Courez au cinéma. Raymond Depardon vient de sortir un prodigieux documentaire, La Vie moderne, sur la vie des paysans travaillant dans des fermes isolées des Cévennes ou du Jura. Il les a filmés avec un amour et une délicatesse exemplaires. Ces gens parlent peu, mais ils font passer leur passion pour ce métier qu'il leur est de plus en plus difficile d'exercer. Ici, le vMème ORANGE, on ne connaît pas, et on n'a pas envie de connaître parce que ce qui compte, ce sont la terre, les bêtes, le travail bien fait, les traditions.
Il y a chez ces agriculteurs et ces éleveurs une authenticité et une noblesse qui ne peuvent que toucher. Il y a aussi dans leur regard une tristesse indicible, pas seulement celle de leur histoire personnelle difficile, mais aussi celle qu'on peut voir dans les yeux de bushmen ou de membres de tribus aborigènes et amazoniennes, celle de personnes qui savent que leur monde, leur culture et leur style de vie vont disparaître avec eux. La Vie moderne est un des films les plus bouleversants que j'ai vus cette année, et je le recommande sans la moindre réserve.
Un autre film est sorti la même semaine. Imaginez que vous n'en ayez pas entendu parler — difficile avec le battage médiatique qui a accompagné sa sortie — et que vous ne connaissiez pas l'acteur principal. Voici son affiche :
Ce qui frappe en premier dans cette image, c'est la relation entre cette femme et cet homme, chacun détournant la tête de l'autre. Ils semblent seuls et murés dans la tristesse et la colère. Ils marchent, s'éloignant d'un bâtiment dont s'échappe de la fumée. Sont-ils victimes ou coupables ? Fuient-ils ? L'homme tient un pistolet, mais noir sur le noir de la robe de la femme, il ne se remarque pas au premier coup d'œil. L'impression que me donne cette affiche est celle d'une intense souffrance. Le titre, d'ailleurs, renforce cette impression : Quantum of Solace, un peu de consolation.
Il s'agit du dernier opus de la série des James Bond. Le film est une alternance spectaculaire de poursuites et de bagarres, et l'agent 007 tue tout ce qui bouge. Classique ? Pas tout à fait. D'abord, James Bond n'est équipé d'aucun des gadgets qui ont marqué la série. Ensuite, au-delà de sa mission, Bond est habité par le chagrin causé par la mort d'une femme qu'il a aimée, et dont il pense qu'elle l'a trahi. Son action est une vengeance, mais elle n'est pas une vengeance d'ennéatype 8 qui ne veut plus se retrouver en position de faiblesse, elle est recherche d'un peu de consolation. En vain, d'ailleurs. La femme de l'affiche est dans la même situation, qui pleure, elle, la mort de ses parents et de sa sœur.
Depuis l'épisode précédent, M, le supérieur de Bond qui dirige les services secrets britanniques, est une femme. « Il lui arrive de se prendre pour ma mère », dit d'elle 007.
Bref, la motivation de James Bond est émotionnelle. C'est une tendance forte de tous les films actuels d'action ou de super-héros, depuis la trilogie Jason Bourne jusqu'à Superman. La série des 007 est particulièrement intéressante, parce qu'elle totalise 22 films depuis James Bond 007 contre Dr. No en 1962. Les producteurs ayant pour objectif, depuis 46 ans, de produire des films à succès, les changements du personnage se doivent d'accompagner ceux de la société, au moins tels qu'ils sont perçus par Hollywood.
Abandon d'une technologie inutile et primauté des émotions, il me semble que Quantum of Solace prend acte de l'émergence de VERT dans la société américaine, même si, bien sûr, ni le héros, ni l'histoire n'illustrent directement de vMème — loin s'en faut ! La vie moderne, mais pas par antiphrase cette fois.
lun 17 jan 2011, 06:51