Puisque le gouvernement français appelle au débat sur l'identité nationale, il est de notre devoir d'y contribuer ici en bons citoyens. En effet, l'identité nationale est en danger. Savez-vous quel est le restaurant McDonald's le plus fréquenté au monde ? Celui des Champs Élysées ! C'est dire que l'ennemi est sur nos terres. Il vient jusque sur nos Champs gaver nos fils et nos compagnes.
Heureusement, une minorité courageuse résiste, et nous la soutenons vigoureusement. Le journaliste et critique gastronomique Périco Légasse intervenait jeudi dernier sur France 5. Il y a décrit la situation de la viticulture française en des termes qui montrent que, même en ce domaine, l'ennéatype 4 de notre société se manifeste fortement :
Les vins étrangers ont eu un succès commercial retentissant par un marketing très au point. Et qu'est-ce qu'on fait les vignerons français, notamment à Bordeaux ? On s'est mis à copier les vins qui nous avaient copiés, c'est-à-dire qu'on s'est mis à faire la copie de la copie. Et aujourd'hui — bien fait pour leur gueule aux Bordelais —, […] qu'est-ce qu'ont dit les marchands anglo-saxons ? Au lieu d'avoir la copie, on préfère avoir l'original. […] C'est notre génie, notre suprématie, celle qui a fait que nous étions les premiers en qualité et en chiffres, c'est quand nous avons pris conscience — que nous sommes en train de perdre — que nous avions une spécificité, une typicité, une exception viticole française. Le vin de France, il a un goût spécifique dû à ses appellations. C'est ça qu'il faut cultiver pour maintenir cette différence qui fait que jamais les autres vins ne lui ressembleront. À eux de trouver leur identité. Mais l'identité nationale du vin français, qui est une réalité scientifique, celle-là, il faut la préserver. On se met à s'aligner. On est tombé dans ce discours, on fait comme eux. Et comme on fait comme eux, que dit le marché international ? Le vin français se met à ressembler à du vin australien, ce sont des vins de cépages, des vins industriels. Eh bien à ce moment-là, je vais chercher du vin australien. […] Si je vais chercher du vin français, c'est parce que ce que j'aime, c'est la francitude ou la francité du vin français. Si c'est pour que les vins français ressemblent à un vin du Nouveau Monde, mais où est l'intérêt ? Où est son originalité ? Où est sa spécificité ? Le vin que je goûte aujourd'hui, il ressemble à tous les autres merlots du monde, à tous les autres cabernets sauvignons du monde. Il faut revenir au concept d'appellation d'origine contrôlée sur l'étiquette, la carte d'identité du vin.
Même positionné ailleurs sur l'Ennéagramme, l'amateur de bon vin que je suis souscrit pleinement à son analyse.
Source : Yves Calvi, "Notre vin a trop de bouteilles", C dans l'air, France 5, 26 novembre 2009.
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