[Première partie]
La troisième partie, L'Âge de l'empathie, commence par tirer le bilan de notre civilisation sur les plans empathique et entropique. Pour le premier, tout va bien : « Le profond changement d'attitude à l'égard des femmes, des homosexuels et des handicapés, et la croissance phénoménale des relations et des mariages interreligieux, interethniques et interraciaux sont impressionnants et indiquent clairement que les frontières traditionnelles séparant les gens commencent à s'effacer et à être remplacées par une sensibilité plus cosmopolite et, avec elle, par l'extension de la conscience empathique à toute une série de nouveaux domaines. » La facture entropique correspondante est par contre considérable, et Jeremy Rifkin dresse le désormais classique tableau des risques écologiques, nucléaires et biologiques.
La solution ? Aucun connaisseur du vMème VERT de la Spirale Dynamique ne sera surpris. Il s'agit de se contenter d'un style de vie assurant un niveau correct de confort économique et de distribuer plus également les richesses. Jeremy Rifkin se livre alors à une démonstration bien étayée que le matérialisme ne fait pas le bonheur des êtres humains. Pire, il aboutit à une diminution de l'empathie ; que ce point contredise, au moins en partie, la thèse développée dans la deuxième partie ne sembla pas gêner Rifkin plus que cela !
Pour Rifkin, cette nouvelle structure économique repose sur « quatre piliers » :
- Les énergies fossiles doivent aussi vite que possible laisser la place aux énergies renouvelables, que Rifkin préfère appeler énergies distribuées parce qu'elles sont plus ou moins disponibles en tout endroit du globe à proximité des lieux de production, et non pas, comme le charbon, le pétrole, le gaz et l'uranium, dans des gisements bien localisés obligeant à créer de coûteux moyens de transport.
- Les anciennes constructions doivent être réhabilitées et les nouvelles conçues pour être autonomes énergétiquement, ou mieux productrices.
- Les énergies distribuées étant intermittentes, des moyens de la stocker sous forme d'hydrogène doivent être créés : les énergies renouvelables servent à produire de l'électricité ; le surplus d'électricité est utilisé pour produire de l'hydrogène par électrolyse de l'eau ; l'hydrogène est conservé et réutilisé à la demande pour produire de l'énergie.
- Le système est complété par un réseau de distribution électrique intelligent conçu sur le modèle de l'Internet et permettant à chaque acteur économique de vendre et acheter de l'énergie à des prix fixés en temps réel.
L'accès à l'énergie, perçu comme un instrument majeur de lutte contre la pauvreté, devient ainsi un des droits de l'homme dans ce nouveau monde que Jeremy Rifkin appelle le « capitalisme distribué » : énergie distribuée, informatique distribuée (micro-ordinateurs et Internet), information distribuée (Web). Ce changement économique induit naturellement un changement social — prise de décision à la base, intelligence collective, peer-to-peer — dont Rifkin attend une focalisation sur la qualité de vie et un nouveau progrès de l'empathie.
Parallèlement, Jeremy Rifkin imagine l'apparition d'un « soi théâtral », les gens jouant des rôles différents dans chacun des groupes auxquels ils appartiennent. Cela ne lui paraît pas poser un problème d'authenticité tant que le rôle est nourri du vécu de la personne et des émotions correspondantes, un peu à la façon Actors Studio ! Le gain empathique vient du fait que ces multiples rôles diminuent l'attachement au « soi réel » et rendent ainsi plus disponible aux autres. En même temps, Rifkin expose le danger narcissique du « soi théâtral » et l'importance énorme que ces personnes accordent à l'expression du « soi réel ». Bref, comme il le reconnaît lui-même, c'est « tout sauf clair »…
Sauf que la Spirale Dynamique apporte peut-être un éclairage pertinent. Notons d'abord que les précédents vMèmes collectifs impliquaient déjà un « soi théâtral » en empêchant tout comportement déviant des rituels et tabous de la tribu (VIOLET) ou des exigences de la vérité ultime (BLEU). En VERT, une personne appartient souvent en même temps à plusieurs groupes, à plusieurs cultures, voire à plusieurs nationalités. Le sacrifice du soi s'exerce différemment dans chacun de ces contextes, et la théâtralité de l'existence est donc plus visible et plus consciente. Toutefois, en VERT, le sacrifice de soi qu'implique le consensus au sein de chaque collectivité n'intervient qu'après une phase où la personne a exprimé en détail son ressenti et sa position, et donc son « soi réel ». L'utilisation systématique de ces deux formes de manifestation de soi est donc parfaitement cohérente dans le cadre du modèle de la Spirale Dynamique.
Le chapitre de conclusion mentionne rapidement le concept d'holarchie, l'approche systémique et la théorie Gaïa sans rien en tirer de concret. Affichage de valeurs de surface de la deuxième boucle avant de retourner au thème émotionnel VERT du livre.
La Civilisation empathique est un ouvrage fascinant, érudit, touchant et agaçant comme peut l'être, de mon point de vue, le niveau d'existence VERT en positionnement A (Arrêté). Il exprime un VERT plutôt sain qui intègre ORANGE et n'en rejette que les excès. Il en manifeste la chaleur, la priorité de l'émotion sur la logique, l'alternance de pessimisme et d'optimisme, le mélange d'intelligence et de naïveté — par exemple, croire en la disparition des problèmes géopolitiques en oubliant incompréhensiblement les difficultés d'approvisionnement en eau qui sont déjà et continueront à être un des risques majeurs de conflits du XXIe siècle !
Une lecture indispensable, au-delà de ce modeste compte rendu et de ces quelques réserves, pour comprendre le type de monde qui est en train de naître et dans lequel nous vivrons très probablement demain.
Source : Jeremy Rifkin. The Empathic Civilization : The Race to Global Consciousness in a World in Crisis. Los Angeles (Californie), Jeremy P. Tarcher, 2009. [Merci à Christopher Cowan qui a attiré l'attention de la communauté de la Spirale Dynamique sur ce livre.]
Ressource : le précédent ouvrage de Jeremy Rifkin avait été évoqué dans le billet intitulé “Liberté ! Oui, mais laquelle ?”
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