Bien que ce soit peu connu en France, un des grands projets de Barak Obama est d'instituer le salaire au mérite dans les écoles : « Il est temps de commencer à récompenser les bons professeurs, et de cesser de trouver des excuses aux mauvais. […] Nous devons être sûrs que nos élèves ont les professeurs qu'il faut pour réussir. Cela signifie que les États et les secteurs scolaires prennent les mesures nécessaires pour sortir les mauvais professeurs des classes. » Il a promis un soutien financier aux États qui mettraient en place un programme d'évaluation des enseignants, et a d'ailleurs comme secrétaire à l'Éducation Arne Duncan qui a introduit un tel système dans les écoles de Chicago en 2006.
À Washington, D.C., la situation de l'enseignement est particulièrement catastrophique. Les familles aisées mettent leurs enfants dans des écoles privées, et seul les plus pauvres — Noirs et Hispaniques, bien sûr ! — ont recours à l'école publique dont les résultats sont catastrophiques. Un programme de notation des enseignants y a donc été lancé par Michelle Rhee, la chancelière à l'éducation, et Jason Kamras, un ancien professeur de mathématiques et conseiller d'Obama qui est l'architecte en chef de la réforme. Des bonus pouvant atteindre 20.000 dollars ont déjà été versés et 229 professeurs ont été licenciés : « Au total, nous sommes prêts à payer les professeurs hautement efficaces 120.000 dollars par an. Contre 65.000 dollars en moyenne aujourd'hui. […] Nous pensons que les enseignants les plus efficaces devraient aussi pouvoir s'enrichir. Bien sûr, beaucoup de professeurs enseignent par amour pour les enfants, mais ils ont aussi des familles à nourrir, ce qui n'est pas toujours facile avec les salaires actuels. Je ne crois pas que la mission d'éducation et le besoin de gagner sa vie soient contradictoires. »
Pour aboutir à un système d'évaluation équitable, l'État a conçu Impact, un système qui prend en compte pour chaque professeur quatre variables :
- Les résultats des élèves à des tests passés chaque année en avril ; ces résultats sont pondérés en fonction d'un facteur socio-économique (le nombre d'élèves pauvres qui bénéficient de déjeuners gratuits à l'école) ;
- Les notes des cinq inspections annuelles ;
- Les résultats de l'école dans son ensemble ;
- Le professionnalisme de l'enseignant évalué à partir de critères comme les retards ou les absences injustifiées.
Aussi sophistiqué soit-il, ce système ne convainc pas les professeurs. Ils le trouvent « injuste », « incitant à la tricherie », et « déconnecté de la réalité » : « Nous avons des quartiers où les enfants ont faim quand ils arrivent le matin à l'école. Ils entendent des coups de feu quand ils vont se coucher le soir, et ils voient du crack et de la cocaïne vendus à côté de chez eux. Dans ces écoles-là, l'enseignant passe surtout son temps à essayer de garder la classe sous contrôle. Il n'a pas beaucoup de temps à consacrer à l'enseignement. On ne peut tout simplement pas comparer les enseignants d'un quartier à l'autre de la ville. »
En résumé, le système est perçu comme une manipulation fondée sur le vMème ORANGE : « De toute façon, je pense que ce nouveau système d'évaluation n'est mis en place que pour virer les vieux profs et les remplacer par des plus jeunes. » Comprenez moins bien payés.
À suivre…
Source : Lorraine Millot. "États-Unis : Pour les profs, la carotte ou le bâton". Libération, 4 novembre 2009, N° 8860, p. 30-31. [Merci à Christine qui m'a transmis cet article.]
mer 17 jun 2009, 10:08