[Première partie]
Dans l'Ennéagramme, Clotaire Rapaille est un type 3 alpha de sous-type conservation ; sur la Spirale Dynamique, dire qu'il est dominé par le niveau ORANGE est une litote. À peine a-t-il obtenu son doctorat en 1969, Clotaire Rapaille s'achète un château en Normandie et une Bentley : « C'est toujours ce qui bluffe les gens. Le château, c'est une société d'assurances [...] qui m'a avancé l'argent et on a remboursé en 15 ans. À l'époque, personne ne voulait des châteaux. [...] C'était une veille Bentley que j'avais achetée. Ça faisait partie de l'image. [...] Il fallait se positionner comme créatif. C'est normal. Si vous êtes un designer, vous devez avoir l'air d'un designer, sinon les gens ne vous prennent pas. Il y a une image à avoir. J'enseignais la créativité, l'innovation, je ne pouvais pas arriver en costume trois pièces avec une cravate dans une Renault quatre chevaux. L'image ne collait pas. »
Parmi les éléments de l'image, il y a bien sûr le nom. Clotaire Rapaille signe ses livres et autres documents : G. Clotaire Rapaille. Le « G » correspond à son premier prénom, Gilbert ; quant à Clotaire, personne ne sait dire s'il s'agit d'un autre de ses prénoms ou si c'est un pseudonyme choisi parce qu'il est assez rare pour attirer et retenir l'attention, et parce qu'il donne une french touch vendeuse aux États-Unis. En mettant son premier prénom en initiale, Rapaille gagne triplement. Il substitue à Gilbert le nettement plus glamour Clotaire. Il respecte le code américain consistant à mentionner un prénom sous forme d'initiale. Simultanément, il se détache dudit code en plaçant l'initiale en premier, et non pas, comme il est usuel, entre le prénom et le nom de famille : ainsi, il crée quelque chose d'à la fois familier et étrange qui lui permet de se faire remarquer sans pour autant choquer. Du grand art.
Frédéric Metz, professeur à l'École de design de l'UQAM, relève chez lui les qualités de communication de l'ennéatype : « Il y a plusieurs facettes à Clotaire Rapaille. Premièrement, c'est le meilleur vendeur que je connaisse au monde dans le domaine. Il réussit à charmer, presque à nous hypnotiser quand il nous parle. »
La passion de mensonge est là aussi. « Il aimait se donner une certaine gloire. Les choses qu'il racontait étaient probablement justes à la base, mais il aime embellir un peu », raconte André Chappot, un de ses anciens élèves. Son ami Philippe Dupont renchérit : « Pour moi, c'est quelqu'un qui a beaucoup de qualités, mais il a tendance à réécrire. […] Ça nuit à sa crédibilité. D'ailleurs, s'il a quitté la France [en 1981], c'est que les gens le prenaient pour trop farfelu. »
Effectivement, en France, Clotaire Rapaille est totalement hors-code ! Un type qui affiche sa réussite, qui n'hésite pas à dire dans un dîner qu'il facture la moindre de ses prestations par un nombre à cinq chiffres, c'est « obscène » ! Dans la culture française d'ennéatype 4, cela déclenche inévitablement la passion d'envie, voire son corollaire de haine. Quant à affirmer que notre identité se traduit par une série de codes appliqués automatiquement, c'est l'insulte suprême ! Pendant de nombreuses années, ce n'est qu'en France qu'on pouvait trouver aisément des articles très critiques sur le travail de Clotaire Rapaille.
Si la France n'aime pas Clotaire Rapaille, il le lui rend bien. Il trouve la culture française « sénile » et estime que les Français « sont quasiment en train de se suicider actuellement ; ils sont en train de s'autodétruire. »
Depuis peu, les Français ne sont plus seuls dans leur désamour pour Clotaire Rapaille. Leurs cousins de la Belle Province les ont rejoints. Avec force.
À suivre…
lun 1 mar 2004, 08:06