[Première partie]
Comment avoir une vision sereine de ce problème ? Commençons par les faits.
- Qu'il y ait de bons et de mauvais professeurs est normal : de telles disparités existent dans toutes les professions, et elles sont ici ni plus élevées qu'ailleurs, ni moins.
- Qu'il y ait de bons et de mauvais professeurs est évident. Tout le monde sait de qui il s'agit : leurs directeurs d'école et leurs proviseurs, leurs collègues et leurs élèves. Quand je faisais des études – et je parie que cela n'a pas changé depuis – nous nous échangions les appréciations sur les enseignants dans la cour de récréation dès les premiers jours de l'année scolaire ; quand un professeur était nouveau, il nous fallait généralement moins de trois cours pour savoir s'il était bon, et nous ne nous trompions pas souvent !
- Un mauvais professeur fait des dégâts auprès de certains enfants. J'ai vu plusieurs de mes condisciples perdre pied parce que des enseignants manquaient de compétences pédagogiques et/ou psychologiques.
- L'éducation joue un rôle trop crucial à notre époque pour que la société puisse se permettre une inefficacité, même très partielle, de son système d'enseignement.
- Une évaluation de l'enseignement est donc nécessaire, en plus d'être équitable — pourquoi une profession échapperait-elle à ce qui est le lot des autres travailleurs ?
- Formateur moi-même, je ne peux qu'être d'accord avec les enseignants quand ils affirment que chaque élève et chaque cours constituent des cas particuliers. Les soufis disaient que l'enseignement est la conjonction d'un maître, d'un élève, d'un lieu et d'une époque et qu'il doit changer si un seul de ces éléments change. C'est une position lucide et sage.
Il me semble que la solution prenant en compte tous ces éléments existe et s'appelle sociocratie. Les cercles général et coïntéressé prendraient la décision sur le principe de l'évaluation et sur ses grandes lignes ; la composition de ces cercles et le principe de consentement assureraient que les points de vue des parents, des enseignants et des élèves sont non seulement écoutés, mais intégrés dans la mesure générale prise. Ensuite, par un processus de cascade descendant tous les cercles, chaque établissement définirait son système d'évaluation ; les principes du double lien et du consentement permettraient d'adapter les principes généraux de l'évaluation à la réalité du terrain. Enfin le processus de décision par consentement avec la possibilité du recours au cercle de niveau supérieur empêcherait tout blocage et enlisement du processus.
Utopique ? Certainement pas. Gerard Endenburg, le fondateur de la sociocratie, s'est appuyé sur les idées de Kees Boeke, un pédagogue et professeur hollandais. Aux Pays-Bas, la sociocratie est utilisée dans de très nombreux établissements d'enseignement : par exemple, rien que dans la localité d'Enschede et ses environs, ce sont 20 écoles publiques qui fonctionnent de manière sociocratique. Ce n'est pas du ministère de l'Éducation Nationale que viendra un tel changement. C'est aux parents, aux élèves et aux enseignants de le proposer. Alors…
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