur a eu une chance exceptionnelle, il peut gagner jusqu'à 150 $ dans son mois. Comparées à celles de Potosi, les mines de Montsou décrites dans Germinal sont un petit paradis. Quand on sait que l'argent de Potosi a fait la richesse de l'Europe, on a envie d'être d'accord avec Eduardo Galeano : « Un jour, le monde devra demander pardon à Potosi. »
Dans ces conditions de vie, il faut une grande force psychologique et physique pour survivre. Alors les mineurs demandent l'aide d'El Tio, le dieu de la mine :

El Tio a son effigie dans une cavité de toutes les mines de Potosi. Les missionnaires espagnols pensaient qu'il s'agissait du diable, mais pour les mineurs, il est le dieu qui leur évite les accidents et les aide à trouver un bon filon. En début et en fin de semaine, les mineurs font des offrandes à El Tio. Ils lui mettent une cigarette allumée dans la bouche. Ils lui offrent des feuilles de coca pour avoir de la force et du courage. Puis ils versent de l'alcool à 96° sur le sexe en érection de la statue car le minerai est le fruit de l'accouplement entre El Tio et la déesse-terre. Chaque mineur boit ensuite une grande gorgée de cet alcool. Malheur à celui qui grimace ! Il n'est pas vraiment un homme. Seuls ceux qui réussissent ce rite de passage peuvent entrer dans la mine.
Dimanche 9 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (1/3)
D'une superficie une fois et demie plus grande que la France, la Bolivie abrite environ dix millions d'habitants, mais cette population est une mosaïque d'ethnies : 36 groupes ethniques amérindiens représentant 55 % de la population, plus 30 % de métis et 15 % de Blancs. Et en conséquence 37 langues nationales, l'espagnol et les 36 langues indiennes ! En 2009, à l'instigation du président Evo Morales, la République de Bolivie a d'ailleurs été renommée État plurinational de Bolivie.
La population bolivienne vit en majorité sur l'Altiplano, un grand plateau entre les deux cordillères des Andes, alors que l'est du pays, Amazonie et Grand Chaco, a une densité de population très faible. Depuis la Guerre du Pacifique qui opposa, de 1879 à 1884, le Pérou et la Bolivie au Chili, la Bolivie n'a plus d'accès à la mer, ce qui a un impact négatif fort sur son économie. La Bolivie est le pays le plus pauvre d'Amérique latine après le Paraguay.
Bien entendu, dans un pays aussi divers, de nombreux vMèmes se manifestent, et le trop court séjour fait cet été ne permet pas une analyse complète sur la Spirale Dynamique. Cependant ROUGE est clairement le niveau d'existence dominant sur l'Altiplano.
Comme toujours, la circulation automobile est un excellent indicateur du poids de ROUGE dans la vie sociale. Quand on sort de l'aéroport de La Paz, la capitale administrative du Pays, on se retrouve dans El Alto, une banlieue pauvre à l'ouest de la ville. Les routes y sont une fourmilière de bus et surtout de taxis collectifs où règne la loi de la jungle : passe celui qui est le plus audacieux !

Les taxis collectifs portent sur leur toit une plaque qui indique le secteur de la ville dans lequel ils ont le droit d'exercer leur activité. Dans les arrêts fréquents dus aux embouteillages, on voit systématiquement les chauffeurs sortir de leur voiture et changer la plaque pour se rendre dans les quartiers les mieux achalandés.
Une fois El Alto traversé, la route descend dans la cuvette de La Paz. Le spectacle est fascinant : la ville est dense et des constructions multiples se dressent sur toutes les pentes qui l'entourent ; on a l'impression d'une pulsion de vie qui la fait déborder dans toutes les directions. Arrivé dans la capitale, le trafic est tout aussi anarchique. Patricia et moi nous sommes fait frôler par un véhicule et injurier par son conducteur parce que nous avions le front de traverser sur un passage piéton alors que le feu était au vert pour nous !
La ville tente de mettre un peu d'ordre dans tout cela, et il est intéressant de constater que la municipalité utilise consciemment ou inconsciemment le style d'apprentissage de ROUGE : utilisation légère de la honte et récompense immédiate pour un bon comportement. Quand vous traversez hors des passages piétons, un personnage déguisé en âne vous salue gentiment d'un « bonjour mon frère », alors que si vous êtes respectueux des marquages au sol et des panneaux de signalisation, un personnage déguisé en zèbre vient vous aider en arrêtant le trafic. Une campagne d'affichage accompagne cette opération :

Le zèbre : « Grâce à toi, la ville se met en ordre. »
L'âne : « Ne sois pas comme moi. »
Pour en terminer avec l'automobile, la ville de Challapata est célèbre pour ses chutos, des voitures non immatriculées pour la plupart introduites en contrebande depuis le Chili. Dans la ville et ses environs, toutes les voitures non officielles circulent sans plaque, sans que la police assez largement corrompue ne trouve à y redire. Un marché aux chutos s'y tient chaque semaine, et on vient de toute la Bolivie pour s'approvisionner. En juin dernier, le gouvernement a proposé aux possesseurs de ses véhicules de régulariser leur situation en échange d'une amnistie : même si plusieurs dizaines de milliers de personnes ont répondu à l'appel, les chutos étaient toujours là quand nous sommes passés au mois d'août…
Mercredi 5 octobre 2011
Prothèse
Le concept de « toute vie » tel qu'il apparaît dans les premiers niveaux de la deuxième boucle de la Spirale Dynamique dépasse largement le cadre de la vie biologique existant aujourd'hui sur notre planète. Il s'étend à d'éventuelles formes de vie extraterrestre et à toutes les formes de vies artificielles en cours de création dans nos laboratoires, qu'elles soient biologiques, électromécaniques ou un mélange des deux.
Matti Mintz et ses collègues de l'université de Tel Aviv viennent de réussir à équiper des rats d'un cervelet synthétique. Les animaux ainsi équipés non seulement vivaient de manière parfaitement normale, mais étaient capables d'apprendre un réflexe conditionné moteur nouveau. C'est la première fois que l'on réussit à établir une communication à double sens entre le cerveau et une machine : « C'est une preuve de concept que nous pouvons enregistrer des informations en provenance du cerveau, les analyser d'une manière similaire à un réseau biologique, et les renvoyer au cerveau » déclare Mintz.
Certes le cervelet est un organe très simple et dont l'anatomie est bien connue, mais cette expérience « démontre à quel point nous avons avancé dans la direction de la création de circuits qui permettront un jour de remplacer des zones du cerveau endommagées, ou même d'améliorer les capacités d'un cerveau sain » s'enthousiasme Francesco Sepulveda de l'université de l'Essex.
Source : Linda Geddes, "Rat cyborg gets digital cerebellum", New Scientist, 27 septembre 2011.
Samedi 1 octobre 2011
Pour une société juste (2/2)
Une société juste se doit donc d'assurer simultanément égalité, équité et réciprocité.
À la base, une société est une entreprise de survie collective. Atteindre ce but est sa « directive première », affirme Peter Corning qui est apparemment fan de Star Trek ! La vie doit être considérée comme une valeur plus forte que la liberté, la propriété ou n'importe laquelle de nos aspirations personnelles et/ou collectives. La première obligation morale d'une société est donc d'assurer la satisfaction des besoins de base de ses membres, et des êtres humains en général. En ce domaine, c'est le principe d'égalité qui s'applique et il n'est pas possible de transiger à son propos.
Cette nécessité a été affirmée par de nombreux spécialistes des sciences politiques, sans qu'il y ait jamais eu un véritable consensus sur une définition et encore moins une liste des besoins de base. Peter Corning propose la définition suivante : « Un besoin de base est un prérequis pour qu'un organisme continue à fonctionner dans un contexte environnemental donné ; la négation de ce besoin réduirait de manière significative la capacité de cet organisme à poursuivre des activités productives, et diminuerait la probabilité de sa survie et/ou sa possibilité de se reproduire. » Cette définition présente plusieurs avantages. Elle est flexible : un besoin de base peut varier par exemple en fonction de l'âge de la vie ou de l'environnement. Elle n'est pas marquée culturellement et peut même s'appliquer à des êtres vivants non humains.
Peter Corning propose alors 14 domaines couvrant les besoins de base : thermorégulation, élimination des déchets, nutrition, eau, mobilité, sommeil, respiration, sécurité physique, santé physique, santé mentale, communication (information), relations sociales, reproduction et soins donnés à la progéniture. Chacun de ces domaines fait l'objet d'une définition précise et peut être mesuré par divers indicateurs.
Ces besoins prioritaires étant satisfaits, le surplus éventuel relève de la règle de l'équité et d'une répartition proportionnelle au mérite. Comme le mot justice, le terme mérite n'a de sens que dans un contexte culturel et dans le cadre d'une relation. Le mérite est défini par « l'effort, l'investissement ou la contribution » d'une personne et doit être récompensé d'une manière socialement acceptable et ne portant tort ni à la société en général, ni à ses membres.
Enfin, au nom du principe de réciprocité, chacun doit contribuer en fonction de ses capacités à l'entreprise de survie collective qu'est la société.
Ainsi, Peter Corning définit ce que pourrait être un nouveau contrat biosocial. Même si Corning propose des mesures de mise en œuvre concrète qui ne peuvent être détaillées ici, ce contrat nécessite un large consensus autour de l'élaboration d'une société juste et ne peut être que « le résultat d'une négociation réellement volontaire entre les parties prenantes sur la manière dont les bénéfices et les obligations dans une société sont répartis entre ses membres ; il définit les droits et les devoirs des parties prenantes entre elles et envers l'État. » Peter Corning conclut : « Au final, une société juste ne peut être atteinte que par une action collective. » Chacun peut toutefois commencer en faisant connaître ces idées et en décidant de vivre soi-même selon les préceptes d'une société juste.
P.-S. : la sociocratie me paraît répondre aux préceptes de Corning d'une société juste. Chacun ayant systématiquement le droit à l'expression de son point de vue et pouvant donner ou non son consentement à toutes les décisions, le principe d'égalité est respecté. Le mode de rémunération reconnaissant l'importance à la fois du capital et du travail récompense chacun selon ses mérites et est donc équitable ; dans la mesure où toutes les personnes ayant contribué à la réussite d'un individu voient leur apport reconnu, le principe de la réciprocité entre individus est respecté. Il en est de même du principe de réciprocité envers la société quand chaque organisation et chaque service définissent leur vision comme ayant un impact positif sur la société en général.
P.P.-S : ceux qui ont lu les travaux du sociologue François Dubet ou le résumé que nous en avons fait dans le billet “Égalités” pourront sans doute faire un rapprochement entre égalité des places et égalité d'une part, et égalité des chances et équité d'autre part.
Source : Peter A. Corning. The Fair Society : The Science of Human Nature and the Pursuit of Social Justice. Chicago (Illinois), University of Chicago Press, 2011.
Lundi 26 septembre 2011
Pour une société juste (1/2)
Estimez-vous que la société dans laquelle vous vivez et le monde en général sont plutôt injustes ? Les voudriez-vous plus justes ?
Si vous lisez ce blog, il est presque certain que vous avez répondu oui aux deux questions précédentes. Il semble qu'environ 70 % de la population ferait de même. Cette position de principe posée, les difficultés commencent. Par exemple, nous estimons l'esclavage injuste ; d'autres sociétés ou la nôtre à une époque différente avaient un autre point de vue. Il est fort probable que vous trouviez injuste certaines choses que des membres de votre entourage considèrent justes. Il n'y a pas de définition absolue de ce qu'est une société juste. La notion de justice dépend du contexte dans lequel elle est évaluée, des personnes concernées, de la nature de leurs relations, et des interactions qu'il y a entre elles.
Nos cultures ont défini plusieurs outils pour assurer un minimum de justice : découpage en parts égales, file d'attente (premier arrivé, premier servi), tirage au sort, aide aux plus faibles et au plus démunis, etc. Ces systèmes sont-ils justes ? La seule réponse est qu'ils sont justes si nous croyons qu'ils le sont !
Est-ce à dire que notre souci de justice est trop vague et risque de rester un vœu pieux ? Peter A. Corning est convaincu du contraire. Dans, The Fair Society, un essai lumineux s'appuyant sur l'histoire de la philosophie et les dernières avancées entre autres de l'éthologie, de l'économie, des sciences politiques, de l'anthropologie, de la biologie, de la psychologie évolutionniste, et de la théorie des jeux, il jette les bases d'une définition de la justice sociale et d'une politique pour la mettre en œuvre.
Une société juste est fondée sur trois grands principes :
- Égalité
- L'égalité est l'attribution de quelque chose en parts égales à tous les participants. C'est le principe fondamental d'une société juste et le plus simple à mettre en œuvre.
- Équité
- Il y a toutefois un certain nombre de situations où le principe d'égalité n'est pas considéré comme juste. Par exemple, vous organisez un goûter d'anniversaire où sont présents vos deux enfants, l'un de quatre ans, l'autre de quinze. Est-il juste de leur donner une part de gâteau de la même taille ? Est-il juste de leur annoncer que vous allez leur donner la même somme en argent de poche chaque semaine ?
- Dans ces situations, le principe d'équité est plus juste, qu'Aristote définissait comme une « égalité proportionnelle ». Chacun reçoit alors en fonction de certaines caractéristiques ou de ses mérites.
- Réciprocité
- La réciprocité se définit comme un échange juste de biens et de services et le fait de rendre les faveurs et les gentillesses que nous avons reçues, ce que Cicéron déclarait être « le devoir le plus indispensable ». Le principe de réciprocité est un universel de toutes les cultures humaines ; apparu avec le niveau d'existence VIOLET de la Spirale Dynamique, il est le ciment qui tient les familles, les amitiés et les sociétés. Elle implique un engagement de chacun à aider l’entreprise collective.
Le sens de la justice est un trait de caractère qui n'est pas également distribué. Il semble déterminé par une composante innée de la personnalité, par des influences culturelles et bien sûr par l'histoire de vie de chacun. Aux États-Unis, il semble qu'environ un quart des gens attachent plus d'importance à l'égalité, un quart à l'équité, et une moitié à la réciprocité.
Les deux principaux modèles d'organisation des sociétés que sont le capitalisme et le socialisme ont totalement échoué à créer des sociétés justes. Privilégiant à tout prix l'équité, le capitalisme a créé un monde foncièrement inégalitaire : selon une étude récente de l'ONU, 2 % de la population mondiale possède 50 % des richesses, alors que la moitié la plus pauvre n'en possède que 1 %. Quant au socialisme, conscient à juste titre des faiblesses du capitalisme, il visait l'égalité absolue, et pour cela rejetait l'équité et se montrait incapable de comprendre l'importance du capital et de l'esprit d'entreprise pour créer une société efficace. Quant aux tenants d'une Troisième voie, comme Tony Blair ou Bill Clinton, ils ont cherché à faire un « compromis à l'ancienne » entre ces deux solutions inadaptées.
Mercredi 21 septembre 2011
Sans façon
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Comme illustration des manifestations négatives possibles du thème du vMème ORANGE, c'est un véritable chef d'œuvre !
Vendredi 16 septembre 2011
De l'intelligence dans les dividendes
Linden Lab est la société californienne qui a créé le monde virtuel Second Life. Même si après huit ans d'existence, cette plateforme n'est plus sous les feux de l'actualité, elle reste, selon Frédéric Cavazza, « un lieu privilégié pour la culture, l’éducation et la collaboration ». Linden Lab est aussi connue pour sa culture d'entreprise atypique basée sur une structure non hiérarchique, valorisant l'autonomie des employés et la transparence tant à l'intérieur de l'entreprise qu'envers le grand public.
Linden Lab distribue ses bénéfices en faisant appel à l'intelligence collective. Tous les trimestres, la somme est également répartie entre tous les collaborateurs de l'entreprise… qui ne peuvent garder un cent de la somme mise à leur disposition. Grâce à un outil informatique appelé le Rewarder, chaque personne redistribue la totalité de l'argent qu'elle a reçu à ceux qui, à son avis, ont le plus contribué à l'entreprise au cours des trois mois écoulés. Le système fonctionne bien : « Si vous voulez que cette compagnie réussisse, alors vous donnez l'argent de manière rationnelle » commente Philip Rosedale, le fondateur de Linden Lab.
Chaque trimestre, les dix personnes qui reçoivent le plus sont prévisibles et sont celles que la direction aurait choisies, mais de nombreuses autres personnes sont aussi récompensées, alors que leur contribution, certes plus modeste, est moins visible. Le système est donc source d'équité.
Le Rewarder n'est pas la seule pratique intéressante de management de Linden Lab — je vous parlerai peut-être même de la Love Machine ! —, mais il mérite qu'on s'y attarde du double point de vue de la Spirale Dynamique et de la sociocratie.
Le Rewarder me semble être un système de démocratie stratifiée relevant du vMème JAUNE. En effet, chacun distribue l'argent comme il l'entend, et donc en fonction de ses propres valeurs. Telle personne récompensera un commercial qui a ramené un gros contrat, telle autre distinguera quelqu'un qui a contribué à la bonne ambiance de l'entreprise, une troisième reconnaîtra la valeur d'une bonne idée technique, etc. Mieux, chacun peut exprimer non seulement son niveau d'existence préféré, mais son holarchie complète ! Le système pourrait donc être utilisé par n'importe quelle organisation du moment que le dirigeant croit en l'intelligence collective.
La sociocratie prône une rémunération équitable du capital et du travail. Gerad Endenburg a imaginé un système assez complexe pour atteindre cet objectif. Dans une entreprise où les employés sont les actionnaires, le Rewarder le remplacerait avantageusement ; dans les autres, un mélange des deux méthodes pourrait être utilisé.
On pourrait aussi imaginer une version plus collective — mais pas forcément plus efficace — du Rewarder où l'argent serait distribué par consentement par les cercles sociocratiques.
Source : Jeffrey Hollender & Bill Breen, The Responsibility Revolution : How the Next Generation of Businesses Will Win, San Francisco (Californie), Jossey-Bass, 2010. [Merci à Denis Sabardine qui a attiré mon attention sur ce livre.]
Dimanche 11 septembre 2011
Pas assez VERT
Wikipedia a fêté cette année son dixième anniversaire, et Jimmy Wales, son fondateur, s'inquiète : « Nous ne remplissons pas les rangs. Ce n’est pas une crise, mais je considère que c’est important. » Depuis deux ans en effet, le nombre de rédacteurs s'effrite, lentement mais sûrement.
01net, le site d'informatique personnelle qui rapporte la nouvelle, a demandé l'avis de ses lecteurs. Et là, soudain, ce fut un déchaînement de colère. Extraits :
- « L'administrateur se sent investi de pouvoirs surdimensionnés, et du coup fait sa loi avec ses petits copains administrateurs. J'ai un compte Wikipédia, je contribue de temps en temps, mais passer sous les fourches caudines d'un merdeux de 26 ans qui ne connaît pas le sujet que vous, vous maîtrisez, c'est très vite ennuyeux… »
- « Si on ne se faisait pas rabattre le clapet par des gens qui croient tout connaître, il y aurait peut-être plus de contributeurs… »
- « J'ai arrêté de contribuer le jour où j'ai eu à faire à des administrateurs zélés […] qui annulent d'une façon arbitraire votre travail de plusieurs heures. »
- « J'ai eu la même expérience. Et je ne parle même pas du manque d'objectivité qui devrait pourtant être la règle pour un site de cette importance… »
- « Je vous rejoins pour dénoncer l'arbitraire et l'arrogance dont font preuve des administrateurs. »
- « Entièrement d'accord avec la majorité des critiques précédemment énoncés. J'ai moi aussi passé des heures à rédiger des traductions d'articles US en les corrigeant et en les enrichissant pour la version française. Jusqu'au moment où j'en ai eu assez de me faire censurer par des “petits fascistes” imbus de leurs prérogatives. »
- « Se faire modifier 5 à 10 fois un article par des personnes qui ne connaissent rien au sujet est un peu énervant. »
- « Si Wikipédia ne modifie pas son réglément pour éviter qu'une petite junte règne par son idiotie, Wikipédia ne sera bientôt plus qu'un souvenir. »
Il se trouve que je connais des expériences semblables et en ai vécu une.
Il y a presqu'un an, la page de Wikipédia décrivant la sociocratie était incomplète et elle comportait des inexactitudes et des mentions qui n'avaient que des fins publicitaires. Cela ne gênait apparemment pas l'administrateur de la page qui ne connaissait pas grand-chose (rien ?) au sujet. Quand j'ai voulu corriger la notice, il s'est mis à effacer mes corrections au fur et à mesure de leur apparition sans justification acceptable. Après quelques échanges inutiles avec lui, j'ai dû faire appel à un médiateur externe, ce qui a permis finalement d'éliminer le fâcheux.
Au moins mon problème s'est résolu heureusement. Ce n'est pas toujours le cas. La page de Wikipédia décrivant l'Ennéagramme est un infâme tissu d'inexactitudes et de confusions qui portent tort au modèle. Une de nos étudiantes s'est lancée dans un courageux travail de ravalement et s'est heurtée à un administrateur incompétent et psychorigide qui l'a bloquée malgré tous ses efforts.
Dès mon premier article à propos de Wikipedia, il y a plus de six ans, j'émettais des réserves à propos de l'anonymat des contributeurs qui empêche de vérifier leurs compétences et offre un masque permettant tous les excès. Sa suppression ne réglerait certes pas complètement les difficultés, mais il me semble qu'elle les atténuerait.
La transparence est sans doute un des facteurs critiques de succès du vMème VERT quand il est confronté à d'autres niveaux d'existence. Espérons que Wikipedia dont le projet est sympathique et l'impact fort va finir par s'en rendre compte.
P.-S. : pour information, j'ai écrit l'article de Wikipédia sur la sociocratie sous mon nom et en spécifiant que je l'enseignais et quelle était la part de mon chiffre d'affaires qu'elle représentait à l'époque.
Source : "Wikipédia de plus en plus délaissée par ses contributeurs", 01net.com, 5 août 2011.
Mardi 6 septembre 2011
Masse critique en mémétique
La mémétique fournit une explication plausible sur la manière dont une idée est transmise d'une personne à une autre et finit par devenir majoritaire. Quel est le point de bascule, le moment où il est assuré que cette idée va se répandre et devenir dominante ? Des chercheurs du Social Cognitive Networks Academic Research Center ont un début de réponse.
Ils ont simulé sur ordinateur divers types de réseaux sociaux, étudiant différents types de connexions entre les membres du réseau. Dans la position de départ, un point de vue est unanimement accepté. Puis des personnes ayant une opinion différente de la majorité sont introduites dans le réseau.
Les modèles utilisent les hypothèses suivantes :
- Les membres du réseau social ont un point de vue, mais sont ouverts à d'autres idées.
- Les gens n'aiment pas avoir une opinion impopulaire et recherchent le consensus au niveau local. Les modèles gèrent cela de la manière suivante : si une personne communique avec quelqu'un qui est du même avis qu'elle, ses croyances en sont renforcées ; si elle rencontre quelqu'un qui pense différemment d'elle, elle considère la nouvelle idée, va parler à quelqu'un d'autre, et adopte l'idée si la nouvelle personne y croit aussi.
- Les personnes introduisant la nouvelle opinion ont, elles, une foi inébranlable dans leurs idées.
Dans le cadre de ces prémisses, quelle que soit la configuration, l'opinion nouvelle ne progresse qu'insensiblement, puis dès que 10 % des personnes en sont convaincues, il y a un changement brutal de rythme et la majorité bascule rapidement :

Le SCNARC veut maintenant étudier des cas plus complexes où le réseau social initial est partagé entre plusieurs idées, notamment le cas des sociétés polarisées (démocrates-républicains, gauche-droite, etc.).
Environ 10 % de la population mondiale culmine aujourd'hui dans le vMème VERT, d'après les estimations de Don Edward Beck. A-t-on atteint le point de bascule ou le relativisme de ce niveau d'existence nécessite-t-il un nombre beaucoup plus élevé de partisans pour devenir majoritaire ?
Source : Jierui Xie, Sameet Sreenivasan, Gyorgy Korniss, Weituo Zhang, Chjan C. Lim & Boleslaw K. Szymanski, "Social consensus through the influence of committed minorities", Physical Review E, 22 juillet 2011.
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jeu 18 aoû 2005, 11:06