[Première partie]
Notre étude de la première partie s'applique peu ou prou à tous les (anciens) chasseurs de tête de Bornéo. Nous allons maintenant nous focaliser sur les Ibans du Sarawak, les seuls avec lesquels nous avons eu un contact direct.
Les Ibans vivent dans des longhouses que l'on peut définir comme un village entier dans une seule habitation. Une longhouse a un avant et un arrière, comme un être vivant. De l'avant vers l'arrière, on trouve successivement un balcon qui coure tout le long du bâtiment, un couloir qui, lui aussi, fait toute la longueur de la maison, et une série de logements côte à côte, à raison d'un par famille, comportant chacun une à deux pièces. Une longhouse peut abriter de quelques dizaines à plusieurs centaines de famille ; elle peut être allongée si de nouvelles familles rejoignent la communauté. Si les Ibans dorment et font la cuisine dans la ou les pièces familiales, la plupart des autres activités ont lieu dans le couloir ou sur le balcon communs et sont donc l'occasion d'une vie sociale active en permanence.
Pour les Ibans, les rivières sont à la fois le réseau de circulation dans la jungle, et un lieu sacré qui alimente le territoire comme le système sanguin le fait pour le corps. Animistes, les Ibans imaginent des esprits dans toute chose, et notamment dans les rivières. De la même manière qu'on ne tourne pas le dos à une personne, une longhouse ne doit pas tourner le dos à la rivière pour ne pas offenser l'esprit qui l'habite. De plus, dans la mesure où il y a toujours quelqu'un sur le balcon ou dans le couloir, une telle disposition permet de voir venir de loin amis et surtout ennemis, ce qui était fort pratique du temps de la chasse aux têtes.
Même s'ils ont un VIOLET très fort, les Ibans sont dominés par le niveau ROUGE de la Spirale Dynamique. En plus du monde des esprits, existent des dieux : celui qui a créé l'univers, celui qui contrôle le destin, et le plus important, Singalang Burong, le dieu de la guerre.
La structure sociale est aussi typique du vMème. Lors de la construction d'une nouvelle longhouse, ses futurs habitants élisent un chef, celui d'entre eux qu'ils considèrent comme le plus courageux, le plus sage et le plus à même de prendre de bonnes décisions. Une fois élu, ce chef dispose de tous les pouvoirs, et ses choix sont sans appel. Ils concernent tous les aspects de la vie de la communauté : chasse, organisation des cérémonies et des fêtes, règlement des conflits entre familles, partage des biens lors des divorces, etc. À la mort du chef, son fils aîné lui succède ; s'il n'en a pas ou s'il l'estime incompétent, il peut choisir de son vivant un autre successeur parmi les membres de sa famille proche.
Le gouvernement du Sarawak et le gouvernement fédéral de Malaisie respectent les pouvoirs des chefs de longhouse et n'essayent pas d'empiéter sur eux. La seule exception est en cas de mort violente d'un Iban, dans le but, bien évidemment, de maîtriser les aspects négatifs de ROUGE.
Par ailleurs, même si, à ma connaissance, il ne s'agit pas d'une utilisation consciente de la Spirale Dynamique, lesdits gouvernements essayent de pousser les Ibans vers BLEU. Citons trois exemples. Ils enseignent aux Ibans des mesures préventives contre le paludisme, alors que le risque est aujourd'hui minime dans cette partie du pays. Ils distribuent des semences aux tribus et incitent les chefs à nommer des responsables de leur gestion, ce qui tend à créer un début de hiérarchie BLEU. Les enfants ibans qui vont à l'école y sont nourris gratuitement du petit-déjeuner au dîner, mieux et plus abondamment qu'ils ne le seraient dans leur longhouse.
Les résultats de cette politique sont pour le moment mitigés : les Ibans sont certes paisibles, mais l'autorité des chefs reste totalement incontestée, et la plupart des Ibans qui font des études retournent dans leur longhouse, celles-ci terminées. En termes de Spirale Dynamique, ceci peut être considéré comme satisfaisant et suffisant : les Ibans vivent librement leur culture sans qu'elle n'ait de conséquences négatives sur le reste de la société malaise.
L'impact des très nombreux missionnaires catholiques qui tentent aussi, à leur manière, de convertir les populations locales à BLEU est beaucoup plus néfaste, parce que destructeur des cultures locales. Par exemple, les organisateurs de la grande cérémonie de 1974 évoquée dans la première partie sont devenus chrétiens, et les prêtres leur ont fait brûler les crânes qu'ils possédaient, anéantissant ainsi un patrimoine culturel inestimable. D'autres convertis cessent d'entretenir les crânes, ou refusent d'en hériter jetant, selon les anciens, le déshonneur sur leur famille et leur tribu.
Les missionnaires se révèlent assez efficaces pour deux raisons. La civilisation ROUGE des Ibans a été mise en échec par les colonisateurs blancs qui, notamment en empêchant la chasse aux têtes, ont créé un point β qui est l'amorce du changement. D'autre part, l'Église catholique a une expérience sans égale de la conduite vers BLEU de populations dominées par VIOLET et ROUGE (cf. "VIOLET épiscopal"). Beaucoup d'Ibans et de membres d'autres ethnies de Bornéo font certes un curieux mélange entre leur nouvelle foi chrétienne et leurs anciennes croyances, mais c'est une étape normale de la transition ROUGE-BLEU.
Ainsi le peuple des Ibans poursuit-il son chemin sur la Spirale Dynamique. Que sera demain la spécificité de sa culture ?
Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]