Ami(e)s de « toute vie » et autres biophiles, nous revoilà !
Imaginez deux tubes creux, l'un contenant une récompense, l'autre vide. Vous allez pouvoir prendre un tube et un seul, et n'avez donc pas intérêt à vous tromper !
Les gorilles, les chimpanzés, les bonobos et les orangs-outans pensent la même chose. Le Dr. Josep Call du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology à Leipzig leur a proposé ce choix au cours de diverses expériences. Dans certaines, ils ne savaient pas où était la récompense ; dans d'autres, ils voyaient le laborantin la mettre dans un des tubes ; dans d'autres encore, les tubes étaient secoués devant eux et, bien entendu, seul celui qui contenait la récompense faisait du bruit. Parfois, ils pouvaient faire le choix immédiatement, parfois la possibilité leur était offerte quelque temps plus tard.
Même quand ils avaient eu une information fiable sur le tube contenant la récompense et que, visiblement, ils s'en souvenaient parfaitement, les singes éprouvaient le besoin de procéder à des vérifications avant de prendre le tube, et cela d'autant plus que la récompense était précieuse pour eux.
Pour Josep Call, cela signifie que les singes sont conscients qu'ils peuvent commettre une erreur : « Les résultats actuels indiquent que la [vérification] paraît être fonction d'au moins trois facteurs : le coût de regarder à l'intérieur du tube, la valeur de la récompense et l'information disponible. La combinaison de ces trois facteurs crée un système de traitement de l'information complexe, flexible et contenant des fonctions de contrôle, trois des caractéristiques de la métacognition. Ces découvertes suggèrent que les animaux non-humains possèdent eux aussi quelques capacités métacognitives. » Les grands singes sont très loin d'en être au cogito cartésien certes, mais ils jouent dans la même catégorie, celle de la pensée à propos de la pensée.
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Pendant ce temps, dans les dix pays d'Afrique centrale où ils sont présents, les gorilles, déjà menacés par le virus Ébola, sont systématiquement massacrés : les populations locales croient dans les vertus curatives de leur chair, les réfugiés brûlent les forêts qu'ils habitent pour faire du charbon de bois, des exploitations forestières et minières illégales fournissant des compagnies européennes ou asiatiques détruisent leur habitat, les employés des mines s'en nourrissent, des trafiquants internationaux capturent les bébés gorilles pour les vendre comme animaux de compagnie ou de collection — pour un qui arrive vivant à l'étranger, quatre petits et deux adultes sont tués —, des touristes trouvent qu'une main de gorille fait un très beau cendrier, etc.
Des braconniers surarmés mènent la chasse, et face à eux, les gardes locaux sont soit corrompus, soit assassinés : 200 morts en quinze ans dans le seul parc national de Virunga en République démocratique du Congo.
Selon un rapport des experts du Programme des Nations unies pour l'environnement publié le 24 mars dernier, les gorilles auront vraisemblablement disparu dans quinze ans : « Il ne s'agit pas de petits problèmes environnementaux, mais de crime organisé. »
Source 1 : Josep Call, "Do apes know that they could be wrong ?", Animal Cognition, 20 mars 2010.
Source 2 : Gaëlle Dupont, "En Afrique, l'avenir des gorilles s'assombrit", Le Monde, 25 mars 2010.
sam 22 déc 2007, 07:06