En Spirale Dynamique, le modèle des cinq étapes du changement décrit comment se déroule le passage d'un niveau d'existence au suivant. N'en déplaise aux amateurs de progrès à la sauce ORANGE, il ne dit pas que ce passage est inéluctable, ni ne précise la durée de chaque étape.
La civilisation maya a existé de 2600 avant J.-C. jusqu'à la conquête espagnole en 1521. Cependant elle a connu son apogée entre le milieu du IIIe et la fin du IXe siècle durant la période dite classique. Les Mayas occupaient un vaste territoire correspondant au Guatemala, au Belize, au sud-est du Mexique et à l'ouest du Salvador et du Honduras actuels ; le centre de gravité de leur culture est passé du sud au nord au fil du temps et occupait les Basses-Terres du sud pendant la période classique.
Même s'ils partageaient des croyances, des rituels, une structure sociale et des styles architecturaux, les Mayas ne constituaient pas un groupe homogène. Ils étaient organisés en cités-États relativement indépendantes. À la tête de chaque cité ou groupe de cités, un roi cumulait tous les pouvoirs politiques, militaires et religieux. Un ensemble complexe de rites permettait d'apaiser les dieux et maintenait le fonctionnement du monde. Ces rituels utilisaient des connaissances astronomiques remarquablement précises et accordaient une valeur magique au sang. Aussi, le roi, qui était considéré comme un Dieu vivant, pratiquait de nombreuses mortifications et automutilations, se perçant la langue, le pénis et d'autres parties du corps avec des pointes d'obsidienne ou des épines de jeunes fromagers. Des sacrifices humains de prisonniers, voire de volontaires, fournissaient aux dieux le sang dont ils étaient assoiffés.
Dominée par le vMème ROUGE, cette civilisation puissante et brillante s'est effondrée entre les années 800 et 900. Brusquement, les constructions s'arrêtent, et les grandes cités sont abandonnées. Les raisons de cette décadence ne sont pas vraiment connues. L'hypothèse à la mode — c'est le paradigme actuel appliqué sans grand discernement à la plupart des cultures qui ont disparu — table sur un désastre écologique : longue période de sécheresse provoquant une crise agricole et donc alimentaire. Effectivement, des prélèvements faits notamment dans le lac Petén confirment l'existence d'une longue période sèche. On peut imaginer qu'elle ait perturbé Tikal qui dépendait d'un système subtil et fragile d'irrigation, mais moins qu'elle ait gêné d'autres cités construites le long de rivières.
En fait, il est possible d'imaginer que la culture maya a connu trois points β successifs :
- En 738, K'ak' Tiliw Chan Yoaat, le roi de Quiriguá, attire dans sa ville Waxaklajuun Ub'aah K'awiil, le puissant souverain de Copán connu sous le sobriquet de 18-Lapins, et l'exécute. C'est un choc culturel immense. Un roi est un dieu vivant et ne peut pas être sacrifié. Or la mort de 18-Lapins reste sans conséquence majeure, et un premier doute est ainsi jeté sur l'efficacité des rites mayas.
- Autour des années 800, a lieu la sécheresse évoquée plus haut. Face aux problèmes qu'elle pose, il semble que les souverains mayas aient réagi par une surenchère : des constructions toujours plus hautes, des sacrifices toujours plus sanglants et plus nombreux. En vain. Une fois de plus, la culture maya se révèle inopérante. Des fouilles récentes menées à Cancuén ont permis de retrouver des traces de massacres datant de cette époque et concernant des nobles et des dignitaires. Révolte du peuple ou gigantesque auto-sacrifice collectif, on ne sait. Toujours est-il qu'il semble que l'élite maya soit décapitée. Le creux γ en VIOLET et la dispersion de la civilisation maya commencent.
- Quand les Espagnols arrivent, les Mayas ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Leur immense savoir est surtout théorique et architectural : ils ne travaillent pas le métal, ne connaissent pas la roue et n'utilisent pas la traction animale. Ils pourraient constituer une proie facile pour les Espagnols, qui ne sont pourtant qu'une poignée, mais c'est à peine nécessaire. Les Espagnols ont amené avec eux des maladies fréquentes en Europe, mais inconnue dans le Nouveau Monde, notamment la variole. Les Mayas furent légion à mourir d'un mal pour eux mystérieux et qu'ils ne pouvaient interpréter que comme surnaturel. Affaiblis, divisés et découragés, ils n'ont pas opposé une résistance farouche aux envahisseurs, contrairement aux Aztèques. Les voilà durablement confortés dans un positionnement en VIOLET.
À suivre…
ven 6 jun 2003, 06:34