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Vendredi 28 mai 2010
Tuer le leader
Tuer le père est un concept psychanalytique initialement rattaché au complexe d'Œdipe : le jeune enfant ressentirait, entre 3 et 6 ans, un désir sexuel inconscient pour le parent du sexe opposé et désirerait éliminer le parent du même sexe perçu comme un rival — en période ROUGE, on aime les solutions radicales ! Pour certaines approches psychanalytiques, le meurtre symbolique du père permet à l'enfant d'advenir en tant que sujet et est une absolue nécessité pour devenir adulte. C'est dans ce sens de prise d'autonomie que l'expression est entrée dans le langage courant.
Le leader, qu'il manifeste principalement VIOLET, ROUGE, BLEU ou ORANGE, infantilise les personnes qu'ils dirigent ou entraînent : il est celui qui distribue la compétence, génère la motivation, crée le bien-être, etc. Le concept traditionnel de leader est déresponsabilisant. On peut dès lors mieux comprendre le besoin du passage en VERT où toutes les formes de dirigisme, de prise de pouvoir ou d'affirmation d'un statut sont regardées avec méfiance.
Il faut tuer le leader — métaphoriquement ! — afin que chaque personne dans une organisation devienne autonome et adulte, et comprenne qu'elle est responsable de sa compétence, de sa motivation, de son bien-être.
Puis viendra le vMème JAUNE. Le leader pourra renaître de ses cendres, totalement transformé : son leadership sera circonstanciel, temporaire et n'empêchera jamais, consciemment ou inconsciemment, la parole pertinente des autres, mais au contraire ouvrira en permanence un espace d'expression. Pour le leadership aussi, il est impossible d'ignorer une étape de la Spirale Dynamique.
La sociocratie a beau être une méthode JAUNE, elle ne transforme pas une organisation en JAUNE ! C'est pourquoi il est important de connaître et comprendre le positionnement dans le cycle des organisations de tous les secteurs d'une entreprise ou d'une société et de prendre, parallèlement à l'instauration de la sociocratie, les mesure permettant de faire évoluer sur le cycle ceux qui en ont besoin.
Mardi 25 mai 2010
C'est celui qui le dit qui l'est
La revue de presse du numéro de Philosophie Magazine de ce mois a rapproché ces deux extraits :
Benoit Rittaud (Le Figaro, 2 avril 2010) : « La climatomancie est ce nouvel art divinatoire qui vise à déduire du comportement humain l'avenir climatique de la Terre dans l'idée de prescrire à chacun des actes de pénitence (quotas, taxe carbone…). »
Dominique Bourg & Nicolas Hulot (Le Monde, 5 avril 2010) : « Il y a une grande similitude entre la remise en cause par ces sceptiques de la science des autres — les climato-sceptiques ne sont pas en effet généralement des climatologues patentés — et le créationnisme : à savoir le rejet des connaissances qui blessent votre croyance, en Dieu pour les uns et dans la toute-puissance des techniques pour les autres. »
S'envoyer ainsi les vMèmes VIOLET et BLEU à la figure, le débat vole haut…
Source : "L'époque – Revue de presse", Philosophie Magazine, N° 39, mai 2010, p. 12.
Dimanche 23 mai 2010
Toute, vraiment toute !
Sans tomber dans les excès publicitaires de ORANGE, on peut dire que le 20 mai 2010 est probablement une date historique.
Nous abordons souvent sur ce blog, le thème du “Toute vie” et de la nécessité de sa prise en compte dont sont conscients les deux premiers niveaux de la seconde boucle de la Spirale Dynamique. Si nous avons maintes fois parlé de la poreuse frontière entre l'être humain et l'animal, ou entre l'être humain et le robot, nous n'avons pas évoqué jusqu'à aujourd'hui, parce qu'il relevait de la prospective, le thème de la vie artificielle.
Des chercheurs du J. Craig Venter Institute viennent de réaliser la première bactérie auto-réplicante entièrement synthétique. Ils ont notamment créé les 1,08 million de paires de bases du chromosome de cette bactérie, et ce génome artificiel a pu piloter la reproduction de la bactérie, une forme modifiée de la Mycoplasma mycoides naturelle qui est responsable de la pleuropneumonie des bovidés.
Les coûts de la synthèse de l'ADN diminuant constamment, cette réalisation ouvre la voie à la création de carburants, de médicaments, de vaccins et de nourriture synthétique. Dans un premier temps.
En dehors du fait que cette technique permettra très vite le développement de nouvelles armes et de formes élaborées de terrorisme biologique, jusqu'où irons-nous demain dans la création du vivant ou de créatures hybrides, mélange de vivant artificiel et de robotique ?
Source : "First Self-Replicating Synthetic Bacterial Cell", J. Craig Venter Institute, 20 mai 2010.
Jeudi 20 mai 2010
L'Orient est ROUGE
« C'est une maladie infectieuse socio-psychologique » affirme le professeur Zhou Xiaozheng de l'Université du peuple de Pékin. Voilà qui ne peut que faire dresser l'oreille des amateurs de la théorie émergente et cyclique des niveaux d'existence bio-psycho-sociaux, alias la Spirale Dynamique.
La Chine a connu ces dernières semaines une vague d'attaques d'écoles maternelles ou primaires, faisant au moins quinze morts et plusieurs dizaines de blessés, mais aussi « des voitures qui foncent dans la foule, des coups de couteau ou un engin explosif artisanal ». Ces actes de « terrorisme individuel » touchent toutes les régions de la Chine et sont caractérisés par une extrême violence : par exemple, lors de la dernière attaque d'école dans la province du Shaanxi, l'institutrice a été quasiment décapitée et des enfants de trois ans se sont retrouvées avec « d'énormes plaies ouvertes dans le crâne ».
Une telle épidémie rend peu probable des causes individuelles, et le profil psychologique des tueurs révèle effectivement des « hommes frustrés et meurtris », ayant du ressentiment envers la société, mais n'ayant pas manifesté de troubles psychologiques particuliers auparavant. Selon Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, les « vraies et profondes racines du problème » sont à chercher dans « les tensions sociales » que connaît le pays.
Le coupable est donc le développement rapide du vMème ORANGE dans le pays. Trop rapide : « Le terreau de cette folie est bien les traumatismes psychologiques et collectifs d'une population bousculée par la frénésie du développement économique et social. Un rythme fou, générateur de stress et d'angoisse. “Un train de changements n'a même pas fini de passer qu'il faut déjà sauter dans un autre, qui circule à plus vive allure encore sur la voie d'à côté, explique Wang Hai, un jeune étudiant pékinois. Certains sont complètement déboussolés. Et ceux qui n'ont pu monter dans un wagon sont perdus.” Dans ce tourbillon, les liens sociaux traditionnels sont souvent disloqués. Spécialiste de la sacro-sainte “stabilité sociale” à l'Académie des sciences sociales, Yu Jianrong met en cause l'impressionnant “creusement des inégalités” et le “peu d'empathie d'une société toute tournée vers la croissance pour les laissés-pour-compte”. »
Face au déferlement de ORANGE, certains s'adaptent. D'autres restent campés dans leur vMème principal, ROUGE ici, ou font un creux γ dans ce niveau d'existence : des meurtres sans raison, ne s'en prenant ni à l'État, ni aux acteurs économiques, commis impulsivement et sauvagement contre des « innocents », et au mépris de sa propre vie. Ceux qui sont centrés en VIOLET ou qui y retournent ont plus tendance à exprimer leur désespoir par le suicide : il y en a entre 250 000 et 300 000 par an en Chine.
Sun Liping, un sociologue de l'université Tsinghua, craint la « défaite sociale », c'est-à-dire une désintégration interne de la Chine. Le pari des autorités chinoises de faire cohabiter une structure économique ORANGE et une structure politique culminant en BLEU (cf. “Patchwork chinois”) va être difficile à tenir.
Source : Arnaud de La Grange, "La Chine s'interroge sur son modèle de société", Le Figaro, N° 20462, 17 mai 2010, p. 2. [Merci à Aurore qui m'a transmis cet article.]
Ressources : sur ORANGE en Chine, nous avons notamment publié “Péril ORANGE”, “1 femme, 1 enfant ORANGE”, “Onzième ORANGE”, “En manque”, “Collection de pyjamas” et “Enfants Managers” ; sur VIOLET dans le même pays, vous pouvez lire “VIOLET sur le podium”, “La cocaïne du peuple ?”, “Des signes dans la terre” et “Fin de règne à l'occasion des J.O. ?”.
Dimanche 16 mai 2010
Perroquet
Il semble qu'il faille actuellement à la vie publique française sa polémique hebdomadaire. Cette semaine, après la burqa, voici les « apéros géants ». 9000 personnes se sont réunies à Nantes la semaine dernière. Malheureusement, un jeune homme, vraisemblablement ivre, a grimpé sur la balustrade d'un pont et en est tombé ; il est décédé à l'hôpital le lendemain des suites des blessures occasionnées par sa chute. Immédiatement, hommes politiques et médias se sont emparés de l'affaire.
On pourrait tout d'abord signaler que c'est le premier accident mortel depuis le lancement des apéros géants en novembre 2009. On pourrait tout autant s'indigner de l'hypocrisie de la société française où boire fait partie intégrante de la culture, où les morts par alcoolémie sur la route ou ailleurs ne se comptent plus, et où la puissance du lobby de l'alcool n'est plus à démontrer.
Le plus ennuyeux dans les nombreuses réactions n'est pourtant pas là. On a d'abord désigné un coupable : le réseau social Facebook sur lequel ces manifestations sont organisées — tout le monde sait en effet qu'avant Facebook, les jeunes passaient leurs soirées à boire des orangeades en récitant des poèmes de Charles d'Orléans ! D'un point de vue intellectuel, confondre le média et le message est passablement stupide : si des personnes se saoulent à une noce, poursuivrions-nous l'imprimeur des faire-part ? On retrouve là en fait la peur d'Internet qui anime une certaine catégorie de nos soi-disant élites : cf. par exemple “Taisez-vous, manants !”.
De nombreuses voix ont ensuite réclamé l'interdiction totale des apéros géants. Plus tolérante, Nathalie Kosciusko-Morizet a déclaré vendredi sur Europe 1 : « Ce n'est pas forcément l'interdiction systématique, mais il faut que les organisateurs comprennent que s'il y a des règles de sécurité qui sont mises en place, ce n'est pas pour les ennuyer, c'est vraiment qu'il y a des risques. […] Je veux que les organisateurs se rendent compte que ce qu'on appelle l'ordre public, ce n'est pas une saloperie pour embêter les gens, c'est pour protéger les gens. »
Les organisateurs !? Nathalie Kosciusko-Morizet est pourtant secrétaire d'État à la prospective et au développement de l'économie numérique. Sur Facebook, et sur les réseaux sociaux en général, il n'y a pas d'organisateur(s) et de participants. Les 9000 personnes présentes à Nantes étaient collectivement toutes organisateurs et participants. La responsabilité est aussi collective.
Lors des événements en banlieue parisienne en 2005 (cf. “Allumer le feu”), j'écrivais : « À l'heure du portable et de l'Internet, simultané et semblable ne veulent plus dire forcément coordonné ou centralisé. » Cinq ans plus tard, les dirigeants politiques semblent ne pas l'avoir encore compris. Pourtant, c'est une des caractéristiques fondamentales de l'émergence du vMème VERT : des mouvements collectifs auto-organisés — cela n'implique évidemment pas que tous les participants aux apéros géants soient dominés par ce niveau d'existence.
Dans La Solution, Bertolt Brecht ironisait : « Ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? » Il semble aujourd'hui que BLEU et ORANGE voudraient bien dissoudre VERT !
Bien évidemment, les apéros géants posent des problèmes réels : sécurité, santé, hygiène, déchets, nuisance aux riverains. Cependant, on ne résout pas les difficultés créées par un niveau d'existence avec les solutions des niveaux précédents.
P.-S. : pour nos lecteurs sobres, rappelons qu'un perroquet est un cocktail à base de pastis et de sirop de menthe. Un apéritif vert, en quelque sorte.
Jeudi 13 mai 2010
Plus présent qu'on n'aime à le croire…
Le vMème VIOLET s'exprime en nous par des comportements que nous pouvons observer. Cependant son emprise sur notre fonctionnement va bien au-delà. Il a joué un rôle dominant pendant une telle part de l'histoire humaine que des mécanismes automatiques, probablement contrôlés génétiquement, se sont mis en place il y a des dizaines de milliers d'années et s'activent sans que nous en soyons conscients. Deux exemples.
Des chercheuses de l'université Queen au Canada ont démontré expérimentalement que des enfants de 21 mois aident d'autres personnes en fonction des relations qu'ils ont eues auparavant avec elles, et qu'ils tiennent compte des intentions positives qu'elles avaient eues à leur égard plus que des résultats concrets des interactions avec elles. Elles en concluent que « quelques-unes des caractéristiques des relations complexes de réciprocité observées chez les adultes sont en place dès l'enfance. »
Une équipe de chercheurs de plusieurs universités canadiennes a étudié les réactions au stress d'environ deux cents hommes et femmes de tous âges. Ce sont les hommes âgés et les femmes de tout âge qui sont les plus sensibles au stress, et celui-ci est causé par un désir de maintenir l'estime de soi et des liens sociaux sécurisants : « Le sentiment d'appartenance est un besoin fondamental de l'être humain. Nos recherches suggèrent que la socialisation est innée et que l'appartenance à un groupe contribuait à la survie de nos ancêtres. Aujourd'hui, il est possible que la plupart des gens voient l'exclusion sociale comme une menace pour leur existence. Une réaction forte est utile pour maintenir l'estime de soi face à cette menace potentielle. » À l'époque des chasseurs-cueilleurs culminant en VIOLET sur la Spirale Dynamique, les femmes et les personnes âgées avaient plus que les autres besoins du groupe pour d'évidentes raisons de force physique. Ce critère n'a plus la même importance aujourd'hui, mais le programme reste là.
Source 1 : Kristen A. Dunfield & Valerie A. Kuhlmeier, "Intention-Mediated Selective Helping in Infancy", Psychological Science, 5 mars 2010.
Source 2 : Karine Lévesque, D. S. Moskowitz, Jean-Claude Tardif, Gilles Dupuis & Bianca D'antono, "Physiological stress responses in defensive individuals : Age and sex matter", Psychophysiology, Vol 47, N° 2, Mars 2010, p. 332-341.
Dimanche 9 mai 2010
Rapatriement
De la fascinante culture des Maoris, les Polynésiens autochtones de Nouvelle-Zélande, beaucoup ne connaissent que le Haka ! Pourtant les musées occidentaux abritent de nombreuses pièces maories, et notamment des têtes tatouées et momifiées.
Pour les Maoris — dominés par les vMèmes ROUGE et VIOLET —, la tête est la partie du corps la plus sacrée car elle contient le mana, un concept complexe qui est notamment à la fois l'esprit et le prestige. Le visage de ceux qui avaient beaucoup de mana, les chefs et les grands guerriers, était tatoué. Chaque tatouage, le moko, était unique et relatait le rang, la tribu, la lignée, la fonction et les exploits de son porteur. À sa mort, sa tête était momifiée et conservé. On conservait aussi les têtes des chefs ennemis vaincus au combat qui servaient de trophée de guerre ou de monnaie d'échange lors de négociation de paix.
Souvent, on n'attendait pas la mort naturelle du chef : « C'était la tête des notables et des chefs de tribus tatoués qu'on décapitait de leur vivant. Pour les Maoris, c'était un geste sacré, un signe de bravoure et non pas un acte de barbarie ! C'en est devenu un quand les Européens et se sont mis à en faire le commerce. Ça a conduit à des aberrations comme de tatouer et tuer des esclaves pour vendre leurs têtes. », raconte Marine Degli, auteur de L'Art maori.
Depuis 1992, la Nouvelle-Zélande cherche à récupérer les 500 têtes tatouées et momifiées dispersées dans les collections du monde entier : « Les Maoris pensent que si les âmes de leurs ancêtres retournent dans leur pays d'origine, ils récupèrent leur dignité et peuvent veiller en paix sur leurs familles. » Mardi dernier, le parlement français a décidé de rendre les seize têtes exposées dans le pays.
Source : Léa Lejeune, "Les têtes maories relancent le débat sur la restitution d'œuvres", Rue 89, 5 mai 2010.
Jeudi 6 mai 2010
VERT a son agence de presse
Samedi dernier avait lieu le dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche. Il y est de tradition que le Président des États-Unis y amuse la galerie en faisant un discours où il se moque de lui-même, de la classe politique et des personnes en vue à Washington. Barack Obama n'a pas failli à la règle, mais les journalistes ont plutôt ri jaune quand il a déclaré : « Bien sûr, je n'ai pas le pouvoir et l'influence que j'avais autrefois, mais pour ma défense, vous non plus ! Les gens me disent : “Monsieur le Président, vous avez aidé les banques à survivre, vous avez sauvé General Motors et Chrysler. Et les entreprises de presse alors ?” Et là, j'explique : “Hé, je suis juste le Président, je ne suis pas un faiseur de miracles.” »
Effectivement, la presse traditionnelle va mal : 40 000 emplois supprimés en 2008 et 2009 aux États-Unis, et la situation n'est pas plus brillante ailleurs. Ainsi, en France, Le Monde serait au bord de la faillite et perdrait plus d'un million d'euros par mois.
Les raisons de cette crise sont multiples. La principale est sans doute que la défiance qui frappe les hommes politiques atteint aussi les journalistes. Ceux-ci sont perçus comme manquant d'honnêteté et de transparence. Comme toute généralisation, celle-ci est injuste. Cela ne veut pas dire qu'elle est totalement injustifiée : par exemple, l'attitude de la presse lors du référendum à propos de la constitution européenne a été globalement indigne : de la propagande et non pas du journalisme.
Le modèle actuel de la presse est celui d'une communication descendante. Le vMème VERT est là et ne supporte plus ce type de fonctionnement. Un modèle de diffusion de l'information totalement différent existe déjà et prend une importance de plus en plus grande : Twitter, dont nous avions parlé peu après son démarrage et qui se découvre chaque jour de nouvelles utilisations.
Sous la direction de Haewoon Kwak, des chercheurs du Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST) ont analysé l'ensemble des messages émis sur Twitter en juillet 2009. Ils ont découvert que le réseau Twitter était incroyablement dense. Dans le monde physique, s'applique la théorie de Frigyes Karinthy — apparemment validée par les expériences de Stanley Milgram — des six degrés de séparation : toute personne sur terre peut être reliée à n'importe quelle autre par une chaîne de six relations individuelles ; c'est la théorie du « petit monde ». Eh bien, en partie parce que le réseau est asymétrique — les gens que nous suivons sur Twitter ne nous suivent pas forcément, et seulement 22,1 % des relations sont réciproques —, le monde de Twitter est encore plus petit : 4,12 degrés de séparation selon les travaux du KAIST. Cela explique pourquoi les informations s'y répandent à une vitesse inégalée : 35 % des retweets ont lieu dans les dix minutes suivant la publication d'une information, 55 % au bout d'une heure.
La conclusion de Haewoon Kwak et son équipe est que « les utilisateurs individuels ont le pouvoir d'imposer les informations qu'ils estiment importantes en les répandant au moyen des retweets. […] D'une certaine manière nous sommes les témoins de l'émergence d'une intelligence collective. »
Certains sont horrifiés par ce mode de transmission des nouvelles. Il a certes les défauts et les qualités de VERT — notamment un poids très fort des émotions —, mais il est un passage utile et obligé avant de trouver, dans la deuxième boucle, un équilibre entre des formes descendantes et ascendantes de propagation et d'analyse de l’information, comme la sociocratie sait déjà le faire dans une organisation.
Source 1 : "Obama fait le show à la Maison Blanche", Le Monde, 2 mai 2010.
Source 2 : Haewoon Kwak, Changhyun Lee, Hosung Park & Sue Moon, "What is Twitter, a Social Network or a News Media ?" (présentation à la 19th International World Wide Web Conference le 30 avril 2010).
Samedi 1 mai 2010
Le vrai coût des salaires
La problématique de l'échelle des salaires a souvent été abordée sur ce blog, par exemple dans les billets “Mettre les patrons au VERT”, “Trop payé ? Ou d'autres pas assez ?”, “Le salaire de l'empathie”.
Les personnes centrées en VERT sont horrifiées par les excès que commettent actuellement nos sociétés ORANGE et réclament un fort resserrement de l'éventail des rémunérations. Il n'est pas étonnant que leurs arguments soient principalement émotionnels, la situation économique des plus pauvres s'étant dégradée d'une manière profondément choquante ces vingt dernières années.
Si le vMème JAUNE est, bien évidemment, sensible à cet aspect humain, il cherche à vérifier qu'une grille salariale plus étroite est fonctionnelle. Dans “Échelle des salaires”, nous avions relaté une tentative d'établir un modèle de calcul de l'écart le plus juste des rémunérations ; cette approche était certes sommaire, mais indiquait une direction possible.
Eilís Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, trois chercheuses britanniques travaillant pour la New Economic Foundation, ont abordé le sujet en étudiant l'impact des salaires sur la société en général. Pour cela, elles ont créé le concept de « retour social sur investissement », en étudiant non pas uniquement ce qu'un employé apporte à son entreprise, mais ce que son travail apporte globalement à l'économie, la société, l'environnement, etc. De leur propre aveu, leurs calculs ne sont pas d'une précision absolue, mais cherchent à attirer l'attention sur un certain nombre de problèmes et à indiquer une voie de recherche.
Par exemple, un agent de nettoyage à l'hôpital a un travail indispensable au fonctionnement de l'institution qui diminue le risque des maladies nosocomiales et améliore la confiance des patients. Chaque euro qu'il touche en salaire rapporterait au moins dix euros de valeur sociale. Une employée de crèche qui éduque les enfants et libère le temps des parents créerait une valeur sociale du même ordre. Un conseiller fiscal qui cherche à priver la collectivité du produit de l'impôt détruirait 47 euros de valeur sociale chaque fois qu'il est payé un euro. Un publicitaire crée des emplois en favorisant la consommation, mais a un impact négatif entre autres en accroissant la pollution, l'endettement, l'obésité, les maladies liées à l'anxiété et la frustration ; chaque euro de sa rémunération détruirait 11,50 euros de valeur sociale. Quant aux banquiers d'affaire, ils ne détruiraient « que » sept euros pour chaque euro de valeur financière créée.
Il s'agirait alors de passer d'une rémunération tenant compte de la valeur créée pour les actionnaires à une rémunération ajustée à la valeur créée pour la société et/ou de prévoir une imposition tenant compte du bénéfice social d'une activité. Cela me semble être une tendance obligée des prochains niveaux d'existence. Le principe de la sociocratie selon lequel « toutes les tâches ont une égale valeur » devrait sans doute être reformulé en parlant de tâches utiles.
Source : Eilís Lawlor, Helen Kersley & Susan Steed, A Bit Rich : Calculating the real value to society of different professions, New Economic Foundation, Décembre 2009. [Merci à Sophie qui m'a signalé cette étude.]

mar 25 avr 2006, 08:11