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« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
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Lundi 27 septembre 2010
Bienfaisance
« Nous ne nous attendions pas à découvrir cela » déclare James J. Collins qui, à la tête d'une équipe de chercheurs de l'université de Boston et du Wyss Institute for Biologically Inspired Engineering à Harvard, a étudié les bactéries capables de résister aux antibiotiques.
Quand une colonie d'Escherichia coli., dont nous avons déjà mentionné les capacités à prévoir le changement dans “Futurologue”, est confrontée à des antibiotiques, les bactéries les plus résistantes émettent une substance appelée indole. L'indole agit comme un dopant sur les bactéries moins résistantes qui peuvent ainsi mieux se défendre. Cependant, la bactérie qui émet l'indole s'affaiblit et diminue sa propre capacité de résistance.
Même si de l'altruisme a pu être observé chez des animaux élémentaires et chez des végétaux, c'est la première fois que des comportements altruistes sont observés à ce niveau du vivant. Les chercheurs en ont été tellement stupéfaits qu'ils ont employé le terme de charity (charité, aumônes, bienfaisance) dans le titre de l'article décrivant leurs travaux dans la prestigieuse revue Nature : il me semble que l'apparition de réactions émotionnelles fortes dans des écrits scientifiques est représentatif de l'évolution de nos sociétés dans VERT et au-delà.
Si on observe ces recherches du point de vue de la Spirale Dynamique, on peut se demander si Escherichia coli. a toujours réagi ainsi face au stress, ou s'il s'agit d'une évolution liée au changement de ses conditions de vie provoqué par les antibiotiques.
Quoi qu'il en soit, les conséquences médicales de cette découverte sont évidemment importantes. Ne le sont pas moins les conséquences philosophiques. La continuité du vivant est chaque jour plus évidente, et des attitudes que nous considérons évoluées et complexes sont sans doute apparues dès les premières étapes du développement de la vie. Ainsi les conditions de vie qui permettent le « toute vie » des deux premiers niveaux de la deuxième boucle de la Spirale Dynamique se mettent en place pour un nombre de plus en plus grand de personnes.
Source : Henry H. Lee, Michael N. Molla, Charles R. Cantor & James J. Collins, "Bacterial charity work leads to population-wide resistance", Nature, Vol. 467, N° 7311, 2 septembre 2010, p. 82-85.
Vendredi 24 septembre 2010
Benda Bilili!
Kinshasa, République Démocratique du Congo.
Dans cette ville, une des plus pauvres de l'Afrique où la quasi-totalité de la population ne survit que grâce à une économie parallèle, cinq paraplégiques et trois enfants vagabonds, des shegués, vivent dans la rue et ont créé, avec des instruments de récupération, un orchestre, le Staff Benda Bilili. Leur musique est un joyeux et original mélange de rumba congolaise, de musique cubaine, de blues et de reggae. Leurs chansons racontent leur quotidien et leurs espoirs.
Renaud Barret et Florent de La Tullaye ont rencontré les membres du Staff lors d'un tournage dans la région. Ils se sont improvisés producteurs pour les aider à faire un disque et ont filmé, de 2004 à 2009, leur aventure de la misère du zoo de Kinshasa, qui leur sert de lieu de répétition, au triomphe des Eurockéennes de Belfort.
Benda Bilili! nous fait suivre avec émotion les péripéties de la vie de Papa Ricky, le doyen du Staff, et le parcours de Roger, le shegué virtuose du satongé — un instrument fabriqué à partir et d'un fil de fer tendu sur un morceau de bois et d'une boîte de conserve qui sert de caisse de résonance — qui devient un homme. Ce documentaire est une formidable leçon d'énergie et d'espérance, sans que jamais le Staff et les réalisateurs se posent en donneurs de leçons.
En bonus, les spectateurs ont droit à une belle et humaine description de l'expression du vMème ROUGE dans les bas-fonds de Kinshasa.
Mardi 21 septembre 2010
Docteur, et Dieu dans tout ça ?
Poseriez-vous cette question à votre médecin avant une hospitalisation ou une opération ? Vous devriez peut-être.
Clive Seale, un professeur de sociologie médicale à l'Institute of Health Sciences Education de Londres a mené une enquête auprès de 8500 médecins anglais. Sur les 4000 qui lui ont répondu, 3000 avaient eu récemment à prendre soin d'au moins un patient en fin de vie.
Ces médecins ont été interrogés sur leur action vis-à-vis de ces patients, et notamment sur leur pratique de la sédation terminale. Il leur a été demandé s'ils avaient discuté avec le patient ou avec sa famille de décisions à propos de soins risquant d'abréger la vie du malade. Enfin, ils ont été questionnés sur leur appartenance ethnique, leur religion et leur opinion à propos de la mort assistée et de l'euthanasie.
L'étude a conclu qu'il n'y avait quasiment aucun lien entre les décisions prises par les médecins et leur origine ethnique. Il y avait par contre une corrélation entre ces décisions et la spécialité pratiquée : les médecins hospitaliers prennent dix fois plus de décisions abrégeant la vie des patients que les spécialistes des soins palliatifs, ce qui n'est guère surprenant.
Il n'est pas étonnant non plus que les mêmes décisions soient prises deux fois plus facilement par les médecins se déclarant « extrêmement non-croyant » ou « fortement non-croyant » que par les autres.
Clive Seale conclut que le lien entre les valeurs d'un médecin et ses décisions cliniques devraient être plus reconnu et pris en compte qu'il ne l'est aujourd'hui.
Cela nous ramène au besoin arrivant avec VERT de la transparence. ORANGE a mis la rationalité au cœur de son fonctionnement : « Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. » écrit Hegel dans la préface de Principes de la philosophie du droit. ORANGE s'est comporté comme si l'être humain était entièrement et uniquement rationnel. C'est bien évidemment inexact et contre-productif : on a vu ce qu'a donné la théorie de l'homo economicus rationnel ! À partir de là, le mythe de l'objectivité s'effondre, et il devient indispensable de connaître le positionnement (moral, politique, économique, etc.) d'une personne qui s'exprime. Comment faire confiance à tel critique de cinéma si je ne sais pas si la chaîne de télévision qui l'emploie a investi dans le film qu'il commente ? Comment faire confiance à l'analyse politique de tel journaliste si je ne sais pas quelle est son appartenance politique ? Comment donc faire confiance à tel médecin si je ne sais pas quelles sont ses croyances religieuses ?
La transparence est donc la conséquence naturelle du passage au post-rationnel — commençant avec VERT et se prolongeant dans les niveaux suivants connus de la Spirale Dynamique — et du besoin d'avoir une certaine maîtrise des choix de son existence.
Source : Clive Seale, "The role of doctors' religious faith and ethnicity in taking ethically controversial decisions during end-of-life care", Journal of Medical Ethics, 25 août 2010.
Jeudi 16 septembre 2010
Jean Dujardin
Rentrant en TGV d'une formation donnée à Lyon, j'ai lu dans TGV magazine une superbe interview de l'acteur Jean Dujardin. Je ne résiste pas au plaisir d'en partager avec vous quelques extraits :
Existe-t-il une question qu'on ne vous pose jamais en interview ?
Honnêtement, j'ai parfois l'impression qu'on a déjà fait le tour. Je veux dire, je n'ai pas vécu tant de choses, alors je n'en ai pas tant que ça à raconter ! Cela dit, les journalistes me demandent rarement si j'ai pris du plaisir lors d'un tournage, si on s'est éclatés. Pourtant j'aime bien raconter cela. Souvent, les journalistes cherchent davantage la faille, un truc qui n'aurait pas marché, un conflit, un problème… Quand, en plus, tu es a priori normal, cela semble toujours suspect de répondre : non ça va, je ne veux rien de plus dans ma vie, tout va bien, je ne rêve de rien de plus…
Bon prétexte pour aborder le nouveau film de Bertrand Blier, Le bruit des glaçons. Quelle ambiance, du coup, lors de ce tournage ?
Idyllique. OK, le thème du film (le cancer) était un peu lourd. Mais on a vraiment abordé le tournage avec l'idée de se marrer. […]
La bouteille de blanc, dans son seau à glaçons, s'apparente presque à un personnage du film. Tournage arrosé ?
Oui, c'est un film qui donne soif ! Et, évidemment, c'était très épicurien. Il suffit de regarder la filmographie de Blier, on voit bien la place que tiennent la bouffe, la picole et les femmes. En même temps, Bertrand ne t'oblige à rien. Il t'invite à rentrer dans son univers. Ce n'est pas un cinéaste qui te viole. Il te dit : « Viens chez moi, on va se marrer ! » Et, en effet, on se marre. […]
On retrouve aussi ce côté collectif propre à ses films, ces plans sur lesquels les acteurs apparaissent tous ensemble…
C'est très agréable. J'ai adoré cela, les plans séquences. On s'est quand même retrouvés plusieurs fois à six dans le même pieu ! Cela crée de la cohésion. Il y a un vrai bonheur à être ensemble sur un plateau. Je le sentais dans les yeux des autres comédiens. On était bien dans cette baraque des Cévennes. […]
Les personnages que vous incarnez, dans ce film comme dans celui de Nicole Garcia (Un balcon sur la mer) qui sort cet automne, vous emmèneront-ils ailleurs ?
À un moment, bien sûr, j'ai besoin de jouer l'alternance. Par envie, tout simplement. Je me suis marré avec OSS 117, avec Lucky Luke. J'ai juste envie d'autre chose. Et, comme il y a peu de comédies qui m'accrochent, peu de projets qui me séduisent, je me dis, pourquoi ne pas aller chez un auteur, que ce soit Bertrand Blier ou Nicole Garcia ?
C'est une prise de risques ?
Pas forcément. C'est aussi le désir d'apprendre. […]
Au bout du compte, chez vous, il y a toujours la notion de plaisir…
Toujours ! J'aime bien être sur un plateau, j'aime bien regarder les mecs de l'équipe, en imiter certains, faire un peu le con. A contrario, je n'aime pas trop aller dans ma loge, je m'ennuie vite. « Appelez-moi quand c'est prêt », bof, c'est un peu comme si tu allais au turbin, non ?
Une actrice comme Charlotte Gainsbourg évoque le besoin d'être malmenée, bousculée par des réalisateurs tels que Lars von Trier ou Patrice Chéreau. Ce type d'expériences est-il envisageable pour vous ?
Je crois qu'à un moment, cela finirait par me faire marrer. Chacun sa méthode, mais bon, on n'est pas obligé de s'ouvrir les veines pour bien jouer. Je ne conçois pas ce rapport à la douleur comme un passage obligé. Parce qu'à l'origine, il s'agit quand même de jouer. C'est un truc idiot, tu as trente mecs qui en filment un autre. C'est comme au théâtre : les gens viennent s'asseoir, ils sont à un mètre du décor, ils savent que tout est faux et, pourtant, ils y croient, ils rentrent dans l'histoire. C'est un truc de môme, comme Gérard Philipe quand il te raconte Le Petit Prince. Jouer, c'est quand même un vrai prolongement de l'enfance, non ?
Cela explique qu'il y ait autant de personnages dans votre filmographie ?
Oui, bien sûr, c'est l'envie de se déguiser, c'est clair. La panoplie de 8 ans. À Noël dernier, j'ai eu Zorro, l'an prochain, j'espère avoir d'Artagnan… C'est un peu ça ! Il y a aussi comme une douce schizophrénie, cette envie d'être quelqu'un d'autre pendant un moment, c'est assez relaxant en fait. Les personnages me permettent d'aller ailleurs, avec les mots des autres. […]
Le doute… comme méthode ?
Oui j'ai besoin de douter. Avant, c'était angoissant, polluant, maintenant, c'est une sorte de méthode. Je travaille comme un petit soldat, mais j'arrive beaucoup plus relax sur un plateau. Je rigole, je me sens comme il faut, j'ai fait mes devoirs ! Le jour où je n'aurais plus cela, je serai un vrai branque et je serai à côté. Le doute peut être un moteur, te sauver…
Votre devise serait-elle : pour vivre heureux, vivons cachés ?
(Rires.) C'est marrant, cela me rappelle un peu mon directeur, en première, qui, pour pointer mon côté planqué, me disait un truc dans ce genre. Les devises, c'est réducteur, mais j'aime bien celle qui dit : quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens. La mienne, ce serait plutôt : sois heureux avec ce que tu as…
L'ennui que vous évoquiez, d'où vient-il ?
C'est lié à la mort. À l'angoisse de ne pas avoir le temps de tout faire. Comme beaucoup d'angoissés, j'estime que je n'ai pas le temps de m'ennuyer, surtout dans ce métier. Je dois chercher des secousses, chercher le Graal ! Chaque film doit être une aventure, un premier film. Il me faut une grosse promesse. […]
Vous êtes un travailleur heureux, finalement…
Je suis un ancien cancre. Pennac disait que, quand on a été cancre, on est marqué toute sa vie et on fait tout en fonction de cela. Si on me dit « tu ne branles rien », là ça va me rappeler des choses, le radiateur, la fenêtre à gauche, l'attente de la sonnerie. Je ne veux pas être un feignant, je ne veux plus entendre « qu'est-ce qu'on va faire de lui ? » C'est pour cela que j'ai cet appétit tout le temps… Pourtant je n'avais jamais imaginé être acteur, je me voyais plutôt dans la catégorie branleurs. […]
En disant ennéatype 7 à aile 6, les risques d'erreur semblent minimes.
Source : Sylvain Fanet, "L'interview : Jean Dujardin", TGV magazine, Juillet-août 2010, p. 4-8.
Samedi 11 septembre 2010
Esseulement
Un Français sur dix est seul. Totalement seul, c'est-à-dire n'étant en contact avec des gens que deux ou trois fois par an, et n'ayant aucun lien familial, amical, professionnel ou associatif. Cela représente quatre millions d'adultes habitant indifféremment la ville ou la campagne, dont 30 % ont moins de 50 ans, 20 % entre 50 et 60 ans, et le reste plus de soixante ans.
Un Français sur quatre n'est relié qu'à un seul des quatre réseaux sociaux mentionnés précédemment et est donc en risque grave de se retrouver totalement isolé.
Cette solitude est un cercle vicieux. Les personnes seules se sentent coupables et se renferment encore plus. En pleine déréliction, elles n'ont ni la force, ni l'envie de chercher de nouveaux contacts, ni dans le monde réel ni dans le monde virtuel.
Il est tentant de faire un rapprochement entre ce constat dramatique d'une étude de la Fondation de France et la Spirale Dynamique. Notre monde ORANGE s'est peu à peu coupé des niveaux d'existence collectifs précédents. Pour qu'une personne se retrouve isolée, il suffit alors d'un accident de vie et de la perte du statut obtenu par soi-même si cher à ORANGE qui en résulte : rupture familiale, deuil, séparation ou départ des enfants (56 % des cas), rupture professionnelle (15 %), ou autre. Quel que soit le déclencheur, la précarité est un facteur de risque déterminant : un gain mensuel de 1000 euros multiplie par quatre le risque d'exclusion par rapport à un revenu de 4000 euros.
Clare W. Graves résume le vMème VERT par la « recherche de relations affectueuses ». Cela paraît urgent.
Source : "Les solitudes en France en 2010", Fondation de France, juin 2010.
Lundi 6 septembre 2010
Revenu minimum garanti
La sociocratie est un mode de gouvernance qui a été essentiellement appliqué jusqu'ici dans des associations et des entreprises. Cependant, son créateur, Gerard Endenburg, a une vision plus large et considère le modèle applicable à un pays tout entier. Cela l'a amené à imaginer des concepts qui, au-delà des quatre règles de fonctionnement d'une organisation sociocratique, mettent en œuvre les principes fondateurs de la sociocratie.
Une des idées structurelles de la sociocratie est de remplacer l'affrontement stérile du « ou » par la collaboration créative du « et » : par exemple, la règle du double lien permet de faire fonctionner la communication ascendante et la communication descendante, les systèmes de rémunération traitent équitablement le capital et le travail, etc.
De la même manière, il est temps de cesser d'opposer l'économique et le social. Une entreprise n'existe pas sans la société qui l'entoure, et cette société ne peut pas fonctionner sans la richesse produite par les entreprises : le concept sociocratique de cercle coïntéressé permet de gérer l'impact que chacune a sur l'autre.
De nombreuses activités sont indispensables au fonctionnement de la société, mais ne sont pas rentables économiquement ou ne sont pas comptabilisées dans les modèles économiques traditionnels (l'éducation des enfants, par exemple). Aussi, Gerard Endenberg propose la mise en place d'un revenu d'existence garanti qui serait versé sans condition à tout être humain de sa naissance à sa mort. Le système a été décrit dans un commentaire de l'article “La vie moderne”.
Ça ne peut pas marcher ? Eh bien, si !
Un système très proche vient d'être expérimenté à Otjivero, un village de Namibie, sous le nom de revenu minimum garanti (RMG). Dans le cadre du projet BIG (Basic Income Grant), les 1000 habitants de moins de 60 ans — pourquoi cette limitation ? — ont reçu depuis 2008 environ 10 euros par mois, une somme non négligeable là-bas. BIG a été financé par des Églises, des syndicats, des associations de jeunes et de femmes. Deux ans plus tard, Herbert Jauch, le responsable du programme, tire un premier bilan :
Recevoir de l'argent sans condition, sans travailler, est-ce que cela peut faire bouger les choses ?
Ce sont des préjugés auxquels nous nous heurtons en permanence. Si les gens d'Otjivero ne travaillent pas, ce n'est pas parce qu'ils sont paresseux mais tout simplement parce qu'il n'y a pas de travail. Le fait est qu'ils n'ont pas dépensé cet argent pour s'acheter de l'alcool et qu'ils ne l'ont pas dilapidé pour rien.
Qu'en ont-ils fait ?
Nous avons pu observer une chose surprenante. Une femme s'est mise à confectionner des petits pains ; une autre achète désormais du tissu et coud des vêtements ; un homme fabrique des briques. On a vu tout d'un coup toute une série d'activités économiques apparaître dans ce petit village. Cela montre clairement que le revenu minimum ne rend pas paresseux mais ouvre des perspectives.
Vous auriez pu parvenir au même résultat avec des microcrédits ciblés.
Contrairement aux microcrédits et à beaucoup de programmes d'aide au développement classiques, le revenu minimum a un impact non seulement sur la production, mais aussi sur la demande. En Afrique, le pouvoir d'achat se concentre en général dans quelques centres, ce qui force les gens à quitter les campagnes pour les villes, où les bidonvilles finissent par s'étendre. Le RMG permet à des régions rurales de se développer, il crée des marchés locaux et permet aux gens d'être autosuffisants.
Quels effets avez-vous pu constater à Otjivero ?
Le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de 76 à 37 %. Avant l'expérience, près de la moitié des enfants étaient sous-alimentés, aujourd'hui ils sont moins de 10 % ; 90 % finissent leur scolarité, avant, ils n'étaient que 60 %. Et la criminalité a baissé.
Pourquoi demandez-vous la création d'un RMG pour tous les Namibiens et pas seulement pour les pauvres ?
Cela demanderait beaucoup trop de travail et coûterait beaucoup trop cher de vérifier les besoins de chacun. De plus, il ne faut pas pénaliser les gens qui ont trouvé un travail ou qui se sont construits une existence. Celui qui gagne bien sa vie et qui est riche reverse le RMG à l'État par ses impôts.
La Namibie pourrait-elle se permettre de verser un revenu minimum à tous ses habitants ?
La Commission d'orientation l'a calculé depuis longtemps. Le RMG coûterait 5 à 6 % du budget national. Pour le financer, il faudrait relever légèrement le taux maximum d'imposition, qui est de 34 % actuellement, et la taxe sur le chiffre d'affaires. Le gouvernement pourrait également introduire des prélèvements sur les exportations de matières premières et lutter contre l'évasion fiscale.
Mais le versement du RMG serait très lourd à gérer.
Bien au contraire ! Les coûts de gestion représentent environ 10 %. À Otjivero, nous avons utilisé des cartes à puce personnelles pour l'identification des intéressés et ça s'est très bien passé.
J'ai mis en italique quatre passages de cette interview qui me semblent apporter des réponses particulièrement pertinentes aux objections économiques habituellement faites au revenu d'existence garanti.
Il s'agit, à ma connaissance, de la première expérimentation en vraie grandeur du revenu d'existence garanti. Même si tout n'est certainement pas transposable à d'autres cultures et à d'autres niveaux de vie, le résultat est plus qu'encourageant.
Source : Herbert Jauch (propos recueillis par Tobias Schwab), "Les miracles du revenu minimum garanti", Courrier international, N° 1017, 29 avril 2010, p. 25.
Ressource : BIG Coalition Namibia. [La photo qui illustre cet article provient de ce site. Grâce au revenu minimum garanti, une femme a ouvert une boutique dans un village qui n'en possédait pas. J'ai trouvé cette image profondément émouvante.]
Mercredi 1 septembre 2010
Les Massaïs, un peuple VIOLET/ROUGE d'Afrique de l'Est
Le dieu Engaï vivait bien tranquille sur la Terre avec tout le bétail du monde. Un jour, une horrible catastrophe les envoya tous dans le ciel. Comme il n'y avait pas là assez d'herbe pour le bétail, Engaï le donna à Naiteru-Kop, une sorte de demi-dieu qui fonda immédiatement les Massaïs pour en prendre soin. Ainsi les Massaïs sont les légitimes propriétaires de tout bétail existant, et s'en occuper est leur devoir spirituel.
Engaï, lui, est resté dans le ciel. En lui résident toutes choses. Parfois, il est de bonne humeur et on l'appelle Engaï Norok, le Dieu noir, noir comme les nuages qui apportent la pluie et la prospérité. D'autre fois, il est de mauvaise humeur et devient Engaï na-Nokie, le Dieu rouge, rouge comme la terre et les nuages en période de sécheresse et de famine.
Le bétail est donc au centre de la vie des Massaïs. Quand ils se saluent entre eux, c'est en posant deux questions : « Comment vont les enfants ? Comment va le bétail ? » Dès leur plus jeune âge, les garçons apprennent à garder un troupeau qu'il faut protéger des bêtes sauvages et faire paître dans une région souvent aride, alors que les filles apprennent la traite. Les Massaïs vivent dans des enkangs. Il s'agit de villages construits en cercle : au milieu est l'enclos où les bêtes sont abritées la nuit ; séparées de lui par une sorte de grand couloir circulaire, les huttes de boue séchée et au toit de paille sont adossées à un mur d'épineux. Semi-nomades, les Massaïs vivent là pendant quatre ou cinq ans avant d'abandonner le village qui sera peut-être occupé par une autre tribu.

Huttes d'un enkang
Le bétail est aussi au cœur de l'alimentation des Massaïs. Ils se nourrissent de lait, de viande et de sang. Ce dernier est prélevé sur les animaux vivants en entaillant avec une flèche la veine jugulaire. Le sang est mélangé à diverses plantes avant d'être consommé. Plus un homme possède de bétail, plus il est riche et son statut élevé.

Enclos d'un enkang
Puisque le bétail appartient de droit divin aux Massaïs, si d'autres personnes en possèdent, c'est qu'elles l'ont volé ! Les Massaïs s'estiment donc le droit de le récupérer. Vers douze ans, un jeune garçon quitte donc l'enfance et, par le rite de l'emorata, la circoncision, devient un ilkeliani, un jeune guerrier. Pour la cérémonie, il est habillé de noir et a le visage enduit de craie blanche ; il doit masquer sa souffrance pour faire honneur à ses parents.

mar 24 mai 2011, 09:39