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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Les êtres humains n'ont pas seulement besoin d'une culture riche et forte au sein de laquelle ils puissent se développer, mais aussi d'une culture qui leur permette d'accéder aux autres. »
- Bhikhu Parekh
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Samedi 26 septembre 2009
L'Indonésie en couleurs et plus (1/2)
L'Indonésie regroupe 13.677 îles, dont près de la moitié sont habitées. Certaines de ces îles sont immenses, comme Bornéo que l'Indonésie partage avec la Malaisie (cf. “Chasseurs de têtes de Bornéo, hier et aujourd'hui”) et l'Émirat de Brunei, d'autres minuscules. Les plus connues sont Java, la plus peuplée, Bali et Sumatra. Sur ces quelque 6000 îles, vivent plus de 500 ethnies, chacune avec ses croyances, ses traditions et son dialecte le plus souvent incompréhensible pour l'ethnie voisine.
On entend souvent dire que l'Indonésie est le plus grand pays musulman du monde. Cela donne une image très inexacte du pays. Sa constitution déclare que l'Indonésie est une république représentative qui est « fondée sur la foi en un Dieu Unique et Suprême »… mais se garde bien de préciser lequel. À ce jour, il y a six religions officielles : islam, catholicisme, protestantisme, hindouisme, bouddhisme et taoïsme.
Comment tout cela fait-il une nation ?
Un employé du palais du sultan de Jogjakarta répond avec cette métaphore : « L'Indonésie est comme un collier de perles dont les ethnies sont les perles, et le fil, c'est l'acceptation et la tolérance. Coupez le fil, et il n'y a plus d'Indonésie. » Les différentes religions cohabitent assez paisiblement au sein d'une même famille ou d'un même village. Un dicton javanais affirme que « ton voisin est ton meilleur frère. » À Bali, la majorité hindouiste est tellement occupée au quotidien par ses rites que le mélange des communautés n'est guère possible et n'est d'ailleurs pas souhaitée : « Nous autres hindouistes, nous avons des chiens devant nos maisons et des cochons à l'intérieur. Comme cela, les musulmans, pour qui ce sont des animaux impurs, ne viennent pas. » Toutefois, que les communautés soient séparées ne les empêchent pas de vivre en bonne intelligence : par exemple, sur le site sacré du lac Beratan, on trouve côte à côte un temple hindouiste, une stupa bouddhiste, une mosquée, et un peu plus loin une église chrétienne.
Il faut dire que quand un Indonésien se déclare d'une religion — déclaration obligatoire sur les passeports —, cela signifie qu'il la pratique à la manière indonésienne, ce qui peut impliquer beaucoup de différences avec le rite originel. Au départ animistes, les Indonésiens ont vu arriver par vagues successives les différentes religions suscitées. À chaque fois, ils les ont acceptées et intégrées à leurs croyances en créant des systèmes de pensée subtils et complexes que nous pourrions considérer contradictoires, mais auxquels ils réussissent à donner une cohérence.
Ainsi à Java, un mort musulman est enterré la tête vers le Nord où sont les montagnes où vivent les dieux hindous, la face tournée vers La Mecque. Le lendemain aura lieu une première cérémonie permettant à l'esprit du défunt de s'éloigner du corps ; plusieurs autres suivront jusqu'à la dernière, mille jours après le décès, où son départ sera définitif et où il est alors possible de mettre une pierre tombale. À Bali, les Balinais hindouistes ont, devant ou derrière leur maison, un temple orienté vers les montagnes où logent les dieux et les esprits des ancêtres.
Un Javanais nous a spontanément décrit ainsi l'avantage de ce système : « C'est le meilleur moyen d'éviter les conflits parce qu'un conflit, c'est souvent quand le nouveau veut remplacer l'ancien. »
Cet évitement des conflits se ressent en permanence. Même s'il est perceptible dans une grande partie de l'Asie, il nous a paru particulièrement marqué ici. Partout, même lors des cérémonies funéraires, il est possible de photographier les gens sans en demander l'autorisation. Je crois n'avoir jamais autant entendu l'expression « excusez-moi » qu'à Java. Au moindre signe que quelque chose puisse ne pas aller, la phrase est dite, et répétée même s'il a été répondu que tout allait bien. À Bali, des personnes vous rendent des petits services, comme arrêter la circulation pour vous aider à traverser, dans l'espoir de recevoir un petit bakchich, mais si vous ne donnez rien, « ce n'est pas grave » prend-on soin de vous signaler. La communication y est souvent imprécise dès qu'une décision doit être prise. Dans les danses traditionnelles du Barong, une personne est en colère uniquement si la sorcière Rangda lui a jeté un sort !
Évoquant les ressources minières de son île, un Javanais nous a dit : « Notre pays est riche, mais les habitants sont pauvres. Pourquoi ? Parce que nous sommes paresseux. Nous sommes gentils et paresseux. » Grâce à un sol volcanique très fertile et à des compétences exceptionnelles, notamment en matière d'irrigation, les paysans balinais ont beaucoup de loisirs qu'ils occupent largement à des jeux de hasard, du toplék aux combats de criquets ou de coqs.
Tout ceci tend clairement vers une culture de type 9 dans l'Ennéagramme. Je voudrais toutefois insister sur les limites de cette étude. D'abord, la complexité géographique et humaine de l'Indonésie fait qu'un court séjour ne permet de faire qu'une hypothèse que la connaissance d'autres îles et d'autres ethnies pourrait remettre en cause. Ensuite, il s'agit de l'ennéatype de l'Indonésie tout entière, chaque île et chaque ethnie pouvant avoir un profil différent, de la même manière que l'ennéatype 4 baigne toute la culture française sans empêcher Bretons et Provençaux d'être fort différents.
Mardi 22 septembre 2009
Bali, Europe, même combat !
En prélude au compte rendu de notre voyage estival en Indonésie, voici un extrait du guide Gallimard consacré à Bali (chapitre "Étiquette", page 91 de l'édition 2005) :
« À cause de l'impureté du sang qui attire les mauvais esprits, l'entrée des temples est interdite aux femmes pendant la menstruation. Il n'y a pas de contrôle, mais les contrevenantes s'exposent à des risques surnaturels, souvent vérifiés. »
Souvent vérifiés ? Le vMème VIOLET est florissant, ici comme là-bas.
Jeudi 17 septembre 2009
Passé, présent et futur de l'Internet
Mardi dernier, le parlement a adopté à une assez forte majorité la loi Hadopi 2 qui a pour ambition de mettre un terme au téléchargement illégal sur l'Internet. Contrairement au vote de la première mouture, il y avait du monde : 510 députés présents. Hier, la loi a été validée en l'état par la commission mixte paritaire.
Une organisation se développe comme un être vivant, en suivant un certain nombre d'étapes que nous étudions en détail dans nos formations, mais qui, pour simplifier, peuvent être considérées comme parallèles aux niveaux d'existence de la Spirale Dynamique. Un point important pour comprendre ce cycle des organisations est de réaliser qu'il est, en partie, désynchronisé du positionnement sur la Spirale Dynamique des membres desdites organisations.
Au début de l'Internet, nous étions en VIOLET. Les personnes ayant un accès au réseau étaient peu nombreuses, et la plupart avaient une bonne connaissance de l'informatique. Elles avaient l'impression d'appartenir à une certaine élite — les êtres humains par excellence ! —, et les rapports entre elles étaient naturellement complices. L'esprit tribal jouait à plein.
L'étape suivante a vu les internautes se multiplier. Les rapports humains se sont rapidement dégradés : pourriels, commentaires agressifs sur les forums et les blogs, utilisation du courrier électronique non respectueuse de son interlocuteur, etc. Les anciens tentèrent bien de rétablir la situation, notamment en promulguant une nétiquette. En vain : par exemple, seule une minorité prend le soin de lire le mode d'emploi d'un logiciel ou les conditions d'utilisation d'un forum. Comme cela avait déjà été le cas avec le Minitel, l'industrie pornographique et celle du jeu ont été les premières entreprises à investir la toile. L'Internet a basculé en ROUGE, et ce niveau est toujours celui qui domine globalement le réseau, même s'il existe de nombreux sous-systèmes centrés sur d'autres niveaux d'existence.
Bien entendu, ici comme ailleurs, ROUGE fait peur. La dernière manifestation publique de cette crainte a eu lieu cette semaine. Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, avait tenu quelques propos malheureux lors d'une université d'été de l'UMP. La scène avait été filmée par les caméras de Public Sénat, et la vidéo diffusée, il y a huit jours, par le site du Monde qui a fait son travail journalistique en recoupant l'information et en interrogeant les personnes filmées. Eh bien que croyez-vous qu'il arriva ? Les représentants de la majorité présidentielle ont tous déclaré en cœur que tout cela était de la faute de l'Internet ! Ainsi, le 15 septembre sur France Inter, Henri Guaino, le conseil spécial de l'Élysée, en a profité pour clamer son indignation : « Il ne peut pas y avoir de zone de non-droit, de zone de non-morale. Il ne peut pas y avoir de zone qui échappe à toutes les obligations, les exigences sociales. Ça n'est pas possible. » Quant à Frédéric Mitterrand, le ministre de la culture, il a affirmé le soir du vote que les députés avaient « eu le courage politique […] de protéger le droit face à ceux qui veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne. »
Bien entendu, ici comme ailleurs, on ne sait pas gérer ROUGE. Les entreprises de production musicale dominées par ORANGE ont été surprises par le piratage pourtant prévisible en ROUGE — on notera au passage comment des conditions de vie C sur Internet ont réactivé les capacités cérébrales P de beaucoup de nos concitoyens —, et elles se sont montrées incapables d'imaginer une solution acceptable, ou de s'adapter à la rapidité et à la ruse des pirates. Dans ce contexte, la loi Hadopi est une évolution logique vers BLEU, son problème étant d'être dépassée techniquement à peine votée.
Dans le même état d'esprit, las des « actes de vandalisme éditorial » (cf. ici, là ou là), Wikipédia a décidé fin août de modérer les contributions concernant les « personnages vivants et connus », les notices de célébrités étant régulièrement modifiées — ROUGE toujours — pour signaler à tort leur mort, leurs relations sexuelles avec leur doberman, ou d'autres frasques tout aussi imaginaires.
Gageons que la Toile connaîtra beaucoup d'autres mesures semblables en direction de BLEU.
Même si beaucoup de personnes qui téléchargent affichent des valeurs de surface en VERT, la connaissance du cycle des organisations nous indique que le chemin pour arriver réellement à ce vMème risque d'être encore long.
Samedi 12 septembre 2009
Cassandre (2/2)
Résumons l'argumentation de James Lovelock dans The Vanishing Face of Gaia :
- Les prévisions actuelles des climatologues, et notamment celles de l'IPCC (Intergovernemental Panel on Climate Change), un organisme mis en place par l'ONU qui mêle véritables études scientifiques et recherche d'un consensus politique, sont inexactes.
- En effet, ne pas tenir compte de la biosphère amène à utiliser des équations linéaires : par exemple, si les rejets de dioxyde de carbone font monter la température, alors la diminution de ces rejets la fera automatiquement et immédiatement redescendre.
À l'inverse, la théorie Gaïa utilise des équations non linéaires faisant apparaître des effets de seuil et des phénomènes d'hystérésis. Pour décrire ces phénomènes, Lovelock utilise la métaphore suivante. Imaginez un verre d'eau contenant des glaçons. Si vous exposez ce verre à la chaleur, les glaçons commencent à fondre, mais la température de l'eau ne change quasiment pas ; elle se met par contre à croître brusquement dès que le dernier glaçon a fondu. Si on arrête le chauffage, l'eau ne retrouvera jamais sa température initiale. - La situation est bien pire que ce que disent et prédisent les climatologues. Il existe un indicateur simple de sa gravité, l'augmentation du niveau des océans qui n'a que deux causes vraiment significatives : la fonte des glaciers et des calottes polaires, et la dilatation de l'océan sous l'effet de la chaleur. Ce niveau augmente presque deux fois plus vite que les pires prévisions de l'IPCC.
- Née il y a 3,5 milliards d'années et ayant une espérance de vie estimée à 500 millions d'années, Gaïa est un système vieillissant qui subit notamment le lent réchauffement du soleil et, bien entendu, les effets de la seconde loi de la thermodynamique. Le réchauffement climatique n'est d'ailleurs qu'un des symptômes de la maladie dont souffre Gaïa. Du fait de son âge, Gaïa a plus de difficultés qu'autrefois à maintenir un état stable.
- Gaïa risque, assez vraisemblablement, de basculer brutalement vers un état chaud où la température sera de 7 à 8 degrés plus élevée qu'aujourd'hui. Au cours de son histoire, elle a déjà vécu plusieurs fois cet état, la dernière il y a environ 12.000 ans. Dans cet état chaud, la surface des terres habitables et cultivables va diminuer dramatiquement et, en aucun cas, Gaïa ne pourra continuer à nourrir près de 7 milliards d'êtres humains. Des flux migratoires sans précédent convergeront vers le Nord qui ne pourra tous les accueillir, et l'humanité devra résoudre des problèmes économiques, politiques, militaires et éthiques d'une ampleur jusqu'ici inconnue.
- L'être humain est justement le problème de Gaïa. La seule respiration des personnes vivant sur Terre, de leurs animaux familiers et de leur bétail représente 23 % des gaz à effet de serre ! Ajoutons la production de nourriture, et on atteint presque 50 %. Autant dire que les objectifs politiques d'une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre sont une fumisterie.
- Les solutions proposées par les partis et lobbys écologiques sont sans réelle efficacité et totalement inadaptées à la situation. Pire, nombre d'entre elles sont contre-productives. Cette forme d'écologie est « peut-être une des plus mortelles idéologies » de l'histoire humaine.
- Il est légitime que les êtres humains veuillent survivre, mais comme ils sont une partie de Gaïa, ils ne peuvent le faire que si Gaïa elle-même survit. Elle peut vivre sans eux, mais pas eux sans elle. Il n'y a donc qu'une attitude possible : la Terre d'abord !
- Le système Gaïa est d'une complexité qui dépasse de très loin nos connaissances et nos capacités de réflexion et de simulation actuelles. Il existe des projets de géoingénierie qui pourraient peut-être aider un peu Gaïa à retrouver son équilibre, mais il est impossible d'être certain qu'ils n'aient pas de conséquences négatives catastrophiques ; certains d'entre eux pourraient quand même être prudemment expérimentés. En réalité, il n'y a aucun moyen de revenir à la situation précédente.
Le mieux est sans doute de s'organiser pour survivre aux inéluctables changements à venir et de faire confiance aux capacités autorégulatrices de Gaïa. Cela implique de lui laisser le maximum possible de terres disponibles : James Lovelock estime raisonnable que nous n'en occupions que 10 à 30 %. Les personnes ayant pu survivre à la venue de l'état chaud, habitants des rares zones préservées et réfugiés climatiques, vivront alors dans de gigantesques cités occupant le moins possible d'espace au sol et, pour limiter la quantité de terres utilisées par l'agriculture, feront appel à des nourritures de synthèse. Pour cela, ils auront des besoins considérables d'énergie qui ne pourront être satisfaits que par le nucléaire et le solaire thermique, les deux sources d'énergie disponibles les moins polluantes. Une nouvelle civilisation sera à reconstruire.
Je vous recommande très fortement la lecture de cet ouvrage, hélas pas encore traduit en français. Même si les prévisions de James Lovelock étaient inexactes, ce livre est une parfaite illustration d'un mode de pensée culminant en TURQUOISE sur la Spirale Dynamique. Si par contre elles étaient justes, il est difficile d'imaginer qui aujourd'hui peut entendre ce « dernier avertissement », qui peut prendre à temps les mesures nécessaires, et qui peut voter pour donner le pouvoir à ces personnes… Quoi qu'il en soit — et je n'ai pas la compétence pour avoir une opinion ferme sur le sujet —, la complexité du monde nécessite de manière urgente de nouveaux modes de gouvernance et de décision, plus rationnels et avec un horizon temporel plus grand — je dirais bien la sociocratie, mais on m'accuserait de radoter. Puissions-nous tous y contribuer !
Source : James Lovelock. The Vanishing Face of Gaia: A Final Warning. New York (New York), Basic Books, 2009.
Jeudi 10 septembre 2009
Cassandre (1/2)
James Lovelock est le co-créateur au début des années 1970 de l'hypothèse Gaïa, puis au début des années 1980 d'une version améliorée de celle-ci, la théorie Gaïa.
La théorie Gaïa considère que la Terre tout entière — atmosphère, océans, roches, ensemble des organismes vivants, etc. — constitue un unique système autorégulé ; ce système cherche à maintenir les conditions d'habitabilité de sa surface aussi favorables que possible pour la vie y existant à un instant donné.
Quand Lovelock a formulé l'hypothèse Gaïa, en collaboration avec Lynn Margulis, c'était la première fois que des scientifiques cherchaient à étudier en même temps la géosphère et la biosphère. Aujourd'hui encore, la majorité des recherches sur le fonctionnement de la Terre et de son climat ignorent superbement l'impact du vivant. Toutefois, il existe depuis peu une science systémique de la Terre qui se distingue de la théorie Gaïa en ce qu'elle refuse l'idée de l'objectif d'habitabilité du système.
C'est sur la suggestion de William Golding que Lovelock a donné à sa théorie le nom de Gaïa, la déesse grecque de la Terre. Aujourd'hui encore, il considère ce choix comme approprié ; en effet, James Lovelock estime qu'on peut considérer Gaïa comme un organisme vivant : « Puisque Gaïa peut mourir, c'est bien qu'elle est vivante. » Pourtant ce nom lui a causé des difficultés importantes de communication. Aussi stupide que ce soit, le milieu scientifique examine plus facilement une étude appelée "Approche biogéochimique systémique de la Terre" que le même texte intitulé "Théorie Gaïa". La situation est devenue encore pire quand un article sur Gaïa est paru en 1979 dans le journal Coevolution, un trimestriel américain de tendance New Age. Quoique fort bien écrit par le biologiste canadien Ford Doolittle, cet article a collé l'étiquette New Age sur la théorie Gaïa et, effectivement, des membres de cette mouvance — un mariage contre-nature entre VIOLET et ORANGE — se sont emparés du nom Gaïa alors qu'ils étaient incapables de comprendre réellement les idées qui l'accompagnaient.
La théorie Gaïa est une théorie scientifique au sens fort du terme : elle est fondée sur des observations et des modèles théoriques, elle explique des événements connus du passé, et elle a fait un certain nombre de prédictions dont plusieurs ont été vérifiées et aucune démentie à ce jour. Membre de la Royal Society, ayant travaillé pour la NASA et plusieurs universités anglaises et américaines, James Lovelock est un éminent scientifique, auteur de plus deux cents articles publiés dans les plus prestigieuses revues internationales comme Nature.
Cet été, j'ai — enfin ! — eu le temps de lire le dernier ouvrage de James Lovelock, The Vanishing Face of Gaia: A Final Warning, qui traite de l'application de la théorie Gaïa au réchauffement climatique.
Dimanche 6 septembre 2009
Foule avisée
« Dans une foule, les gens perdent leur identité et ils deviennent incontrôlables, voire potentiellement violents. Une foule doit être soigneusement encadrée pour éviter tout débordement. » Cette conviction est partagée par beaucoup de gens et résume ce qu'est la conception encore la plus répandue de la psychologie des foules. Peut-être y adhérez-vous ? Peut-être même avez-vous en tête des exemples qui la confirme ?
Cependant, il y a tous les jours, par dizaines, des spectacles, des manifestations sportives, des marches de protestation, des meetings, etc., et on est obligé de reconnaître que les incidents sont extrêmement rares. Partant de ce constat, Stephen Reicher, un psychologue de l'Université de Saint Andrews en Écosse, a étudié le comportement des foules dans des exercices de simulation comme dans des situations réelles. Ses travaux montrent que dans une foule, il y a effectivement un changement d'identité, mais que celui-ci conduit, le plus souvent, à « agir au mieux de ses intérêts et des intérêts de ceux qui sont autour de soi. Ce changement d'identité est généralement encore plus fort en cas de menace ou de danger. » Les gens s'occupent alors en priorité de leur famille, mais leur attitude de coopération s'étend immédiatement aux autres personnes présentes qu'ils aient ou non des liens avec eux.
Tricia Wachtendorf, du Disaster Research Center à l'Université du Delaware, confirme : « Dans la plupart des situations — et particulièrement dans celles où il y a un grand nombre de personnes ne se connaissant pas —, la foule finit par se comporter d'une manière remarquablement raisonnable. » À l'Université du Sussex, John Drury et son équipe ont interrogé les survivants de désastres impliquant des foules. La plupart d'entre eux se sont souvenus d'un « profond sentiment d'unité » ; d'après eux, « plutôt que d'être compétitifs ou antagoniques, les gens faisaient de leur mieux pour être ordonnés et aimables, et ils s'interrompaient dans leur sortie du lieu du désastre pour aider des étrangers. »
Stephen Reicher en conclut que « la notion de “foule insensée” n'est pas une explication, mais un fantasme. » Cette idée pourtant fort répandue « n'est pas seulement fausse, elle est contre-productive. Si vous pensez que les foules sont irrationnelles, et que même des personnes rationnelles sont susceptibles de devenir dangereuses au sein d'une foule, vous les traiterez en conséquence, souvent durement, et vous les empêcherez de faire les choses qu'elles ont le droit de faire. Et cela peut conduire à la violence. »
Ces recherches ont des conséquences pratiques. À titre collectif, les forces de l'ordre — faites passer le message ! — doivent réaliser que, « bien souvent, la foule est la solution » ; le mieux est sans doute de l'informer le plus précisément possible et de la laisser fonctionner à sa manière. Essayer de la contenir, de la contrôler ou de la manager est au mieux inutile, au pire dangereux. À titre individuel, si on se trouve dans une foule en situation d'urgence, il est préférable de se laisser porter par l'esprit de la foule, et il est important, pour sa propre sauvegarde, de ne pas y résister mentalement.
Les capacités auto-organisatrices des foules sont régulièrement mises en œuvre inconsciemment par des populations dominées par le niveau d'existence VIOLET de la Spirale Dynamique. Dans l'histoire humaine, elles ont été niées par les vMèmes suivants, puis réhabilitées et utilisées par VERT et les niveaux ultérieurs connus à ce jour. Plus généralement, la prise en compte intelligente des processus d'auto-organisation est au cœur de JAUNE — par exemple dans la sociocratie — en lui permettant de faire « plus avec moins » ; « ambitieux, mais sans ambition », comme le disait Clare Graves, JAUNE peut accepter cette dilution du leadership quand il l'estime appropriée.
Source : Michael Bond, "Why cops should trust the wisdom of the crowds", New Scientist, N° 2717, 18 juillet 2009, pp. 38-41. [Merci à Christopher Cowan qui a attiré l'attention de la communauté de la Spirale Dynamique sur ces travaux.]
Mardi 1 septembre 2009
Alzheimer, Spirale Dynamique et Ennéagramme
La maladie d'Alzheimer est principalement étudiée sous l'angle neurologique, et des progrès considérables sont enregistrés dans la compréhension de la maladie et dans l'identification de signes avant-coureurs de son développement, même si nous sommes très loin de possibilités d'actions préventives et/ou thérapeutiques efficaces.
Puisque nous sommes ici dans une forme de démence, une piste plus psychologique peut être explorée en parallèle et en complément de l'approche strictement médicale. C'est ce que fait le psychiatre français Jean Maisondieu qui a notamment consacré à la maladie d'Alzheimer un ouvrage intitulé Le Crépuscule de la raison.
Pour Jean Maisondieu, la maladie d'Alzheimer serait une réaction, plus ou moins consciente, par laquelle les personnes « mettent en panne l'organe qui les fait souffrir » : elles sont obsédées par la peur et l'inéluctabilité de la mort, la lucidité devient intolérable, et apparaît alors « une volonté de ne plus penser poussée à l'extrême ». Jean Maisondieu a observé des réactions similaires chez certains clochards dont la situation est tellement catastrophique qu'ils cherchent à « s'abîmer le cerveau », notamment par l'excès d'alcool.
La maladie d'Alzheimer est de plus en plus fréquente, et l'explication généralement avancée est qu'elle a le champ libre du fait de l'augmentation de l'espérance de vie et de la possibilité de guérir de nombreuses autres maladies de la sénescence. Jean Maisondieu ajoute à cette hypothèse une explication sociologique : « La mort se rapproche. On en est conscient. Mais on ne peut pas en parler… Dans une société qui célèbre la jeunesse, la mort est devenue un sujet tabou ! […] Tout haut, on lui dit : “Reste avec nous. On t'aime.” Secrètement, on pense : “Va-t'en, j'en ai marre, tu me fais peur !” » Laissée seule avec sa peur, la personne âgée peut alors « préférer parfois “la mort de l'esprit” plutôt que d'avoir en permanence “la mort à l'esprit”. »
En Spirale Dynamique, on associe généralement la maladie d'Alzheimer à un retour en BEIGE, et on fait le même rapprochement que Jean Maisondieu avec la situation de certains SDF. L'analyse de Maisondieu va plus loin et décrit la maladie d'Alzheimer comme une maladie de notre monde ORANGE qui n'a pas su conserver les aspects positifs d'écoute et de respect des anciens du niveau d'existence VIOLET. L'explication est cohérente avec le modèle : VIOLET étant détruit, il n'y a pas d'autre solution qu'une régression au vMème précédent.
Jean Maisondieu envisage aussi la possibilité que la perte de la foi et de la consolation d'une vie après la mort pourrait être une cause complémentaire, même si elle lui semble beaucoup plus difficile à vérifier que la précédente et n'être qu'une conjecture. L'affaiblissement de BLEU se cumulerait ainsi à celui de VIOLET. Nous avons déjà évoqué sur ce blog que ce qui rend notre incarnation actuelle de ORANGE malsaine est notamment sa négation de la nature holarchique de la Spirale Dynamique, et donc le rejet des niveaux précédents. Vue sous cet angle, la maladie d'Alzheimer serait une maladie de civilisation.
Fort heureusement, la plupart des personnes âgées échappent à cette maladie. Une composante personnelle est donc nécessaire en plus de la problématique sociale. Dans la communauté de l'Ennéagramme, beaucoup de gens pensent que la maladie d'Alzheimer est plus fréquente chez l'ennéatype 6. Même s'il estime que nous avons tous des « graines d'Alzheimer », Jean Maisondieu place la peur au centre de la maladie, et cela semble confirmer l'intuition des praticiens de l'Ennéagramme puisque cette émotion est la passion du 6. Le fait que Jean Maisondieu décrit les personnes prédisposées à la démence comme « organisées, travailleuses, responsables et [cherchant] à tout maîtriser dans leur vie sans laisser beaucoup de place à la fantaisie » va dans le sens du même type, mais le tableau dressé va bien aussi à l'ennéatype 1 de sous-type conservation (“Anxiété”).
On pourrait donc avoir un risque accru de maladie d'Alzheimer chez des personnes appartenant à l'un de ces deux profils et chez lesquelles :
- le niveau de désintégration est supérieur à la moyenne ;
- l'histoire de vie a créé une problématique forte avec le niveau d'existence VIOLET ;
- l'instinct de conservation (i.e. le niveau BEIGE) est fragilisé, même si Jean Maisondieu estime que la démence peut avoir une fonction protectrice, le taux de suicide étant nettement moins élevé chez les déments avérés que chez les personnes âgées restées lucides.
On sait aujourd'hui que des signes de la maladie d'Alzheimer sont repérables dans la structure cérébrale longtemps avant l'apparition de la maladie. Il est évidemment impossible — et il serait contre-productif — de se lancer dans un programme de détection systématique. Si l'approche de Jean Maisondieu et les liens avec l'Ennéagramme et la Spirale Dynamique, dont nous faisons l'hypothèse, étaient confirmés, un programme de détection et de prévention efficace pourrait être envisagé.
Il ne reste plus qu'à trouver un sponsor pour financer l'étude…
Source : Jean Maisondieu (interviewé par Gilles Goetghebuer), "Le crépuscule de la raison", Sport et Vie, Hors-série N° 30, juin 2009, pp. 62-67. [Merci à Stéphane qui m'a transmis ce passionnant numéro.]
Ressource : Jean Maisondieu, Le Crépuscule de la raison, Paris (France), Bayard, 2001.
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