Question à 1000 € : quel événement majeur le monde a-t-il connu sur le plan économique au cours des douze derniers mois ?
Réponse : vous cherchez à me piéger, là ; il ne s'est rien passé, et c'est mon dernier mot, Jean-Pierre !
Cela peut sembler surréaliste, mais c'est ce que certains contributeurs à la Harvard Business Review semblent croire. Dans le numéro de janvier denier, consacré au leadership, un article décrit l'objectif principal que doit se fixer le responsable d'une entreprise : « Dès le premier jour, le PDG doit placer en premier les intérêts des actionnaires et établir des procédures et des règles qui favorisent la création de valeur. » Il importe de « gérer agressivement le bilan et le cash-flow, et de partager les bénéfices entre les actionnaires ».
On croit rêver. C'est cette conception de l'entreprise centrée sur les aspects négatifs de ORANGE qui a provoqué la crise actuelle : seul compte l'actionnaire, peu importent les produits, employés et clients réduits au rôle de créateurs et/ou de fournisseurs d'argent.
Le défi auquel est confronté le monde actuel des affaires est de passer du « ou » au « et » : comprendre que tous ces éléments sont également indispensables au fonctionnement d'une entreprise. La sociocratie est une réponse possible à cette problématique, par exemple en proposant des mécanismes permettant une rémunération également juste du capital et du travail.
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La Harvard Business Review a été une des meilleures, si ce n'est la meilleure, revue de management au monde. Elle était la plus prestigieuse incarnation du management ORANGE, parfois dans ses meilleurs aspects, parfois dans les moins bons. Apparemment, elle a des difficultés à prendre de la distance avec ce niveau de la Spirale Dynamique…
Il me semble que l'article cité précédemment est l'illustration d'un processus évolutif plus général. Quel que soit le domaine, l'organisation qui est le leader dans un vMème a très peu de chance de le rester quand celui-ci cède la place, tout simplement parce qu'elle s'est trop lourdement investie dans les valeurs de ce niveau d'existence, et que cela diminue sa flexibilité. Par exemple, IBM qui était le leader absolu de l'informatique à la mode BLEU reste une entreprise très importante mais a perdu sa première place quand l'ordinateur personnel — qu'elle a paradoxalement inventé — a permis la création d'une informatique centrée sur ORANGE ; Amazon est devenu le premier libraire en ligne au détriment de Barnes & Noble ; la mise en faillite, aujourd'hui, du constructeur automobile américain General Motors relève du même mécanisme. La Harvard Business Review devrait, elle aussi, perdre sa position dominante. Nous aurons l'occasion de revenir prochainement sur ce phénomène à propos d'autres contextes.
Source : Gregory T. Carrott & Stuart E. Jackson, "Shareholder Value Must Top the CEO's Agenda", Harvard Business Review, N° 901, Janvier 2009, p. 23. [Via la newsletter d'Ichak Adizes du 23 mai 2009.]
dim 1 jun 2008, 07:05