[Première partie]
Résumons l'argumentation de James Lovelock dans The Vanishing Face of Gaia :
- Les prévisions actuelles des climatologues, et notamment celles de l'IPCC (Intergovernemental Panel on Climate Change), un organisme mis en place par l'ONU qui mêle véritables études scientifiques et recherche d'un consensus politique, sont inexactes.
- En effet, ne pas tenir compte de la biosphère amène à utiliser des équations linéaires : par exemple, si les rejets de dioxyde de carbone font monter la température, alors la diminution de ces rejets la fera automatiquement et immédiatement redescendre.
À l'inverse, la théorie Gaïa utilise des équations non linéaires faisant apparaître des effets de seuil et des phénomènes d'hystérésis. Pour décrire ces phénomènes, Lovelock utilise la métaphore suivante. Imaginez un verre d'eau contenant des glaçons. Si vous exposez ce verre à la chaleur, les glaçons commencent à fondre, mais la température de l'eau ne change quasiment pas ; elle se met par contre à croître brusquement dès que le dernier glaçon a fondu. Si on arrête le chauffage, l'eau ne retrouvera jamais sa température initiale. - La situation est bien pire que ce que disent et prédisent les climatologues. Il existe un indicateur simple de sa gravité, l'augmentation du niveau des océans qui n'a que deux causes vraiment significatives : la fonte des glaciers et des calottes polaires, et la dilatation de l'océan sous l'effet de la chaleur. Ce niveau augmente presque deux fois plus vite que les pires prévisions de l'IPCC.
- Née il y a 3,5 milliards d'années et ayant une espérance de vie estimée à 500 millions d'années, Gaïa est un système vieillissant qui subit notamment le lent réchauffement du soleil et, bien entendu, les effets de la seconde loi de la thermodynamique. Le réchauffement climatique n'est d'ailleurs qu'un des symptômes de la maladie dont souffre Gaïa. Du fait de son âge, Gaïa a plus de difficultés qu'autrefois à maintenir un état stable.
- Gaïa risque, assez vraisemblablement, de basculer brutalement vers un état chaud où la température sera de 7 à 8 degrés plus élevée qu'aujourd'hui. Au cours de son histoire, elle a déjà vécu plusieurs fois cet état, la dernière il y a environ 12.000 ans. Dans cet état chaud, la surface des terres habitables et cultivables va diminuer dramatiquement et, en aucun cas, Gaïa ne pourra continuer à nourrir près de 7 milliards d'êtres humains. Des flux migratoires sans précédent convergeront vers le Nord qui ne pourra tous les accueillir, et l'humanité devra résoudre des problèmes économiques, politiques, militaires et éthiques d'une ampleur jusqu'ici inconnue.
- L'être humain est justement le problème de Gaïa. La seule respiration des personnes vivant sur Terre, de leurs animaux familiers et de leur bétail représente 23 % des gaz à effet de serre ! Ajoutons la production de nourriture, et on atteint presque 50 %. Autant dire que les objectifs politiques d'une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre sont une fumisterie.
- Les solutions proposées par les partis et lobbys écologiques sont sans réelle efficacité et totalement inadaptées à la situation. Pire, nombre d'entre elles sont contre-productives. Cette forme d'écologie est « peut-être une des plus mortelles idéologies » de l'histoire humaine.
- Il est légitime que les êtres humains veuillent survivre, mais comme ils sont une partie de Gaïa, ils ne peuvent le faire que si Gaïa elle-même survit. Elle peut vivre sans eux, mais pas eux sans elle. Il n'y a donc qu'une attitude possible : la Terre d'abord !
- Le système Gaïa est d'une complexité qui dépasse de très loin nos connaissances et nos capacités de réflexion et de simulation actuelles. Il existe des projets de géoingénierie qui pourraient peut-être aider un peu Gaïa à retrouver son équilibre, mais il est impossible d'être certain qu'ils n'aient pas de conséquences négatives catastrophiques ; certains d'entre eux pourraient quand même être prudemment expérimentés. En réalité, il n'y a aucun moyen de revenir à la situation précédente.
Le mieux est sans doute de s'organiser pour survivre aux inéluctables changements à venir et de faire confiance aux capacités autorégulatrices de Gaïa. Cela implique de lui laisser le maximum possible de terres disponibles : James Lovelock estime raisonnable que nous n'en occupions que 10 à 30 %. Les personnes ayant pu survivre à la venue de l'état chaud, habitants des rares zones préservées et réfugiés climatiques, vivront alors dans de gigantesques cités occupant le moins possible d'espace au sol et, pour limiter la quantité de terres utilisées par l'agriculture, feront appel à des nourritures de synthèse. Pour cela, ils auront des besoins considérables d'énergie qui ne pourront être satisfaits que par le nucléaire et le solaire thermique, les deux sources d'énergie disponibles les moins polluantes. Une nouvelle civilisation sera à reconstruire.
Je vous recommande très fortement la lecture de cet ouvrage, hélas pas encore traduit en français. Même si les prévisions de James Lovelock étaient inexactes, ce livre est une parfaite illustration d'un mode de pensée culminant en TURQUOISE sur la Spirale Dynamique. Si par contre elles étaient justes, il est difficile d'imaginer qui aujourd'hui peut entendre ce « dernier avertissement », qui peut prendre à temps les mesures nécessaires, et qui peut voter pour donner le pouvoir à ces personnes… Quoi qu'il en soit — et je n'ai pas la compétence pour avoir une opinion ferme sur le sujet —, la complexité du monde nécessite de manière urgente de nouveaux modes de gouvernance et de décision, plus rationnels et avec un horizon temporel plus grand — je dirais bien la sociocratie, mais on m'accuserait de radoter. Puissions-nous tous y contribuer !
Source : James Lovelock. The Vanishing Face of Gaia: A Final Warning. New York (New York), Basic Books, 2009.
sam 1 oct 2005, 07:51