« Dans une foule, les gens perdent leur identité et ils deviennent incontrôlables, voire potentiellement violents. Une foule doit être soigneusement encadrée pour éviter tout débordement. » Cette conviction est partagée par beaucoup de gens et résume ce qu'est la conception encore la plus répandue de la psychologie des foules. Peut-être y adhérez-vous ? Peut-être même avez-vous en tête des exemples qui la confirme ?
Cependant, il y a tous les jours, par dizaines, des spectacles, des manifestations sportives, des marches de protestation, des meetings, etc., et on est obligé de reconnaître que les incidents sont extrêmement rares. Partant de ce constat, Stephen Reicher, un psychologue de l'Université de Saint Andrews en Écosse, a étudié le comportement des foules dans des exercices de simulation comme dans des situations réelles. Ses travaux montrent que dans une foule, il y a effectivement un changement d'identité, mais que celui-ci conduit, le plus souvent, à « agir au mieux de ses intérêts et des intérêts de ceux qui sont autour de soi. Ce changement d'identité est généralement encore plus fort en cas de menace ou de danger. » Les gens s'occupent alors en priorité de leur famille, mais leur attitude de coopération s'étend immédiatement aux autres personnes présentes qu'ils aient ou non des liens avec eux.
Tricia Wachtendorf, du Disaster Research Center à l'Université du Delaware, confirme : « Dans la plupart des situations — et particulièrement dans celles où il y a un grand nombre de personnes ne se connaissant pas —, la foule finit par se comporter d'une manière remarquablement raisonnable. » À l'Université du Sussex, John Drury et son équipe ont interrogé les survivants de désastres impliquant des foules. La plupart d'entre eux se sont souvenus d'un « profond sentiment d'unité » ; d'après eux, « plutôt que d'être compétitifs ou antagoniques, les gens faisaient de leur mieux pour être ordonnés et aimables, et ils s'interrompaient dans leur sortie du lieu du désastre pour aider des étrangers. »
Stephen Reicher en conclut que « la notion de “foule insensée” n'est pas une explication, mais un fantasme. » Cette idée pourtant fort répandue « n'est pas seulement fausse, elle est contre-productive. Si vous pensez que les foules sont irrationnelles, et que même des personnes rationnelles sont susceptibles de devenir dangereuses au sein d'une foule, vous les traiterez en conséquence, souvent durement, et vous les empêcherez de faire les choses qu'elles ont le droit de faire. Et cela peut conduire à la violence. »
Ces recherches ont des conséquences pratiques. À titre collectif, les forces de l'ordre — faites passer le message ! — doivent réaliser que, « bien souvent, la foule est la solution » ; le mieux est sans doute de l'informer le plus précisément possible et de la laisser fonctionner à sa manière. Essayer de la contenir, de la contrôler ou de la manager est au mieux inutile, au pire dangereux. À titre individuel, si on se trouve dans une foule en situation d'urgence, il est préférable de se laisser porter par l'esprit de la foule, et il est important, pour sa propre sauvegarde, de ne pas y résister mentalement.
Les capacités auto-organisatrices des foules sont régulièrement mises en œuvre inconsciemment par des populations dominées par le niveau d'existence VIOLET de la Spirale Dynamique. Dans l'histoire humaine, elles ont été niées par les vMèmes suivants, puis réhabilitées et utilisées par VERT et les niveaux ultérieurs connus à ce jour. Plus généralement, la prise en compte intelligente des processus d'auto-organisation est au cœur de JAUNE — par exemple dans la sociocratie — en lui permettant de faire « plus avec moins » ; « ambitieux, mais sans ambition », comme le disait Clare Graves, JAUNE peut accepter cette dilution du leadership quand il l'estime appropriée.
Source : Michael Bond, "Why cops should trust the wisdom of the crowds", New Scientist, N° 2717, 18 juillet 2009, p. 38-41. [Merci à Christopher Cowan qui a attiré l'attention de la communauté de la Spirale Dynamique sur ces travaux.]
lun 12 jun 2006, 08:17