Le dieu Engaï vivait bien tranquille sur la Terre avec tout le bétail du monde. Un jour, une horrible catastrophe les envoya tous dans le ciel. Comme il n'y avait pas là assez d'herbe pour le bétail, Engaï le donna à Naiteru-Kop, une sorte de demi-dieu qui fonda immédiatement les Massaïs pour en prendre soin. Ainsi les Massaïs sont les légitimes propriétaires de tout bétail existant, et s'en occuper est leur devoir spirituel.
Engaï, lui, est resté dans le ciel. En lui résident toutes choses. Parfois, il est de bonne humeur et on l'appelle Engaï Norok, le Dieu noir, noir comme les nuages qui apportent la pluie et la prospérité. D'autre fois, il est de mauvaise humeur et devient Engaï na-Nokie, le Dieu rouge, rouge comme la terre et les nuages en période de sécheresse et de famine.
Le bétail est donc au centre de la vie des Massaïs. Quand ils se saluent entre eux, c'est en posant deux questions : « Comment vont les enfants ? Comment va le bétail ? » Dès leur plus jeune âge, les garçons apprennent à garder un troupeau qu'il faut protéger des bêtes sauvages et faire paître dans une région souvent aride, alors que les filles apprennent la traite. Les Massaïs vivent dans des enkangs. Il s'agit de villages construits en cercle : au milieu est l'enclos où les bêtes sont abritées la nuit ; séparées de lui par une sorte de grand couloir circulaire, les huttes de boue séchée et au toit de paille sont adossées à un mur d'épineux. Semi-nomades, les Massaïs vivent là pendant quatre ou cinq ans avant d'abandonner le village qui sera peut-être occupé par une autre tribu.

Huttes d'un
enkang
Le bétail est aussi au cœur de l'alimentation des Massaïs. Ils se nourrissent de lait, de viande et de sang. Ce dernier est prélevé sur les animaux vivants en entaillant avec une flèche la veine jugulaire. Le sang est mélangé à diverses plantes avant d'être consommé. Plus un homme possède de bétail, plus il est riche et son statut élevé.

Enclos d'un
enkang
Puisque le bétail appartient de droit divin aux Massaïs, si d'autres personnes en possèdent, c'est qu'elles l'ont volé ! Les Massaïs s'estiment donc le droit de le récupérer. Vers douze ans, un jeune garçon quitte donc l'enfance et, par le rite de l'emorata, la circoncision, devient un ilkeliani, un jeune guerrier. Pour la cérémonie, il est habillé de noir et a le visage enduit de craie blanche ; il doit masquer sa souffrance pour faire honneur à ses parents.
Cette épreuve passée et la convalescence terminée, le jeune homme se laisse pousser les cheveux, les couvre d'une teinture ocre, met des perles à ses oreilles, et porte autour du cou un bandeau symbolisant son statut. Plus tard, une autre cérémonie, l'eunoto fera de lui un ilmoran, un guerrier.
Les guerriers vivent en groupe et partagent tout. Traditionnellement, ils s'occupaient à la chasse au lion — rien n'était plus grande source de prestige que d'avoir tué un lion et de porter sa crinière, l'olawaru — et à des rafles de bétail. Ces deux activités étant aujourd'hui interdites, les guerriers passent beaucoup de temps à tresser et colorer leurs cheveux, à danser l'adamu qui évoque des exploits légendaires, et à se livrer à des combats simulés.

Massaïs préparant le feu de manière traditionnelle
Quand une classe d'âge rejoint les guerriers lors de l'eunoto, les ilmorans les plus âgés deviennent des « anciens novices ». Leur mère leur rase la tête, ils entrent en transe par la prise de drogues associées à de l'hyperventilation, et le shaman, le laibon, exécute les rites nécessaires à ce nouveau passage. Ils peuvent dès lors commencer à participer aux décisions politiques, même si celles-ci sont surtout prises par les « anciens aînés » dans le cadre l'enkigena, le conseil des anciens.

Hommes massaïs accueillant des visiteurs à l'entrée d'un
enkang
C'est aussi à partir de l'entrée dans la classe des anciens que l'homme peut songer à se marier. La vie des femmes comporte moins d'étapes rituelles que celle des hommes. À la puberté, elles subissent l'ablation du clitoris, l'emorata, et s'habillent de noir, le visage couvert de craie blanche et un bandeau de perles autour du front. Elles peuvent alors se marier. Quand leur premier enfant est circoncis, elles ont le droit de se parer les oreilles.

Femmes massaïs accueillant des visiteurs à l'entrée d'un
enkang
Les Massaïs sont polygames, une conséquence de la mortalité élevée chez les guerriers. Ils sont aussi polyandres. Une femme n'épouse pas seulement un homme, mais toute sa classe d'âge. Si un visiteur de celle-ci arrive, l'homme doit lui laisser son lit, mais la femme est libre de le rejoindre ou non. Un enfant qui naît de cette union est considéré comme un enfant du mari à part entière. En cas de mauvais traitement excessif, la femme peut retourner dans la maison de son père ; c'est le kitala, une sorte de divorce où sont négociés la garde des enfants et le remboursement des cadeaux faits par l'époux lors de la demande en mariage.
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La description ci-dessus est celle de la culture massaï originelle. La situation change vite. Certains Massaïs ont rejoint les villes et ont adopté les mœurs occidentales. D'autres mènent une double vie, en ville à certaines époques de l'année, dans leur village à d'autres.

École commune à plusieurs villages massaïs
Même les Massaïs qui souhaitent conserver leur manière traditionnelle de vivre ont de plus en plus de mal à le faire :
- Les missionnaires cherchent à les sédentariser en construisant des points d'eau et des écoles ;
- Les gouvernements du Kenya et de la Tanzanie réglementent l'accès à leurs pâturages situés dans les parcs nationaux ;
- Le contact avec les touristes, auxquels ils vendent le droit d'accès à leurs villages et des objets artisanaux contre des devises fortes, transforme leur économie. Il modifie aussi sans doute leur structure sociale. Théoriquement, un village massaï n'a pas de chef au sens habituel du terme ; chaque classe d'âge a un représentant choisi pour son expérience ou sa sagesse. Ceci dit, dans le village que nous avons visité, un homme se présentait comme le chef et parlait des réalisations du village comme des siennes propres…
Rétroliens