Samedi 1 novembre 2008
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#1 Par
le
03.11.2008 à 10:40
Bonjour Fabien,
Le parallèle entre pirates et les sociétés financières offshore des paradis fiscaux est génial. Cela m’inspire un film à classer dans la catégorie des tragédies :
Étape n° 1 :
Vendre à crédit des maisons en carton à des familles qui n’ont pas les moyens et qui sont donc obligées de les payer extrêmement chères.
Et pas qu’aux USA. Les spécialistes de la défiscalisation ont fait, de façon massive, la même chose en France en vendant des appartements plus chers que leur valeur à des familles qui paient 2500 euros d’impôt par an, en leur faisant la promesse que le crédit serait remboursé par des loyers (garantis 3 ans pour des crédits allant jusqu'à 15 ans) et par la défiscalisation.
J’ai personnellement connu une personne qui gagnait jusqu'à 10.000 euros par mois (après une formation sur la vente en entonnoir de deux semaines), en allant voir des familles chez elles, souvent en banlieue, pour leur « cloquer » une vente bonne pour leur patrimoine et leurs enfants.
Conséquences :
Étape n° 2 :
Faire appel à nos formidables QUANT pour fondre (de façon très opaque), dans de belles combinaisons de titres issues de savantes formules mathématiques, les titres de ces fameux crédits (le MIT n’a pas produit que des génies humanistes !), puis vendre le tout sur le marché financier institutionnel au prix fort, depuis une société financière privée, dans laquelle on laisse le minimum d’actifs circulants nécessaire au fonctionnement, et en rapatriant les bénéfices dans une holding offshore (paradis fiscal).
Conséquences :
Étape n° 3 :
Création d’un fond vautour (c’est comme ça qu’ils se nomment eux-mêmes !) ; on rachète en masse, pour une bouchée de pain, les actifs immobiliers que l’on a vendu au prix fort, on les loue au prix fort à ces pauvres gens (vous voyez, on a pensé à vous) qui ne peuvent plus acheter (car plus de prêts) et qui doivent se loger.
Transferts vers le marché de la location : le faible prix + la forte demande en location + achat casch = rendement locatif fort. Et rebelote, on revend tout ça en masse à des investisseurs qui n’ont plus confiance en la Bourse, et qui se jettent sur l’immobilier comme valeur refuge.
Dans le même temps, la perte d’actifs (que nous avons racheté) assèche les banques institutionnelles en liquidité (bah oui, elles sont chez nous !). Alors puisque les banques institutionnelles ne veulent pas qu’on les rachète pour rien, on demande aux États de garantir les prêts que l’on accorde avec un bon taux (en Europe, 4 à 5 %), et nous voilà en possession de belles créances ultra-sécurisées, qui vont nous permettre de faire des affaires en empruntant votre argent à 1 % (aux USA, "il faut relancer l'économie") pour racheter des titres d’entreprises (et même des entreprises) sous-évalués parce que vous paniquerez.
Conséquence :
J'arrête, je pourrais en faire des kilomètres…
Conclusion : nous sommes ceux que vous ne voyez pas, ceux dont vous n’entendez pas parler ; dans les couloirs du pouvoir, on nous appelle parfois lobbies. Nous sommes les pilleurs du bien commun au-dessus des lois, nous volons votre vie en vous manipulant. Pauvres que vous êtes, vous n’avez pas accès à l’information ; ignorants, vous réalisez pour nous les basses œuvres sans en être conscient. Merci braves commerciaux, consommateurs, traders, marketeurs, manageurs…
Mais dormez tranquille, braves humains, nous pensons à vous. Comme il n’y a plus d’argent pour la faim dans le monde, nos fondations offrent gratuitement des semences Mosanto, ainsi que des ordinateurs avec des logiciels Microsoft aux pays pauvres.
Le chômage augmente. Eh bien, nous avons passé un juteux contrat privé avec l’État, et nous avons déjà créé des sociétés de reclassement, qui, avec nos méthodes, vous obligeront à prendre un emploi, là où nous avons besoin de vous. Et nous serons grassement payés par vous pour cela.
Mais sachez, brave gens, que nous souffrons, comme vous tous, de la coupure à notre être véritable ; nos valeurs négatives d'ORANGE et notre orientation de 3 nous poussent à vouloir être les maîtres du monde et nous privent du vrai bonheur, malgré les femmes, les suites de luxe, les yachts, les Ferrari. Nous nous mentons à nous-mêmes, nous ne sommes pas conscients, alors soyez indulgents, nous sommes tous dans le même bateau sur une mer agitée, inconscient du fait qu’il puisse bientôt couler, vous dans le réservoir et la salle des machines, et nous dans la suite royale d'un capitaine débordé.
J'arrête là aussi. Il y a malheureusement de quoi en faire des tonnes…
À l’heure où la redistribution des richesses et de l'information est urgente pour la stabilité de nos sociétés, le problème des paradis fiscaux est crucial (pour moi central), et je trouve incroyablement grave l’absence d’informations diffusées dans les médias de masse sur le sujet.
Pour finir, je rejoins les solutions préconisées par Jacques Attali sur son blog : « En même temps que nous préparons les conférences mondiales sur le sujet, il serait donc urgent de réfléchir à nous doter, au moins entre pays membre de l’Eurogroup, d’institutions capables de surveiller tous les acteurs financiers européens (même et surtout ceux qui ne sont pas des banques), d’interdire à nos institutions financières de travailler avec des places financières offshore et les paradis fiscaux hors de l’Union, et d’interdire, selon une définition commune à tous, de telles pratiques dans l’Union. »
Couper les charognards du système.
Ton billet est vraiment génial, bravo.
À bientôt,
Samy
Le parallèle entre pirates et les sociétés financières offshore des paradis fiscaux est génial. Cela m’inspire un film à classer dans la catégorie des tragédies :
Titre : « Attaque du pavillon naval des banques mondiales en trois étapes »
Sous-titre : Le capital aime les pauvres.
Sous-titre : Le capital aime les pauvres.
Étape n° 1 :
Vendre à crédit des maisons en carton à des familles qui n’ont pas les moyens et qui sont donc obligées de les payer extrêmement chères.
Et pas qu’aux USA. Les spécialistes de la défiscalisation ont fait, de façon massive, la même chose en France en vendant des appartements plus chers que leur valeur à des familles qui paient 2500 euros d’impôt par an, en leur faisant la promesse que le crédit serait remboursé par des loyers (garantis 3 ans pour des crédits allant jusqu'à 15 ans) et par la défiscalisation.
J’ai personnellement connu une personne qui gagnait jusqu'à 10.000 euros par mois (après une formation sur la vente en entonnoir de deux semaines), en allant voir des familles chez elles, souvent en banlieue, pour leur « cloquer » une vente bonne pour leur patrimoine et leurs enfants.
Conséquences :
- Création de titres de crédit particulièrement performants (en tout cas à court et moyen terme).
- Les pauvres, les familles endettées, la misère humaine, on n’y reviendra plus tard.
Étape n° 2 :
Faire appel à nos formidables QUANT pour fondre (de façon très opaque), dans de belles combinaisons de titres issues de savantes formules mathématiques, les titres de ces fameux crédits (le MIT n’a pas produit que des génies humanistes !), puis vendre le tout sur le marché financier institutionnel au prix fort, depuis une société financière privée, dans laquelle on laisse le minimum d’actifs circulants nécessaire au fonctionnement, et en rapatriant les bénéfices dans une holding offshore (paradis fiscal).
Conséquences :
- On se débarrasse du risque et du « mensonge » que l’on revend de façon opaque avec une forte marge.
- Les banques institutionnelles achètent des actifs fictifs.
- Les biens immobiliers hypothéqués sont saisis pour être revendu à presque 45 % de leur valeur réelle.
- Des ménages sont ruinés, les banques et la bourse aussi…
- Avec nos paradis fiscaux, on pille votre travail et le bien commun.
- Nous, on se gave, on se gave…
Étape n° 3 :
Création d’un fond vautour (c’est comme ça qu’ils se nomment eux-mêmes !) ; on rachète en masse, pour une bouchée de pain, les actifs immobiliers que l’on a vendu au prix fort, on les loue au prix fort à ces pauvres gens (vous voyez, on a pensé à vous) qui ne peuvent plus acheter (car plus de prêts) et qui doivent se loger.
Transferts vers le marché de la location : le faible prix + la forte demande en location + achat casch = rendement locatif fort. Et rebelote, on revend tout ça en masse à des investisseurs qui n’ont plus confiance en la Bourse, et qui se jettent sur l’immobilier comme valeur refuge.
Dans le même temps, la perte d’actifs (que nous avons racheté) assèche les banques institutionnelles en liquidité (bah oui, elles sont chez nous !). Alors puisque les banques institutionnelles ne veulent pas qu’on les rachète pour rien, on demande aux États de garantir les prêts que l’on accorde avec un bon taux (en Europe, 4 à 5 %), et nous voilà en possession de belles créances ultra-sécurisées, qui vont nous permettre de faire des affaires en empruntant votre argent à 1 % (aux USA, "il faut relancer l'économie") pour racheter des titres d’entreprises (et même des entreprises) sous-évalués parce que vous paniquerez.
Conséquence :
- On se gave, brave gens, on se gave…
———————
J'arrête, je pourrais en faire des kilomètres…
Conclusion : nous sommes ceux que vous ne voyez pas, ceux dont vous n’entendez pas parler ; dans les couloirs du pouvoir, on nous appelle parfois lobbies. Nous sommes les pilleurs du bien commun au-dessus des lois, nous volons votre vie en vous manipulant. Pauvres que vous êtes, vous n’avez pas accès à l’information ; ignorants, vous réalisez pour nous les basses œuvres sans en être conscient. Merci braves commerciaux, consommateurs, traders, marketeurs, manageurs…
Mais dormez tranquille, braves humains, nous pensons à vous. Comme il n’y a plus d’argent pour la faim dans le monde, nos fondations offrent gratuitement des semences Mosanto, ainsi que des ordinateurs avec des logiciels Microsoft aux pays pauvres.
Le chômage augmente. Eh bien, nous avons passé un juteux contrat privé avec l’État, et nous avons déjà créé des sociétés de reclassement, qui, avec nos méthodes, vous obligeront à prendre un emploi, là où nous avons besoin de vous. Et nous serons grassement payés par vous pour cela.
Mais sachez, brave gens, que nous souffrons, comme vous tous, de la coupure à notre être véritable ; nos valeurs négatives d'ORANGE et notre orientation de 3 nous poussent à vouloir être les maîtres du monde et nous privent du vrai bonheur, malgré les femmes, les suites de luxe, les yachts, les Ferrari. Nous nous mentons à nous-mêmes, nous ne sommes pas conscients, alors soyez indulgents, nous sommes tous dans le même bateau sur une mer agitée, inconscient du fait qu’il puisse bientôt couler, vous dans le réservoir et la salle des machines, et nous dans la suite royale d'un capitaine débordé.
J'arrête là aussi. Il y a malheureusement de quoi en faire des tonnes…
———————
À l’heure où la redistribution des richesses et de l'information est urgente pour la stabilité de nos sociétés, le problème des paradis fiscaux est crucial (pour moi central), et je trouve incroyablement grave l’absence d’informations diffusées dans les médias de masse sur le sujet.
Pour finir, je rejoins les solutions préconisées par Jacques Attali sur son blog : « En même temps que nous préparons les conférences mondiales sur le sujet, il serait donc urgent de réfléchir à nous doter, au moins entre pays membre de l’Eurogroup, d’institutions capables de surveiller tous les acteurs financiers européens (même et surtout ceux qui ne sont pas des banques), d’interdire à nos institutions financières de travailler avec des places financières offshore et les paradis fiscaux hors de l’Union, et d’interdire, selon une définition commune à tous, de telles pratiques dans l’Union. »
Couper les charognards du système.
Ton billet est vraiment génial, bravo.
À bientôt,
Samy
#2 Par
le
06.11.2008 à 11:16
Bonjour Samy,
Décidément, tu es porté par l'indignation, ces temps-ci ! Il faut dire qu'il y a de quoi. On en revient au principe fondamental que tout pouvoir sans contre-pouvoir est dangereux : compter sur le sens de l'éthique et des responsabilités de l'ensemble des êtres humains est noble, mais n'est pas réaliste en termes de Spirale Dynamique.
Très amicalement,
Fabien
Décidément, tu es porté par l'indignation, ces temps-ci ! Il faut dire qu'il y a de quoi. On en revient au principe fondamental que tout pouvoir sans contre-pouvoir est dangereux : compter sur le sens de l'éthique et des responsabilités de l'ensemble des êtres humains est noble, mais n'est pas réaliste en termes de Spirale Dynamique.
Très amicalement,
Fabien
#3 Par
le
13.10.2009 à 10:10
Bonjour à tous,
Pour ceux que l'expression du vMème ORANGE chez les pirates du XVIIIe siècle, je voudrais signaler un livre de Peter T. Leeson, un professeur d'économie américain, intitulé “The Invisible Hook: The Hidden Economics of Pirates”. Le « crochet invisible » du titre est une amusante allusion au concept de la main invisible du marché d'Adam Smith, un des thèmes fondateurs de l'économie ORANGE.
Il y explique que les pirates cherchaient à obtenir une reddition sans résistance des bateaux qu'ils attaquaient de façon à ce que les navires et le butin ne soient pas endommagés et que le risque de représailles soit plus faible.
Chaque expédition de pirates commençait par l'élection du capitaine et par l'élaboration d'une Constitution approuvée à l'unanimité par l'équipage et qui définissait les règles de fonctionnement du bateau pirate et de répartition, relativement égalitaire, des prises qu'il ferait. Une caisse commune servait à indemniser les blessés. Des procédures claires permettaient d'accueillir de nouveaux membres.
Très amicalement,
Fabien
Source : Giorgio Barba Navaretti, "La rigoureuse économie des pirates", Books, N° 9, octobre 2009, p. 49.
Pour ceux que l'expression du vMème ORANGE chez les pirates du XVIIIe siècle, je voudrais signaler un livre de Peter T. Leeson, un professeur d'économie américain, intitulé “The Invisible Hook: The Hidden Economics of Pirates”. Le « crochet invisible » du titre est une amusante allusion au concept de la main invisible du marché d'Adam Smith, un des thèmes fondateurs de l'économie ORANGE.
Il y explique que les pirates cherchaient à obtenir une reddition sans résistance des bateaux qu'ils attaquaient de façon à ce que les navires et le butin ne soient pas endommagés et que le risque de représailles soit plus faible.
Chaque expédition de pirates commençait par l'élection du capitaine et par l'élaboration d'une Constitution approuvée à l'unanimité par l'équipage et qui définissait les règles de fonctionnement du bateau pirate et de répartition, relativement égalitaire, des prises qu'il ferait. Une caisse commune servait à indemniser les blessés. Des procédures claires permettaient d'accueillir de nouveaux membres.
Très amicalement,
Fabien
Source : Giorgio Barba Navaretti, "La rigoureuse économie des pirates", Books, N° 9, octobre 2009, p. 49.
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Peter Hayes, maître de conférence en Sciences politiques à l'Université de Sunderland, affirme que la création d'institutions démocratiques n'est pas due à l'Angleterre ou aux États-Unis, mais aux pirates. Selon lui, « les pirates élisaient leur capitaine, votaient pour toutes les décisions importantes et se répartissaient leur butin en parts égales. »






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