Mardi 22 mai 2007
Dessous de table
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Bonjour Fabien,
J'ai failli en tomber de ma chaise en voyant un billet de 0 rupees sur ton site !
Je vis en Inde depuis maintenant 18 mois, et inutile de dire que je partage ce point de vue sur l'Inde : la corruption est "endémique".
Toutefois pour lutter contre la corruption, il faudrait tout d'abord que les fonctionnaires (notamment de police) soient correctement payés. Le niveau de salaire des fonctionnaires de police est incroyablement bas comparé au reste de la population.
Il est vrai que vivre en Inde signifie vivre au contact permanent de la corruption. Toute action officielle rapide implique de glisser un petit billet : même mettre en place une ligne téléphonique, obtenir la connexion au gaz, etc. Au début que je vivais en Inde, j'ignorais cette "règle" et je devenais folle à force d'attendre les employés du téléphone ou du gaz !
En ce moment, nous sommes en plein renouvellement de nos visas : personne n'a jamais réussi obtenir le moindre visa de travail sans donner de substantiels dessous de table. Les sociétés étrangères ont généralement un employé dans leur service administratif dédié aux visas ; cet individu a pour fonction d'effectuer toutes les démarches en se promenant avec sa petite mallette de billets : il connaît les tarifs et sait exactement qui arroser.
Depuis quelques temps, l'obtention des visas est beaucoup plus longue, et je me retrouve dans la situation où je risque de ne pas pouvoir sortir d'Inde en juin (pour les vacances), ou si je sors, je ne peux plus revenir ! Au sommet de l'agacement, ma première idée avait été de tripler le montant du dessous de table afin de faire passer mon dossier sur le dessus de la pile ! Et oui, c'est très ROUGE mais il est impossible à un expatrié de survivre en Inde sans avoir recours à ces pots de vins ! Si on ne paye pas, on doit partir !
Certaines sociétés ont d'ailleurs une politique visant à payer un séjour d'une semaine à Bangkok ou Singapour afin que leurs expatriés refassent faire leurs visas indiens dans un autre pays que l'Inde ! Incroyable, non ?
Une dernière petite anecdote : il y a quelques temps, un policier a arrêté mon chauffeur suite à une soi-disant erreur (il y avait deux panneaux sens interdit au même endroit, apparemment une erreur de signalétique !) et l'a longuement embêté, le menaçant de lui retirer son permis. J'ai essayé de me mêler de la conversation, mais le policier m'a ignoré (je suis une femme !). Finalement, j'ai explosé et pris mon téléphone en disant au policier que j'appelais l'avocat de la société de mon mari. Le policier a immédiatement cessé son manège. Et le chauffeur m'a chaleureusement remercié en m'avouant qu'il aurait dû donner un billet si je n'avais pas été là !
L'article référence de Fabien souligne que le Kerala est l'État le moins corrompu d'Inde : c'est normal puisqu'il s'agit de l'État le plus alphabétisé d'Inde et l'un des moins pauvres ! Accessoirement, c'est aussi un État communiste. On peut supposer que BLEU y est plus fort que ROUGE (eyh… enfin je crois) !
Voilà mon petit témoignage en direct from Bangalore !
Bien cordialement, Aurore
J'ai failli en tomber de ma chaise en voyant un billet de 0 rupees sur ton site !
Je vis en Inde depuis maintenant 18 mois, et inutile de dire que je partage ce point de vue sur l'Inde : la corruption est "endémique".
Toutefois pour lutter contre la corruption, il faudrait tout d'abord que les fonctionnaires (notamment de police) soient correctement payés. Le niveau de salaire des fonctionnaires de police est incroyablement bas comparé au reste de la population.
Il est vrai que vivre en Inde signifie vivre au contact permanent de la corruption. Toute action officielle rapide implique de glisser un petit billet : même mettre en place une ligne téléphonique, obtenir la connexion au gaz, etc. Au début que je vivais en Inde, j'ignorais cette "règle" et je devenais folle à force d'attendre les employés du téléphone ou du gaz !
En ce moment, nous sommes en plein renouvellement de nos visas : personne n'a jamais réussi obtenir le moindre visa de travail sans donner de substantiels dessous de table. Les sociétés étrangères ont généralement un employé dans leur service administratif dédié aux visas ; cet individu a pour fonction d'effectuer toutes les démarches en se promenant avec sa petite mallette de billets : il connaît les tarifs et sait exactement qui arroser.
Depuis quelques temps, l'obtention des visas est beaucoup plus longue, et je me retrouve dans la situation où je risque de ne pas pouvoir sortir d'Inde en juin (pour les vacances), ou si je sors, je ne peux plus revenir ! Au sommet de l'agacement, ma première idée avait été de tripler le montant du dessous de table afin de faire passer mon dossier sur le dessus de la pile ! Et oui, c'est très ROUGE mais il est impossible à un expatrié de survivre en Inde sans avoir recours à ces pots de vins ! Si on ne paye pas, on doit partir !
Certaines sociétés ont d'ailleurs une politique visant à payer un séjour d'une semaine à Bangkok ou Singapour afin que leurs expatriés refassent faire leurs visas indiens dans un autre pays que l'Inde ! Incroyable, non ?
Une dernière petite anecdote : il y a quelques temps, un policier a arrêté mon chauffeur suite à une soi-disant erreur (il y avait deux panneaux sens interdit au même endroit, apparemment une erreur de signalétique !) et l'a longuement embêté, le menaçant de lui retirer son permis. J'ai essayé de me mêler de la conversation, mais le policier m'a ignoré (je suis une femme !). Finalement, j'ai explosé et pris mon téléphone en disant au policier que j'appelais l'avocat de la société de mon mari. Le policier a immédiatement cessé son manège. Et le chauffeur m'a chaleureusement remercié en m'avouant qu'il aurait dû donner un billet si je n'avais pas été là !
L'article référence de Fabien souligne que le Kerala est l'État le moins corrompu d'Inde : c'est normal puisqu'il s'agit de l'État le plus alphabétisé d'Inde et l'un des moins pauvres ! Accessoirement, c'est aussi un État communiste. On peut supposer que BLEU y est plus fort que ROUGE (eyh… enfin je crois) !
Voilà mon petit témoignage en direct from Bangalore !
Bien cordialement, Aurore
Bonjour Aurore,
Merci pour ton témoignage.
Quand tu veux tripler ton pot de vin, est-ce vraiment de l'impulsivité ROUGE ? Ne serait-ce pas plutôt de la réflexion stratégique ORANGE ?
C'est très intéressant, cette information sur le Kerala et sur son BLEU limitant l'impact de ROUGE.
Très amicalement,
Fabien
Merci pour ton témoignage.
Quand tu veux tripler ton pot de vin, est-ce vraiment de l'impulsivité ROUGE ? Ne serait-ce pas plutôt de la réflexion stratégique ORANGE ?
C'est très intéressant, cette information sur le Kerala et sur son BLEU limitant l'impact de ROUGE.
Très amicalement,
Fabien
Bonjour Fabien,
Effectivement, lorsque je veux tripler le pot de vin, il s'agit bien d'une réflexion stratégique ORANGE. Par contre, lorsque j'aurai pété la tête d'un fonctionnaire du FRO (Foreign Registration Officer) car il ne me donnait pas mon visa, j'aurais pleinement exprimé mon impulsivité de ROUGE !!!!!
Quelques informations complémentaires au sujet du Kerala :
Peuplé depuis la plus haute antiquité et habitué aux échanges commerciaux, le Kerala est l'État le plus chrétien d'Inde.
C'est le premier état Indien totalement alphabétisé (91% de personnes alphabétisées contre 61% pour la moyenne indienne – source Unicef 2004).
L'évolution historique du processus éducatif au Kerala prend son origine dans une scolarisation précoce visant à servir les intérêts des évangélistes pour la diffusion du christianisme (vMème BLEU) et un intérêt gouvernemental accordé à l'éducation dès le XIXe siècle.
Cet État est le plus stable politiquement de l'Inde et a élu démocratiquement un gouvernement communiste en 1957.
Du fait de leur niveau d'éducation, beaucoup de Keralais travaillent au Moyen-Orient et contribuent à la richesse de cet État par leurs envois mensuels d'argent.
Par ailleurs, parmi les ménages les plus défavorisés, il est d'usage que la mère de famille cultive un potager dont elle contrôle la récolte, ce qui a des effets très positifs sur la nutrition et le développement des enfants.
Je n'ai passé qu'une semaine au Kerala mais je peux dire que la pauvreté est clairement moins visible qu'ailleurs, et les villages sont globalement beaucoup plus propres que dans les autres États indiens. J'ai pu observer que toutes les maisons, même modestes avaient un jardin potager et, parfois, une vache (pour le lait). Les routes sont bien entretenues, et la conduite est beaucoup plus posée que dans le Karnataka, ce qui confirme que ROUGE est beaucoup moins fort que dans les autres États.
Bref, on peut donc supposer que moins de pauvreté et un niveau d'éducation plus élevé expliquent la prédominance du vMème BLEU sur le ROUGE.
À suivre si je trouve d'autres informations…
Bonne semaine,
Aurore
Effectivement, lorsque je veux tripler le pot de vin, il s'agit bien d'une réflexion stratégique ORANGE. Par contre, lorsque j'aurai pété la tête d'un fonctionnaire du FRO (Foreign Registration Officer) car il ne me donnait pas mon visa, j'aurais pleinement exprimé mon impulsivité de ROUGE !!!!!
Quelques informations complémentaires au sujet du Kerala :
Peuplé depuis la plus haute antiquité et habitué aux échanges commerciaux, le Kerala est l'État le plus chrétien d'Inde.
C'est le premier état Indien totalement alphabétisé (91% de personnes alphabétisées contre 61% pour la moyenne indienne – source Unicef 2004).
L'évolution historique du processus éducatif au Kerala prend son origine dans une scolarisation précoce visant à servir les intérêts des évangélistes pour la diffusion du christianisme (vMème BLEU) et un intérêt gouvernemental accordé à l'éducation dès le XIXe siècle.
Cet État est le plus stable politiquement de l'Inde et a élu démocratiquement un gouvernement communiste en 1957.
Du fait de leur niveau d'éducation, beaucoup de Keralais travaillent au Moyen-Orient et contribuent à la richesse de cet État par leurs envois mensuels d'argent.
Par ailleurs, parmi les ménages les plus défavorisés, il est d'usage que la mère de famille cultive un potager dont elle contrôle la récolte, ce qui a des effets très positifs sur la nutrition et le développement des enfants.
Je n'ai passé qu'une semaine au Kerala mais je peux dire que la pauvreté est clairement moins visible qu'ailleurs, et les villages sont globalement beaucoup plus propres que dans les autres États indiens. J'ai pu observer que toutes les maisons, même modestes avaient un jardin potager et, parfois, une vache (pour le lait). Les routes sont bien entretenues, et la conduite est beaucoup plus posée que dans le Karnataka, ce qui confirme que ROUGE est beaucoup moins fort que dans les autres États.
Bref, on peut donc supposer que moins de pauvreté et un niveau d'éducation plus élevé expliquent la prédominance du vMème BLEU sur le ROUGE.
À suivre si je trouve d'autres informations…
Bonne semaine,
Aurore
Dans mes lectures d'été, j'ai découvert qu'à la fin des années 1980, le Kerala a lancé une vaste opération pour éradiquer l'illétrisme. En 1991, l'ONU a déclaré que le Kerala était devenu la seule nation où 100% de la population savait lire et écrire. 100% !
Parallèlement, cela confirme ce que me répondait Fabien dans les commentaires de "1 femme, 1 enfant ORANGE", le taux de natalité est descendu aux environs de deux enfants par foyer.
De plus, l'espérance de vie au Kerala est de 72 ans, considérablement au-dessus de la moyenne indienne. Peut-être y a-t-il aussi un lien.
Parallèlement, cela confirme ce que me répondait Fabien dans les commentaires de "1 femme, 1 enfant ORANGE", le taux de natalité est descendu aux environs de deux enfants par foyer.
De plus, l'espérance de vie au Kerala est de 72 ans, considérablement au-dessus de la moyenne indienne. Peut-être y a-t-il aussi un lien.
#4
le
09.08.2007 à 10:46
Bonjour à tous,
Aurore et Coriolan, voici les dernières petites nouvelles du Kerala. Le gouvernement local y a fait publier des manuels scolaires ne respectant pas les directives de New Delhi. Dans l'un d'entre eux destiné à des élèves de quatrième, on peut lire ceci qui fait scandale dans tout le pays :
« Après avoir fait asseoir les parents accompagnés de leur enfant sur des chaises devant lui, le directeur de l'école commence à remplir la fiche de l'élève.
Mon garçon, comment t'appelles-tu ?
— Jeevan.
— Bien, joli prénom. Le nom de ton père ?
— Anvar Rasheed [un nom musulman].
— Le nom de ta mère ?
— Lakshmi Devi [un nom hindou].
Le directeur relève la tête, regarde les parents et leur demande :
Quelle religion dois-je inscrire ?
— Aucune. Écrivez que notre fils n'a pas de religion.
— Et sa caste ?
— Pareil.
Le directeur s'incline dans son fauteuil et demande avec une certaine gravité :
Et si, en grandissant, il ressent le besoin d'avoir une religion ?
— Alors, il sera libre de choisir sa religion. »
Un couple mixte laissant son enfant libre de bâtir sa propre spiritualité, où va-t-on ?
Très amicalement,
Fabien
Source : Ingrid Therwath, "Du rififi dans les manuels scolaires", Courrier international, 1 juillet 2008
Aurore et Coriolan, voici les dernières petites nouvelles du Kerala. Le gouvernement local y a fait publier des manuels scolaires ne respectant pas les directives de New Delhi. Dans l'un d'entre eux destiné à des élèves de quatrième, on peut lire ceci qui fait scandale dans tout le pays :
« Après avoir fait asseoir les parents accompagnés de leur enfant sur des chaises devant lui, le directeur de l'école commence à remplir la fiche de l'élève.
Mon garçon, comment t'appelles-tu ?
— Jeevan.
— Bien, joli prénom. Le nom de ton père ?
— Anvar Rasheed [un nom musulman].
— Le nom de ta mère ?
— Lakshmi Devi [un nom hindou].
Le directeur relève la tête, regarde les parents et leur demande :
Quelle religion dois-je inscrire ?
— Aucune. Écrivez que notre fils n'a pas de religion.
— Et sa caste ?
— Pareil.
Le directeur s'incline dans son fauteuil et demande avec une certaine gravité :
Et si, en grandissant, il ressent le besoin d'avoir une religion ?
— Alors, il sera libre de choisir sa religion. »
Un couple mixte laissant son enfant libre de bâtir sa propre spiritualité, où va-t-on ?
Très amicalement,
Fabien
Source : Ingrid Therwath, "Du rififi dans les manuels scolaires", Courrier international, 1 juillet 2008
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La corruption existe partout, mais dans les pays où se conjuguent une grande pauvreté et un vMème ROUGE fort, elle devient endémique. Lutter contre la corruption est alors un préalable au développement. Généralement, les autorités croient que c'est le rôle de l'État, ce qui est pour le moins paradoxal : une administration corrompue est chargée de lutter contre la corruption de l'administration ! Autant dire que cette approche ne donne que peu de résultats.
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