[Première partie]
Il nous reste à aborder la part de la structure familiale dans la violence et la délinquance des jeunes, notamment de sexe masculin. Même si d'autres structures familiales peuvent peut-être être impliquées, il y a une corrélation bien connue entre ces phénomènes et les familles monoparentales constituées d'une mère et d'un ou plusieurs enfants. Les enfants élevés sans père ont statistiquement plus de risques d'être violents, d'être blessés, d'avoir des problèmes, d'être en échec scolaire ou d'être membre d'une bande à l'adolescence. Une étude australienne a démontré que 80 % des violeurs motivés par une colère déplacée avaient été élevés sans père. En 1999, 80 % des membres de gangs aux États-Unis venaient de foyers sans père. Une étude canadienne, publiée cet été, a suivi 138 enfants de l'âge de 3 à 5 ans jusqu'au début de l'adolescence : les enfants dont le père est absent ont des moins bons résultats aux tests d'intelligence et des problèmes émotionnels plus fréquents, indépendamment du positionnement socio-économique de leur famille.
Le nombre de familles monoparentales augmente régulièrement parallèlement à la délinquance des jeunes. En France, en 2005, selon l'Insee, 1,76 million de familles sont constituées d'un seul adulte vivant avec un ou plusieurs enfants. Dans 85 % des cas, il s'agit de la mère, 90 % même quand les enfants ont moins de 6 ans. 17,7 % des enfants, soit 2,84 millions, vivent aujourd'hui dans une famille monoparentale.
Une corrélation statistique n'est pas forcément une causalité. L'Ennéagramme et la Spirale Dynamique nous permettent de pousser l'analyse un peu plus loin.
Quand un vMème se met en place, ses excès ne peuvent être contenus que par une influence extérieure ou par un frein intérieur venant des niveaux d'existence précédents. Par exemple, des parents centrés en VERT aident leurs enfants à mettre en place un ORANGE sans trop de narcissisme ; un enfant ayant un ORANGE bien développé sait faire entendre et prendre en compte son point de vue dans ses diverses communautés lorsqu'il passe en VERT.
Le développement d'un enfant nécessite la présence d'une figure nourricière et d'une figure protectrice. Traditionnellement, ces rôles sont joués respectivement par la mère et par le père, mais rien n'empêche d'autres personnes de les tenir. Il est toutefois nécessaire que ce soient des personnes différentes qui remplissent ces rôles quand l'enfant est très jeune, car il n'a pas alors le développement cognitif lui permettant de comprendre et gérer des situations où la même personne a les deux attitudes (cf. par exemple les travaux de Gregory Bateson sur la double contrainte et la schizophrénie).
Le lien entre l'instinct social de l'Ennéagramme et le niveau VIOLET de la Spirale Dynamique nous apprend que la figure protectrice joue un rôle déterminant dans le développement d'un VIOLET sain. Dans une famille monoparentale où l'adulte est la mère agissant en tant que figure nourricière et où le père n'est pas impliqué dans l'éducation de ses enfants, le rôle de figure protectrice ne peut donc être tenu que par un autre membre de la famille, oncle ou grand-père par exemple, ou une par une personne extérieure à la famille. Le rôle est sans doute moins bien joué qu'il ne pourrait l'être par le père parce que les contacts entre l'enfant et cette personne sont généralement plus épisodiques.
En l'absence de cette personne, le développement du vMème VIOLET n'est pas suffisant pour créer un sentiment convenable de sécurité. Du fait, VIOLET ne pourra pas jouer son rôle de frein interne aux excès de ROUGE. La figure protectrice est aussi celle qui, de l'extérieur, peut dire à l'enfant quel comportement ROUGE est acceptable et lequel ne l'est pas. Le manque de la figure protectrice touche négativement les enfants des deux sexes, ce qui explique qu'il y ait aussi une augmentation forte de la délinquance des jeunes filles. Cependant, il a un impact supplémentaire chez les garçons qui construisent traditionnellement leur identité masculine en s'identifiant à un homme de leur entourage — cela changera peut-être dans les sociétés dominées par VERT et au-delà, mais traiter ce point serait un sujet à part entière.
Les enquêtes criminologiques vont dans le même sens : le gros des jeunes délinquants est constitué de garçons issus d'une famille monoparentale sans père et n'ayant pas eu par ailleurs un mentor mâle plus âgé. Dans notre monde ORANGE, les familles monoparentales sont très isolées, et ce mentorat n'est que rarement exercé par un proche. Cette situation évoluera spontanément avec VERT où la famille va à nouveau s'élargir : cf. par exemple “Crustacés et coquillages” ou “Familles plurielles”.
Mais que faire en attendant ? A priori, dans nos pays, tous les enfants passent par l'école, et c'est donc le lieu idéal pour leur proposer les mentors peut-être absents de leur milieu familial. Théoriquement.
En France, au 31 janvier 2006, 79,3 % des professeurs des écoles étaient des femmes, ce qui est conforme à la moyenne des pays développés (80 % en 1997 selon l'UNESCO) ; ce pourcentage dépasse 90 % dans les écoles maternelles. 71 % des directeurs d'école sont des femmes. Les femmes sont aussi les plus nombreuses pour les professeurs certifiés (62,9 %), mais deviennent minoritaires pour les professeurs agrégés (49,2 %) et d'université (17,6 %).
Une étude canadienne liste quatre causes à cette surreprésentation des femmes dans l'enseignement primaire :
- le lien complexe entre masculinité et sollicitude ;
- le salaire trop bas et le statut de la profession ;
- le fait que l'enseignement primaire soit une profession à prédominance féminine ;
- la proximité physique avec les élèves.
Voilà des pistes pour une prochaine réforme de l'Éducation nationale…
Revenons aux cinq causes de la montée probable de la délinquance des jeunes citées dans la première partie de cet article. Le constat que j'ai dressé ici n'est pas révolutionnaire. Les personnes dites de gauche ont l'habitude de mettre l'accent sur les raisons socio-économiques du phénomène, là où celles dites de droite sont plutôt sensibles aux raisons familiales et éducatives. L'intérêt de la Spirale Dynamique est qu'en nous forçant à prendre en compte tous les niveaux d'existence, elle nous aide à prendre de la distance avec nos systèmes de croyance et à avoir une analyse plus complète et plus objective.
Source 1 : Philip Zimbardo, "The demise of guys ?" TED, 2011
Source 2 : "Répères et statistiques : les personnels", Ministère de l'Éducation nationale, Août 2006.
Source 3 : Lucie Charbonneau, "Enseigner au primaire : Vision de la masculinité dans un monde féminin", CRIFPE, Mai 2009
Source 4 : Olivier Chardon, Fabienne Daguet & Émilie Vivas, "Les familles monoparentales : Des difficultés à travailler et à se loger", Division Enquêtes et études démographiques de l'Insee, Juin 2008.
Source 5 : Gay Arndt Bradshaw. Elephants on the Edge : What Animals Teach Us About Humanity. Londres (Royaume Uni) ; Yale University Press ; 2009.
Source 6 : Erin Pougnet, Lisa A. Serbin, Dale M. Stack & Alex E. Schwartzman, "Fathers' influence on children's cognitive and behavioural functioning : A longitudinal study of Canadian families", Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportement, Vol. 43, N° 3, Juillet 2011, p. 173-182.
sam 1 jan 2011, 00:00