[Première partie]
Si le vote est facultatif, il y a alors, selon Jason Brennan, une obligation morale à ne pas voter « mal ». Il est préférable de s'abstenir plutôt que de polluer la démocratie avec un mauvais vote. Voter « mal », c'est voter pour une politique nuisible, ou pour un candidat susceptible de mettre en œuvre une politique nuisible, voire même voter par erreur pour un « bon » candidat en espérant qu'il conduise une politique nuisible. Une personne ne sera donc réputée avoir bien voté que si elle a une justification épistémique de son vote, c'est-à-dire s'il est justifié pour elle de croire qu'elle a voté pour un candidat ou pour une politique qui promouvra le bien commun. Les causes les plus fréquentes d'un vote nuisible inexcusable sont des croyances immorales, l'ignorance ou l'irrationalité.
Le même enchaînement moral est fréquent dans notre vie quotidienne. Personne n'est obligé de devenir parent, d'apprendre à conduire, ou d'exercer la chirurgie. Cependant toute personne qui le fait doit absolument se montrer responsable dans la pratique de cette activité. Cela n'implique pas une perfection irréaliste. Un chirurgien, par exemple, peut commettre une erreur, mais pas si celle-ci est la conséquence d'une négligence.
Il va sans dire, mais mieux en le disant, qu'il n'est pas question pour Jason Brennan de restreindre le droit de vote, mais seulement d'inciter chaque votant potentiel à une réflexion morale et politique sur l'impact de son vote.
Jason Brennan estime qu'une personne a l'obligation de ne pas s'engager dans une activité nuisible à la collectivité quand cela n'implique pas pour elle un coût personnel excessif. Une personne qui ne vote pas est dans cette situation. Certes l'abstention peut aussi avoir un impact négatif : il est possible que la cohésion sociale soit d'autant plus forte qu'il y a de votants ; on peut imaginer qu'une personne qui vote est amenée à s'intéresser au bien commun et à devenir un meilleur votant ; etc. Brennan estime toutefois que les bénéfices de la réduction du « mauvais » vote sont supérieurs à ses coûts.
Jason Brennan trouve acceptable le vote stratégique qui consiste, en tenant compte du vote probable des autres, à voter pour quelqu'un qui n'a pas notre préférence dans l'espoir d'atteindre nos objectifs préférés. Pour lui, ce type de vote est moralement recevable s'il ne fait pas courir à la société de risques excessifs et s'il peut donner un meilleur résultat en termes d'atteinte du bien commun.
Enfin Jason Brennan ne voit pas d'objection morale absolue à vendre ou à acheter des votes, tant que le principe de base de recherche du bien commun est respecté : s'il est moralement acceptable de voter pour quelqu'un gratuitement, il l'est tout autant, selon lui, de voter en étant payé ou de payer quelqu'un pour voter ainsi. Prenons un exemple. Supposons que Jean soit une personne pleine de vertu civique qui contribue largement à la société par son métier et sa participation à des associations. Quand Jean vote, il le fait en conscience, après s'être informé et en choisissant ce qu'il pense être la meilleure option pour le bien commun. Très occupé par ses autres activités, Jean a décidé de ne pas voter à un prochain référendum. Y a-t-il un mal à lui proposer 500 € pour voter, sachant que s'il les accepte, il votera comme d'habitude de manière renseignée et éthique ?
Jason Brennan ne dit pas pour autant que la vente des votes devrait être légalisée, entre autres parce qu'il n'y aurait aucune garantie que le commerce des votes serait fait de manière éthique.
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Jason Brennan constate que de nombreuses personnes sont en désaccord avec ses idées, voire choquées par elles, sans toutefois être capable de développer un argumentaire rationnel pour les réfuter. Si vous êtes de ceux qui le désapprouvent, vous devriez commencer par lire son ouvrage : il est probable que vos objections y soient déjà traitées. Si ce n'est pas le cas, Jason Brennan sera ravi d'échanger avec vous.
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mer. 11 juin 02008, 07:04