La maladie d'Alzheimer est principalement étudiée sous l'angle neurologique, et des progrès considérables sont enregistrés dans la compréhension de la maladie et dans l'identification de signes avant-coureurs de son développement, même si nous sommes très loin de possibilités d'actions préventives et/ou thérapeutiques efficaces.
Puisque nous sommes ici dans une forme de démence, une piste plus psychologique peut être explorée en parallèle et en complément de l'approche strictement médicale. C'est ce que fait le psychiatre français Jean Maisondieu qui a notamment consacré à la maladie d'Alzheimer un ouvrage intitulé Le Crépuscule de la raison.
Pour Jean Maisondieu, la maladie d'Alzheimer serait une réaction, plus ou moins consciente, par laquelle les personnes « mettent en panne l'organe qui les fait souffrir » : elles sont obsédées par la peur et l'inéluctabilité de la mort, la lucidité devient intolérable, et apparaît alors « une volonté de ne plus penser poussée à l'extrême ». Jean Maisondieu a observé des réactions similaires chez certains clochards dont la situation est tellement catastrophique qu'ils cherchent à « s'abîmer le cerveau », notamment par l'excès d'alcool.
La maladie d'Alzheimer est de plus en plus fréquente, et l'explication généralement avancée est qu'elle a le champ libre du fait de l'augmentation de l'espérance de vie et de la possibilité de guérir de nombreuses autres maladies de la sénescence. Jean Maisondieu ajoute à cette hypothèse une explication sociologique : « La mort se rapproche. On en est conscient. Mais on ne peut pas en parler… Dans une société qui célèbre la jeunesse, la mort est devenue un sujet tabou ! […] Tout haut, on lui dit : “Reste avec nous. On t'aime.” Secrètement, on pense : “Va-t'en, j'en ai marre, tu me fais peur !” » Laissée seule avec sa peur, la personne âgée peut alors « préférer parfois “la mort de l'esprit” plutôt que d'avoir en permanence “la mort à l'esprit”. »
En Spirale Dynamique, on associe généralement la maladie d'Alzheimer à un retour en BEIGE, et on fait le même rapprochement que Jean Maisondieu avec la situation de certains SDF. L'analyse de Maisondieu va plus loin et décrit la maladie d'Alzheimer comme une maladie de notre monde ORANGE qui n'a pas su conserver les aspects positifs d'écoute et de respect des anciens du niveau d'existence VIOLET. L'explication est cohérente avec le modèle : VIOLET étant détruit, il n'y a pas d'autre solution qu'une régression au vMème précédent.
Jean Maisondieu envisage aussi la possibilité que la perte de la foi et de la consolation d'une vie après la mort pourrait être une cause complémentaire, même si elle lui semble beaucoup plus difficile à vérifier que la précédente et n'être qu'une conjecture. L'affaiblissement de BLEU se cumulerait ainsi à celui de VIOLET. Nous avons déjà évoqué sur ce blog que ce qui rend notre incarnation actuelle de ORANGE malsaine est notamment sa négation de la nature holarchique de la Spirale Dynamique, et donc le rejet des niveaux précédents. Vue sous cet angle, la maladie d'Alzheimer serait une maladie de civilisation.
Fort heureusement, la plupart des personnes âgées échappent à cette maladie. Une composante personnelle est donc nécessaire en plus de la problématique sociale. Dans la communauté de l'Ennéagramme, beaucoup de gens pensent que la maladie d'Alzheimer est plus fréquente chez l'ennéatype 6. Même s'il estime que nous avons tous des « graines d'Alzheimer », Jean Maisondieu place la peur au centre de la maladie, et cela semble confirmer l'intuition des praticiens de l'Ennéagramme puisque cette émotion est la passion du 6. Le fait que Jean Maisondieu décrit les personnes prédisposées à la démence comme « organisées, travailleuses, responsables et [cherchant] à tout maîtriser dans leur vie sans laisser beaucoup de place à la fantaisie » va dans le sens du même type, mais le tableau dressé va bien aussi à l'ennéatype 1 de sous-type conservation (“Anxiété”).
On pourrait donc avoir un risque accru de maladie d'Alzheimer chez des personnes appartenant à l'un de ces deux profils et chez lesquelles :
- le niveau de désintégration est supérieur à la moyenne ;
- l'histoire de vie a créé une problématique forte avec le niveau d'existence VIOLET ;
- l'instinct de conservation (i.e. le niveau BEIGE) est fragilisé, même si Jean Maisondieu estime que la démence peut avoir une fonction protectrice, le taux de suicide étant nettement moins élevé chez les déments avérés que chez les personnes âgées restées lucides.
On sait aujourd'hui que des signes de la maladie d'Alzheimer sont repérables dans la structure cérébrale longtemps avant l'apparition de la maladie. Il est évidemment impossible — et il serait contre-productif — de se lancer dans un programme de détection systématique. Si l'approche de Jean Maisondieu et les liens avec l'Ennéagramme et la Spirale Dynamique, dont nous faisons l'hypothèse, étaient confirmés, un programme de détection et de prévention efficace pourrait être envisagé.
Il ne reste plus qu'à trouver un sponsor pour financer l'étude…
Source : Jean Maisondieu (interviewé par Gilles Goetghebuer), "Le crépuscule de la raison", Sport et Vie, Hors-série N° 30, juin 2009, p. 62-67. [Merci à Stéphane qui m'a transmis ce passionnant numéro.]
Ressource : Jean Maisondieu, Le Crépuscule de la raison, Paris (France), Bayard, 2001.
sam 21 jan 2006, 08:18