Dans les banlieues misérables de Nairobi et à l'approche d'autres grandes villes du Kenya, sont dressés de gigantesques panneaux publicitaires d'au moins 6 mètres sur 4. Sur plusieurs d'entre eux, on peut voir une publicité pour une crème de soin hydratante pour hommes de la marque Nivea, avec comme slogan : « Ce que l'homme veut ».
Il n'est pas besoin d'être un expert en linguistique pour savoir que la présupposition qui sous-tend cette phrase est que si vous n'en voulez pas, vous n'êtes pas véritablement un homme. Dans un pays où le niveau d'existence ROUGE est dominant en de nombreux endroits, c'est un message très fort.
Et ignoble.
Au Kenya, le revenu moyen par habitant est d'environ 3,50 euros par jour, le taux de chômage est de 40 %, et l'espérance de vie à la naissance est de 58,8 ans. 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L'école primaire n'est gratuite que depuis 2003, la suite des études restant payante et donc inaccessible à la plupart des enfants.
Alors, que pensez-vous que veuille réellement l'homme kenyan ?
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Pour ajouter la fausseté à l'indignité, le site français de Nivea affiche fièrement ses valeurs de surface : « Nivea s'engage à toujours se comporter en marque responsable et digne de confiance. Ses actions sont non seulement tournées vers le succès économique mais aussi engagées dans la société. […] Nivea s'engage à adopter une approche responsable pour ses communications et fait partie des signataires de la charte de communication responsables au sein de l'Union des Annonceurs. »
Polonius : Que lisez-vous, Monseigneur ?
Hamlet : Des mots, des mots, des mots.
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Il me semble intéressant de placer une telle attitude dans le cadre de la sociocratie. La sociocratie définit un mode de gouvernance d'une organisation sans imposer aucune sorte de valeurs prédéfinies en dehors du consentement. Elle impose qu'une organisation définisse sa vision. Il ne s'agit pas de se représenter l'organisation dans le futur — comme le font communément les entreprises centrées en ORANGE —, mais d'imaginer le monde à venir comme résultat de l'action de l'organisation. Cette différence est fondamentale.
Rien n'interdit, en théorie, à un fabriquant de cosmétiques de définir sa vision ainsi : « Un monde dans lequel les gens ont une peau saine grâce à l'achat de nos produits, même si cet achat se fait au détriment de leurs besoins de base. » Cependant, il est quand même assez invraisemblable qu'une telle mission puisse recueillir le consentement des employés de la firme ou celui de ses consommateurs, car ce sont bien eux qui décident en dernier ressort, non ?
Ainsi, la sociocratie est un outil neutre ce qui peut la rendre acceptable par tous, et elle rend pourtant peu probable les excès négatifs de quelques système de valeurs que ce soit. Il suffit d'une seule objection…
À suivre…
dim 26 jun 2005, 06:02