[Première partie]
En attendant l'apparition éventuelle de successeurs évoquée précédemment, Google est là et bien là. Quand Larry Page et Sergey Brin l'ont créé en 1998, ils ont choisi une devise, « Don't be evil ! », souvent traduite par « Ne faisons pas le mal ! », même si l'utilisation en Anglais du verbe être rend encore plus fort leur crainte d'être possédé par le malin. Le choix de ce slogan est quand même étonnant. Pourquoi ? Y aurait-il un risque ?
En 1949, George Orwell décrivait dans 1984 un monde cauchemardesque dans lequel, par le biais des télécrans et de la police de la pensée, la vie privée de chaque citoyen est en permanence épiée et contrôlée par le pouvoir en place : « Big Brother is watching you. » Ce roman a été inspiré à Orwell par les dictatures fascistes et staliniennes de l'époque. Il décrit un exemple de monde dominé par le vMème BLEU et manifestant à l'extrême les traits négatifs de ce niveau d'existence de la Spirale Dynamique.
Aujourd'hui, votre grand frère Google vous chérit. Vous avez une recherche à faire sur l'Internet et il met, (soi-disant) gratuitement, à votre disposition le meilleur moteur de recherche du moment. À cette occasion, il écrit sur votre disque dur un cookie. Si vous n'avez pas pris le soin de l'effacer, une manœuvre que peu de gens font, il s'en sert pour vous reconnaître à votre prochain passage. Dès lors, toutes les recherches que vous effectuez sont enregistrées dans les fichiers de Google, ainsi, bien entendu que les noms de tous les sites que vous visitez et toutes les annonces sur lesquelles vous cliquez depuis ses pages de résultats ; si vous utilisez la GoogleBar, c'est le cas de toutes vos visites sur la toile, même si elles ne se font pas par l'intermédiaire de Google. Si vous regardez des vidéos sur Google Vidéo ou sur YouTube qui lui appartient, ces informations sont aussi notées. Si vous disposez d'un compte Gmail, Google analyse aussi tout le courrier que vous recevez et envoyez. Si vous utilisez l'espace de stockage que Google vous offre gracieusement et ses applications bureautiques en ligne, il en est de même de tous les documents que vous y créez et/ou enregistrez. Depuis quelque jours, vous pouvez même stocker chez Google l'intégralité de votre dossier médical. Ce n'est là qu'un petit échantillon des services proposés par Google, chacun d'eux étant l'occasion de collecter des informations sur ses utilisateurs. Tout cela sans même évoquer les multiples projets de Google dans les réseaux WiFi, la téléphonie mobile, la génétique, etc.
Google n'a donc pas grand-chose à envier au Big Brother d'Orwell, même s'il a fait quelques promesses d'anonymisation des informations collectées qui n'ont pas vraiment convaincu les observateurs. Quelle est donc la différence ? Google est un Big Brother ORANGE, là où celui de 1984 était BLEU. Sinon, l'objectif est le même : tout savoir sur chacun d'entre nous, pour maintenir un certain ordre social chez Orwell, pour vendre avec plus d'efficacité chez Google que seul les plus naïfs considèrent encore comme une société d'informatique.
Plus vous utilisez Google, plus vous voyez apparaître sur votre écran des publicités ciblées. Demain, elles seront nominatives, vous appelant par votre nom et faisant référence à vos derniers comportements sur la toile. Il y a là une intrusion dans la vie privée qui personnellement me dérange, même si elle indiffère d'autres personnes (jusqu'à quel degré de connaissance de leur intimité ?). Précisons que les autres moteurs de recherche, notamment ceux de Microsoft et Yahoo, font de même, mais comme ils sont moins consultés et offrent moins de services, ils ne sont que des little sisters.
Bien sûr, puisque Google est une société dominée par ORANGE, vous ne risquez guère de voir la police débarquer chez vous comme c'était le cas avec le Big Brother orwellien.
Quoique. Après tout, notre société n'est pas à l'abri d'un creux γ en BLEU, voire même d'un retour plus durable à ce niveau d'existence…
Sans aller jusque-là, Google entretient des rapports qu'on pourrait qualifier de complaisants avec des organismes ou des pays dans lesquels le vMème BLEU joue un rôle non négligeable.
Selon Robert David Steele, un ancien officier de la CIA, il existerait un partenariat entre l'agence et Google, et les conflits de surface entre le Ministère de la justice américain et Google ne seraient qu'un écran de fumée destiné à masquer cette collaboration entre les deux institutions. Si ces liens ne sont pas totalement prouvés à ce jour, il existe bien d'autres problèmes qui sont, eux, avérés.
Pour pouvoir lancer son moteur de recherche en Chine, Google a accepté de censurer lui-même certaines informations. Sur certains sujets chauds, l'internaute utilisant Google n'accède qu'à des sites contrôlés par le gouvernement chinois. La justification est simple : « Afin de travailler à partir de la Chine, nous avons retiré certains contenus des résultats de recherches obtenus sur Google.cn, en application de la législation et de la réglementation locales. […] Si le retrait de résultats de recherches est contraire à la mission de Google, ne pas fournir d'information […] est davantage contraire à notre mission. » Même chose en Thaïlande où des vidéos considérées comme injurieuses pour le roi ont été retirées de YouTube…
Plus près de nous, Google censure le net en France comme en Allemagne. Pratique découverte par Ben Edelman et Jonathan Zittrain du Centre Berkman à la Faculté de Droit d'Harvard, Google verrouille l'accès à certains sites. Google le reconnaît d'ailleurs et refuse de donner plus d'informations : « La politique interne est de ne pas révéler de détails sur pourquoi nous enlevons des sites et quand. Nous recevons occasionnellement des informations de nos partenaires, utilisateurs, et d'agences gouvernementales sur des sites présents dans nos index. Nous étudions attentivement ces plaintes au cas par cas, et prenons les actions nécessaires quand c'est le cas. Ce n'est jamais préemptif : nous réagissons seulement aux requêtes qui nous parviennent. […] Pour éviter des implications légales, nous filtrons de nos recherches les sites qui peuvent contrevenir à la loi locale. »
« Don't be evil ! » disent-ils. Peut-être faudrait-il rajouter « … tant que cela n'a pas d'impact sur les bénéfices. »
Source 1 : Marcus Yam, "Former Agent Says Google and CIA in Partnership", DailyTech, 31 octobre 2006
Source 2 : Bruno C., "Google en Chine : censure obligatoire…", Generation NT, 25 janvier 2006
Source 3 : Marc Rees, "Google se censure en Thailande comme en Chine", PC Impact, 14 mai 2007
Source 4 : KaTeznik, "Google censure ses réponses en France et en Allemagne", LinuxFr.org, 29 décembre 2002
Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]