Face à l'égoïsme du monde ORANGE dans lequel nous vivons, beaucoup se posent à nouveau des problèmes de morale. Euh… Désolé d'avoir employé un mot grossier BLEU ! Je voulais dire que beaucoup se posaient des problèmes d'éthique.
Curieusement, j'ai rencontré ces derniers mois, plusieurs personnes qui étaient dans cette démarche et qui m'ont affirmé qu'en gros l'éthique pouvait se résumer à la Règle d'or. Il existe deux formulations légèrement différentes de la règle. La première consiste à ne pas faire à un autre être humain ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse, et la seconde à faire pour lui ce qu'on souhaiterait qu'il fasse pour nous. Bien que très proche, ces deux formulations ne sont pas absolument équivalentes sur le plan logique.
La Règle d'or est la formulation d'un principe de vie qui représente une remarquable convergence de quasiment toutes les pratiques spirituelles de l'humanité. Il semble qu'elle a été formulée pour la première fois en Orient plusieurs centaines d'années avant notre ère puisqu'on la trouve dans le Mahabharata hindouiste (5; 15,17) ou dans le Sutta Pikata bouddhiste (Udanavagga 5,18) comme chez Confucius (Analectes, 15; 23). En Europe, la formulation la plus connue est celle de Évangiles de Matthieu (7; 12) et de Luc (6; 31), mais la règle est aussi présente dans l'Islam (13e des 40 Hadiths de Nawawi). Platon, Aristote ou Sénèque l'ont aussi utilisée.
Avec de telles origines, il est difficile de ne pas considérer la Règle d'or comme une expression du vMème BLEU. Venant après le monde ROUGE, la Règle d'or a représenté un formidable progrès moral, mais elle a aussi les défauts de BLEU, à savoir une difficulté à penser la complexité et l'utilisation de principes considérés comme absolus et universels.
Or il est facile d'imaginer des situations où la Règle d'or ne fonctionne pas. Empruntons deux exemples au merveilleux livre de Làszló Mérő sur la théorie des jeux et la psychologie : Les aléas de la raison.
Si je me retrouve à vouloir franchir une porte en même temps qu'une autre personne, j'ai deux choix : je peux passer le premier ou laisser passer l'autre. Si nous appliquons tous les deux la Règle d'or, nous allons mourir de vieillesse devant la porte en échangeant des « Après vous, très cher. Je n'en ferai rien. Allez-y, je vous en prie. »
Imaginons maintenant un couple. Les deux personnes veulent prioritairement passer la soirée ensemble, mais — n'ayons pas peur des stéréotypes ! — l'homme veut assister à un match de football, là où la femme désire se rendre au cinéma. Ils se quittent le matin pour aller travailler sans avoir réussi à prendre une décision. Ils ne peuvent pas se joindre de la journée, et le soir chacun doit se rendre dans un des deux lieux en espérant y retrouver l'autre. S'ils appliquent la Règle d'or en cherchant le principe moral applicable, chacun va tenir compte des goûts de l'autre. La femme va se retrouver seule au match et l'homme seul au cinéma, ce qui est la pire des issues possibles ; si par contre ils l'appliquent au pied de la lettre, la femme se retrouve seule au concert et l'homme seul au match ; ils sont donc toujours séparés, ce qu'ils voulaient éviter à tout prix, mais au moins chacun voit le spectacle qui lui plaisait.
La Règle d'or est tout aussi désastreuse dans nombre de situations de communication. L'Ennéagramme comme la Spirale Dynamique nous suggèrent de ne pas nous adresser aux autres comme nous aimerions qu'ils s'adressent à nous. Comme le disait George Bernard Shaw : « Ne faites pas aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent. Il se pourrait qu'ils aient d'autres goûts. »
Dans Fondements de la métaphysique des mœurs, Emmanuel Kant a essayé d'aller au-delà de la Règle d'or avec le principe de l'Impératif catégorique (« Agis comme si, par ta volonté, la maxime de ton action devait devenir un principe universel de la nature. »). Mais l'Impératif catégorique a ses propres limitations et aboutit à un certain nombre de situations indécidables.
L'apparent regain d'intérêt actuel pour la Règle d'or vient de personnes centrées en BLEU ou en train vivre un creux γ en BLEU. C'est une vision trop simple pour les conditions de vie actuelles. Les solutions éthiques aux problèmes d'ORANGE ne viendront donc que d'une réflexion complexe cherchant au cas par cas la solution la plus fonctionnelle, donc à partir de JAUNE.
Source : Làszló Mérő, Les aléas de la raison, Paris (France), Seuil, 1996.
Commentaires
jeu 17 jui 08, 09:19
Et il est rentré en France ! M on Dieu, que va-t-il nous arri ver ? Sarkozy est-il en [...]
dim 06 jui 08, 16:49
Bonjour Christian ! Les Ind iens de Colombie Britannique a vaient résolu ce genre d [...]
jeu 03 jui 08, 17:32
Je me souviens, Fabien et Chri stian, qu'au début des années 1970, cette représentati [...]
jeu 03 jui 08, 14:02
Bonjour Christian, Rassure- toi, les scientifiques de la N ASA sont de grands intui [...]
jeu 03 jui 08, 13:30
Bonjour Fabien, Voici donc la preuve physique extérieure indéniable qui permet de [...]
mer 02 jui 08, 13:09
Bonjour à tous, Aurore et C oriolan, voici les dernières p etites nouvelles du Kera [...]
lun 30 jun 08, 10:39
À propos du même film, ma femm e a trouvé une autre interview dans laquelle [url=http [...]
lun 30 jun 08, 09:32
Bonjour Jorune, Merci d'avo ir cherché la citation complèt e. Seuls les actes pe [...]
dim 29 jun 08, 19:19
Fabien, Je viens de récupér er la fin de la phrase, et aus si le contexte de la phr [...]