Seulement six mois après les États-Unis — un véritable record pour ce genre d'ouvrage —, le livre de Dambisa Moyo sur l'aide au développement en Afrique est disponible en Français depuis la mi-septembre. Créera-t-il ici une polémique aussi forte que là-bas ?
Fille d'un universitaire militant contre la corruption et d'une mère présidente de l'Indo-Zambian Bank, Dambisa Moyo est née à Lusaka en Zambie en 1969, a décroché un master à Harvard et un doctorat à Oxford, et travaille comme spécialiste de l'économie mondiale chez Goldman Sachs. Elle fait partie depuis peu de la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde établie par le Time Magazine.
Moyo commence par relever l'échec patent de l'aide au développement versée à l'Afrique. Dans nombre d'États, ce sont les niveaux d'existence VIOLET et ROUGE qui sont aux commandes, et l'aide est détournée pour la famille et la tribu au pouvoir et/ou pour des opérations de corruption. Dambisa Moyo estime alors que l'aide aggrave les problèmes de l'Afrique en alimentant cette corruption, en étant à l'origine de conflits ethniques, en décourageant les investissements privés et en discréditant l'État de droit.
Forte de ce constat, Moyo propose de prendre une décision radicale : tous les pays aidant l'Afrique devraient annoncer aux dirigeants de ces pays que l'aide sera complètement interrompue dans cinq ans. Selon elle, les dirigeants africains seraient ainsi obligés de trouver d'autres sources de financement fondées sur le marché des obligations, et de mettre en place des conditions propices au développement des affaires. Elle propose aussi de mettre en œuvre des procédures de microfinance, de modifier le droit à la propriété et de chercher des investisseurs étrangers pour les infrastructures. Du ORANGE pur jus en quelque sorte.
Les thèses de Dambisa Moyo ont été très violemment critiquées, mais elles ont l'avantage de forcer à réfléchir sous un angle nouveau. Du point de vue de la Spirale Dynamique, elles peuvent inspirer un certain doute, en essayant de précipiter un passage de ROUGE à ORANGE. A minima, les mesures qu'elles proposent devraient sans doute être accompagnées d'incitations à développer le vMème BLEU plus fortes et plus nombreuses que celles qu'elle suggère.
Avis à la population : le format d'un article de blog force parfois à des simplifications excessives. Est-il besoin de dire que le mot Afrique désigne ici quelques pays de l'Afrique subsaharienne, et non pas l'ensemble du continent qu'il faut être bien naïf pour considérer homogène ? On ne peut par exemple pas mettre dans le même sac le Zimbabwe dirigé par Robert Mugabe et le Ghana où les dernières élections présidentielles de fin 2008 ont été parfaitement démocratiques et où, selon Reporters sans frontières, la liberté de la presse est meilleure qu'en France. Dans le dernier classement publié (2008), c'est d'ailleurs aussi le cas du Mali et de la Namibie.
Ressource 1 : Dambisa Moyo. L'aide fatale : Les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique. Paris (France), Jean-Claude Lattès, 2009.
Ressource 2 : site de Dambisa Moyo
mer 7 nov 2007, 07:11