Le propre de l'argent est qu'il permet d'acheter n'importe quelle sorte de bien matériel. Cependant, à la base, il est lié dans notre culture à l'instinct de conservation, au sens de l'Ennéagramme, et au vMème BEIGE de la Spirale Dynamique : il est le moyen de subsister en acquérant de la nourriture ou un toit. Tout problème important d'argent crée donc une forte anxiété liée à la survie.
Face à la crise économique, les investisseurs hongkongais cherchent à tout prix un semblant de sécurité. Selon la théorie de la Spirale Dynamique, après BEIGE, cette fonction est assurée par VIOLET. Ils font donc appel à des maîtres de feng shui, une pratique divinatoire chinoise. Par exemple, ABN AMRO Private Banking, une filiale de Royal Bank of Scotland, a réuni « quelque 170 investisseurs, pesant chacun au moins 1 million de dollars, pour écouter Alion Yeo parler de l'évolution des marchés au cours de l'année » qui a débuté le 26 janvier, jour du nouvel an chinois. Ils ont par exemple été informés qu'il valait mieux attendre 2010 pour investir aux États-Unis ; la raison : « Le nouveau président américain et son secrétaire au Trésor sont tous deux nés sous le signe du Buffle, et nous sommes dans l'année du Buffle. »
Aux sceptiques qui ricanent, Lawrence Lau, maître de feng shui pour la Bank of China International renvoie ORANGE dans les cordes : « Si certains pensent que les vieilles superstitions n'ont pas grand-chose à offrir en termes de conseils en investissement, je mets le lecteur au défi de se demander si tous ces modèles quantitatifs ultra-perfectionnés et l'analyse fondamentale ont fait beaucoup mieux depuis un an. » Didier Duret, directeur des investissements mondiaux de ABN AMRO Private Banking, confirme : « La présence d'un maître de feng shui à cette conférence permet d'avoir un point de vue différent, et je ne peux pas dire quel est le meilleur. » Vu sous cet angle…
Et puis cela pourrait peut-être fonctionner. En 1988, une équipe du Wall Street Journal a mené une expérience consistant à faire lancer des fléchettes sur une cote de valeurs à un chimpanzé aux yeux bandés, et à investir en conséquence. Au bout de dix ans, ses performances n'étaient que très légèrement inférieures à celles des gérants professionnels.
En mars 2001, la société Barclay's Stockbrokers et une équipe de chercheurs appartenant à la British Association's National Science ont organisé un concours entre une fillette de 4 ans qui tirait des noms de titre au hasard dans un chapeau, un astrologue et un professionnel des marchés. En une semaine, la fillette avait perdu 4,5 % de son portefeuille, contre 7 % pour le professionnel et 10 % pour l'astrologue. Aïe ! Espérons que le VIOLET oriental soit plus du hasard que le VIOLET occidental.
Source 1 : Jonathan Cheng, "Deux buffles à Washington, cela n'augure rien de bon", Courrier international, N° 956, 26 février 2009, p. 51.
Source 2 : Yannick Roudaut, "Quels points communs entre la Bourse et la théorie des jeux", Le Journal des Finances, N° 6293, 12 juillet 2008.
jeu 20 mai 2010, 06:48