[Première partie] [Deuxième partie]
Toute la Bolivie pratique le culte de la Pachamama, la déesse-terre. Premier président indien d'Amérique Latine, Evo Morales s'est fait introniser début 2006 par les représentants des différentes tribus indiennes sur le site de Tiwanacu. Il y a fait construire un autel sur lequel il continue à venir assez régulièrement participer à des cérémonies et faire des offrandes.
À La Paz se tient quotidiennement le Mercado de Hechiceria, le marché des sorcières. Plusieurs dizaines d'échoppes et de stands vous proposent des potions, des amulettes, et en général tout ce qu'il faut pour résister au mauvais sort et obtenir l'aide de la Pachamama :
Comme on peut le voir ci-dessus, une pièce de choix parmi tous les ingrédients disponibles est le fœtus de lama qu'on enterre pour honorer la Pachamama. Les lamas avortent très souvent spontanément, et les fœtus sont donc nombreux. Offrir un fœtus de lama est équivalent à sacrifier un lama, mais est évidemment beaucoup moins coûteux. Il n'est pas envisageable de construire une maison ou de se livrer à une activité importante sans faire une grande cérémonie à la déesse-terre. Mais on vénère la Pachamama en toutes circonstances, par exemple en versant sur le sol quelques gouttes de la boisson qu'on s'apprête à déguster.
Afin de mieux satisfaire la Pachamama, les sorcières de La Paz proposent des paniers plus ou moins grands contenant tout ce qui pourra lui plaire : alcool, monnaie de papier, sucreries, etc. Les Boliviens y joignent des petits talismans colorés sur lesquels sont naïvement dessinés les objets que vous souhaitez obtenir prochainement, comme un ordinateur ici à droite.
Parmi les objets disponibles, on en trouve qui sont liés au christianisme puisqu'officiellement c'est la religion de la majorité des Boliviens. Ce n'est pas vraiment le cas, du moins au sens où nous entendons le christianisme dans nos cultures occidentales qui ont atteint le niveau d'existence BLEU et sont allées au-delà. Le catholicisme a été imposé par les conquérants espagnols, et pour avoir la vie sauve, les Indiens ont soit fait semblant de l'adopter, soit en ont intégré les symboles dans le panthéon local.
Admirez ce magnifique tableau d'un peintre anonyme du XVIIIe siècle, exposé à la Casa de la Moneda à Potosi :
Qu'y voyez-vous ?
Il est tentant de répondre la vierge Marie surmontée de la Trinité, le Père, le Christ et le Saint-Esprit accompagnés des archanges Saint Michel et Saint Gabriel. D'ailleurs le tableau n'est-il pas intitulé La Vierge de la montagne ? En bas de l'œuvre on peut reconnaître de gauche à droite un cardinal, le pape Paul III, Charles Quint et peut-être le donateur du tableau.
Si on y regarde de plus près une autre peinture apparaît. Le manteau de Marie est creusé de galeries et représente la montagne de Potosi, la Pachamama. De part et d'autre de la Vierge, sont figurés le soleil et la lune qui étaient l'objet d'un culte chez les Incas et dans les civilisations précédentes. En bas, le personnage au-dessus du globe bleuté est Huayna Capac, un des derniers empereurs incas qui aurait fait explorer le site. Plus haut, allumant un feu, voici Huallpa Diego, le berger indien qui aurait découvert les gisements d'argent.
On peut voir dans ce tableau du syncrétisme ou une simple possibilité pour les Indiens de perpétuer à couvert leurs croyances. La situation actuelle de la Bolivie me fait privilégier cette deuxième hypothèse.
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Terminons sur une note personnelle un peu hors sujet. Patricia et moi avons adoré ce pays. ROUGE a sa rudesse certes, mais il a aussi son énergie, son courage et sa force. La Bolivie est jeune et vivante. Rappelons que ROUGE ne signifie pas violence systématique. Le pays est sûr, et nous avons pu, par exemple, nous promener seuls la nuit dans certaines rues désertes et mal éclairées de La Paz en étant parfaitement à l'aise.
Aller en Bolivie est une épreuve pour le corps. La majorité du voyage se fait entre 3600 et 4300 mètres d'altitude. Il y a 35 % d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer, et monter trois marches est un effort. La pression atmosphérique diminue d'environ un tiers elle aussi, et en conséquence les intestins gonflent et la durée de digestion double. La déshydratation est intense, et les UV frappent fort. Tous les ans, des touristes sont rapatriés d'urgence avec des œdèmes pulmonaires graves, sans compter ceux qui meurent brutalement sur place : c'est arrivé pendant la partie péruvienne de notre voyage qui se faisait dans les mêmes conditions. Les guides sont en permanence anxieux pour la santé de ceux qu'ils accompagnent, et ils incitent sans cesse à se ménager. Inutile cependant de vous préparer, le sorroche, le mal des montagnes peut toucher un jeune sportif et épargner un vieillard asthmatique, ou le contraire. Pour se protéger, il suffit le plus souvent, comme les Indiens, de mâcher des feuilles de coca et de boire du mate de coca, et en cas de besoin, les hôtels, les bus et les bateaux ont tous des bonbonnes d'oxygène.
Une fois là-bas, ce qui compte, c'est la richesse et la beauté de la culture. En Bolivie, il y a autant de fêtes que de manifestations. Ce n'est pas peu dire ! Regardez un des masques utilisé en ces occasions :
Et les paysages sont tout aussi magnifiques. Ici à Uyuni :
Non, cette mer blanche derrière les cactus, à 3650 mètres d'altitude, ce n'est pas de la neige, c'est un désert de sel ! Et il y a aussi l'Altiplano, l'Amazonie, le Pantanal…
Rétroliens