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« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde. »
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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
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« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
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Samedi 27 mars 2010
Le paradigme de l'empathie (2/2)
La troisième partie, L'Âge de l'empathie, commence par tirer le bilan de notre civilisation sur les plans empathique et entropique. Pour le premier, tout va bien : « Le profond changement d'attitude à l'égard des femmes, des homosexuels et des handicapés, et la croissance phénoménale des relations et des mariages interreligieux, interethniques et interraciaux sont impressionnants et indiquent clairement que les frontières traditionnelles séparant les gens commencent à s'effacer et à être remplacées par une sensibilité plus cosmopolite et, avec elle, par l'extension de la conscience empathique à toute une série de nouveaux domaines. » La facture entropique correspondante est par contre considérable, et Jeremy Rifkin dresse le désormais classique tableau des risques écologiques, nucléaires et biologiques.
La solution ? Aucun connaisseur du vMème VERT de la Spirale Dynamique ne sera surpris. Il s'agit de se contenter d'un style de vie assurant un niveau correct de confort économique et de distribuer plus également les richesses. Jeremy Rifkin se livre alors à une démonstration bien étayée que le matérialisme ne fait pas le bonheur des êtres humains. Pire, il aboutit à une diminution de l'empathie ; que ce point contredise, au moins en partie, la thèse développée dans la deuxième partie ne sembla pas gêner Rifkin plus que cela !
Pour Rifkin, cette nouvelle structure économique repose sur « quatre piliers » :
- Les énergies fossiles doivent aussi vite que possible laisser la place aux énergies renouvelables, que Rifkin préfère appeler énergies distribuées parce qu'elles sont plus ou moins disponibles en tout endroit du globe à proximité des lieux de production, et non pas, comme le charbon, le pétrole, le gaz et l'uranium, dans des gisements bien localisés obligeant à créer de coûteux moyens de transport.
- Les anciennes constructions doivent être réhabilitées et les nouvelles conçues pour être autonomes énergétiquement, ou mieux productrices.
- Les énergies distribuées étant intermittentes, des moyens de la stocker sous forme d'hydrogène doivent être créés : les énergies renouvelables servent à produire de l'électricité ; le surplus d'électricité est utilisé pour produire de l'hydrogène par électrolyse de l'eau ; l'hydrogène est conservé et réutilisé à la demande pour produire de l'énergie.
- Le système est complété par un réseau de distribution électrique intelligent conçu sur le modèle de l'Internet et permettant à chaque acteur économique de vendre et acheter de l'énergie à des prix fixés en temps réel.
L'accès à l'énergie, perçu comme un instrument majeur de lutte contre la pauvreté, devient ainsi un des droits de l'homme dans ce nouveau monde que Jeremy Rifkin appelle le « capitalisme distribué » : énergie distribuée, informatique distribuée (micro-ordinateurs et Internet), information distribuée (Web). Ce changement économique induit naturellement un changement social — prise de décision à la base, intelligence collective, peer-to-peer — dont Rifkin attend une focalisation sur la qualité de vie et un nouveau progrès de l'empathie.
Parallèlement, Jeremy Rifkin imagine l'apparition d'un « soi théâtral », les gens jouant des rôles différents dans chacun des groupes auxquels ils appartiennent. Cela ne lui paraît pas poser un problème d'authenticité tant que le rôle est nourri du vécu de la personne et des émotions correspondantes, un peu à la façon Actors Studio ! Le gain empathique vient du fait que ces multiples rôles diminuent l'attachement au « soi réel » et rendent ainsi plus disponible aux autres. En même temps, Rifkin expose le danger narcissique du « soi théâtral » et l'importance énorme que ces personnes accordent à l'expression du « soi réel ». Bref, comme il le reconnaît lui-même, c'est « tout sauf clair »…
Sauf que la Spirale Dynamique apporte peut-être un éclairage pertinent. Notons d'abord que les précédents vMèmes collectifs impliquaient déjà un « soi théâtral » en empêchant tout comportement déviant des rituels et tabous de la tribu (VIOLET) ou des exigences de la vérité ultime (BLEU). En VERT, une personne appartient souvent en même temps à plusieurs groupes, à plusieurs cultures, voire à plusieurs nationalités. Le sacrifice du soi s'exerce différemment dans chacun de ces contextes, et la théâtralité de l'existence est donc plus visible et plus consciente. Toutefois, en VERT, le sacrifice de soi qu'implique le consensus au sein de chaque collectivité n'intervient qu'après une phase où la personne a exprimé en détail son ressenti et sa position, et donc son « soi réel ». L'utilisation systématique de ces deux formes de manifestation de soi est donc parfaitement cohérente dans le cadre du modèle de la Spirale Dynamique.
Le chapitre de conclusion mentionne rapidement le concept d'holarchie, l'approche systémique et la théorie Gaïa sans rien en tirer de concret. Affichage de valeurs de surface de la deuxième boucle avant de retourner au thème émotionnel VERT du livre.
La Civilisation empathique est un ouvrage fascinant, érudit, touchant et agaçant comme peut l'être, de mon point de vue, le niveau d'existence VERT en positionnement A (Arrêté). Il exprime un VERT plutôt sain qui intègre ORANGE et n'en rejette que les excès. Il en manifeste la chaleur, la priorité de l'émotion sur la logique, l'alternance de pessimisme et d'optimisme, le mélange d'intelligence et de naïveté — par exemple, croire en la disparition des problèmes géopolitiques en oubliant incompréhensiblement les difficultés d'approvisionnement en eau qui sont déjà et continueront à être un des risques majeurs de conflits du XXIe siècle !
Une lecture indispensable, au-delà de ce modeste compte rendu et de ces quelques réserves, pour comprendre le type de monde qui est en train de naître et dans lequel nous vivrons très probablement demain.
Source : Jeremy Rifkin. The Empathic Civilization : The Race to Global Consciousness in a World in Crisis. Los Angeles (Californie), Jeremy P. Tarcher, 2009. [Merci à Christopher Cowan qui a attiré l'attention de la communauté de la Spirale Dynamique sur ce livre.]
Ressource : le précédent ouvrage de Jeremy Rifkin avait été évoqué dans le billet intitulé “Liberté ! Oui, mais laquelle ?”
Mercredi 24 mars 2010
Le paradigme de l'empathie (1/2)
Le dernier livre de Jeremy Rifkin, La Civilisation de l'empathie, devrait faire date. Jamais la mise en œuvre du niveau VERT de la Spirale Dynamique n'a fait l'objet d'un manifeste aussi précis et aussi complet.
La première partie, Homo Empathicus, décrit la nature humaine comme étant essentiellement empathique. L'auteur s'appuie à cette fin sur l'existence et le rôle des neurones miroirs, et se livre à une critique impitoyable de l'approche freudienne. Jeremy Rifkin enchaîne avec une description du jeu de croyances et de valeurs de l'être humain pleinement empathique. Extraits :
« L'idée d'une expérience incarnée nous fait quitter l'Âge de la foi et l'Âge de la raison pour entrer dans l'Âge de l'empathie, sans pour autant abandonner les qualités très nombreuses de ces deux modèles du monde qui les rendent encore si attirants pour des millions d'êtres humains. »
« La grande transformation qui fait passer de “Je pense, donc je suis” à “Je participe donc je suis” met l'empathie au cœur de l'histoire humaine, une place qu'elle a toujours occupée mais que la société n'a jamais complètement acceptée et reconnue. »
« Notre poursuite de la vérité est la recherche de notre appartenance à quelque chose de plus grand que nous et de la raison de cette appartenance. […] Les vérités sont donc des explications de la manière dont toutes les choses sont reliées. Les vérités ne sont ni objectives ni subjectives. Elles sont plutôt des compréhensions qui existent dans le domaine interstitiel où le “Je” et le “Tu” créent ensemble une expérience commune. C'est une “construction de la réalité”. Toutes nos vérités ne sont qu'une systématisation de nos relations actuelles et de nos compréhensions communément partagées. »
« Les scholasticiens défendent l'idée que le but ultime de l'existence est la foi dans la grâce de Dieu et l'obéissance à sa volonté afin d'obtenir une place au paradis. Les rationalistes disent qu'il est d'obtenir le plaisir maximal par la poursuite du progrès matériel. Les darwiniens pensent qu'il est de survivre et de se reproduire. Les philosophes de l'expérience incarnée estiment que le sens de la vie est d'entrer dans des relations avec les autres, de façon à vivre profondément et autant que possible la réalité de l'existence. »
« La liberté est la possibilité d'optimiser le potentiel de sa vie, c'est-à-dire de mener une vie de camaraderie, d'affection et d'appartenance, rendue possible par des expériences personnelles et des relations aux autres toujours plus profondes et significatives. Quelqu'un est donc libre dans la mesure où il a été élevé et a grandi dans une société qui permet des relations empathiques. […] Quand une personne est considérée par les autres comme une fin, et non comme un moyen, elle devient véritablement libre. […] Le fondement de la liberté est donc la confiance et l'ouverture aux autres. »
« La raison est donc le processus par lequel nous ordonnons le monde des émotions pour créer ce que les psychologues appellent un comportement prosocial, et les sociologues l'intelligence sociale. L'empathie est la substance de ce processus. »
La deuxième partie, Empathie et civilisation, décrit l'histoire humaine comme la concrétisation progressive des capacités empathiques décrites dans la partie précédente : « Alors que nous sommes tous nés avec une prédisposition à vivre la détresse empathique, cet aspect essentiel de notre être ne se développe en une réelle conscience empathique que par la lutte continue, au sein de la civilisation, entre la différentiation et l'intégration. Bien loin de réprimer l'impulsion empathique, la dynamique de déploiement de la civilisation est le terreau fertile de son développement et de la transcendance humaine. Une collectivité humaine indifférenciée vivant à l'état de nature peut être prédisposée à l'empathie, mais elle n'est pas préparée à l'exprimer [d'une] manière universelle. »
Selon Jeremy Rifkin, chaque grande étape de la civilisation est caractérisée par un accroissement de la complexité se manifestant systématiquement par une augmentation simultanée de l'empathie et de l'entropie. Cette dernière finit par aboutir une crise écologique et énergétique qui provoque l'effondrement de la civilisation dominante et le passage à une étape suivante.
On retrouve chez Rifkin de nombreux concepts présents dans la Spirale Dynamique : succession de niveaux d'existence, prééminence des conditions de vie, notion de point β, perception qu'un niveau d'existence résout les problèmes du précédent mais crée ceux qui vont permettre l'émergence du suivant. Toutefois, d'autres manquent cruellement : vision holarchique prenant en compte la complexité des événements, notion de creux γ expliquant leur non linéarité, capacité à voir les valeurs profondes derrière les valeurs de surface — par exemple, Rifkin perçoit le mouvement romantique comme s'opposant au culte de la raison des Lumières, alors qu'il ne s'agit que de deux expressions différentes du vMème ORANGE.
Il y a beaucoup plus gênant. La fresque peinte par Rifkin est riche de détails et passionnante, mais elle se limite à décrire la culture occidentale. Certes elles seraient plus difficiles à faire entrer dans sa thèse, mais les autres civilisations chinoise, indienne, asiatiques, moyen-orientales, africaines et américaines ne peuvent quand même pas être ignorées ! Un tel « oubli » rend le titre de cette deuxième partie vraiment choquant. Le fait que seules les cultures occidentales sont concernées à court terme par l'émergence de VERT n'atténue pas le malaise.
Vendredi 19 mars 2010
Décider dans un monde complexe
Au fur et à mesure que l'humanité avance sur la Spirale Dynamique, elle se retrouve de plus en plus souvent face à des systèmes adaptatifs complexes. De tels systèmes sont caractérisés notamment par :
- la présence d'un trop grand nombre de variables pour que toutes puissent être maîtrisées ;
- une structure où le tout remplit des fonctions qui n'existent pas dans les parties qui le constituent, et qui ne sont pas prévisibles à partir des fonctions des parties ;
- une sensibilité aux petites modifications d'un quelconque paramètre — phénomène connu sous le nom d'effet papillon.
Ces systèmes, présents partout dans la nature, se rencontrent aujourd'hui fréquemment dans les contextes sociaux. La prise de décision est alors difficile, et la seule chose certaine est que les anciennes méthodes ne sont que rarement utilisables. Parmi les pièges qu'elles recèlent, Stan Shapiro liste les probabilités, toujours incertaines dans ce type de système et qui ne doivent jamais être détachées de l'espérance de gain, et le déni émotionnel qui nous pousse à ignorer les possibilités dont la concrétisation nous serait insupportable. Michael J. Mauboussin ajoute que les « experts » sont généralement peu efficaces face aux problèmes posés par les systèmes complexes et qu'ils peuvent souvent être remplacés par des programmes informatiques plus fiables, plus rapides et moins coûteux, et/ou par un recours à l'intelligence collective plus précise.
Robert J. Lemper, Steven W. Popper et Steven C. Bankes ont élaboré un cadre pour la prise de décision appelé RDM (Robust Decision Making) au sein de la think factory RAND Corporation, et ont fondé Evolving Logic pour développer des logiciels d'aide au RDM. Le RDM consiste à :
- Développer le plus grand nombre possible de scénarios ;
- Chercher des stratégies robustes — et non pas optimales —, c'est-à-dire fonctionnant suffisamment bien dans un grand nombre de scénarios ;
- Sélectionner parmi elles les stratégies les plus adaptatives, c'est-à-dire celles qui conservent leur robustesse en cas d'arrivée de nouvelles informations ;
- Réaliser des simulations des stratégies possibles et faire le choix.
Toute relation à un système adaptatif complexe implique une forte probabilité d'avoir des surprises, bonnes ou mauvaises. Le RDM semble quand même un bon moyen de mieux baliser le terrain.
Source 1 : Stan Shapiro, "Decision making under pressure", The Futurist, Vol 44, N° 1, Janvier-février 2010, p. 42-44.
Source 2 : Michael J. Mauboussin, "Managing your mind", The Futurist, Vol 44, N° 1, Janvier-février 2010, p. 49.
Source 3 : Robert J. Lemper, Steven W. Popper & Steven C. Bankes, "Robust Decision Making : Coping with Uncertainty", The Futurist, Vol 44, N° 1, Janvier-février 2010, p. 47-48.
Dimanche 14 mars 2010
La couleur des fleurs
Comme tous les êtres vivants, les plantes sont en compétition pour s'approprier les ressources leur permettant de survivre. C'est donc aussi le cas de l'impatiente pâle (Impatiens Pallida) dont vous pouvez voir à droite la très belle fleur.
Si donc vous mettez une impatiente pâle à côté d'autres plantes dans un environnement dans lequel la lumière est changeante et rare, elle alloue les ressources nutritives dont elle dispose principalement à ses feuilles de façon à accroître leur surface, ce qui lui permet de capter plus de lumière et a un impact négatif sur les plantes voisines qui, en conséquence, se retrouvent plus à l'ombre. Rien là que de normal, si ce n'est peut-être que l'impatiente pâle est considérée comme un peu plus compétitive que la moyenne.
Tout change cependant si les voisines de l'impatiente pâle sont des fleurs de la même espèce. Dans ce cas, l'impatiente alloue ses ressources à ses tiges de façon à les allonger et à obtenir le maximum de lumière sans gêner ses voisines. Cette stratégie est un peu moins efficace que la précédente.
Ces recherches menées par Guillermo Murphy et Susan Dudley, deux chercheurs de la McMaster University dans l'Ontario, montrent pour la première fois des plantes réagissant différemment à des stimuli au-dessus du sol (la lumière) en fonction d'autres stimuli au-dessous du sol (le contact avec les racines des autres plantes).
Aussi extraordinaire que soit ce premier résultat, il n'est rien par rapport à ce que cette découverte implique sur le plan évolutif : reconnaître des membres de sa propre espèce et ajuster à son détriment ses comportements pour ne pas leur nuire sont les prémices de la vie sociale et le germe de l'altruisme. Ce sont des attitudes que la Spirale Dynamique associe à ses premiers niveaux d'existence, BEIGE et VIOLET. On sait depuis longtemps que les plantes peuvent communiquer entre elles et que des comportements altruistes sont manifestés par des animaux très élémentaires (cf. “Altruisme ?”). Avec ces travaux, une nouvelle étape est franchie dans la mise en évidence de la continuité de « toute vie ».
Source : Guillermo P. Murphy & Susan A. Dudley, "Kin recognition: Competition and cooperation in Impatiens (Balsaminaceae)", American Journal of Botany, Vol. 96, N° 11, novembre 2009, p. 1990-1996.
Mardi 9 mars 2010
Dilemme
Passant il y a quelques jours dans une librairie, j'ai vu le titre du nouvel ouvrage d'Élisabeth Badinter : “Le conflit : la femme et la mère”.
La femme et la mère ? Certains peuvent effectivement voir là un dilemme. Il me semble que les niveaux d'existence de la première boucle voient systématiquement dans un dilemme un conflit à résoudre, un compromis à trouver ou un choix à faire. C'est d'ailleurs la définition que mon dictionnaire donne du mot : « Raisonnement où l'on ramène tous les cas à deux alternatives contraires, entre lesquelles il faut absolument choisir, l'une étant vraie si l'autre est fausse, et qui conduisent, l'une comme l'autre, à la conclusion qu'on veut démontrer. Par extension, obligation de choisir entre deux possibilités. »
À compter du vMème JAUNE, un dilemme est plutôt l'occasion de chercher créativement une solution englobante en passant du ou au et. Par exemple, la sociocratie est une résolution des dilemmes entre communication ascendante et communication descendante, prise de décision au sommet et prise de décision à la base, capital et travail, etc., sans jamais privilégier un des deux éléments qui ne sont perçus que comme étant contradictoires uniquement en apparence.
Précisons que ces quelques réflexions sont inspirées uniquement par l'intitulé de ce livre que je n'ai pas lu… et que je ne lirai très probablement pas, le féminisme d'Élisabeth Badinter m'ayant paru par trop BLEU à la lecture de “L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel” à sa sortie en 1980, ce qui ne m'a guère donné envie de me plonger dans ses ouvrages suivants. Le titre de son dernier opus indique-t-il que son positionnement sur la Spirale Dynamique est resté globalement inchangé ?
Vendredi 5 mars 2010
Frère Michel, ne vois-tu rien venir ? Si, VERT
L'émergence du vMème VERT a souvent fait l'objet d'articles sur ce blog, au point que certains lecteurs m'ont gentiment taxé d'optimisme excessif en ce domaine. France Culture et Marianne2 ont organisé une série d'entretiens sur la crise. Parmi ceux-ci, une interview du sociologue Michel Maffesoli, dont voici quelques extraits et qui, indépendamment de la grille d'analyse qu'est la Spirale Dynamique, fait le même constat :
« Je pense qu'il s'agit, pour le dire en un mot, d'une crise sociétale. Les grandes valeurs sur lesquelles s'étaient élaborés les trois siècles précédents viennent de s'écouler et, avec elles, le mythe du progrès. Nous disposons de toute une série d'exemples qui montrent que dans le fond il n'y a plus créance en ce mythe du progrès. […] C'est d'abord une crise dans les esprits. »
« La grande valeur qu'on appelait “le progrès” sur laquelle reposait la foi en l'avenir, valeur élaborée aux XVIIe, XVIIIe, et XIXe s'est effondrée au XXe. »
« La “Valeur travail”, […] voilà typiquement ce qui caractérise la saturation sociétale d'une grande valeur qui a bien marché, bien payé, mais qui ne paie plus ! Je ne veux pas dire par là que le travail n'existe plus, mais il est relativisé par bien d'autres choses. À côté de cette fameuse valeur travail, qui est au fondement même de l'économie, sont en train de ressurgir d'autres choses comme l'idée de créativité, de création, le souhait de construire sa vie comme une œuvre d'art. De nombreux aspects comme le jeu et le rêve, qui sont des paramètres humains, reviennent en force après avoir été délaissés en raison de ce grand mythe du progrès. »
« Quand il y a un changement de paradigme, cela se fait dans les cris et les tremblements. Et nous vivons actuellement quelque chose de cet ordre. […] Apparaissent alors les prémices d'une nouvelle manière d'être ensemble, d'une nouvelle civilisation, d'un nouveau paradigme. Il est bien évident que cette crise de passage d'un paradigme à un autre est forcément traumatique. »
« On voit comment pendant longtemps a prédominé la figure de Prométhée, celui qui vole le feu aux dieux. Il va engendrer le règne de la technique et du travail. Ces valeurs prométhéennes sont de trois ordres : la foi en l'avenir, la raison et le travail. […] On passe de Prométhée à Dionysos. […] D'abord on va intégrer des paramètres qu'on avait laissés de côté jusque-là : le rêve, le jeu, l'imaginaire. Ensuite, ce n'est pas simplement la raison qui sera au pouvoir mais aussi l'imagination. Enfin, ce n'est pas le futur qui sera visé mais le présent. Voilà trois valeurs alternatives aux trois grandes valeurs qui ont fait la modernité. C'est ce passage d'un ensemble à un autre qui marque la crise, même si on n'en est pas conscient. C'est en tout cas mon hypothèse. »
« C'est une prétention, une paranoïa de croire qu'on peut tout gérer, tout régler, qu'il faut qu'il y ait un pilote dans l'avion. […] Et voilà que l'idée qu'on pouvait tout maîtriser, le social comme la nature, s'affaisse. Et on se rend compte que le social n'est pas aussi maîtrisable que cela, que cette nature n'est pas aussi maîtrisable que cela, qu'il y a des sursauts qui surviennent, qu'il y a du chaos dans tous les sens du terme. Il n'y a pas de pilote dans l'avion, c'est le tragique de l'existence… […] Dans le fond, l'horizontalité de la toile est en train de diffuser ces valeurs alternatives. »
« Pour le meilleur et pour le pire, on assiste au retour des tribus musicales, sportives, sexuelles, religieuses, et tout à l'avenant. Une simple constatation : regardez comment le mot “contrat” est en train de laisser la place, sans qu'on y fasse attention, au mot “pacte”. Ce glissement du contrat au pacte montre que ce n'est plus l'individualisme contractuel qui va prévaloir, mais l'émotionnel de la tribu. […] Ce n'est pas simplement la raison qui prévaut, mais on assiste au retour de l'émotionnel, un terme auquel on n'est pas attentif, qui est un néologisme fabriqué par Max Weber. Il s'agit d'une ambiance dans laquelle on baigne qui nous dépasse. On est pensé plus qu'on ne pense, on est agi plus qu'on agit. C'est ça l'émotionnel. […] On n'est plus confronté à un individu rationnel qui va agir politiquement. Au contraire, avec ces formes émotionnelles, pour le meilleur et pour le pire, on va se rassembler. »
« Pourquoi le corps social ne trouverait pas cette synesthésie, à savoir l'ajustement des diverses tribus les unes par rapport aux autres, entre ce qui est stable et ce qui est mouvant. Et l'on verra du coup l'émergence de nouvelles formes de solidarité, de nouvelles formes de générosité, le développement du caritatif, du bénévolat… des choses qui dans le fond ne peuvent pas s'interpréter d'un point de vue strictement rationnel mais qui n'en sont pas moins vraies. Voilà mon hypothèse : une synesthésie sociétale… mais je dis bien seulement après une mort symbolique, car le sang va couler nécessairement. »
Source : Antoine Mercie, "Michel Maffesoli : « on assiste au retour des tribus »", Marianne2, 28 février 2010. [Merci à Omar qui m'a signalé cette interview.]
Lundi 1 mars 2010
Les Mayas, un creux γ durable (2/2)
Chez les Mayas comme ailleurs, les Espagnols sont arrivés avec leurs missionnaires. En fait, les Mayas ont accepté assez facilement la religion catholique qui leur était fermement proposée. La croix était un symbole religieux important pour eux, et le Popol-Vuh, leur livre sacré, contient de nombreux éléments similaires à la Bible : les Dieux créent le monde à partir du néant, puis la faune, la flore et enfin les hommes ; le Popol-Vuh parle d'un paradis perdu ; les hommes étant trop frivoles et paresseux, les Dieux les éliminent en déclenchant un déluge ; les hommes parlaient une seule langue et se comprenaient jusqu'à ce qu'ils se divisent et se séparent ; Xquic, la fille d'un des seigneurs de Xibalba, est vierge et se trouve fécondée par la salive de Hun Ahpu qui a été tué et dont la tête est accrochée à un arbre à calebasses, etc.
Les Mayas ont donc pris de nombreux éléments de la religion catholique qu'ils ont intégrés à leurs croyances VIOLET, sans adhérer réellement et profondément au BLEU qui était censé aller avec. Ainsi par exemple, on peut voir, dans l'église de Santiago Atitlàn au Guatemala, la vierge Marie portant Hun Ahpu et Xbalamque, les deux jumeaux enfantés par Xquic :

Les Mayas fréquentent les églises, mais ils y ont construit leurs autels où ils pratiquent leurs rites après la messe. Ils maintiennent aussi leurs propres cérémonies en dehors du cadre de l'Église catholique :

L'éclatement de la population locale en plusieurs communautés dominées par VIOLET arrangeait bien les Espagnols. Les colonisateurs ont imposé aux habitants de chaque village une couleur spécifique de vêtement : cela permettait de vérifier plus facilement que tout le monde fournissait le travail obligatoire sur les plantations. Là aussi, les Mayas ont adopté le système sans mot dire. Ils se sont contentés peu à peu d'y introduire leurs motifs traditionnels. Aujourd'hui encore, les femmes continuent à porter les couleurs de leur village. Cette pratique diminue néanmoins peu à peu, non par rejet de la coutume, mais simplement parce que la fabrication de la tenue traditionnelle est très coûteuse en temps comme en argent.
Au Guatemala, que Patricia et moi visitions en décembre dernier, les Mayas représentent plus de la moitié de la population et ils sont systématiquement les plus pauvres et les plus exploités par les riches propriétaires des latifundia et par les multinationales américaines qui possèdent les grandes plantations. Pendant la guerre civile de 1960 à 1996, qui a fait 300.000 morts dont 90 % de civils, ils ont été les principales victimes des exactions commises, sur ordre du gouvernement, par les militaires guatémaltèques soutenus et entraînés par les États-Unis : dès qu'on soupçonnait qu'un village abritait un guérillero gauchiste, ou simplement lui fournissait une aide quelconque, le village était rasé, les récoltes détruites, les femmes violées, les enfants et les femmes enceintes assassinés…
Majoritaires, les Mayas pourraient essayer de changer leur vie en élisant un des leurs à la tête de l'État, comme l'on fait les Boliviens en portant Evo Morales à la présidence de leur pays en 2006. Mais les Mayas ne se considèrent pas comme Mayas, ils sont K'iche's, Mams, Kakchikels, Kekchi, etc. En tout, 23 communautés en VIOLET, parlant 23 langues différentes, et qui ne savent pas s'unir. Rigoberta Menchú, une Maya qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 1992, s'est présentée aux élections présidentielles de 2007. Elle était le seul candidat issu des tribus Mayas et a pourtant été éliminée dès le premier tour en n'obtenant que 3 % des voix, le fait qu'elle soit une femme ayant certainement joué aussi un rôle dans son éviction.
Ainsi, cela fait plus d'un millénaire que dure le creux γ des Mayas. « Nous ne sommes pas des mythes du passé, des ruines dans la jungle ou dans les zoos. Nous sommes des gens et nous voulons être respectés, et non victimes d'intolérance et de racisme » clame Rigoberta Menchú. Il reste du chemin à faire sur la Spirale Dynamique.
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mar 22 jui 2008, 07:09