Estimez-vous que la société dans laquelle vous vivez et le monde en général sont plutôt injustes ? Les voudriez-vous plus justes ?
Si vous lisez ce blog, il est presque certain que vous avez répondu oui aux deux questions précédentes. Il semble qu'environ 70 % de la population ferait de même. Cette position de principe posée, les difficultés commencent. Par exemple, nous estimons l'esclavage injuste ; d'autres sociétés ou la nôtre à une époque différente avaient un autre point de vue. Il est fort probable que vous trouviez injuste certaines choses que des membres de votre entourage considèrent justes. Il n'y a pas de définition absolue de ce qu'est une société juste. La notion de justice dépend du contexte dans lequel elle est évaluée, des personnes concernées, de la nature de leurs relations, et des interactions qu'il y a entre elles.
Nos cultures ont défini plusieurs outils pour assurer un minimum de justice : découpage en parts égales, file d'attente (premier arrivé, premier servi), tirage au sort, aide aux plus faibles et au plus démunis, etc. Ces systèmes sont-ils justes ? La seule réponse est qu'ils sont justes si nous croyons qu'ils le sont !
Est-ce à dire que notre souci de justice est trop vague et risque de rester un vœu pieux ? Peter A. Corning est convaincu du contraire. Dans, The Fair Society, un essai lumineux s'appuyant sur l'histoire de la philosophie et les dernières avancées entre autres de l'éthologie, de l'économie, des sciences politiques, de l'anthropologie, de la biologie, de la psychologie évolutionniste, et de la théorie des jeux, il jette les bases d'une définition de la justice sociale et d'une politique pour la mettre en œuvre.
Une société juste est fondée sur trois grands principes :
- Égalité
- L'égalité est l'attribution de quelque chose en parts égales à tous les participants. C'est le principe fondamental d'une société juste et le plus simple à mettre en œuvre.
- Équité
- Il y a toutefois un certain nombre de situations où le principe d'égalité n'est pas considéré comme juste. Par exemple, vous organisez un goûter d'anniversaire où sont présents vos deux enfants, l'un de quatre ans, l'autre de quinze. Est-il juste de leur donner une part de gâteau de la même taille ? Est-il juste de leur annoncer que vous allez leur donner la même somme en argent de poche chaque semaine ?
- Dans ces situations, le principe d'équité est plus juste, qu'Aristote définissait comme une « égalité proportionnelle ». Chacun reçoit alors en fonction de certaines caractéristiques ou de ses mérites.
- Réciprocité
- La réciprocité se définit comme un échange juste de biens et de services et le fait de rendre les faveurs et les gentillesses que nous avons reçues, ce que Cicéron déclarait être « le devoir le plus indispensable ». Le principe de réciprocité est un universel de toutes les cultures humaines ; apparu avec le niveau d'existence VIOLET de la Spirale Dynamique, il est le ciment qui tient les familles, les amitiés et les sociétés. Elle implique un engagement de chacun à aider l’entreprise collective.
Le sens de la justice est un trait de caractère qui n'est pas également distribué. Il semble déterminé par une composante innée de la personnalité, par des influences culturelles et bien sûr par l'histoire de vie de chacun. Aux États-Unis, il semble qu'environ un quart des gens attachent plus d'importance à l'égalité, un quart à l'équité, et une moitié à la réciprocité.
Les deux principaux modèles d'organisation des sociétés que sont le capitalisme et le socialisme ont totalement échoué à créer des sociétés justes. Privilégiant à tout prix l'équité, le capitalisme a créé un monde foncièrement inégalitaire : selon une étude récente de l'ONU, 2 % de la population mondiale possède 50 % des richesses, alors que la moitié la plus pauvre n'en possède que 1 %. Quant au socialisme, conscient à juste titre des faiblesses du capitalisme, il visait l'égalité absolue, et pour cela rejetait l'équité et se montrait incapable de comprendre l'importance du capital et de l'esprit d'entreprise pour créer une société efficace. Quant aux tenants d'une Troisième voie, comme Tony Blair ou Bill Clinton, ils ont cherché à faire un « compromis à l'ancienne » entre ces deux solutions inadaptées.
À suivre…
Rétroliens