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Vendredi 30 juillet 2010
La bonne façon de casser un œuf
Les mangoustes rayées adorent les œufs. Elles disposent de deux méthodes pour en briser la coquille : utiliser leurs dents ou cogner l'œuf contre une surface dure, pierre ou tronc d'arbre. Si certaines mangoustes utilisent indifféremment les deux méthodes, d'autres montrent une nette préférence pour l'une d'entre elles.
Dans un groupe de mangoustes, les jeunes, à peine sortis du terrier où ils sont nés, sont pris en charge par un adulte, généralement un frère aîné, un cousin ou un oncle, qui va leur servir de mentor. Cette forme particulière de prise en charge a permis à Corsin Müller et à son équipe d'observer et de vérifier par des expériences la transmission d'une compétence chez ces animaux. Il en résulte que le choix d'une méthode pour casser les œufs n'est ni inné, ni aléatoire, mais que le jeune adopte la préférence de son chaperon et la garde à l'âge adulte, même après la rupture de leur lien.
Cette étude montre que, « chez une espèce de carnivores pas vraiment “spectaculaire”, les mangoustes rayées, les techniques de recherches de nourriture sont transmises des adultes aux jeunes par un apprentissage social et peuvent donc être qualifiées de traditions. »
Corsin Müller conclut — et nous avec lui — : « Certaines personnes n'apprécieront pas notre découverte, car elles y verront une remise en cause du caractère exceptionnel de l'espèce humaine. Mon point de vue est différent : des études comme la nôtre apportent des moyens passionnants de comprendre comment des comportements particuliers peuvent être le résultat d'un processus évolutif. Reconnaître que les processus qui jouent un rôle important dans les comportements humains existent aussi, au moins sous des formes élémentaires, chez d'autres animaux ne nous rend pas moins exceptionnels. L'espèce humaine est encore unique, comme le sont toutes les autres espèces. »
Source : Corsin A. Müller & Michael A. Cant, "Imitation and Traditions in Wild Banded Mongooses", Current Biology, 3 juin 2010.
Dimanche 25 juillet 2010
Vide intérieur
Notre incarnation du vMème ORANGE a inventé les congés payés. Grâce lui soit rendue ! Une des conséquences a été le changement de signification du bronzage. Avant, être bronzé voulait dire travailler en plein air et donc être ouvrier ou paysan, c'est-à-dire en bas de la hiérarchie sociale. D'un seul coup, bronzage a voulu dire vacances au soleil, donc situation sociale aisée.
Comme tous les autres niveaux d'existence, notre ORANGE a peu à peu manifesté ses aspects négatifs, dont un culte effréné de l'apparence, du paraître devenu plus important que l'être. Sont alors arrivés les instituts de bronzage. Un de ceux-ci fait fort dans sa campagne actuelle de publicité. Si vous êtes vidé — ce que mon dictionnaire décrit comme « être épuisé physiquement ou moralement » —, une heure et quart en cabine de bronzage et tout ira bien !
Rappel : en 2009, les ultraviolets (UV) des cabines de bronzage ont été classés « cancérogènes » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), l'agence cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) [Lancet Oncology, août 2009].
Mardi 20 juillet 2010
Sélectif
La Poste recrute trois médecins du travail :

Entre l'argumentaire et le choix du modèle, on pourrait croire qu'ils recherchent des postulants d'un ennéatype particulier, non ?
[Merci à Évelyne qui m'a transmis cette affiche.]
Vendredi 16 juillet 2010
Quel BLEU pour l'Internet ?
Il y a un peu moins d'un an, j'écrivais sur ce blog un article analysant l'évolution de l'Internet en fonction de la Spirale Dynamique et du cycle des organisations qui lui est parallèle : “Passé, présent et futur de l'Internet”. Rappelons-en les conclusions pour ceux qui n'ont pas le temps de relire le billet : l'Internet est actuellement une structure où le niveau ROUGE s'exprime avec force et dans laquelle les tentatives d'imposer un ordre BLEU vont se multiplier. La suite des événements a semblé justifier amplement cette analyse.
Depuis, les critiques contre le réseau se sont multipliés. Nous nous en sommes fait l'écho dans les billets “Taisez-vous, manants !” et “Perroquet”. L'affaire Woerth-Bettencourt lancée par Mediapart — un site en ligne dont on peut rappeler que les rédacteurs ont leur carte de journaliste au même titre que ceux la presse écrite — a été l'occasion de diatribes d'une violence sans précédent contre le réseau : « plus rien n'est contrôlé » s'est plaint Hervé Morin, le ministre de la Défense ; « méthodes inqualifiables » a déclaré le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre ; « méthodes fascistes » ont renchéri Nadine Morano, la secrétaire d'État à la Famille, et Xavier Bertrand, le secrétaire général de l'UMP. Déjà, à propos de l'affaire Hortefeux, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, avait réagi en expliquant qu'« Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent de vivre ensemble ne soit acceptée ». Dans tous les cas, il s'agit bien sûr de détourner l'attention du sujet principal, mais aussi d'en profiter pour faire passer l'idée que l'Internet est une jungle dans laquelle chaque citoyen serait potentiellement en danger.
Pendant ce temps-là, les personnes qui acquièrent un iPhone ou un iPad achètent une machine fermée sur laquelle les utilisateurs — sauf à être de bons bidouilleurs — ne peuvent télécharger que les applications vendues sur l'Apple Store. Apple en profite pour retarder l'apparition des applications de ses concurrents, et surtout pour censurer à tout va. Ainsi, Apple a d'abord interdit le Kama Sutra, puis des bandes dessinées adaptées de L'Importance d'être Constant d'Oscar Wilde et d'Ulysse, le chef-d'œuvre de James Joyce, et ensuite des caricatures politiques de Mark Fiore, un dessinateur titulaire du Prix Pulitzer, sous prétexte qu'elles « ridiculisaient des personnages publics ». Qu'Apple soit revenu en arrière sur ces cas emblématiques qui ont déclenché une vive polémique n'empêche pas que les mises à l'index continuent.

Extrait de l'adaptation dessinée de L'importance d'être Constant par Tom Bouden

Extrait de l'adaptation dessinée de Ulysse par Rob Berry et Josh Levitas
Si vous avez un smartphone à la façon Microsoft, certes le système d'exploitation est vieillot, mais l'appareil est largement ouvert. Jusqu'à aujourd'hui. Microsoft prépare une nouvelle version nommée Windows Phone 7 qui, elle aussi, n'acceptera que des applications vendues sur une boutique Microsoft dont on nous annonce qu'y sera banni tout contenu « diffamatoire, calomnieux, menaçant, discriminatoire, ou promouvant des discours de haine, la consommation de drogues illicites, la consommation excessive d'alcool et la violence. ».
L'accès à l'Internet se fait de plus en plus souvent avec ces téléphones portables, et voilà que les fournisseurs d'accès s'y mettent à leur tour pour compléter le verrouillage du système. Ainsi, des campagnes de publicité essaient de nous faire croire qu'il y a l'Internet et l'Internet par ORANGE. Ce dernier serait « un Internet riche qui donne accès à la TV d'Orange (via l'ADSL ou le satellite) proposant ainsi des contenus différents, comme des séries exclusives, et des services innovants, comme la TV à la demande ». Bref, un réseau privé où ORANGE aurait la main mise sur ce que vous pouvez voir et ne pas voir, le contraire absolu de ce que voulait être l'Internet : ouvert, libre et égalitaire.
La censure, on sait où elle commence, jamais où elle s'arrête. Par exemple, sur demande du gouvernement chinois, Apple a supprimé dans ce pays l'accès aux applications iPhone concernant le Dalaï-Lama ou le Tibet…
Toute personne connaissant la Spirale Dynamique sait que le passage par BLEU est inévitable et sans doute nécessaire et positif à terme. Mais BLEU peut s'exprimer dans des valeurs de surface bien différentes. Chacun de nous peut alors se demander si ce sont vraiment celles citées ci-dessus qu'il veut voir se généraliser ? Chacun d'entre nous peut aussi se souvenir qu'il est co-créateur de la société dans laquelle il vit et vivra. Il en est donc aussi coresponsable dans la mesure de son pouvoir et de son influence — au sens du CAPI d'Ichak Adizes ; en tant que citoyen et consommateur, cette marge de manœuvre n'est pas nulle.
Source 1 : Vincent Glad, "Affaire Woerth : le mauvais procès fait à Internet", Slate.fr, 8 juillet 2010.
Source 2 : Tyrian, "Pour sauver la vertu de son iPhone, Apple censure à tout va", Rue 69, 13 juillet 2009.
Source 3 : Jessie Kunhardt & Alexandra Carr, "Apple Censorship : From The 'Kama Sutra' To 'Ulysses,' 9 Books And Book Apps Apple Has Censored Or Rejected ", The Huffington Post, 14 juillet 2010.
Source 4 : Jason Dunn, "No Secrets in the Windows Phone Application Store", Windows Phone Thoughts, 14 juillet 2010.
Source 5 : "Des applications iPhone inaccessibles en Chine", Reporters sans frontières, 1 janvier 2010.
Source 6 : Guillaume Champeau, "Non, Orange… il n'y a bien qu'un seul et même Internet !", Numerama, 7 septembre 2009.
Dimanche 11 juillet 2010
Clotaire s'enfarge dans les fleurs du tapis (3/3)
[Première partie] [Deuxième partie]
En septembre 2009, Régis Labeaume, le maire de la ville de Québec, a embauché Clotaire Rapaille pour améliorer l'image de la cité. Clotaire Rapaille affirmait avoir déjà travaillé pour d'autres grandes villes et dans une conférence de presse, il a clamé son amour du Québec et raconté comment, alors qu'il était enfant et que son père était déporté en Allemagne pour le service du travail obligatoire, sa mère lui chantait des chansons de Félix Leclerc qui était pour lui « un père substitutif ».
Clotaire Rapaille a alors commencé à se mettre au travail et communiqué ses premières trouvailles : « Pourquoi, les Québécois, vous êtes absolument sûrs d'être accueillants, d'être chaleureux, d'être ouverts à tout le monde, que vous souriez à tout le monde, que vous n'êtes pas comme les gens de Montréal ? Tout ça et, en même temps, vous êtes passionnés par les radios-poubelle, par tous ceux qui détruisent, démolissent. Pourquoi ? […] À chaque fois que je parle de Québec, les gens me parlent de Montréal. Vous ne pouvez pas vous définir sans qu'il y ait Montréal derrière. C'est très intéressant. Je ne porte pas de jugement, mais ça fait partie d'une tension, d'un rapport qu'il faut découvrir. La tension, c'est “est-ce qu'on est ouvert ?” Oui bien sûr, mais on ne veut pas être trop ouvert. On a un truc, une formule, une solution, on ne veut pas la perdre. On n'est pas comme Montréal. […] C'est pas uniquement à Québec, mais on ne m'en avait jamais parlé dans mes autres groupes [de discussion]. Il y a un plaisir dans le masochisme, sinon pourquoi ça marcherait ? Il y a un plaisir à entendre “regardez, on est petit, on n'arrive pas vraiment, on est contre l'argent, on est contre la réussite, on est des porteurs d'eau”. […] Les Québécois aiment éprouver le plaisir de la séparation qui ne se fait pas. Vous êtes un couple sadomaso, et ça va durer comme ça pour toujours. Si vous vous séparez, c'est foutu, on ne peut plus jouer. »
Pour quelques rares Québécois, Clotaire Rapaille a mis « le doigt sur quelque chose », il « a eu le malheur de dire ce qu'il pensait vraiment de cette ville, de dire quelque chose qui fait très mal et qui fait honte aux Québécois, et aussi aux autres Québécois de tout le Québec mais dans une moindre mesure. » Pour la majorité des autres, il devient le « maudit Français que nous détestons tous maintenant » et qu'il faut abattre ; ne leur a-t-il pas lui-même dit : « Vous aimez et haïssez très fort. » Des journalistes se mettent alors à enquêter sur Clotaire Rapaille et sur son curriculum vitæ. Rapaille n'a pas pu entendre sa mère fredonner du Félix Leclerc pendant la Seconde Guerre mondiale, le chanteur étant alors totalement inconnu, même dans son pays d'origine. Il n'a jamais eu d'autres villes comme client direct. Il déclare sur son site avoir travaillé pour Georges Pompidou, alors que sa société a été créée plusieurs années après la mort du président — renseignement pris, il fallait entendre la Fondation de l'épouse de Georges Pompidou ! —, etc. Philippe Dupont, son ami, n'est pas surpris : « Rapaille a une formule très jolie : “Puisque le passé n'existe plus et le futur n'existe pas, autant les inventer.” »
On peut se demander comment un spécialiste du marketing et de la communication aussi fin de Clotaire Rapaille a pu commettre des erreurs aussi grossières. Il me semble que l'on peut avancer deux types d'explications.
D'abord dans notre monde dominé par ORANGE, ce sont les CV non enjolivés qui sont l'exception ! Clotaire Rapaille avait mis à jour le code de villles-États comme Dubaï ou Hong Kong pour le compte d'entreprises privées qui voulaient y investir ; transformer cela en demande de la part de ces cités n'est en ORANGE qu'un péché véniel… surtout dans le monde du marketing. Le maire de Québec confirme : « Dans l'entreprise privée, ce genre de situation a moins d'impact, dans la mesure où ce qui importe ultimement est le résultat final. Mais, dans le domaine public, ces omissions créent des doutes inadmissibles pour les payeurs de taxes. » Peu importe aussi au monde des entreprises centrées en ORANGE, qui sont les clientes habituelles de Clotaire Rapaille, que le code soit agréable ou non à entendre ; ce qui compte, c'est comment agir en fonction de ce code. Les citoyens de Québec n'étaient pas dans cette approche pragmatique et n'étaient pas demandeurs d'une introspection forcée. Clotaire Rapaille n'a pas su percevoir la différence entre le monde de l'entreprise et celui de la politique et de la société civile ; en Spirale Dynamique, on peut parler d'attitude coincée en termes de positionnement OAC.
Ensuite, la personnalité de Clotaire Rapaille a bien évidemment joué. Les spécialistes de l'Ennéagramme définissent pour chaque ennéatype un domaine de préoccupation dans lequel le profil oscille entre les deux pôles d'une dichotomie. Pour le 3, le domaine est la créativité et la dichotomie compétent-bluffeur. Peut-on imaginer plus belle illustration ?
Il sera intéressant de voir comment Clotaire Rapaille va gérer le problème et si, pour lui, la roche Tarpéienne aura été proche du Château Frontenac.
P.-S. : deux précisions pour nos lecteurs non-Québécois. « S'enfarger dans les fleurs du tapis » est la version québécoise de « se prendre les pieds dans le tapis ». Quant au Château Frontenac, c'est le plus bel hôtel de la ville de Québec, un magnifique bâtiment ouvert en 1893 qui surplombe le fleuve Saint-Laurent ; c'est dans cet hôtel, le plus photographié du monde, que Clotaire Rapaille a logé lors de ses séjours dans la ville.
P.P.-S. : Clotaire Rapaille considère que le film La Grande séduction est « rempli d'éléments constituant le code » de Québec. Vous pouvez lire l'analyse en termes d'Ennéagramme que nous en avions fait il y a cinq ans.
Principales sources :
1 – Gaétan Pouliot, "Clotaire Rapaille : la chute d'un bullshitter français en Amérique", Rue89, 14 avril 2010.
2 – Pierre-André Normandin, "Clotaire Rapaille décrypté : un homme et sa légende", Le Soleil, 27 mars 2010.
3 – G. Clotaire Rapaille, Seven Secrets of Marketing in a Multi-cultural World (2nd Edition). Boca Raton (Florida), Tuxedo Production, 2004.
4 – G. Clotaire Rapaille, The Culture Code. New York (New York), Broadway Books, 2006.
Mardi 6 juillet 2010
Clotaire s'enfarge dans les fleurs du tapis (2/3)
Dans l'Ennéagramme, Clotaire Rapaille est un type 3 alpha de sous-type conservation ; sur la Spirale Dynamique, dire qu'il est dominé par le niveau ORANGE est une litote. À peine a-t-il obtenu son doctorat en 1969, Clotaire Rapaille s'achète un château en Normandie et une Bentley : « C'est toujours ce qui bluffe les gens. Le château, c'est une société d'assurances [...] qui m'a avancé l'argent et on a remboursé en 15 ans. À l'époque, personne ne voulait des châteaux. [...] C'était une veille Bentley que j'avais achetée. Ça faisait partie de l'image. [...] Il fallait se positionner comme créatif. C'est normal. Si vous êtes un designer, vous devez avoir l'air d'un designer, sinon les gens ne vous prennent pas. Il y a une image à avoir. J'enseignais la créativité, l'innovation, je ne pouvais pas arriver en costume trois pièces avec une cravate dans une Renault quatre chevaux. L'image ne collait pas. »
Parmi les éléments de l'image, il y a bien sûr le nom. Clotaire Rapaille signe ses livres et autres documents : G. Clotaire Rapaille. Le « G » correspond à son premier prénom, Gilbert ; quant à Clotaire, personne ne sait dire s'il s'agit d'un autre de ses prénoms ou si c'est un pseudonyme choisi parce qu'il est assez rare pour attirer et retenir l'attention, et parce qu'il donne une french touch vendeuse aux États-Unis. En mettant son premier prénom en initiale, Rapaille gagne triplement. Il substitue à Gilbert le nettement plus glamour Clotaire. Il respecte le code américain consistant à mentionner un prénom sous forme d'initiale. Simultanément, il se détache dudit code en plaçant l'initiale en premier, et non pas, comme il est usuel, entre le prénom et le nom de famille : ainsi, il crée quelque chose d'à la fois familier et étrange qui lui permet de se faire remarquer sans pour autant choquer. Du grand art.
Frédéric Metz, professeur à l'École de design de l'UQAM, relève chez lui les qualités de communication de l'ennéatype : « Il y a plusieurs facettes à Clotaire Rapaille. Premièrement, c'est le meilleur vendeur que je connaisse au monde dans le domaine. Il réussit à charmer, presque à nous hypnotiser quand il nous parle. »
La passion de mensonge est là aussi. « Il aimait se donner une certaine gloire. Les choses qu'il racontait étaient probablement justes à la base, mais il aime embellir un peu », raconte André Chappot, un de ses anciens élèves. Son ami Philippe Dupont renchérit : « Pour moi, c'est quelqu'un qui a beaucoup de qualités, mais il a tendance à réécrire. […] Ça nuit à sa crédibilité. D'ailleurs, s'il a quitté la France [en 1981], c'est que les gens le prenaient pour trop farfelu. »
Effectivement, en France, Clotaire Rapaille est totalement hors-code ! Un type qui affiche sa réussite, qui n'hésite pas à dire dans un dîner qu'il facture la moindre de ses prestations par un nombre à cinq chiffres, c'est « obscène » ! Dans la culture française d'ennéatype 4, cela déclenche inévitablement la passion d'envie, voire son corollaire de haine. Quant à affirmer que notre identité se traduit par une série de codes appliqués automatiquement, c'est l'insulte suprême ! Pendant de nombreuses années, ce n'est qu'en France qu'on pouvait trouver aisément des articles très critiques sur le travail de Clotaire Rapaille.
Si la France n'aime pas Clotaire Rapaille, il le lui rend bien. Il trouve la culture française « sénile » et estime que les Français « sont quasiment en train de se suicider actuellement ; ils sont en train de s'autodétruire. »
Depuis peu, les Français ne sont plus seuls dans leur désamour pour Clotaire Rapaille. Leurs cousins de la Belle Province les ont rejoints. Avec force.
Jeudi 1 juillet 2010
Clotaire s'enfarge dans les fleurs du tapis (1/3)
Né en 1941, Clotaire Rapaille est un docteur en psychologie sociale français, qui a émigré aux États-Unis en 1981 et y est devenu un guru du marketing pour des clients aussi prestigieux que Chrysler, Boeing, AT&T, Pfizer, L'Oréal, etc.
Le travail de Clotaire Rapaille est fondé sur une théorie, un modèle et une croyance :
- Clotaire Rapaille postule l'existence d'un inconscient culturel, qui constituerait une couche intermédiaire entre l'inconscient individuel de Freud et l'inconscient collectif de Jung.
Cela n'est pas fondamentalement différent du travail de chercheurs comme Geert Hofstede ou de ce que nous faisons ici quand nous affectons un ennéatype à une culture (cf., par exemple, nos analyses de la Thaïlande ou de l'Indonésie). La spécificité de Clotaire Rapaille est d'entrer à un niveau de détails très fin. - Clotaire Rapaille utilise le modèle du cerveau triunique, développée par Paul Mac Lean en 1970 et qui voit le cerveau humain comme l'empilement de trois couches apparues au cours de l'évolution de l'espèce humaine : le cerveau reptilien, le cerveau paléomammalien ou cerveau limbique, et le cerveau néomammalien ou néocortex. En schématisant exagérément et en se limitant à l'aspect psychologique, le cerveau reptilien régit les mécanismes de survie, de protection du territoire et de satisfaction des besoins primaires, le cerveau limbique est le lieu des émotions élémentaires, et le néocortex est le siège des comportements conscients et raisonnés.
Précisons que depuis les années 1970, la connaissance du cerveau a plus progressé qu'elle ne l'avait fait entre le début de l'histoire humaine et 1970 ! La théorie de Mac Lean est aujourd'hui considérée comme une simplification dépassée, mais elle reste un modèle pratique fort utile dans des situations quotidiennes. - Enfin, Clotaire Rapaille est persuadé que nos actes d'achats et plus généralement nos décisions sont prises sur des critères instinctifs et que les arguments que nous donnons à leur propos ne sont que des rationalisations. Il résume cela par la formule choc : « Le cerveau reptilien gagne toujours. »
Pour déterminer l'inconscient culturel à propos d'un thème donné, Clotaire Rapaille réunit des groupes d'environ 25 personnes concernées par le sujet traité. Chaque groupe enchaîne trois séances de travail d'une heure permettant de passer peu à peu du conscient à l'inconscient : lors de la première, les membres du groupe s'expriment sur le thème choisi ; dans la seconde, ils racontent des histoires et procèdent à des associations libres à son propos ; enfin dans la troisième, une mise en état hypnotique léger leur permet de retrouver leurs premiers souvenirs liés à la question abordée. Les éléments structurels communs aux mémoires obtenues lors de la dernière séance sont synthétisés en une formule que Clotaire Rapaille appelle le « code » et qu'il considère comme ne changeant pas ou seulement très lentement. Toute communication qui ne respecte pas le code, qui est « hors-code » dans la terminologie de Clotaire Rapaille, est forcément un échec.
Par exemple, il y a quelques années, les fabricants de la Jeep ont sorti de nouveaux modèles dont le style avait été revu. Les ventes se sont immédiatement effondrées aux États-Unis, mais pas en France. Pourquoi ? Le code pour la Jeep est Libération en France, alors qu'il est Cheval pour les Américains. La nouvelle ligne avait des phares carrés, ce qui était une violation du code : un cheval peut-il avoir des yeux carrés ? Dès que les phares sont redevenus ronds — sans rien changer d'autre —, les ventes ont repris.
Ses travaux ont fait de Clotaire Rapaille un spécialiste du marketing très largement apprécié. Pas partout cependant.
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jeu 16 oct 2008, 07:07