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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Dimanche 27 décembre 2009
De la poussière sur la Spirale
En Inde, pour la fête Durga Puja qui a lieu à l'automne, on fabrique des idoles de la déesse Durga, celle qui englobe tout. Pour ce faire, les potiers spécialisés ont besoin de boue venant des rives du Gange, de bouse et d'urine de vache, et de punya mati.
La punya mati est une poignée de poussière venant du sol de l'officine d'une prostituée. Environ un mois avant la fête, les prêtres choisissent un jour favorable et vont demander la poussière aux beshha. Idéalement, la prostituée ramasse la poignée de poussière et la donne au prêtre, mais à défaut, celui-ci peut la prendre lui-même à condition de faire les signes appropriés avec les doigts. C'est parce qu'elles acceptent des clients de toutes les origines et de toutes les religions que les prostituées sont un symbole de la déesse : « Ici, hindous, musulmans, chrétiens et bouddhistes vivent en harmonie » constate fièrement Seva.
Toutefois, cette année, les beshha de Calcutta ont refusé de donner la poussière sacrée. Face à la pénurie qui fait monter les prix et comme il est exclu de prendre la poussière par la force, certains prêtres et potiers n'hésitent pas à la dérober, quitte à devenir clients de ces dames.
Que s'est-il donc passé ? Tout simplement, le mouvement qui entraîne l'Inde vers le vMème ORANGE (cf. par exemple “VIOLET vieillissant en Inde”) a touché le plus vieux métier du monde : « Nous avons peu à peu fini par comprendre qu'on se fiche de nous avec cette soi-disant coutume sacrée. Avant, je me sentais honorée lorsque les prêtres me demandaient un peu de la poussière qu'il y avait devant ma porte. Mais, au fil des ans, j'ai commencé à me demander ce que nous avions en échange. Ils ne peuvent pas faire de nous des déesses une fois par an et nous traiter de putains le reste du temps. […] Nous ne sommes pas ici par choix. C'est la pauvreté qui nous a forcées à être ici. Que la société fasse quelque chose pour nous, et nous donnerons notre poussière de bon cœur » expliquent Sheela et Anamika.
La plupart des prostituées adhèrent encore aux croyances centrées en VIOLET et BLEU : « Nous prions tout le temps nos dieux pour qu'ils nous délivrent de cette vie de péché », affirme Seva. Cependant, la remise en cause de l'ordre social est un indice sûr que la transition de BLEU à ORANGE est entamée.
Source : Dola Mitra, "La révolte des quartiers chauds", CourrierInternational.com, 23 octobre 2009.
Mardi 22 décembre 2009
Eh ben, mon coco !
J'adore les pieuvres, la beauté de leur corps et de ses capacités mimétiques, la grâce de leurs déplacements, leur douceur affectueuse et pudique — sauf avec les crabes, crevettes, coquillages et autres proies évidemment —, et bien sûr leur étonnante intelligence.
Aussi suis-je ravi de vous annoncer que l'Octopus Marginatus — la pieuvre veinée, disent de manière imagée nos amis anglophones — vient d'entrer dans le club des animaux utilisant et conservant des outils, capacité que l'on croyait autrefois typiquement humaine et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'elle est relativement répandue.
Ces pieuvres collectent des coques de noix de coco, les empilent comme des bols et les transportent entre leurs huit tentacules qu'elles raidissent pour s'en servir comme on le ferait d'échasses. Elles les utilisent pour construire des abris à l'approche d'un prédateur.
Mark Norman, un chercheur du musée Victoria en Australie qui a fait partie de l'équipe qui a observé ces comportements au cours de plus de 500 heures de plongée, déclare : « C'est un exemple fantastique des comportements complexes dont sont capables les formes de vie les plus simples. Je pense que ces comportements existent partout dans la nature. Nous ne les voyons pas, uniquement parce que nous considérons que nous sommes les plus malins. » Il conclut avec ses collègues : « En fin de compte, la conservation et l'utilisation d'outils par les animaux forment vraisemblablement un continuum qui va des insectes aux primates, la définition de ce qu'est un outil étant une occasion perpétuelle de débat. »
Une fois de plus, le positionnement de l'homme dans la nature est posé dans des termes qui imposent la réflexion sur le concept de « toute vie » qui est au cœur du fonctionnement des niveaux JAUNE et TURQUOISE de la Spirale Dynamique.
Source : Julian K. Finn, Tom Tregenza & Mark D. Norman, "Defensive tool use in a coconut-carrying octopus", Current Biology, Vol. 19, N° 23, 15 décembre 2009, pp. 1069-1070.
Jeudi 17 décembre 2009
Gélotophobie
La gélotophobie est la crainte panique pathologique que les personnes présentes rient de soi. Cette phobie amène à croire que toute personne en train de rire se moque de soi. Elle donne la certitude d'être ridicule et provoque l'évitement des réactions sociales. Elle s'accompagne d'un manque d'humour, de joie et de spontanéité.
La gélotophobie touche plus les hommes que les femmes, et elle est plus fréquente chez les individus introvertis et dont la personnalité est marquée par le neuroticisme, un cocktail d'instabilité émotionnelle, d'anxiété et d'agressivité. Les émotions vécues par le gélotophobe sont principalement la honte et la peur, alors que la capacité à vivre la joie est faible. Il a tendance à sous-estimer ses capacités comme ses réalisations.
Ce tableau évoque une problématique autour du niveau ROUGE de la Spirale Dynamique. Cela pourrait être confirmé par une étude menée récemment par une équipe de l'Université de Zurich en Suisse et qui a consisté à interroger 22.610 personnes dans 73 pays et parlant 42 langues différentes. En effet, si la gélotophobie existe dans toutes les cultures, sa fréquence n'est pas la même partout.
Selon les pays, la gélotophobie peut se manifester de manière différente : insécurité que l'on essaye de cacher (Turkménistan, Cambodge), évitement des situations sociales à risque (Irak, Égypte, Jordanie) ou tendance à interpréter les rires des autres comme une moquerie (Burkina Faso, Éthiopie, Roumanie). Si on regroupe tous ces critères, les pays d'Europe et d'Amérique du Nord et du Sud sont ceux les plus épargnés par la gélotophobie — les recordmen étant le Danemark et les Pays-Bas —, alors qu'elle est globalement plus fréquente en Afrique, en Asie (à l'exception de la Chine) et au Moyen-Orient (à l'exception d'Israël) ; cependant « aucun pays ne fait les plus hauts ou les plus bas scores sur tous les items » décrivant la gélotophobie.
Bonus track : si vous êtes gélotophobe et masochiste, laissez un commentaire pour trouver un katagélasticiste, personne qui prend plaisir à rire des autres. Merci qui ?
Source 1 : Willibald Ruch, René T. Proyer et al, "Who fears being laughed at? The location of gelotophobia in the Eysenckian PEN-model of personality", Personality and Individual Differences, Vol. 46, N° 5-6, avril 2009, pp. 627-630.
Source 2 : René T. Proyer et al, "Breaking ground in cross-cultural research on the fear of being laughed at (gelotophobia): A multi-national study involving 73 countries", International Journal of Humor Research, Vol. 22, N° 1-2, février 2009, pp. 253-279.
Samedi 12 décembre 2009
La France a peur
Le sociologue et économiste Éric Maurin vient de publier La peur du déclassement, un passionnant essai sur la société française, sur ses craintes et sur son attitude face à la crise économique. Sans que cela dispense de la lecture de son livre, voici quelques éléments de sa thèse.
La France est une « société à statut ». Cela signifie que les Français définissent leur valeur sociale par le statut qu'ils ont acquis et conservé. La différence avec l'Ancien Régime est simplement que le statut n'est plus aujourd'hui héréditaire, mais qu'il est obtenu par chaque génération dans la compétition scolaire. Contrairement à ce qu'on croit généralement, mais que les chiffres démentent, les diplômes n'ont jamais autant compté et ils sont l'élément déterminant de l'obtention d'un statut.
Cela aboutit à une double crainte. D'abord l'angoisse scolaire des enfants et des parents qui savent que cette étape est cruciale. Ensuite la peur du déclassement, c'est-à-dire de la perte du statut.
La peur du déclassement conduit à une politique sociale qui ne cherche ni à intégrer les nouveaux arrivants (cf. le taux de chômage des jeunes) ni à réintégrer ceux qui ont été déclassés, mais qui fait tout pour protéger ceux qui ont déjà un statut. En conséquence, alors que le déclassement réel dans la société est rare — moins de 1 % de la population active —, la perte qu'il représente est énorme et est perçue comme irréversible ; la peur du déclassement est irréaliste, mais elle est une clé de la société française.
En période de récession économique, la peur du déclassement et son corollaire, la tendance à protéger les statuts acquis, sont encore plus forts, ce qui ne fait qu'accroître le fossé entre ceux qui ont un statut et ceux qui n'en ont pas. Les jeunes diplômés se précipitent vers la fonction publique et y acceptent des postes sous-qualifiés, en échangeant leur diplôme non contre une fonction, mais contre une protection.
Le modèle français est ainsi un des plus anxiogènes de tous, et est sans équivalent dans les pays développés. Il est à l'opposé de la paisible « flexisécurité » scandinave. Là-bas, il n'y a pas de statut acquis, mais un travailleur licencié ne devient pas un exclu : il est accompagné le temps nécessaire pour le réintégrer socialement, jusqu'à quatre ans au Danemark par exemple.
Pour Éric Maurin, il faudrait un peu moins protéger les protégés (lutte contre la peur du déclassement) et un peu plus réduire les gigantesques inégalités entre ceux qui sont protégés et les autres.
En dehors de son intérêt propre, cet ouvrage me paraît une analyse éclairante du positionnement de la France sur les niveaux d'existence BLEU (statut inamovible) et ORANGE (statut gagné par soi-même) de la Spirale Dynamique.
Source : Éric Maurin. La peur du déclassement : Une sociologie des récessions. Paris (France) ; Éditions du Seuil ; 2009.
Lundi 7 décembre 2009
Cas d'école au Moyen-Orient
Au vu de son urbanisme et de son économie, on pourrait penser que Dubaï est un pays dominé par les mêmes niveaux de la Spirale Dynamique que l'Occident. En réalité, il s'agit surtout de valeurs de surface, et l'expatrié européen qui arrive dans la ville-état est mis en présence de valeurs bien différentes des siennes.
Aurore a observé ce choc des vMèmes dans l'école qui accueillait ses enfants. Vous pouvez lire son témoignage sur notre site consacré à la Spirale Dynamique et en discuter ci-dessous.
Mercredi 2 décembre 2009
Cachez ces pauvres que je ne saurais voir
Que c'est beau la créativité en matière d'architecture urbaine :

Ces diverses excroissances, qui, sans être nouvelles, sont de plus en plus nombreuses dans nos villes, ne sont pas là en fait pour leurs douteuses qualités esthétiques. Elles interdisent l'accès aux espaces qu'elles occupent. À qui ? Aux SDF bien sûr.
Ces dispositifs me semblent exprimer clairement le thème de ORANGE, « exprimer le soi de manière calculée de façon à ne pas déclencher l'agressivité des autres ». Ils sont « silencieux » et « discrets afin de ne pas éveiller notre mauvaise conscience » ; à qui les critique, on peut parler de fonction décorative. Même si le résultat est le même, on est loin de l'agressivité ouverte de Georges Mothron, alors maire d'Argenteuil dans le Val d’Oise, qui voulait, en 2007, utiliser un répulsif toxique et irritant pour empêcher l'installation de SDF dans certaines parties du centre-ville — « Il faut tout tenter dans une ville. Il faut essayer des choses. Un maire ne fait pas ce qu'il veut, il répond aux préoccupations des gens » avait commenté à l'époque Rama Yade.
Il faudra bien un jour se décider à traiter les problèmes plutôt que simplement les déplacer.
Source 1 : Arnaud Elfort & Guillaume Schaller, "Empêcher les SDF de s'asseoir : la ville ne manque pas d'idées", Rue 89, 26 novembre 2009.
Source 2 : Les trois vignettes de ce billet reproduisent des photos du Survival Group exposées à la galerie Ars Longa (67 avenue Parmentier, 75011 Paris) jusqu'au 19 décembre 2009.

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