Joan Chiao, professeur-assistant de psychologie au Weinberg College of Arts and Sciences a dirigé une étude sur les bases génétiques et culturelles de la dépression dans 29 pays.
On sait qu'il y a un lien étroit entre la dépression et la sérotonine, un neurotransmetteur ; il y a quelques années, des chercheurs du CNRS avaient même réussi à créer des souris dépressives par manipulation génétique. Le gène impliqué dans le transport de la sérotonine (STG) existe sous deux formes : un allèle court et un allèle long. Une dépression résulte d'une interaction entre des circonstances de vie stressantes et le STG, et les porteurs de l'allèle court sont très nettement plus menacés que les autres.
En Asie de l'Est, 80 % de la population est porteuse de l'allèle court, ce qui devrait aboutir à un taux de dépression extraordinairement élevé. C'est le contraire qui se produit ! La prévalence de la dépression y est bien moindre qu'aux États-Unis ou qu'en Europe de l'Ouest.
En étudiant ce paradoxe, Joan Chiao a découvert que plus une population était porteuse de l'allèle court du STG, plus elle avait développé une culture collective « privilégiant l'harmonie sociale par rapport à l'individualité ». Il n'est pas exclu bien évidemment qu'on soit là face à une coïncidence. C'est toutefois peu probable tant il est évident que d'une part la dépression constitue un désavantage reproductif au sens darwinien du terme, et que d'autre part le soutien d'une communauté est une aide positive pour les dépressifs : l'alliance en ce cas des gènes et des mèmes est quand même bien probable.
Du point de vue de la Spirale Dynamique, cette constatation génère des réflexions et des questions. Dans le concept de conditions de vie, faut-il introduire le patrimoine génétique ? Ou bien est-ce que les conditions de vie sélectionnent à un moment donné les porteurs de tel ou tel gène ? Les populations porteuses de l'allèle court du STG risquent-elles de rester bloquées dans les premiers niveaux collectifs de la Spirale ? Ou au contraire disposent-elles d'un avantage qui leur a permis ou permettra d'éviter les excès des couleurs chaudes ?
Source : Pat Vaughan Tremmel, "'Culture of We' Buffers Genetic Tendency to Depression", Northwestern University, 27 octobre 2009.
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