Sections
Intégral
« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
- Mahatma Gandhi
« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
Recherche Google
Mercredi 21 décembre 2011
Faut que ça saigne
Peter Nirsch, un tueur en série d'exception — plus de 500 victimes —, a subi comme peine une bonne séance de torture, un arrosage des plaies à l'huile bouillante, un passage sur la roue pour lui briser les quatre membres et, pour finir en beauté un écartèlement. Cela se passait à Nuremberg en 1581.
Époque cruelle, direz-vous en pensant peut-être même au vMème ROUGE devant des sévices aussi extrêmes.
Wolfgang Schild, un juriste allemand, a étudié la justice médiévale. Il considère que nous avons une vision « déformée et exagérée » de l'époque. Les condamnations cherchaient à reposer sur des « preuves solides » et ne se contentaient pas de simples présomptions. Cependant pour chercher la vérité, les juges n'hésitaient pas à employer des moyens de pression physiques et psychologiques. Quant aux exécutions, la foule y assistait avec plaisir, mais manifestait systématiquement sa colère lorsque le bourreau faisait souffrir à l'excès le condamné, la définition de l'excès étant en ce temps-là un peu différente de celle d'aujourd'hui…
La douleur infligée au supplicié n'était pas une fin en soi. Il ne s'agissait pas plus de se venger ou de faire un exemple. « Le droit pénal avait pour but d'assurer le salut des condamnés, […] d'apaiser la colère divine, […] et de permettre aux malfaiteurs d'accéder à la vie éternelle. » Cette croyance était suffisamment forte pour qu'il soit fréquent que des accusés réclament d'être torturé « pour prouver leur intégrité ou pour s'assurer une vie dans l'au-delà ».
C'est donc le vMème BLEU, ou la transition rouge/BLEU, qui se manifestait en ces circonstances. Il est intéressant de comparer cette attitude aux sacrifices fait par les Mayas ou les Incas au nom des niveaux d'existence VIOLET et ROUGE : même férocité, même volontariat, mais pour des valeurs profondes différentes.
Source : Frank Thadeusz, "Écartelez-moi !", Books, N° 21, Avril 2011, p. 63.
Vendredi 16 décembre 2011
Dieu et l'argent
L'influence du vMème BLEU aux États-Unis a été traitée plusieurs fois ici. Le département de sociologie de l'université privée chrétienne de Baylor au Texas vient de publier une passionnante étude sur les valeurs et les croyances du peuple américain. Je n'en ai extrait pour ce billet qu'un item.
Plus de sept Américains sur dix estiment que Dieu a un plan personnel pour eux. Face à cette assertion :
- 40,9 % sont entièrement d'accord ;
- 32,2 % sont d'accord ;
- 12,3 % ne sont pas d'accord ;
- 14,6 % sont fortement en désaccord.
Selon cette étude, les personnes croyant en ce plan divin spécialement conçu pour elles ont un niveau d'éducation inférieur et des revenus plus bas que ceux qui comptent plutôt sur eux-mêmes. Le pourcentage de personnes gagnant plus de 100 000 dollars par an est de :
- 29,8 % chez ceux qui ne croient absolument pas au plan divin ;
- 23,7 % chez ceux qui n'y croient pas ;
- 20,6 % chez ceux qui y croient ;
- 17,2 % chez ceux qui y croient fortement.
Moralité : si Dieu a un plan pour nous, ce n'est pas un plan ORANGE. Nous aurions pu nous en douter.
Source : The Values and Beliefs of American Public, Waco (Texas), Baylor University, Septembre 2011.
Dimanche 11 décembre 2011
Gestes déictiques
On cite souvent le proverbe chinois affirmant que « quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt. » Effectivement les gestes consistant à pointer quelque chose (« regarde là-bas ») ou à tendre quelque chose (« prend ça ») sont complexes d'un point de vue cognitif. Un enfant ne commence à les comprendre qu'entre 9 et 12 mois, et on considère que c'est une prémisse de la pensée symbolique et donc du langage.
Dans le règne animal, quelques animaux en interaction avec les êtres humains sont capables de comprendre ces gestes déictiques : les éléphants, les grands singes, les choucas, certains chiens. Cependant, seuls les grands singes ont été observés en train de les pratiquer spontanément, quoique très rarement, dans la nature. Jusqu'ici.
Dans le Cumberland Wildpark, à Grünau en Autriche, une communauté de Grands Corbeaux pratique régulièrement ces gestes avec le bec, surtout entre partenaires de sexes opposés. Les corvidés restent ainsi fidèles à leur réputation d'intelligence supérieure.
Source : Simone Pika & Thomas Bugnyar, "The use of referential gestures in ravens (Corvus corax) in the wild", Nature Communications, 29 novembre 2011.
Mardi 6 décembre 2011
Leçon d'essaim
Pour beaucoup de gens, même ceux qui trouvent les abeilles sympathiques, un essaim a quelque chose d'un peu inquiétant. Thomas D. Seeley, professeur de biologie à l'université Cornell, les trouve fascinants et a conçu des dispositifs expérimentaux permettant de comprendre leur fonctionnement chez l'abeille occidentale, Apis mellifera.
Quand les abeilles deviennent trop nombreuses pour le site qu'elles occupent, les deux tiers d'entre elles — jusqu'à 20 000 individus — partent avec la reine à la recherche d'un nouvel emplacement. Celles qui restent dans la ruche élèvent une nouvelle reine et continuent à faire vivre normalement la colonie.
L'essaimage est un processus complexe. Les abeilles doivent déterminer le moment approprié pour que le groupe se scinde. Les partantes s'installent en essaim généralement accroché à une branche d'arbre et doivent ensuite trouver rapidement — un essaim est fragile et les abeilles ne peuvent survivre que quelques jours sans manger — un emplacement répondant à des critères précis : assez grand pour accueillir jusqu'à 30 000 abeilles, assez étroit pour rester chaud même en hiver et assez élevé et étanche pour décourager les prédateurs. Des centaines d'individus quittent l'essaim et partent dans toutes les directions à la recherche d'un endroit idéal. Ces éclaireuses reviennent et communiquent leurs trouvailles au moyen de la célèbre danse des abeilles identifiée par Karl von Frisch.
Là commence le problème ! Les abeilles ont des fonctions séparées dans la ruche, mais aucune d'entre elles n'est chargée de prendre une décision pour le groupe, et il n'y a pas de chaîne de commandement pour provoquer le départ vers un nouveau site.
Les éclaireuses dansent à la surface de l'essaim pour promouvoir le site qu'elles ont choisi et inciter d'autres abeilles à aller le visiter. Chacune plaide pour le lieu qu'elle a trouvé pendant un certain temps, puis s'arrête pour se reposer : ainsi si elle n'a pas réussi à motiver l'essai, le site est abandonné. Seeley a déterminé précisément « comment les éclaireuses recrutent les volontaires à une expédition vers un site, comment elles font signe aux autres de s'échauffer en vue de l'envol, et comment elles les amènent à décoller ensemble vers la nouvelle ruche, en les guidant et en les gardant groupées durent le trajet ». Très rapidement, la grande majorité des abeilles se met en danser en faveur d'un site que Seeley considère optimal.
Si vous voulez développer le vMème VERT et l'intelligence collective autour de vous, s'inspirer de l'essaimage des abeilles est peut-être une bonne idée. Thomas Seeley considère qu'il y a trois ingrédients : « réduire au minimum la dépendance à un leader, favoriser une compétition intense entre divers points de vue et définir une méthode pour aboutir à un choix largement majoritaire ».
Source : May Berenbaum, "La démocratie selon les abeilles", Books, N° 25, Septembre 2011, p. 62-65..
Ressource : Thomas D. Seeley, Honeybee Democracy, Princeton (New Jersey), Princeton University Press, 2010.
Jeudi 1 décembre 2011
Contenir le développement de ROUGE (2/2)
Il nous reste à aborder la part de la structure familiale dans la violence et la délinquance des jeunes, notamment de sexe masculin. Même si d'autres structures familiales peuvent peut-être être impliquées, il y a une corrélation bien connue entre ces phénomènes et les familles monoparentales constituées d'une mère et d'un ou plusieurs enfants. Les enfants élevés sans père ont statistiquement plus de risques d'être violents, d'être blessés, d'avoir des problèmes, d'être en échec scolaire ou d'être membre d'une bande à l'adolescence. Une étude australienne a démontré que 80 % des violeurs motivés par une colère déplacée avaient été élevés sans père. En 1999, 80 % des membres de gangs aux États-Unis venaient de foyers sans père. Une étude canadienne, publiée cet été, a suivi 138 enfants de l'âge de 3 à 5 ans jusqu'au début de l'adolescence : les enfants dont le père est absent ont des moins bons résultats aux tests d'intelligence et des problèmes émotionnels plus fréquents, indépendamment du positionnement socio-économique de leur famille.
Le nombre de familles monoparentales augmente régulièrement parallèlement à la délinquance des jeunes. En France, en 2005, selon l'Insee, 1,76 million de familles sont constituées d'un seul adulte vivant avec un ou plusieurs enfants. Dans 85 % des cas, il s'agit de la mère, 90 % même quand les enfants ont moins de 6 ans. 17,7 % des enfants, soit 2,84 millions, vivent aujourd'hui dans une famille monoparentale.
Une corrélation statistique n'est pas forcément une causalité. L'Ennéagramme et la Spirale Dynamique nous permettent de pousser l'analyse un peu plus loin.
Quand un vMème se met en place, ses excès ne peuvent être contenus que par une influence extérieure ou par un frein intérieur venant des niveaux d'existence précédents. Par exemple, des parents centrés en VERT aident leurs enfants à mettre en place un ORANGE sans trop de narcissisme ; un enfant ayant un ORANGE bien développé sait faire entendre et prendre en compte son point de vue dans ses diverses communautés lorsqu'il passe en VERT.
Le développement d'un enfant nécessite la présence d'une figure nourricière et d'une figure protectrice. Traditionnellement, ces rôles sont joués respectivement par la mère et par le père, mais rien n'empêche d'autres personnes de les tenir. Il est toutefois nécessaire que ce soient des personnes différentes qui remplissent ces rôles quand l'enfant est très jeune, car il n'a pas alors le développement cognitif lui permettant de comprendre et gérer des situations où la même personne a les deux attitudes (cf. par exemple les travaux de Gregory Bateson sur la double contrainte et la schizophrénie).
Le lien entre l'instinct social de l'Ennéagramme et le niveau VIOLET de la Spirale Dynamique nous apprend que la figure protectrice joue un rôle déterminant dans le développement d'un VIOLET sain. Dans une famille monoparentale où l'adulte est la mère agissant en tant que figure nourricière et où le père n'est pas impliqué dans l'éducation de ses enfants, le rôle de figure protectrice ne peut donc être tenu que par un autre membre de la famille, oncle ou grand-père par exemple, ou une par une personne extérieure à la famille. Le rôle est sans doute moins bien joué qu'il ne pourrait l'être par le père parce que les contacts entre l'enfant et cette personne sont généralement plus épisodiques.
En l'absence de cette personne, le développement du vMème VIOLET n'est pas suffisant pour créer un sentiment convenable de sécurité. Du fait, VIOLET ne pourra pas jouer son rôle de frein interne aux excès de ROUGE. La figure protectrice est aussi celle qui, de l'extérieur, peut dire à l'enfant quel comportement ROUGE est acceptable et lequel ne l'est pas. Le manque de la figure protectrice touche négativement les enfants des deux sexes, ce qui explique qu'il y ait aussi une augmentation forte de la délinquance des jeunes filles. Cependant, il a un impact supplémentaire chez les garçons qui construisent traditionnellement leur identité masculine en s'identifiant à un homme de leur entourage — cela changera peut-être dans les sociétés dominées par VERT et au-delà, mais traiter ce point serait un sujet à part entière.
Les enquêtes criminologiques vont dans le même sens : le gros des jeunes délinquants est constitué de garçons issus d'une famille monoparentale sans père et n'ayant pas eu par ailleurs un mentor mâle plus âgé. Dans notre monde ORANGE, les familles monoparentales sont très isolées, et ce mentorat n'est que rarement exercé par un proche. Cette situation évoluera spontanément avec VERT où la famille va à nouveau s'élargir : cf. par exemple “Crustacés et coquillages” ou “Familles plurielles”.
Mais que faire en attendant ? A priori, dans nos pays, tous les enfants passent par l'école, et c'est donc le lieu idéal pour leur proposer les mentors peut-être absents de leur milieu familial. Théoriquement.
En France, au 31 janvier 2006, 79,3 % des professeurs des écoles étaient des femmes, ce qui est conforme à la moyenne des pays développés (80 % en 1997 selon l'UNESCO) ; ce pourcentage dépasse 90 % dans les écoles maternelles. 71 % des directeurs d'école sont des femmes. Les femmes sont aussi les plus nombreuses pour les professeurs certifiés (62,9 %), mais deviennent minoritaires pour les professeurs agrégés (49,2 %) et d'université (17,6 %).
Une étude canadienne liste quatre causes à cette surreprésentation des femmes dans l'enseignement primaire :
- le lien complexe entre masculinité et sollicitude ;
- le salaire trop bas et le statut de la profession ;
- le fait que l'enseignement primaire soit une profession à prédominance féminine ;
- la proximité physique avec les élèves.
Voilà des pistes pour une prochaine réforme de l'Éducation nationale…
Revenons aux cinq causes de la montée probable de la délinquance des jeunes citées dans la première partie de cet article. Le constat que j'ai dressé ici n'est pas révolutionnaire. Les personnes dites de gauche ont l'habitude de mettre l'accent sur les raisons socio-économiques du phénomène, là où celles dites de droite sont plutôt sensibles aux raisons familiales et éducatives. L'intérêt de la Spirale Dynamique est qu'en nous forçant à prendre en compte tous les niveaux d'existence, elle nous aide à prendre de la distance avec nos systèmes de croyance et à avoir une analyse plus complète et plus objective.
Source 1 : Philip Zimbardo, "The demise of guys ?" TED, 2011
Source 2 : "Répères et statistiques : les personnels", Ministère de l'Éducation nationale, Août 2006.
Source 3 : Lucie Charbonneau, "Enseigner au primaire : Vision de la masculinité dans un monde féminin", CRIFPE, Mai 2009
Source 4 : Olivier Chardon, Fabienne Daguet & Émilie Vivas, "Les familles monoparentales : Des difficultés à travailler et à se loger", Division Enquêtes et études démographiques de l'Insee, Juin 2008.
Source 5 : Gay Arndt Bradshaw. Elephants on the Edge : What Animals Teach Us About Humanity. Londres (Royaume Uni) ; Yale University Press ; 2009.
Source 6 : Erin Pougnet, Lisa A. Serbin, Dale M. Stack & Alex E. Schwartzman, "Fathers' influence on children's cognitive and behavioural functioning : A longitudinal study of Canadian families", Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportement, Vol. 43, N° 3, Juillet 2011, p. 173-182.
Samedi 26 novembre 2011
Contenir le développement de ROUGE (1/2)
Selon des statistiques du ministère de l'Intérieur, le nombre de délits commis par des mineurs a augmenté de 132,7 % entre 1993 et 2010. La plus forte hausse, consommation de stupéfiants exceptés, concerne les atteintes physiques aux personnes : + 298,6 %. Même dans la catégorie des vols qui progresse beaucoup moins, l'évolution des vols avec violence est la plus importante.
Comme toutes les statistiques, celles-ci doivent être prises avec circonspection. L'augmentation du nombre d'affaires déclarées n'est pas forcément le signe d'une augmentation du nombre de cas réels, mais peut être simplement l'indicateur d'une moindre tolérance de la société face à certains actes. De plus le manque de civilité des jeunes est un sujet de plainte sans doute aussi ancien que l'humanité. C'est devenu un cliché — mais je ne recule devant rien ! — de citer à ce propos les lamentations de Socrate : « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. »
En augmentation ou non, cette problématique est, aujourd'hui comme déjà au temps de Socrate, une expression du niveau d'existence ROUGE. Elle touche principalement les garçons, même si la criminalité des filles est elle aussi en très forte augmentation. Même quand ils ne se livrent pas à des comportements asociaux, les garçons traversent aujourd'hui des problèmes graves déjà évoqués sur ce blog il y a cinq ans : ils ont 30 % de plus de chances de ne pas terminer leurs études que les filles et ne représentent que 45 % des diplômés de l'université, peut-être parce qu'ils ont une probabilité 5 fois plus grande d'être atteint de trouble du déficit de l'attention.
Les garçons touchés par ces phénomènes subissent les conséquences de cinq types de causes, soit en allant du général au particulier :
- Contexte social ;
- Difficultés économiques ;
- Structure familiale ;
- Relations familiales ;
- Patrimoine génétique.
Ces causes ne sont pas indépendantes les unes des autres, mais constituent bien au contraire un système complexe qu'il serait utile de préciser et de cartographier. Par exemple, souvent les difficultés économiques ont un impact sur la famille, d'abord ses relations, puis sa structure qui, à son tour, influe sur la situation économique de la famille ; ou bien un changement de structure familiale se traduit par des difficultés économiques qui modifient les relations familiales ; etc. Il semble donc très improbable que le problème soit soluble en n'agissant que sur un seul de ces paramètres.
Les causes sociales et économiques ont été notamment évoquées dans le billet “Après ROUGE… BLEU” et dans un article publié en 2005 sur notre site consacré à la Spirale Dynamique : “Un outil performant d'analyse des conflits”. Qu'elles ne soient pas rappelées ici n'en diminue aucunement l'importance.
Les trois autres causes posent plus de problème. À part l'indispensable lutte contre les violences conjugales, les relations familiales sont du ressort de la sphère privée, et il est donc difficile d'agir en ce domaine, même si plusieurs auteurs les considèrent comme la cause majeure de la délinquance des jeunes. Il faut dire que les deux dernières explications sont suffisamment politiquement incorrectes pour que beaucoup évitent de les aborder.
La cause génétique est pourtant incontestable. On sait en Ennéagramme que deux profils de personnalité sont plus sujets à des comportements sociaux déviants que les autres. Quant au trouble de l'attention, la part génétique qui affecte le rôle des transporteurs de dopamine est bien connue. Dans ce domaine aussi, on sait que l'influence du patrimoine génétique est probabilité, et non fatalité. Une éducation prenant en compte respectueusement et fermement ces enfants est suffisante pour régler le problème dans la majorité des cas.
Lundi 21 novembre 2011
Faux jumeaux
Quand nous enseignons, dans nos formations à l'Ennéagramme, des techniques d'élargissement de l'attention, certains des participants ont du mal à admettre qu'il soit possible d'exécuter une tâche mentale tout en étant attentif au monde extérieur. Jusqu'à aujourd'hui, il nous était assez difficile de leur répondre autrement qu'en leur disant que puisque nous et d'autres y arrivions, c'est que c'était réalisable.
Depuis plusieurs mois, les spécialistes du cerveau commencent à faire la distinction entre attention et conscience, deux concepts qui a priori se ressemblent et impliquent de savoir que quelque chose est là. Attention et conscience semblaient indissolublement liés.
Une équipe dirigée par Po-Jang Hsieh, un chercheur qui travaille à la Duke-NUS Graduate Medical School de Singapour et au MIT, a récemment démontré que ces deux phénomènes sont découplés. Des dispositifs expérimentaux permettent, par exemple, de projeter dans un œil une image animée et colorée, et dans l'autre des formes immobiles. La conscience est automatiquement dirigée vers le premier motif, et l'autre n'est pas « vu ». Pourtant on peut vérifier que le sujet testé réagit à la couleur de la forme immobile : son attention l'a perçue, mais sa conscience non.
À l'institut Max Planck de cybernétique biologique, Masataka Watanabe et son équipe ont mené des expériences similaires et complémentaires tout en observant le niveau d’oxygénation cérébrale (signal BOLD) du cortex visuel à l'aide de la technique d'IRM fonctionnel. Non seulement, leurs travaux confirment la séparation des fonctions d'attention et de conscience, mais ils montrent que le cortex visuel primaire, qui est le point d'entrée des informations visuelles, est régulé uniquement par l'attention, et pas du tout par la conscience.
Masataka Watanabe s'est déclaré « surpris » par les résultats de ses propres travaux. Nous le sommes moins ! Les personnes qui ont des difficultés à pratiquer les techniques d'élargissement de l'attention sont sans doute celles qui voudraient être conscientes de l'ensemble des éléments de leur expérience intérieure et extérieure. Un lâcher prise est nécessaire ici pour accepter que les différents éléments de notre expérience sont perçus différemment, et que l'attention est distincte du fonctionnement de la conscience, et notamment du centre mental.
Source 1 : Po-Jang Hsieh, Jaron T. Colas & Nancy Kanwisher, "Attention and Awareness Aren’t The Same", American Psychological Association, 6 juin 2011.
Source 2 : Masataka Watanabe, Kang Cheng, Yusuke Murayama, Kenichi Ueno, Takeshi Asamizuya, Keiji Tanaka & Nikos Logothetis, "Attention but not Awareness Modulates the BOLD Signal in Human V1 During Binocular Suppression", Science, Vol. 334, N° 6057, 11 novembre 2011, p. 829-831.
Mercredi 16 novembre 2011
Attention ! Gare ! Prudence ! Gaffe !
Il est de plus en plus évident que, lorsque j'étais enfant, mes parents ont souhaité ma mort, voire ont cherché subtilement à la provoquer.
Rendez-vous compte de leur monstruosité sadique : ils m'ont laissé faire de la trottinette, puis plus tard du patin à roulettes — ainsi s'appelaient les rollers en ces temps préhistoriques — sans casque, ni coudières, ni genouillères !
Plaisanterie mise à part, la tendance actuelle à surprotéger les enfants et à vouloir à tout prix le « zéro accident » a vraisemblablement sur eux des conséquences assez négatives, notamment une incapacité à estimer et gérer les risques, un manque de « bon sens », et un manque de sens des responsabilités.
Ce phénomène est sans doute explicable en termes de Spirale Dynamique. Notre ORANGE a fait considérablement chuter la natalité par la découverte de contraceptifs efficaces et l'accès des femmes à l'éducation. Devenu plus rare, l'enfant est plus précieux (cf. un phénomène identique en Chine suite à la politique de l'enfant unique).
La même problématique existe au niveau social. Persuadé que le progrès permet de tout régler, ORANGE n'hésite pas à prendre des risques. Par réaction, VERT adopte alors une attitude exagérément prudente en mettant en œuvre le principe de précaution. Ce sera à JAUNE et aux suivants d'essayer de trouver un juste équilibre.
L'être humain surestime d'autant plus un risque que sa concrétisation satisfait à ces trois caractéristiques :
- Elle est extrême et dramatique ;
- Elle est rare ;
- Elle ne résulte pas d'une activité volontaire. Ce dernier aspect est essentiel : nous sommes prêts à accepter des risques plusieurs milliers de fois plus grands dans une activité volontaire.
Par exemple, un enfant risque beaucoup plus de subir un abus sexuel au sein de sa famille qu'en rencontrant un pédophile sur le chemin de l'école. Et pourtant… De même, il est infiniment moins dangereux de vivre à côté d'une usine chimique que de prendre sa voiture tous les jours pour aller au bureau. Et pourtant…
Quand nous sommes confrontés à un danger ou que nos proches le sont, il peut donc nous être utile de revoir notre estimation du risque quand un ou plusieurs des facteurs précédents entrent en jeu.
Source : Gever Tulley. Beware Dangerism!. New York (New York) ; Ted Books ; 2011.
Vendredi 11 novembre 2011
Sur le lac Titicaca
L'empire inca a été d'une telle puissance et d'une telle magnificence, son éclat a été si bref, et sa chute devant les conquistadors si tragique que dans notre imaginaire, il masque la richesse des civilisations sud-américaines qui l'ont précédé. Celle des Uros est une des plus modestes, mais aussi une des plus mystérieuses et des plus fascinantes.
Un jour, la tribu des Uros a quitté l'Amazonie et s'est retrouvée sur les rives du lac Titicaca. Selon leurs traditions, les Uros existaient avant le soleil alors que la Terre était froide et sombre. Ils ne craignaient ni la pluie ni la foudre.
Est-ce parce qu'il n'y avait pas de terres non occupées ? Est-ce parce qu'ils avaient la peau plus sombre que les autres Amérindiens ? Les Uros ont été opprimés par les populations locales, et ils se sont réfugiés sur le lac Titicaca où ils ont dès lors connu une paix relative : les Incas les considéraient comme des sous-hommes indignes d'attention, les Espagnols les trouvaient trop paresseux pour les faire travailler de force dans les haciendas et les missions, et les Indiens actuels les considèrent comme simplets. Même s'il n'existe plus d'Uros purs, mais seulement des métis d'Uros et d'Aymaras, et si leur langue originelle a été perdue, leur culture a partiellement survécu.
Voici, au large du port péruvien de Puno, une des îles, parmi une soixantaine, où vivent les Uros :

L'étonnante caractéristique de ces îles est qu'elles sont entièrement artificielles. Les Uros découpent des roseaux, les tortoras, et leurs racines en des blocs d'environ un mètre carré, et ils les assemblent en les attachant avec des cordes faites aussi de roseaux. C'est avec le même type de cordes que les îles sont ensuite arrimées au fond du lac. Sur chaque île vivent deux à dix familles, sous la responsabilité d'un ancien qui décide des tâches d'entretien de l'île et les répartit entre les habitants : il faut notamment ajouter régulièrement des couches de roseaux pour empêcher l'humidité de monter, et surveiller que les feux allumés pour la cuisine n'abîment pas le « sol ». En cas de conflit insoluble ou si les familles deviennent trop nombreuses, il suffit de construire une nouvelle île qui sera amarrée à proximité.

Vestige de l'époque où les Uros étaient en insécurité, chaque île porte une tour de garde, en roseau bien sûr. Comme sont faites de roseau, les huttes, les lits et les matelas, les bateaux, les feux pour se chauffer ou cuisiner :

Les Uros se nourrissent… de roseau, la partie blanche et tendre à la base des tortoras, ainsi que de poissons et de la chair et des œufs des oiseaux aquatiques dont le lac Titicaca regorge. Certains d'entre eux vont sur les marchés avoisinants pour troquer des poissons contre des pommes de terre ou d'autres légumes.
Il existe quelques îles où des Uros vivent hors de tout contact avec d'autres peuples, mais la plupart d'entre eux accueillent sur leurs îles des touristes auxquels ils racontent avec fierté leur culture et vendent leur artisanat de tissus. Les Uros s'arrangent néanmoins pour que chaque île reçoive au plus une visite tous les deux jours afin de préserver leur intimité et leur culture.

Chasseurs-cueilleurs dominés par le vMème VIOLET, les Uros démontrent la vitalité, la créativité et la capacité d'adaptation dont il est capable. Aujourd'hui, leur défi est celui de beaucoup de cultures indigènes dans le monde : s'ouvrir au monde et à la technologie — la plupart des îles sont équipées de panneaux solaires fournis par le gouvernement péruvien et permettant un peu d'éclairage — tout en préservant leur identité culturelle.
Calendrier
|
|
Février '12 |
|
||||
| Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa | Di |
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 |
| 27 | 28 | 29 | ||||
[
mer 11 mai 2005, 07:10