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Jeudi 27 octobre 2011
Que la défaite est belle !
Hier, l'équipe française ayant participé à la Coupe du monde de rugby est rentrée au pays. Elle a été accueillie triomphalement, reçue avec les honneurs par Nicolas Sarkozy, puis fêtée au cours d'un grand dîner par la Fédération française de rugby. Ainsi la France a pu rejouer une nouvelle fois la partition du perdant magnifique ! Elle manifeste de la sorte à la fois le niveau d'existence ROUGE de la Spirale Dynamique et son type 4 dans l'Ennéagramme.
ROUGE. L'équipe française a perdu contre les All Blacks, mais c'est dans l'honneur puisqu'elle a plutôt bien joué. A contrario, nos passages en quart de finale malgré la catastrophique défaite contre les Tongiens, puis en demi-finale et en finale malgré un jeu médiocre n'étaient pas perçus comme mérités. Les supporters et les journalistes en étaient presque à plaindre les Anglais ou les Gallois dont l'élimination semblait illégitime.
Ennéatype 4. David contre Goliath, l'équipe de France n'était pas favorite et affrontait la meilleure équipe du monde. Elle a pourtant réussi à frôler la victoire : un malheureux petit point ! Mieux, nous aurions peut-être gagné sans des décisions « qui prêtent à confusion et plus encore à discussion » de l'arbitre sud-africain Craig Joubert. Tout est donc conjugué pour générer un sentiment d'être injustement rejeté, et une agréable mélancolie en songeant au but ultime approché, mais non atteint.
Samedi 22 octobre 2011
Mon sombre amour d'ORANGE amer
Des étudiants de la Brigham Young University ont étudié 1734 couples mariés aux États-Unis, la nature de leur relation et la satisfaction qu'ils y trouvaient. Il leur était aussi demandé quelle était leur situation financière et s'il était important pour eux d'avoir de l'argent et des biens matériels.
Dans environ un couple sur cinq, les deux partenaires se sont définis comme fortement matérialistes, et leur situation financière était effectivement meilleure que celle des autres ménages.
Là où cela se gâte, c'est que sur tous les autres critères, ces couples font systématiquement moins bien : mauvaise communication, difficulté à résoudre les conflits et manque d'attention à l'autre.
Les couples où un seul des conjoints est matérialiste vont mieux. Quant à ceux dans lesquels aucun des deux partenaires ne l'est, ils ont un score de 10 à 15 % supérieur sur la stabilité du mariage et sur les autres indicateurs de la qualité de la relation.
Cet aspect du vMème ORANGE ne surprendra pas les connaisseurs de la Spirale Dynamique, mais cela ne fait pas de mal d'avoir des chiffres.
Source 1 : Jason S. Carroll, Lukas R. Dean, Lindsey L. Call & Dean M. Busby, "Materialism and Marriage : Couple Profiles of Congruent and Incongruent Spouses", Journal of Couple & Relationship Therapy, Vol. 5, N° 4, Octobre 2011, p. 287-308.
Source 2 : le titre de ce billet est une déformation — quasiment sacrilège ! — du premier vers du poème Je t'aime tant de Louis Aragon.
Lundi 17 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (3/3)
[Première partie] [Deuxième partie]
Toute la Bolivie pratique le culte de la Pachamama, la déesse-terre. Premier président indien d'Amérique Latine, Evo Morales s'est fait introniser début 2006 par les représentants des différentes tribus indiennes sur le site de Tiwanacu. Il y a fait construire un autel sur lequel il continue à venir assez régulièrement participer à des cérémonies et faire des offrandes.
À La Paz se tient quotidiennement le Mercado de Hechiceria, le marché des sorcières. Plusieurs dizaines d'échoppes et de stands vous proposent des potions, des amulettes, et en général tout ce qu'il faut pour résister au mauvais sort et obtenir l'aide de la Pachamama :

Comme on peut le voir ci-dessus, une pièce de choix parmi tous les ingrédients disponibles est le fœtus de lama qu'on enterre pour honorer la Pachamama. Les lamas avortent très souvent spontanément, et les fœtus sont donc nombreux. Offrir un fœtus de lama est équivalent à sacrifier un lama, mais est évidemment beaucoup moins coûteux. Il n'est pas envisageable de construire une maison ou de se livrer à une activité importante sans faire une grande cérémonie à la déesse-terre. Mais on vénère la Pachamama en toutes circonstances, par exemple en versant sur le sol quelques gouttes de la boisson qu'on s'apprête à déguster.

Afin de mieux satisfaire la Pachamama, les sorcières de La Paz proposent des paniers plus ou moins grands contenant tout ce qui pourra lui plaire : alcool, monnaie de papier, sucreries, etc. Les Boliviens y joignent des petits talismans colorés sur lesquels sont naïvement dessinés les objets que vous souhaitez obtenir prochainement, comme un ordinateur ici à droite.
Parmi les objets disponibles, on en trouve qui sont liés au christianisme puisqu'officiellement c'est la religion de la majorité des Boliviens. Ce n'est pas vraiment le cas, du moins au sens où nous entendons le christianisme dans nos cultures occidentales qui ont atteint le niveau d'existence BLEU et sont allées au-delà. Le catholicisme a été imposé par les conquérants espagnols, et pour avoir la vie sauve, les Indiens ont soit fait semblant de l'adopter, soit en ont intégré les symboles dans le panthéon local.
Admirez ce magnifique tableau d'un peintre anonyme du XVIIIe siècle, exposé à la Casa de la Moneda à Potosi :

Qu'y voyez-vous ?
Il est tentant de répondre la vierge Marie surmontée de la Trinité, le Père, le Christ et le Saint-Esprit accompagnés des archanges Saint Michel et Saint Gabriel. D'ailleurs le tableau n'est-il pas intitulé La Vierge de la montagne ? En bas de l'œuvre on peut reconnaître de gauche à droite un cardinal, le pape Paul III, Charles Quint et peut-être le donateur du tableau.
Si on y regarde de plus près une autre peinture apparaît. Le manteau de Marie est creusé de galeries et représente la montagne de Potosi, la Pachamama. De part et d'autre de la Vierge, sont figurés le soleil et la lune qui étaient l'objet d'un culte chez les Incas et dans les civilisations précédentes. En bas, le personnage au-dessus du globe bleuté est Huayna Capac, un des derniers empereurs incas qui aurait fait explorer le site. Plus haut, allumant un feu, voici Huallpa Diego, le berger indien qui aurait découvert les gisements d'argent.
On peut voir dans ce tableau du syncrétisme ou une simple possibilité pour les Indiens de perpétuer à couvert leurs croyances. La situation actuelle de la Bolivie me fait privilégier cette deuxième hypothèse.
*–*–*–*–*
Terminons sur une note personnelle un peu hors sujet. Patricia et moi avons adoré ce pays. ROUGE a sa rudesse certes, mais il a aussi son énergie, son courage et sa force. La Bolivie est jeune et vivante. Rappelons que ROUGE ne signifie pas violence systématique. Le pays est sûr, et nous avons pu, par exemple, nous promener seuls la nuit dans certaines rues désertes et mal éclairées de La Paz en étant parfaitement à l'aise.
Aller en Bolivie est une épreuve pour le corps. La majorité du voyage se fait entre 3600 et 4300 mètres d'altitude. Il y a 35 % d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer, et monter trois marches est un effort. La pression atmosphérique diminue d'environ un tiers elle aussi, et en conséquence les intestins gonflent et la durée de digestion double. La déshydratation est intense, et les UV frappent fort. Tous les ans, des touristes sont rapatriés d'urgence avec des œdèmes pulmonaires graves, sans compter ceux qui meurent brutalement sur place : c'est arrivé pendant la partie péruvienne de notre voyage qui se faisait dans les mêmes conditions. Les guides sont en permanence anxieux pour la santé de ceux qu'ils accompagnent, et ils incitent sans cesse à se ménager. Inutile cependant de vous préparer, le sorroche, le mal des montagnes peut toucher un jeune sportif et épargner un vieillard asthmatique, ou le contraire. Pour se protéger, il suffit le plus souvent, comme les Indiens, de mâcher des feuilles de coca et de boire du mate de coca, et en cas de besoin, les hôtels, les bus et les bateaux ont tous des bonbonnes d'oxygène.
Une fois là-bas, ce qui compte, c'est la richesse et la beauté de la culture. En Bolivie, il y a autant de fêtes que de manifestations. Ce n'est pas peu dire ! Regardez un des masques utilisé en ces occasions :

Et les paysages sont tout aussi magnifiques. Ici à Uyuni :

Non, cette mer blanche derrière les cactus, à 3650 mètres d'altitude, ce n'est pas de la neige, c'est un désert de sel ! Et il y a aussi l'Altiplano, l'Amazonie, le Pantanal…
Jeudi 13 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (2/3)
ROUGE se manifeste aussi dans les relations humaines. Les gens ont tendance à parler ou à agir de manière abrupte. La plupart d'entre eux ne veulent pas être photographiés — trop dangereux ! — et vous le font savoir sèchement. Une femme a même jeté quelque chose à la tête de Patricia qui photographiait un marché, en plan large pourtant.
Notre guide était un homme jeune et extrêmement aimable et prévenant. Pourtant, il n'a pas apprécié l'attitude de certains touristes français qui, entre autres incivilités, avaient protesté contre la longueur de la visite du magnifique site pré-inca de Tiwanacu et s'étaient montrés désobligeants envers l'archéologue qui nous commentait avec compétence et précision les vestiges architecturaux ainsi que les céramiques et autres pièces trouvées sur place. À la fin, alors qu'il n'était évidemment pas riche, il a quitté le groupe sans les prévenir, moyen à la fois de ne pas recevoir de pourboire de leur part, ce qui aurait été contraire à son honneur, et de les humilier par rapport aux autres personnes qu'il avait saluées avant son départ.
À La Paz, il n'y a quasiment pas de jour sans défilé de revendication, et d'autres villes comme Oruro sont considérées comme encore plus protestataires. Cinq présidents boliviens ont été assassinés, et plusieurs autres ont été renversés par un coup d'État.
Les Boliviens en veulent encore au Chili de la perte de leurs provinces maritimes, et en conséquence des taxes qu'il prélève sur les importations et exportations boliviennes passant par le port chilien d'Iquique, le plus grand port commercial d'Amérique du Sud. Plusieurs Boliviens nous ont dit qu'ils seraient favorables à une guerre avec le Chili pour récupérer leurs territoires, mais que la supériorité militaire du Chili était telle que c'était malheureusement inenvisageable !
Créée en 1546 à 4067 mètres d'altitude, Potosi était aux XVIe et XVIIe siècles une des villes les plus peuplées du monde, si ce n'est la plus peuplée. Elle avait été construite à côté de la Cerro Rico, la montagne riche dont les conquérants espagnols ont extrait — ou plutôt ont fait extraire par les Indiens dont des millions en sont morts directement ou indirectement — des quantités phénoménales d'argent dont on dit qu'elles auraient été suffisantes pour construire un pont entre la ville et l'Europe. En espagnol, « vale un Potosí » se dit encore pour signifier que quelque chose vaut une fortune, un peu comme en français, nous disons que « c'est le Pérou ». En 1705, dans son Histoire de la Ville Impériale de Potosí, Bartolomé Arzans Orsua y Vela décrit ainsi la cité : « La très célèbre, illustre, auguste, magnanime, noble et riche ville de Potosí, le monde en miniature ; honneur et gloire de l'Amérique ; centre du Pérou ; impératrice des peuples et villes du Nouveau Monde ; reine de son opulente province, princesse des terres indigènes, patronne de trésors et fortunes, mère bénigne et accueillante des fils venus d'ailleurs. »
À partir du XIXe siècle, les mines commencent à s'épuiser, et la ville périclite. Aujourd'hui Potosi, belle de toute son architecture baroque, n'est cependant plus qu'une bourgade, et la région est la plus pauvre de Bolivie. Il y a encore énormément d'argent dans la montagne, sans doute six années du produit intérieur brut du pays ! Ce trésor ne serait extractible qu'à ciel ouvert, en rasant la montagne de Potosi, ce qui serait un désastre environnemental et culturel. En attendant qu'une décision soit prise, de maigres filons sont exploités par des mineurs organisés en coopératives. Ils travaillent plus de soixante heures par semaine dans de conditions qui n'ont pas évolué depuis la création des mines il y a presque cinq cents ans. Les galeries d'extraction sont des boyaux surchauffés — 30 °C ou plus — et irrespirables — peu d'oxygène à plus de 4000 mètres sans compter les vapeurs d'arsenic, de dynamite, etc. — ; il y est difficile d'avancer debout et deux personnes ont du mal à se croiser. Ces galeries et les puits ne sont pas étayés. Les accidents sont fréquents, et les maladies nombreuses : on commence à travailler jeune à Potosi, 14 ans bien souvent, et on y meurt jeune aussi. Quand un mineur a eu une chance exceptionnelle, il peut gagner jusqu'à 150 $ dans son mois. Comparées à celles de Potosi, les mines de Montsou décrites dans Germinal sont un petit paradis. Quand on sait que l'argent de Potosi a fait la richesse de l'Europe, on a envie d'être d'accord avec Eduardo Galeano : « Un jour, le monde devra demander pardon à Potosi. »
Dans ces conditions de vie, il faut une grande force psychologique et physique pour survivre. Alors les mineurs demandent l'aide d'El Tio, le dieu de la mine :

El Tio a son effigie dans une cavité de toutes les mines de Potosi. Les missionnaires espagnols pensaient qu'il s'agissait du diable, mais pour les mineurs, il est le dieu qui leur évite les accidents et les aide à trouver un bon filon. En début et en fin de semaine, les mineurs font des offrandes à El Tio. Ils lui mettent une cigarette allumée dans la bouche. Ils lui offrent des feuilles de coca pour avoir de la force et du courage. Puis ils versent de l'alcool à 96° sur le sexe en érection de la statue car le minerai est le fruit de l'accouplement entre El Tio et la déesse-terre. Chaque mineur boit ensuite une grande gorgée de cet alcool. Malheur à celui qui grimace ! Il n'est pas vraiment un homme. Seuls ceux qui réussissent ce rite de passage peuvent entrer dans la mine.
Dimanche 9 octobre 2011
ROUGE dominant en Bolivie (1/3)
D'une superficie une fois et demie plus grande que la France, la Bolivie abrite environ dix millions d'habitants, mais cette population est une mosaïque d'ethnies : 36 groupes ethniques amérindiens représentant 55 % de la population, plus 30 % de métis et 15 % de Blancs. Et en conséquence 37 langues nationales, l'espagnol et les 36 langues indiennes ! En 2009, à l'instigation du président Evo Morales, la République de Bolivie a d'ailleurs été renommée État plurinational de Bolivie.
La population bolivienne vit en majorité sur l'Altiplano, un grand plateau entre les deux cordillères des Andes, alors que l'est du pays, Amazonie et Grand Chaco, a une densité de population très faible. Depuis la Guerre du Pacifique qui opposa, de 1879 à 1884, le Pérou et la Bolivie au Chili, la Bolivie n'a plus d'accès à la mer, ce qui a un impact négatif fort sur son économie. La Bolivie est le pays le plus pauvre d'Amérique latine après le Paraguay.
Bien entendu, dans un pays aussi divers, de nombreux vMèmes se manifestent, et le trop court séjour fait cet été ne permet pas une analyse complète sur la Spirale Dynamique. Cependant ROUGE est clairement le niveau d'existence dominant sur l'Altiplano.
Comme toujours, la circulation automobile est un excellent indicateur du poids de ROUGE dans la vie sociale. Quand on sort de l'aéroport de La Paz, la capitale administrative du Pays, on se retrouve dans El Alto, une banlieue pauvre à l'ouest de la ville. Les routes y sont une fourmilière de bus et surtout de taxis collectifs où règne la loi de la jungle : passe celui qui est le plus audacieux !

Les taxis collectifs portent sur leur toit une plaque qui indique le secteur de la ville dans lequel ils ont le droit d'exercer leur activité. Dans les arrêts fréquents dus aux embouteillages, on voit systématiquement les chauffeurs sortir de leur voiture et changer la plaque pour se rendre dans les quartiers les mieux achalandés.
Une fois El Alto traversé, la route descend dans la cuvette de La Paz. Le spectacle est fascinant : la ville est dense et des constructions multiples se dressent sur toutes les pentes qui l'entourent ; on a l'impression d'une pulsion de vie qui la fait déborder dans toutes les directions. Arrivé dans la capitale, le trafic est tout aussi anarchique. Patricia et moi nous sommes fait frôler par un véhicule et injurier par son conducteur parce que nous avions le front de traverser sur un passage piéton alors que le feu était au vert pour nous !
La ville tente de mettre un peu d'ordre dans tout cela, et il est intéressant de constater que la municipalité utilise consciemment ou inconsciemment le style d'apprentissage de ROUGE : utilisation légère de la honte et récompense immédiate pour un bon comportement. Quand vous traversez hors des passages piétons, un personnage déguisé en âne vous salue gentiment d'un « bonjour mon frère », alors que si vous êtes respectueux des marquages au sol et des panneaux de signalisation, un personnage déguisé en zèbre vient vous aider en arrêtant le trafic. Une campagne d'affichage accompagne cette opération :

Le zèbre : « Grâce à toi, la ville se met en ordre. »
L'âne : « Ne sois pas comme moi. »
Pour en terminer avec l'automobile, la ville de Challapata est célèbre pour ses chutos, des voitures non immatriculées pour la plupart introduites en contrebande depuis le Chili. Dans la ville et ses environs, toutes les voitures non officielles circulent sans plaque, sans que la police assez largement corrompue ne trouve à y redire. Un marché aux chutos s'y tient chaque semaine, et on vient de toute la Bolivie pour s'approvisionner. En juin dernier, le gouvernement a proposé aux possesseurs de ses véhicules de régulariser leur situation en échange d'une amnistie : même si plusieurs dizaines de milliers de personnes ont répondu à l'appel, les chutos étaient toujours là quand nous sommes passés au mois d'août…
Mercredi 5 octobre 2011
Prothèse
Le concept de « toute vie » tel qu'il apparaît dans les premiers niveaux de la deuxième boucle de la Spirale Dynamique dépasse largement le cadre de la vie biologique existant aujourd'hui sur notre planète. Il s'étend à d'éventuelles formes de vie extraterrestre et à toutes les formes de vies artificielles en cours de création dans nos laboratoires, qu'elles soient biologiques, électromécaniques ou un mélange des deux.
Matti Mintz et ses collègues de l'université de Tel Aviv viennent de réussir à équiper des rats d'un cervelet synthétique. Les animaux ainsi équipés non seulement vivaient de manière parfaitement normale, mais étaient capables d'apprendre un réflexe conditionné moteur nouveau. C'est la première fois que l'on réussit à établir une communication à double sens entre le cerveau et une machine : « C'est une preuve de concept que nous pouvons enregistrer des informations en provenance du cerveau, les analyser d'une manière similaire à un réseau biologique, et les renvoyer au cerveau » déclare Mintz.
Certes le cervelet est un organe très simple et dont l'anatomie est bien connue, mais cette expérience « démontre à quel point nous avons avancé dans la direction de la création de circuits qui permettront un jour de remplacer des zones du cerveau endommagées, ou même d'améliorer les capacités d'un cerveau sain » s'enthousiasme Francesco Sepulveda de l'université de l'Essex.
Source : Linda Geddes, "Rat cyborg gets digital cerebellum", New Scientist, 27 septembre 2011.
Samedi 1 octobre 2011
Pour une société juste (2/2)
Une société juste se doit donc d'assurer simultanément égalité, équité et réciprocité.
À la base, une société est une entreprise de survie collective. Atteindre ce but est sa « directive première », affirme Peter Corning qui est apparemment fan de Star Trek ! La vie doit être considérée comme une valeur plus forte que la liberté, la propriété ou n'importe laquelle de nos aspirations personnelles et/ou collectives. La première obligation morale d'une société est donc d'assurer la satisfaction des besoins de base de ses membres, et des êtres humains en général. En ce domaine, c'est le principe d'égalité qui s'applique et il n'est pas possible de transiger à son propos.
Cette nécessité a été affirmée par de nombreux spécialistes des sciences politiques, sans qu'il y ait jamais eu un véritable consensus sur une définition et encore moins une liste des besoins de base. Peter Corning propose la définition suivante : « Un besoin de base est un prérequis pour qu'un organisme continue à fonctionner dans un contexte environnemental donné ; la négation de ce besoin réduirait de manière significative la capacité de cet organisme à poursuivre des activités productives, et diminuerait la probabilité de sa survie et/ou sa possibilité de se reproduire. » Cette définition présente plusieurs avantages. Elle est flexible : un besoin de base peut varier par exemple en fonction de l'âge de la vie ou de l'environnement. Elle n'est pas marquée culturellement et peut même s'appliquer à des êtres vivants non humains.
Peter Corning propose alors 14 domaines couvrant les besoins de base : thermorégulation, élimination des déchets, nutrition, eau, mobilité, sommeil, respiration, sécurité physique, santé physique, santé mentale, communication (information), relations sociales, reproduction et soins donnés à la progéniture. Chacun de ces domaines fait l'objet d'une définition précise et peut être mesuré par divers indicateurs.
Ces besoins prioritaires étant satisfaits, le surplus éventuel relève de la règle de l'équité et d'une répartition proportionnelle au mérite. Comme le mot justice, le terme mérite n'a de sens que dans un contexte culturel et dans le cadre d'une relation. Le mérite est défini par « l'effort, l'investissement ou la contribution » d'une personne et doit être récompensé d'une manière socialement acceptable et ne portant tort ni à la société en général, ni à ses membres.
Enfin, au nom du principe de réciprocité, chacun doit contribuer en fonction de ses capacités à l'entreprise de survie collective qu'est la société.
Ainsi, Peter Corning définit ce que pourrait être un nouveau contrat biosocial. Même si Corning propose des mesures de mise en œuvre concrète qui ne peuvent être détaillées ici, ce contrat nécessite un large consensus autour de l'élaboration d'une société juste et ne peut être que « le résultat d'une négociation réellement volontaire entre les parties prenantes sur la manière dont les bénéfices et les obligations dans une société sont répartis entre ses membres ; il définit les droits et les devoirs des parties prenantes entre elles et envers l'État. » Peter Corning conclut : « Au final, une société juste ne peut être atteinte que par une action collective. » Chacun peut toutefois commencer en faisant connaître ces idées et en décidant de vivre soi-même selon les préceptes d'une société juste.
P.-S. : la sociocratie me paraît répondre aux préceptes de Corning d'une société juste. Chacun ayant systématiquement le droit à l'expression de son point de vue et pouvant donner ou non son consentement à toutes les décisions, le principe d'égalité est respecté. Le mode de rémunération reconnaissant l'importance à la fois du capital et du travail récompense chacun selon ses mérites et est donc équitable ; dans la mesure où toutes les personnes ayant contribué à la réussite d'un individu voient leur apport reconnu, le principe de la réciprocité entre individus est respecté. Il en est de même du principe de réciprocité envers la société quand chaque organisation et chaque service définissent leur vision comme ayant un impact positif sur la société en général.
P.P.-S : ceux qui ont lu les travaux du sociologue François Dubet ou le résumé que nous en avons fait dans le billet “Égalités” pourront sans doute faire un rapprochement entre égalité des places et égalité d'une part, et égalité des chances et équité d'autre part.
Source : Peter A. Corning. The Fair Society : The Science of Human Nature and the Pursuit of Social Justice. Chicago (Illinois), University of Chicago Press, 2011.
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lun 1 jun 2009, 07:04