[Première partie]
Chez les Mayas comme ailleurs, les Espagnols sont arrivés avec leurs missionnaires. En fait, les Mayas ont accepté assez facilement la religion catholique qui leur était fermement proposée. La croix était un symbole religieux important pour eux, et le Popol-Vuh, leur livre sacré, contient de nombreux éléments similaires à la Bible : les Dieux créent le monde à partir du néant, puis la faune, la flore et enfin les hommes ; le Popol-Vuh parle d'un paradis perdu ; les hommes étant trop frivoles et paresseux, les Dieux les éliminent en déclenchant un déluge ; les hommes parlaient une seule langue et se comprenaient jusqu'à ce qu'ils se divisent et se séparent ; Xquic, la fille d'un des seigneurs de Xibalba, est vierge et se trouve fécondée par la salive de Hun Ahpu qui a été tué et dont la tête est accrochée à un arbre à calebasses, etc.
Les Mayas ont donc pris de nombreux éléments de la religion catholique qu'ils ont intégrés à leurs croyances VIOLET, sans adhérer réellement et profondément au BLEU qui était censé aller avec. Ainsi par exemple, on peut voir, dans l'église de Santiago Atitlàn au Guatemala, la vierge Marie portant Hun Ahpu et Xbalamque, les deux jumeaux enfantés par Xquic :
Les Mayas fréquentent les églises, mais ils y ont construit leurs autels où ils pratiquent leurs rites après la messe. Ils maintiennent aussi leurs propres cérémonies en dehors du cadre de l'Église catholique :
L'éclatement de la population locale en plusieurs communautés dominées par VIOLET arrangeait bien les Espagnols. Les colonisateurs ont imposé aux habitants de chaque village une couleur spécifique de vêtement : cela permettait de vérifier plus facilement que tout le monde fournissait le travail obligatoire sur les plantations. Là aussi, les Mayas ont adopté le système sans mot dire. Ils se sont contentés peu à peu d'y introduire leurs motifs traditionnels. Aujourd'hui encore, les femmes continuent à porter les couleurs de leur village. Cette pratique diminue néanmoins peu à peu, non par rejet de la coutume, mais simplement parce que la fabrication de la tenue traditionnelle est très coûteuse en temps comme en argent.
Au Guatemala, que Patricia et moi visitions en décembre dernier, les Mayas représentent plus de la moitié de la population et ils sont systématiquement les plus pauvres et les plus exploités par les riches propriétaires des latifundia et par les multinationales américaines qui possèdent les grandes plantations. Pendant la guerre civile de 1960 à 1996, qui a fait 300.000 morts dont 90 % de civils, ils ont été les principales victimes des exactions commises, sur ordre du gouvernement, par les militaires guatémaltèques soutenus et entraînés par les États-Unis : dès qu'on soupçonnait qu'un village abritait un guérillero gauchiste, ou simplement lui fournissait une aide quelconque, le village était rasé, les récoltes détruites, les femmes violées, les enfants et les femmes enceintes assassinés…
Majoritaires, les Mayas pourraient essayer de changer leur vie en élisant un des leurs à la tête de l'État, comme l'on fait les Boliviens en portant Evo Morales à la présidence de leur pays en 2006. Mais les Mayas ne se considèrent pas comme Mayas, ils sont K'iche's, Mams, Kakchikels, Kekchi, etc. En tout, 23 communautés en VIOLET, parlant 23 langues différentes, et qui ne savent pas s'unir. Rigoberta Menchú, une Maya qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 1992, s'est présentée aux élections présidentielles de 2007. Elle était le seul candidat issu des tribus Mayas et a pourtant été éliminée dès le premier tour en n'obtenant que 3 % des voix, le fait qu'elle soit une femme ayant certainement joué aussi un rôle dans son éviction.
Ainsi, cela fait plus d'un millénaire que dure le creux γ des Mayas. « Nous ne sommes pas des mythes du passé, des ruines dans la jungle ou dans les zoos. Nous sommes des gens et nous voulons être respectés, et non victimes d'intolérance et de racisme » clame Rigoberta Menchú. Il reste du chemin à faire sur la Spirale Dynamique.
mar 15 jun 2010, 06:55