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Mardi 9 mars 2010
Dilemme
Passant il y a quelques jours dans une librairie, j'ai vu le titre du nouvel ouvrage d'Élisabeth Badinter : “Le conflit : la femme et la mère”.
La femme et la mère ? Certains peuvent effectivement voir là un dilemme. Il me semble que les niveaux d'existence de la première boucle voient systématiquement dans un dilemme un conflit à résoudre, un compromis à trouver ou un choix à faire. C'est d'ailleurs la définition que mon dictionnaire donne du mot : « Raisonnement où l'on ramène tous les cas à deux alternatives contraires, entre lesquelles il faut absolument choisir, l'une étant vraie si l'autre est fausse, et qui conduisent, l'une comme l'autre, à la conclusion qu'on veut démontrer. Par extension, obligation de choisir entre deux possibilités. »
À compter du vMème JAUNE, un dilemme est plutôt l'occasion de chercher créativement une solution englobante en passant du ou au et. Par exemple, la sociocratie est une résolution des dilemmes entre communication ascendante et communication descendante, prise de décision au sommet et prise de décision à la base, capital et travail, etc., sans jamais privilégier un des deux éléments qui ne sont perçus que comme étant contradictoires uniquement en apparence.
Précisons que ces quelques réflexions sont inspirées uniquement par l'intitulé de ce livre que je n'ai pas lu… et que je ne lirai très probablement pas, le féminisme d'Élisabeth Badinter m'ayant paru par trop BLEU à la lecture de “L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel” à sa sortie en 1980, ce qui ne m'a guère donné envie de me plonger dans ses ouvrages suivants. Le titre de son dernier opus indique-t-il que son positionnement sur la Spirale Dynamique est resté globalement inchangé ?
Vendredi 5 mars 2010
Frère Michel, ne vois-tu rien venir ? Si, VERT
L'émergence du vMème VERT a souvent fait l'objet d'articles sur ce blog, au point que certains lecteurs m'ont gentiment taxé d'optimisme excessif en ce domaine. France Culture et Marianne2 ont organisé une série d'entretiens sur la crise. Parmi ceux-ci, une interview du sociologue Michel Maffesoli, dont voici quelques extraits et qui, indépendamment de la grille d'analyse qu'est la Spirale Dynamique, fait le même constat :
« Je pense qu'il s'agit, pour le dire en un mot, d'une crise sociétale. Les grandes valeurs sur lesquelles s'étaient élaborés les trois siècles précédents viennent de s'écouler et, avec elles, le mythe du progrès. Nous disposons de toute une série d'exemples qui montrent que dans le fond il n'y a plus créance en ce mythe du progrès. […] C'est d'abord une crise dans les esprits. »
« La grande valeur qu'on appelait “le progrès” sur laquelle reposait la foi en l'avenir, valeur élaborée aux XVIIe, XVIIIe, et XIXe s'est effondrée au XXe. »
« La “Valeur travail”, […] voilà typiquement ce qui caractérise la saturation sociétale d'une grande valeur qui a bien marché, bien payé, mais qui ne paie plus ! Je ne veux pas dire par là que le travail n'existe plus, mais il est relativisé par bien d'autres choses. À côté de cette fameuse valeur travail, qui est au fondement même de l'économie, sont en train de ressurgir d'autres choses comme l'idée de créativité, de création, le souhait de construire sa vie comme une œuvre d'art. De nombreux aspects comme le jeu et le rêve, qui sont des paramètres humains, reviennent en force après avoir été délaissés en raison de ce grand mythe du progrès. »
« Quand il y a un changement de paradigme, cela se fait dans les cris et les tremblements. Et nous vivons actuellement quelque chose de cet ordre. […] Apparaissent alors les prémices d'une nouvelle manière d'être ensemble, d'une nouvelle civilisation, d'un nouveau paradigme. Il est bien évident que cette crise de passage d'un paradigme à un autre est forcément traumatique. »
« On voit comment pendant longtemps a prédominé la figure de Prométhée, celui qui vole le feu aux dieux. Il va engendrer le règne de la technique et du travail. Ces valeurs prométhéennes sont de trois ordres : la foi en l'avenir, la raison et le travail. […] On passe de Prométhée à Dionysos. […] D'abord on va intégrer des paramètres qu'on avait laissés de côté jusque-là : le rêve, le jeu, l'imaginaire. Ensuite, ce n'est pas simplement la raison qui sera au pouvoir mais aussi l'imagination. Enfin, ce n'est pas le futur qui sera visé mais le présent. Voilà trois valeurs alternatives aux trois grandes valeurs qui ont fait la modernité. C'est ce passage d'un ensemble à un autre qui marque la crise, même si on n'en est pas conscient. C'est en tout cas mon hypothèse. »
« C'est une prétention, une paranoïa de croire qu'on peut tout gérer, tout régler, qu'il faut qu'il y ait un pilote dans l'avion. […] Et voilà que l'idée qu'on pouvait tout maîtriser, le social comme la nature, s'affaisse. Et on se rend compte que le social n'est pas aussi maîtrisable que cela, que cette nature n'est pas aussi maîtrisable que cela, qu'il y a des sursauts qui surviennent, qu'il y a du chaos dans tous les sens du terme. Il n'y a pas de pilote dans l'avion, c'est le tragique de l'existence… […] Dans le fond, l'horizontalité de la toile est en train de diffuser ces valeurs alternatives. »
« Pour le meilleur et pour le pire, on assiste au retour des tribus musicales, sportives, sexuelles, religieuses, et tout à l'avenant. Une simple constatation : regardez comment le mot “contrat” est en train de laisser la place, sans qu'on y fasse attention, au mot “pacte”. Ce glissement du contrat au pacte montre que ce n'est plus l'individualisme contractuel qui va prévaloir, mais l'émotionnel de la tribu. […] Ce n'est pas simplement la raison qui prévaut, mais on assiste au retour de l'émotionnel, un terme auquel on n'est pas attentif, qui est un néologisme fabriqué par Max Weber. Il s'agit d'une ambiance dans laquelle on baigne qui nous dépasse. On est pensé plus qu'on ne pense, on est agi plus qu'on agit. C'est ça l'émotionnel. […] On n'est plus confronté à un individu rationnel qui va agir politiquement. Au contraire, avec ces formes émotionnelles, pour le meilleur et pour le pire, on va se rassembler. »
« Pourquoi le corps social ne trouverait pas cette synesthésie, à savoir l'ajustement des diverses tribus les unes par rapport aux autres, entre ce qui est stable et ce qui est mouvant. Et l'on verra du coup l'émergence de nouvelles formes de solidarité, de nouvelles formes de générosité, le développement du caritatif, du bénévolat… des choses qui dans le fond ne peuvent pas s'interpréter d'un point de vue strictement rationnel mais qui n'en sont pas moins vraies. Voilà mon hypothèse : une synesthésie sociétale… mais je dis bien seulement après une mort symbolique, car le sang va couler nécessairement. »
Source : Antoine Mercie, "Michel Maffesoli : « on assiste au retour des tribus »", Marianne2, 28 février 2010. [Merci à Omar qui m'a signalé cette interview.]
Lundi 1 mars 2010
Les Mayas, un creux γ durable (2/2)
Chez les Mayas comme ailleurs, les Espagnols sont arrivés avec leurs missionnaires. En fait, les Mayas ont accepté assez facilement la religion catholique qui leur était fermement proposée. La croix était un symbole religieux important pour eux, et le Popol-Vuh, leur livre sacré, contient de nombreux éléments similaires à la Bible : les Dieux créent le monde à partir du néant, puis la faune, la flore et enfin les hommes ; le Popol-Vuh parle d'un paradis perdu ; les hommes étant trop frivoles et paresseux, les Dieux les éliminent en déclenchant un déluge ; les hommes parlaient une seule langue et se comprenaient jusqu'à ce qu'ils se divisent et se séparent ; Xquic, la fille d'un des seigneurs de Xibalba, est vierge et se trouve fécondée par la salive de Hun Ahpu qui a été tué et dont la tête est accrochée à un arbre à calebasses, etc.
Les Mayas ont donc pris de nombreux éléments de la religion catholique qu'ils ont intégrés à leurs croyances VIOLET, sans adhérer réellement et profondément au BLEU qui était censé aller avec. Ainsi par exemple, on peut voir, dans l'église de Santiago Atitlàn au Guatemala, la vierge Marie portant Hun Ahpu et Xbalamque, les deux jumeaux enfantés par Xquic :

Les Mayas fréquentent les églises, mais ils y ont construit leurs autels où ils pratiquent leurs rites après la messe. Ils maintiennent aussi leurs propres cérémonies en dehors du cadre de l'Église catholique :

L'éclatement de la population locale en plusieurs communautés dominées par VIOLET arrangeait bien les Espagnols. Les colonisateurs ont imposé aux habitants de chaque village une couleur spécifique de vêtement : cela permettait de vérifier plus facilement que tout le monde fournissait le travail obligatoire sur les plantations. Là aussi, les Mayas ont adopté le système sans mot dire. Ils se sont contentés peu à peu d'y introduire leurs motifs traditionnels. Aujourd'hui encore, les femmes continuent à porter les couleurs de leur village. Cette pratique diminue néanmoins peu à peu, non par rejet de la coutume, mais simplement parce que la fabrication de la tenue traditionnelle est très coûteuse en temps comme en argent.
Au Guatemala, que Patricia et moi visitions en décembre dernier, les Mayas représentent plus de la moitié de la population et ils sont systématiquement les plus pauvres et les plus exploités par les riches propriétaires des latifundia et par les multinationales américaines qui possèdent les grandes plantations.
Majoritaires, les Mayas pourraient essayer de changer leur vie en élisant un des leurs à la tête de l'État, comme l'on fait les Boliviens en portant Evo Morales à la présidence de leur pays en 2006. Mais les Mayas ne se considèrent pas comme Mayas, ils sont K'iche's, Mams, Kakchikels, Kekchi, etc. En tout, 23 communautés en VIOLET, parlant 23 langues différentes, et qui ne savent pas s'unir. Rigoberta Menchú, une Maya qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 1992, s'est présentée aux élections présidentielles de 2007. Elle était le seul candidat issu des tribus Mayas et a pourtant été éliminée dès le premier tour en n'obtenant que 3 % des voix, le fait qu'elle soit une femme ayant certainement joué aussi un rôle dans son éviction.
Ainsi, cela fait plus d'un millénaire que dure le creux γ des Mayas. « Nous ne sommes pas des mythes du passé, des ruines dans la jungle ou dans les zoos. Nous sommes des gens et nous voulons être respectés, et non victimes d'intolérance et de racisme » clame Rigoberta Menchú. Il reste du chemin à faire sur la Spirale Dynamique.
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